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MALADIES DE LA CONJONCTIVE ET DE LA CARONCULE, ARTICLE PREMIER

§ I. — Ptérygion (1).

On donne ce nom à une maladie qui consiste dans la vascularité et l'épaississement d'une partie plus ou moins grande de la conjonctive, en forme de triangle, dont le sommet correspond à la cornée, sur laquelle il empiète plus ou moins, et dont la base correspond à la circonférence du globe. L'adhérence entre la portion malade de la conjonctive et la sclérotique sous-jacente reste aussi lâche que dans l'état normal.

FlG. 134.

Le ptérygion siège, en général, sur le côté nasal de l'œil, et alors sa base correspond au repli semi-lunaire et s'unit avec lui. On ne doit pas pour cela le considérer comme formé par une extension de ce repli, puisque le ptérygion se rencontre quelquefois sur le côté temporal, et même, quoique plus rarement, sur le côté supérieur ou inférieur de l'œil. De plus, dans bien des cas, sinon dans tous, le mal semble débuter par la partie qui définitivement forme son sommet tout près du bord de la cornée, avant qu'on observe aucune vascularité ou aucun épaississement de la conjonctive scléroticale.

Cette maladie ne devient sérieuse que lorsqu'elle atteint la conjonctive cornéale , au point que la vascularité et l'épais-

(i) Palme.

sissement s'étendent jusqu'au centre de la cornée et masquent la pupille. Quelquefois le côté nasal et le côté temporal du même œil se trouvent à la fois atteints de ptérygion. On a vu des cas dans lesquels le ptérygion existait non-seulement sur le côté nasal et le côté temporal, mais encore sur les côtés supérieur et inférieur du même œil.

Il y a deux degrés de ptérygion : le 'ptérygion ténu ou membraneux, et le ptérygion épais et musculeux. Le premier est mince et semi-transparent ; le second épais et charnu.

Causes. — On n'a encore pu indiquer de cause certaine; les sujets atteints sont généralement des vieillards. Cette maladie a quelquefois son origine dans linflammation chronique de la conjonctive. Elle se rencontre le plus souvent chez les ouvriers qui sont, par leurs travaux, exposés à recevoir du mortier ou de la poussière de pierre dans les yeux, et aussi chez les personnes qui ont longlemps demeuré dans les pays chauds. Mackenzie dit avoir vu un grain de poudre logé longtemps sous la conjonctive, finir par déterminer le ptérygion.

Diagnostic. — Le symblépharon médiat partiel peut être facilement confondu avec le ptérygion. A vrai dire, plusieurs des cas qui ont été décrits et figurés comme des exemples de ptérygion supérieur et inférieur semblent être plutôt des exemples de symblépharon partiel.

Pronostic. — Cet état morbide de la conjonctive n'a aucune tendance à disparaître spontanément ; mais il peut demeurer stationnaire pendant longtemps avant de s'étendre sur la cornée, au point d'affecter la vue. Si la maladie n'est pas convenablement traitée, elle peut se transformer en une excroissance fongoïde recouvrant toute la cornée.

Traitement. — Le ptérygion peut quelquefois être guéri en le touchant souvent avec une solution de nitrate d'argent ou avec le laudanum. Si cependant ce traitement restait sans effet, et si la cornée était envahie au point que la vue en fût gênée, l'opération deviendrait nécessaire.

Opération pour l'ablation du ptérygion. — Le patient étant assis comme pour l'opération de la cataracte, et les deux paupières maintenues par un aide, le chirurgien, pendant que le malade tourne l'œil en dehors, si la maladie est du côté nasal, saisit le ptérygion par le milieu avec une pince à griffes ; puis le tenant soulevé de la surface de la sclérotique, il passe par derrière un couteau à cataracte, le tranchant tourné du côté de la

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cornée, et Tune des faces de la lame vers la sclérotique. Il sépare la membrane de la sclérotique, en coupant jusque sur le bord de la cornée, où le couteau termine de lui-même la section; puis tenant toujours le ptérygion avec la pince , il sépare avec le même couteau ou des ciseaux courbes le ptérygion vers la base et le coupe sans trop se rapprocher du repli semi -lunaire, si le ptérygion est à langle interne. Après l'opération, on fait des applications froides.

