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CORRESPONDANCE NORMALE DES SENSATIONS ET DES MOUVEMENTS DES DEUX YEUX

L'étude de la correspondance qui existe normalement entre les sensations et les mouvements des deux yeux, doit servir d'introduction à ce chapitre.

§ I. — Correspondance entre les sensations des deux yeux.

Nous avons vu plus haut (p. 519) que des parties différentes de la même rétine exercent une certaine influence sur leurs sensations réciproques. Nous allons montrer maintenant que les deux rétines exercent également une influence beaucoup plus grande et plus frappante sur leurs sensations réciproques.

Lorsque les deux rétines sont à la foisimpressionnéesde la même manière et au même instant, la sensation qui en résulte est plus forte que si un seul œil reçoit l'impression. Si l'impression n'est pas très nette sur une des rétines, par suite du trouble des milieux transparents ou de l'altération de la sensibilité de cette rétine, le

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manque de netteté de la vision est moins évident lorsqu'on se sert en même temps de l'autre œil. que si l'on use seulement de l'œil malade. ' *

Quand les deux rétines sont différemment impressionnées au même moment, le cerveau ne perçoit pas un mélange des deux impressions, mais il ne ressent à chaque instant qu'une seule impression, tantôt l'une, tantôt l'autre. Ainsi, si l'on ferme un œil et que de l'autre, on fixe une fenêtre ouverte, par exemple, on s'apercevra bientôt que l'œil ouvert est, de temps en temps, couvert par une obscurité momentanée. Mais on observe ce phénomène d'une façon bien plus marquée lorsqu'on présente à chaque œil une couleur différente ; à l'un du bleu et à l'autre du jaune, par exemple (1). Dans ce cas, ce n'est pas un mélange des deux couleurs, c'est-à-dire du vert que l'on voit, mais le bleu et le jaune seulement, tantôt l'un, tantôt l'autre, ou bien moitié bleu et moitié jaune. On doit remarquer que si des impressions différentes affectent une partie seulement des deux rétines, on les perçoit séparément, à moins que les parties des deux rétines qui sont simultanément impressionnées ne soient centrales ou également situées par rapport au côté temporal de l'une et au côté nasal de l'autre ou à la partie supérieure et inférieure de chaque rétine. Ces parties sont appelées les points correspondants ov identiques.

On peut se rendre compte de ce fait en regardant deux pains à cacheter de couleurs différentes. Placez l'un sur le compartiment droit et l'autre sur le compartiment gauche d'un écran de stéréoscope : en les regardant au stéréoscope, vous verrez les deux pains à cacheter comme confondus en un seul et se recouvrant l'un l'autre, ce qui tient à ce que chaque image est formée sur une partie correspondante ou identique de chaque rétine.

On voit par là que des impressions différentes reçues par les parties correspondantes de deux rétines ne peuvent être perçues à la fois, et que c'est l'impression la plus forte qui l'emporte sur l'autre ou qui l'exclut même entièrement.

1° Vision simple avec les deux yeux.

Lorsqu'on regarde un objet avec les deux yeux, celui-ci n'est vu simple que si les axes optiques font leur intersection sur quel-

(1) On présente à chaque œil une couleur différente en regardant un objet blanc nvec des verres différemment colorés.

que point de l'objet, si les centres de révolution des deux yeux coïncident, si enfin leurs diamètres horizontaux et verticaux sont respectivement parallèles. Outre l'objet sur lequel les axes optiques se rencontrent, quelques autres placés sur le côté sont aussi vus simples, pourvu qu'ils soient situés dans de certaines limites qui sont celles d'une ligne circulaire imaginaire ou plutôt d'une surface sphérique appelée horoptre, laquelle passe par les points d'intersection des axes optiques et les points d'intersection des lignes de.la direction visuelle dans les deux yeux.

La correspondance dans la direction des axes, la coïncidence des centres de révolution et le parallélisme des diamètres verticaux et horizontaux des deux yeux dépendent de l'action normale des muscles du globe que nous étudierons plus loin.

C'est afin que les images des objets puissent être projetées simultanément sur des points identiques ou correspondants des deux rétines que la correspondance de la direction des deux yeux est nécessaire, car une perception visuelle simple venant d'impressions simultanées sur chaque rétine, n'a lieu que lorsque cette impression affecte les points correspondants desdeux rétines. Si d'autres points que ceux-là sont affectés, l'objet est vu double. C'est une question de savoir si cette faculté par laquelle la vision simple résulte d'une impression simultanée de certaines parties des deux rétines dépend de l'organisation même de l'appareil nerveux, ou n'est qu'une simple affaire d'expérience et d'association.

La première supposition parait être la mieux fondée, mais on n'a pas encore bien déterminé les conditions organiques dont cette faculté dépend. On peut dire, cependant, d'une façon générale, que cela tient à la semi-décussation des nerfs optiques et à quelque continuité entre les fibres des côtés correspondants de chaque rétine.

Les parties correspondantes de chaque rétine sont généralement connues sous le nom de points.

Ainsi comprise et exprimée, cette doctrine n'est pas très exacte, car Wheatstone a prouvé :

\ ° Que les images différentes en grandeur jusqu'à une certaine limite, mais semblables sous les autres rapports, se confondent et n'occasionnent qu'une perception simple si elles sont projetées sur les points des deux rétines aussi correspondants que possible ;

2° Qu'en regardant un objet ayant les trois dimensions, tandis

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