VISION DES OBJETS DANS L'ŒIL. 51 O
Pronostic. — On voit, par ce qui vient d'être dit, que les mouches volantes ne sont pas l'indice de l'existence de la cataracte ou del'amaurose. Cependant il est probable que l'une ou l'autre de ces deux maladies existe quand, outre les mouches, on remarque un affaiblissement de la vue que l'on ne peut attribuer ni à la myopie ni à la presbytie, ce dont on peut s'assurer, en essayant les verres concaves ou convexes.
Dans les cas simples, les mouches peuvent augmenter en nombre, mais très lentement et jamais assez pour rendre la vue confuse à un haut degré. Quelquefois elles restent stationnaires ou même diminuent.
Comme le trouble apporté à la vision dépend d'une sensibilité morbide de la rétine, tout ce qui tend à accroître ou à diminuer cet état accroît ou diminue les mouches volantes.
Les particules qui produisent les mouches volantes sont trop petites pour être vues facilement à l'ophthalmoscope. Cependant VanTrigt rapporte que, dans certains cas de mouches exagérées, accompagnées d'un état morbide du segment postérieur du globe, il a vu des filaments nombreux et tortueux et des flocons se mouvoir tumultueusement dans l'humeur vitrée.
Le siège, la nature et la valeur pronostique des mouches volantes ont été très diversement interprétés. Demours les rattachait d'abord à un trouble de l'humeur aqueuse ; mais les ayant vues persister après la ponction de, la cornée, il invoqua une lésion de l'humeur de Morgagni. Pitcarn les explique par l'engorgement de quelques vaisseaux de la rétine. M. Sichel les attribue, pour certains cas, à un épanchement de liquide entre la rétine et la choroïde, et M. Tavignot pense qu'elles sont dues à la formation d'images sur la rétine, provenant de quelques points décolorés de la face postérieure de l'iris.
L'opinion la plus généralement acceptée aujourd'hui attribue, les mouches volantes à des corpuscules situés dans l'humeur vitrée. On peut quelquefois distinguer ces corpuscules à l'ophthalmoscope, ce qui, selon Donders, constituerait alors un état pathologique ; d'autres fois ils ne sont visibles qu'au microscope, ce qui, suivant le même auteur, indique un état normal.
Traitement. — Le premier soin sera d'éloigner ou de combattre la cause excitante, si l'on peut la connaître. On y ajoutera le repos des yeux, s'ils ont été fatigués, l'absence de tout travail et la tranquillité d'esprit. Si l'estomac et le foie sont souffrants, le mercure comme altérant suivi de l'emploi des toniques, l'exercice bien réglé et le changement d'air seront utilement prescrits. Les
lotions froides sur l'œil , avec des douches froides, deux ou trois fois par jour et durant cinq à dix minutes, constituent un remède local important.
2° Spectre des ramifications et du réseau vasculaire de la rétine. — On peut voir ce spectre au moyen de l'expérience suivante, qui, ayant été imaginée par Purkinje, porte le nom d'expérience de Purkinje.
Cette expérience consiste à voiler l'un des yeux, sans le fermer, et à regarder directement en avant avec l'autre œil, tandis que, la chambre étant obscure , on fait mouvoir, en haut et en bas. une lumière tout près de cet œil, du côté de la tempe. Bientôt un spectre amplifié de ramifications et d'anastomoses noires, sur un fond clair, paraît flotter au-devant de l'œil et se mouvoir dans une direction opposée à celle de la lumière.
Dans cette expérience, toutes les parties qui sont recouvertes par les ramifications des vaisseaux centraux ne sont pas autant excitées par la lumière que les autres parties de la membrane, et dès lors ne retiennent pas l'impression aussi longtemps que dure l'intervalle entre chaque retour de la lumière au même point, d'où l'apparition de ramifications noires dans toutes les parties correspondant aux vaisseaux (1 ).
3° Spectre circulatoire. — En fixant, pendant quelque temps, un ciel clair, lœil perçoit quelquefois des particules aqueuses et grisâtres courant au-devant de lui dans toutes les directions, comme quand on examine, sous le microscope, la circulation d'une patte de grenouille. Si l'on ferme les paupières, ces particules se colorent en rouge sombre. Ceci paraît être le résultat d'une sensation objective, due probablement aux ombres portées sur la rétine par les globules sanguins qui parcourent son réseau vasculaire.
§ II. — Vision des objets à la surfaee de !"œiï, ou mouches EHïsco-lacrymales.
On aperçoit parfois, quoique rarement, des points ronds, opaques, entourés d'un cercle coloré, et qui semblent alternativement
(1) On voit quelquefois le speclre des vaisseaux de la rétine lumineux sur un fond noir, sans qu'on soit obligé d'exciter celle-ci par la lumière ; mais alors il est dû à la pression qu'exercent les vaisseaux sur la rétine. C'est un phénomène subjectif qui rentre dans la classe des pbolopsies (pâtre 518). Nous avons parlé plus haut d'une apparence semblable au spectre vasculaire, mais qui est due à une insensibilité de la rétine causée par la pression et l'opacité résultant de la congestion et de l'exsudation de la couche vasculaire de la rétine enflammée. 11 en sera question, dans le chapitre suivant, sous le nom de mouches fixes.