‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 41 sur 146 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

Du 3° au 6e jour qui suit l’éruption de la variole, la membrane muqueuse du pharynx devient souvent le siège d’un groupe de pustules analogues à celles de la peau (4). Leur nombre dépend

(1) Bohn : Konigsberger Medîz. Jahrbücher , 1852.

(2) Vien. Mediz. Wochenschrift, n° 18,19, 20. 1862.

(3) Loc. cit. p. 448.

(4) Ces pustules sont généralement petites, arrondies, faisant saillie au-dessus de la muqueuse, qui leur forme un liseré rouge, le tissu interme-

dans une certaine mesure delà confluence del’exanthème : dans les cas graves, elles occasionnent une inflammation considérable et une tuméfaction de la gorge en même temps qu’une véritable douleur à la déglutition. L’éruption pustuleuse de la gorge, comme le fait remarquer Trousseau (1), est bien souvent accompagnée de ptyalisme, tandis que dans la scarlatine ce symptôme fait presque toujours défaut. Dans les formes malignes de variole confluente on peut rencontrer des ulcérations assez profondes pour mettre à nu le tissu musculaire.

L'affeetion laryngienne peut consister en une simple éruption papuleuse ou pustuleuse qui causera peu ou point de gêne! ou bien elle peut revêtir la forme diphthéritique et devenir souvent mortelle. Dans le cours de l’année 1863, grâce à l’amabilité de M. Marson, je pus examiner au laryngoscope quelques malades de l’hôpital des varioleux : sur un sujet atteint d’une variole hémorragique, je trouvai des taches écchymotiques à la face postérieure (laryngée) de l’épiglotte, et sur la muqueuse qui recouvre les deux cartilages aryténoïdes ; chez un convalescent, on remarquait une pustule très nette occupant le bord libre de l’épiglotte ; et dans un aùtre cas, où le malade avait le corps entièrement couvert de pustules, je trouvais un larynx normal. Chez un malade atteint comme ce dernier je ne trouvais point de pustules, mais une congestion marquée de la muqueuse. Enfin j’ai rencontré parfois la face supérieure (linguale) de l’épiglotte couverte de pustules. Trousseau (2) cite l’observation détaillée de trois de ses malades qui moururent de suffocation. « Trois malades, dit-il, étaient arrivés au 12e jour d’une variole dont la marche avait été régulière, lorsqu’ils furent pris subitement d’un violent accès de suffocation qui les emporta avant même que l’on eût eu le temps de leur porter secours. Chez un de ces malades on trouva à l’autopsie des traces de lésions inflammatoires du larynx et quelques pustules de variole au dessous delà glotte. »

diaire, dans les formes discrètes, conserve à peu près son apparence normale l’évolution de ces pustules est plus rapide que sur la peau. [Note des Traducteurs).

(1) Loc. cit. p. 15 et suiv,

(2) Loc. cit. p. 16.

Dans un autre cas, (1) on trouva à l’autopsie de l’œdème des replis ary-épiglottiques avec un abcès ayant levolume d’un œuf de pigeon, situé entre le larynx et l’œsophage. Rhüle, qui fut témoin d’une grave épidémie de variole à Greifswald en 1856-57 et qui ne fit pas moins de U autopsies de malades ayant succombé à cette maladie, dit :(2) « Bien que j’aie vu des saillies analogues à des pustules, je pense néanmoins que la maladie du larynx a pour particularité essentielle d’être une inflammation croupale ou diphthérique » et l’auteur ajoute: « comme sur U cas je n’ai jamais trouvé une seule fois le larynx et la trachée dans leur état normal, je ne puis faire autrement que d’attribuer une certaine proportion de la mortalité à l’affection laryngienne. »

On pourra voir des exemples des complications diphthéritiques de la variole dans les musées des hospices St-Thomas, St-Barlholomée et dans d’autres collections. Deux fois j’ai constaté une paralysie des muscles adducteurs des cordes vocales à la suite de’ la petite vérole ; dans ces deux cas, le larynx fut atteint au même moment, et il est probable que lamaladie était de nature diphfhéritique.

Traitement. — Dans la forme bénigne les gargarismes émollients et les solutions légèrement astringentes rendent des services. On remédiera aux accès de suffocation, dus à l’œdème de la glotte, par des scarifications faites sur les parties de la muqueuse œdématiée, et dans les cas graves par la trachéotomie. Dans les formes diphthéritiques de la maladie le traitement est à peu près inutile, mais on peut employer localement les remèdes que nous avons déjà recommandés pour la diphthérie primitive.

(1) Trousseau : loc. cit. p. 20.

(2) Loc. cit. p. 247.

Latin Eq. Morbi gutturis inter febrem entericam.

Anglais Eq. — The throat affections of typhoïd fever.

German Eq. — Halsafféctionen beim Abdominaltyphus.

Italian Eq. — Le Malattie délia gola nella febbre tifoide.

Définition. — Les affections de la gorge dans la fièvre typhoïde sont de deux sortes : 1° une inflammation de la muqueuse du pharynx et du larynx pouvant se terminer dans ee dernier cas par de larges ulcérations ; 2° une diphthèrie secondaire.

