‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 80 sur 127 · CORRESPONDANCE ENTRE LES SENSATIONS DES DEUX YEUX · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ENTRE LES SENSATIONS DES DEUX YEUX

que les axes optiques convergent, des images évidemment dissemblables sont nécessairement projetées sur les deux rétines et le cerveau ne perçoit qu'un objet simple qui n'est exactement semblable ni à l'une ni à l'autre des images. Ce fait est admirablement démontré par l'expérience de Wheatstone qui consiste à présenter simultanément à chaque œil, au lieu de l'objet lumineux, la projection d'une surface plane telle qu'elle apparaît à l'œil.

C'est pour cette expérience que Wheatstone inventa le stéréoscope.

L'expérience peut être faite convenablement en regardant les figures suivantes représentant les perspectives dissemblables d'une pyramide tronquée, et à quatre pans, de la même manière que dans l'expérience des pains à cacheter dont nous avons parlé plus haut.

Fig. 11-4. Fia. 115.

On fixe l'œil droit sur la figure droite et l'œil gauche sur la figure gauche ; on place dans l'axe du nez, entre les deux yeux, le couvercle d'un livre ou une planchette, et l'on voit les deux figures se confondre en une seule qui représente, en haut relief, la charpente d'une pyramide tronquée à quatre faces.

Wheatstone a été cependant trop loin dans ses déductions, lorsqu'il pensa que son expérience renversait la doctrine des points correspondants, doctrine admise par Newton, Reid, Wollaston, et qu'admettent encore aujourd'hui les meilleurs physiologistes. Toutefois, comme nous l'avons dit plus haut, celte expérience est en désaccord avec la doctrine, telle qu'on la formule généralement. Les observations suivantes peuvent, je crois, servir à mettre d'accord l'expérience de Wheatstone et la doctrine des points correspondants.

On a vu plus haut (p. 52 1 ) que la sensibilité du centre et de la

Stfl PERTE DE LA CORRESPONDANCE DES DEUX YEUX.

partie médiane de la rétine est plus grande que celle de la circonférence, et comme preuve, nous avons rappelé la différence qui existe dans la sensibilité des différentes parties de la peau, ainsi que le démontre ce fait, que les deux impressions sur des points rapprochés sont perçus, tantôt comme deux, tantôt comme une seule sensation.

En raison de la correspondance et de la sympathie des deux rétines l'une avec l'autre, il serait suffisant pour percevoir un objet qu'une partie seulement, une moitié, par exemple, de son image fût projetée sur le côté temporal d'une rétine, et l'autre moitié sur le côté nasal de l'autre rétine. Ceci prouve que les deux rétines peuvent, jusqu'à un certain point, être considérées comme une seule surface sensitive.

Ainsi, de même que dans une seule et même rétine, deux impressions qui affectent le centre ou la partie moyenne, quoique très rapprochées l'une de l'autre, paraissent distinctes; de même les impressions faites sur les parties centrales des deux rétines, à moins qu'elles n'aient lieu sur des points correspondants, sont perçues doubles par le cerveau. Mais, de même que, dans une seule et même rétine, deux impressions qui affectent la partie périphérique peuvent n'être perçues que comme une seule, quand même elles ne sont pas très rapprochées l'une de l'autre, de même les impressions sur les parties périphériques des rétines, quoique n'ayant pas lieu sur des points exactement correspondants , sont perçues comme une seule, et cela beaucoup plus facilement que dans le cas de deux impressions sur une même rétine.

Il faut remarquer que ce n'est ni l'une ni l'autre impression qui est exactement perçue, mais en quelque sorte une moyenne entre les deux.

Ainsi, quoique l'on perçoive séparément les impressions qui se font en même temps sur des points rapprochés non correspondants des deux rétines, mais qui sont près du centre, les impressions qui ont lieu sur des parties voisines non correspondantes, mais à la périphérie des deux rétines ne sont pas perçues séparément. Il faut remarquer que les distances qui séparent les points voisins non correspondants, ne doivent pas dépasser certaines limites.

Dans l'expérience de Wheatstone, c'est la partie de l'objet où les axes optiques viennent s'entrecroiser qui forme son image à la partie médiane des deux rétines. C'est la seule partie des pers-

Page 1