La nature du ptérygion n'a pas toujours été envisagée de la même façon, puisque, d'après Scarpa, la production morbide qui le constitue, consisterait en un amas de vaisseaux placé, sur la conjonctive qui dégénérerait en une membrane fine et opaque, et que, d'après Middlemore, la maladie appelée ptérygion se développe dans le tissu cellulaire sousconjonctival. Rognetta pense, au contraire, que cette maladie est due à la vascularisation et au développement morbide de l'expansion des muscles droits, et M. Desmarres admet une opinion mixte qui revient à considérer le ptérygion comme consistant dans un épaississement du tissu sous-muqueux et dans la vascularisation et le développement anormal de l'expansion aponévrotique de l'un des muscles droits. Dans tous les cas où nous avons pu examiner avec soin la membrane qui formait le ptérygion , nous avons trouvé qu'elle renfermait tous les éléments de la conjonctive oculaire et du tissu sous-conjonctival ; on y rencontrait la couche épithéliale , le chorion muqueux, des vaisseaux sanguins abondants et des fibres du tissu cellulaire. La production morbide était donc formée par une hypertrophie de la conjonctive et du tissu cellulaire. Quoi qu'il en soit, on s'accorde à reconnaître que la cure radicale du ptérygion offre des difficultés sérieuses. Les divers collyres astringents préconisés par Maître-Jan , Scarpa, Boyer, n'ont pas une grande efficacité et ne peuvent être utiles qu'au début. Cependant, M. Decondé a de nouveau insisté sur les avantages du traitement astringent qu'il institue de la façon suivante : Il applique sur toute l'étendue du ptérygion une couche d'acétate de plomb, l'y laisse séjourner pendant quelques secondes, puis enlève le sel au moyen d'un pinceau imbibé d'eau ; il renouvelle cette application pendant quatre ou cinq jours , et au bout de huit à dix jours, le ptérygion doit avoir disparu. M. Decondé cite dans son mémoire (l) dix cas où l'emploi de l'acétate de plomb neutre lui a parfaitement réussi. Nous avons essayé ce moyen dans deux cas, sans en obtenir le moindre avantage.

Le procédé d'extirpation décrit plus haut est celui qu'on emploie le plus ordinairement, soit qu'on fasse l'excision du sommet vers la base, en respectant même celle-ci, comme le voulaient Scarpa, S. Cooper, Clielius, soit de la base vers le sommet, comme le conseillent Béer,

(1) Archiv. de méd. mil. Belge, t. XV, p. 145.

Riberi, Carron du Villards, etc. Cependant il peut être difficile de saisir et de maintenir convenablement la tumeur avec les pinces. Nous préférons donc passer, au préalable, sous la membrane vers sa partie moyenne, une aiguille entraînant un lil de soie. Ce fil, noué sur le ptérygion, le ramasse en un cordon saillant qui devient même légèrement œdémateux sous l'influence de la striction des vaisseaux. L'œil est facilement maintenu au moyen du fil, pendant que l'on excise d'abord le sommet, puis la base, avec toute la précision désirable. Ce moyen, du reste, recommandé par les anciens chirurgiens, a été de nouveau préconisé par MM. Riberi, Deval, etc.

M. Desmarres, pour mieux assurer la cure radicale, dans les cas de ptérygion à hase large, a imaginé un procédé qu'il a appelé par dévialion (I); et qui consiste à fixer, au moyen de la suture, dans une plaie faite à la conjonctive, le sommet du ptérygion préalablement disséqué et séparé de la cornée.

§ IB. — Pinguicula (2).

On désigne ainsi une petite tumeur jaune, blanchâtre, du volume d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'un petit pois, située dans la conjonctive scléroticale et le tissu cellulaire sous-jacent, près du bord de la cornée, du côté nasal ou temporal. On l'appelle ainsi, parce qu'on a supposé que c'était un dépôt de graisse, quoique à tort, comme l'a démontré Weller, qui a prouvé que c'était de l'albumine. Habituellement un ou deux des vaisseaux des muscles droits dilatés et variqueux le traversent.

Cette anomalie, qui est très fréquente à l'époque moyenne de la vie, ne peut guère être considérée comme une maladie, d'autant plus qu'elle ne cause aucun inconvénient. Quand on cherche à la faire disparaître, c'est uniquement à cause de son aspect. On soulève la tumeur avec une pince à dents, et on la coupe transversalement , ainsi qu'une petite partie de la conjonctive environnante, avec des ciseaux courbes.

Dans un cas de pinguicula étendu, je remarquai que la tumeur était pincée entre les bords des paupières, lorsque celles-ci se fermaient Ceci me conduisit à examiner d'autres cas, et me fit découvrir que le pinguicula occupe toujours cette partie de la conjonctive, qui, lorsqu'elle est relâchée, peut être pincée entre les bords des paupières. Il est donc probable que le pinguicula doit son origine à l'irritation légère, mais constante, que cela occasionne.

(1) Traité théorique et pratique des maladies des yeux, t. II, p. 1 68.

(2) Pterygium pingue.

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