Le pharynx n’est pas toujours atteint dans la fièvre typhoïde, et le poison sanguin détermine bien plus fréquemment une attaque de bronchite ou de pneumonie. La forme la plus bénigne et aussi la plus commune des complications pharyngiennes consiste en un simple, erythème de la muqueuse de la bouche et des piliers du voile du palais ; la maladie n’occasionne guère qu’un peu de sécheresse de la gorge, un peu de douleur à la déglutition ; puis les muqueuses reviennent peu à peu à leur état normal, à mesure que la convalescence du malade s’établit elle-même d’une façon définitive. Quelquefois on peut constater la présence de quelques vésicules d’herpès sur la muqueuse du pharynx et de la bouche ; elles sont accompagnées d’une douleur très vive à la déglutition. Cette maladie, qui n’est qu’une complication accidentelle, plus grave cependant que le simple érythème, se termine comme ce dernier par la résolution spontanée sans autre conséquence fâeheuse.

La diphthérie secondaire présente les mêmes signes physiques et les mêmes symptômes que l’affection primitive (1) ; lorsque cette complication apparaît dans le cours de la fièvre typhoïde, elle rend le pronostic de la maladie très grave.

Ainsi sur six cas mentionnés par Oulmont (t) cinq se sont

(1) Vide in Günburg’s: Zeitschrift, 1850, p. 155 (Pharyngo-Typhus).

(2) Act. de la Soc. des Hdp., 1859, 4e fasc., p. 30.

terminés par la mort; et Peter (1) établit que tous ceux qu’il a eu occasion d’observer se sont terminés fatalement.

Dans le larynx, on trouve comme d'ans le pharynx, la forme inflammatoire et la forme diphthéritique. Les lésions ont toutefois, comme l’a déjà fait remarqué le docteur Wilks (2), une grande tendance à se terminer par l’ulcération de la muqueuse. D’après Heinz? (3) sur 113 cas de fièvre typhoïde examinés à l’Institut pathologique de Leipzig, on trouva treize fois des ulcères dans le larynx. L’ulcération est parfois très étendue en surface, mais il est bien plus fréquent de la voir se creuser en profondeur et mettre à nu les cartilages. C’est généralement à la partie postérieure du larynx que l’on rencontre les lésions, à la partie inférieure lorsque le malade est couché, et l’on suppose qu’elles sont occasionnées, au moins en partie, par la position du malade; ce serait une véritable inflammation hypostatique, Néanmoins, les bords de l’épiglotte et les replis ary-épiglottiques sont aussi fréquemment ulcérés, et l’on attribue dans ces cas les lésions au frottement. On a souvent trouvé le cartilage cricoïde dénudé et d’une couleur gris noirâtre ; la paroi opposée du pharynx est en général plus ou moins décolorée. L’œdème peut quelquefois venir compliquer la maladie (4) mais le processus ulcéreux prend plus souvent naissance dans un dépôt typhique, le laryngo-typhus étant, d’après Rokitansky,

« le complément du typhus abdominal ».

Tobold (5) dit que l’ulcère de la fièvre typhoïde « commence sur la muqueuse par une simple tache congestive nettement circonscrite, devenant bientôt jaunâtre et déprimée, qui se creuse en profondeur dans les tissus et forme, après avoir perdu son épithélium, l’ulcère hypostatique (décubital-ulcer) (6) ; puis

(1) Dict. des Sc. mêd. Paris, 1864, vol. IV, p. 736.

(2) Trans. Path. Soc., vol. IX, p. 34, et vol. XI, p. 14.

(3) Die Kehlkopfsschwindsucht- Leipzig, 1879.

(4) C’est alors la forme de la laryngite dothiénentérique appelée ulcéro œdémateuse , par opposition aux laryngites simplement ulcéreuses, ou ulcéro-nécrosiques ( Note des Traducteurs).

(5) Tobold : Die Laryngoskopie, etc. Berlin, 1874, p. 207 et suiv.

(6) L’ulcération du larynx, dans la fièvre typhoïde, serait due, d’après M. Authenac ( Complicat . laryng. de la fièvre typhoïde, Th. Montpellier, J1878, p. 32), au passage des mucosités et à la disposition en coin et en goût-

le tissu disparaît peu à peu et le petit ulcère atteint graduelle ment la largeur d’un haricot ; ses bords sont en général irréguliers et d’aspect décoloré. » On dit aussi que les cartilages peuvent être atteints isolément par la maladie, c’est-à-dire avant que les tissus qui les recouvrent soient le siège d’aucune lésion; mais les états morbides du larynx dans lesquels il y a tendance à l’ulcération des cartilages sont si nombreux qu’il me paraît inutile de recourir à la théorie pour affirmer que ces tissus sont susceptibles d’être atteints indépendamment. Les autres altérations du cartilage seront décrites au chapitre intitulé « Périchondite laryngée ».

La diphthérie secondaire* n’est pas moins commune dans le cours de la fièvre typhoïde ; mais vu l’état inconscient du malade, elle passe souvent inaperçue pendant la vie et l’on ne constate sa présence qu’après la mort. Bien qu’elle débute souvent par le larynx et reste limitée à cet organe, la diminution de l’air inspiré se fait peu sentir, la moelle ayant perdu une grande partie de sa sensibilité. La gêne respiratoire est aussi moins prononcée parce que la maladie atteint généralement les adultes. La diphthérie survient rarement avant la fin du second septennaire.

Le pronostic est très grave, car l’état de prostration du malade ne permet d’employer ni les inhalations antiseptiques, ni les applications locales.

Traitement. — Dans l'affection catarrhale, les inhalalations calmantes seront utiles. Dans les formes diphthéritiques il est difficile d’instituer un traitement, et l’on aura comme dernière ressource la trachéotomie, qui dans ces cas est rarement suivie de succès.

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