‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 65 sur 146 · HYPERTROPHIE (TRACIIOMA) DES CORDES VOCALES · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE (TRACIIOMA) DES CORDES VOCALES

Dans les cas de laryngite chronique persistante, on observe quelquefois des lésions organiques importantes des cordes vocales.

Parmi ces dernières, il est assez commun de rencontrer un état de rudesse de leur ^surface, qui semble produit par une métamorphose dermoïde partielle de la membrane muqueuse (1). On a donné ,à cet état le nom de ehorditis tuberosa (2), ou trachoma des cordes vocales. L’affection paraît consister en une hypertrophie du tissu conjonctif, avec prolifération de ses noyaux (3). J’en ai rencontré quelques cas chez les chanteurs.

Us sont très tenaces, et défient souvent tout traitement, mais en général, un traitement prolongé par les remèdes locaux fortement astringents (perchlorure de fer, 8 grammes sur 30), ou caustiques (nitrate d’argent, 4 grammes sur 30) peut assurer la guérison (4).

La laryngite chronique, dans la région sous-glotlique, donne souvent lieu à un gonflement considérable des tissus situés au-dessous de la surface des cordes vocales. Lorsque l’af-

(1) Traité de Pathologie interne, vol. I.

(2) Türck. : Klinik der Krank. des Kehlkopfes, etc. Wien, 1866.

(3) Wedl. Ziemssen : loc. cit.

(4) Cette affection'peut se rencontrer à un degré plus ou moins avancé chez les personnes qui font un grand usage de la parole (crieurs publics, professeurs, prédicateurs, etc., etc.).

A l’examen laryngoscopique, les cordes vocales ont perdu leur aspect nacré, elles ont une teinte grisâtre et dépolie, elles sont bien souvent hérissées de petites saillies confluentes qui leur donnent un aspect irrégulier et surtout, elles sont augmentées dé volume, d’une manière quelquefois très notable. Alors au lieu d’être rubannées, elles sont devenues cylindriques se juxtaposant d’une manière incomplète au moment de la phonation.

Il est fort rare que les deux cordes soient atteintes au même degré; l’une d’elles est généralement beaucoup plus malade que sa congénère (Note des Traducteurs ).

fection est bien établie, la tuméfaction présente souvent l’apparence d’une seconde corde vocale, située immédiatement au-dessous de la vraie corde. Il existe parfois une interruption dans le gonflement, qui permet de voir la saillie se dessiner sur un certain espace, au-dessous de la corde vocale, puis un espace libre et au delà le gonflement qui reparaît au-dessous de la corde. La couleur du tissu hypertrophié est ordinairement d’un gris blanchâtre, elle est parfois rouge ; sa surface, quoique le plus souvent lisse, peut, dans des cas rares, présenter des ulcérations. L’enrouement est le premier symptôme de la maladie, mais l’aphonie complète apparaît bien souvent de bonne heure. On peut aussi rencontrer de la dyspnée, dès que le gonflement est un peu considérable, et quelquefois des accès de suffocation menaçants. Catti (1) a montré que ce symptôme est dû à ce que les cordes vocales sont en partie agglutinées entre elles par un mucus visqueux.

Rokitansky (2), qui le premier découvrit cet état particulier, en fit la description, et Czermark (3) publia peu de temps après les détails d’une observation dans laquelle il put diagnostiquer cette affection, au moyen du laryngoscope, chez une jeune fille scrofuleuse.

Turck (4) publia un cas semblable en 1866 et Schefïer (5) en fit connaître un autre en 1871. Dans la même année, Schroetter (6) en rapporta trois cas, et, en 1873, Gerhardt (7) décrivit cette maladie sous le nom de Chorditis voeatis inferior hypertrophica. Depuis cette époque, Burow (8) a publié six observations dans lesquelleslatrachéotomieavaitétéreconnue nécessaire ; Catti (9)

(1) Allgem. Wiener Med. Zeitung , 1878, n° 39, u.f.

(2) Jahrb. d. Palh. Anat., III, Aufl. bd. III, g 16.

(3) « Der Kehlkopfspiegel und saine Verwerthung f. Phys, und Med. » M. Aufl. Leipzig, 1863, § 87.

(4) « Klinilc der Krankheiten des Kehlkopfs und/ler Luftrôlire. » Wien, 1866, § 204.

(5) Wiener Med. Presse, n° 51, 1871, § 1313.

(6) « Laryegol. Mitlheiluugeu. » Jahresbericht, etc. VVien, 1871 ; et « Beitrag zurdiehandiung der Larynxslenosen. » Wien, 1873.

(7 ) Deutsch. Arch.f. Klin. Med. Bd. XI, 1876.

(8) Langenbeck’s Archiv. für Klin. Chirurgie. Bd, XVIII, 1875, g 2288

(9) Op. cit.

en a cité six exemples pris parmi ses malades, quatre d’entre eux furent suivis pendant longtemps et les deux autres ne furent visités qu’à de rares intervalles. D’autres observateurs ont aussi rapporté des exemples semblables, mais c’est au professeur Schroetter (1) que nous sommes redevables du plus important article qui ait été écrit sur ce sujet.

Cet article contient, en outre, un excellent résumé de nos connaissances actuelles sur ce qui a trait à cette affection.

On ne possède 'que des données très inexactes sur la nature de cette affection. On a cependant constaté que dans quelques cas, les malades sont d’une constitution scrofuleuse (2). La cause locale immédiate semble être l’inflammation persistante de la membrane muqueuse ; et le gonflement diffère peu de l’hypertrophie du repli interaryténoïdien, et de la paroi postérieure du larynx, que l’on rencontre fréquemment.

Quelquefois, comme le fait remarquer Schroetter, la maladie semble commencer dans le cartilage ou dans le périchondre, ces tissus sont en effet très souvent affectés, soit immédiatement au-dessous de la commissure antérieure des cordes vocales, soit sur la surface interne des côtés du cartilage cricoïde, il faut se rappeler que, dans cette situation, la membrane muqueuse est en contact direct avec le périchondre, tandis que partout ailleurs, le cartilage est plus ou moins protégé par l’interposition des muscles. Dans les trois autopsies que j’ai eu occasion de pratiquer, il y avait une affection du cartilage cricoïde et de l’un des cartilages aryténoïdes.

Ganghofner (3) pense que cette affection n’est qu’un des symptômes de la maladie déjà ancienne, décrite par Stoerk(4) comme

(1) Monatsschrift für Ohrenheilkunde, etc., n° 1?, 1878.

(2) Nous avons souvent rencontré cette forme de laryngite chronique sous-glottique, dans les affections laryngées, développées sous l’influence de diathèses bien avérées, et, en particulier, dans le cours de la tuberculose. Il est fort rare que l’affection existe seule et ne soit accompagnée de lésions intra-laryngées (gonflements, ulcérations), qui nous porteraient plutôt à décrire la laryngite sous-glottique et, en particulier, la forme œdémateuse, non comme une affection spéciale, mais comme un épiphénomène survenant dans le cours des maladies diathésiques localisées au larynx ( Note des Traducteurs).

(3) Ibid.

(4) Klinik der Krankheiten des Kehlkopfes. Hâlfte, I. Stuttgart, 1876.

« une blénorrhagie chronique de la membrane muqueuse du nez, du larynx et de la trachée. » Quoique le gonflement de la région sous-glottique se rencontre souvent, comme nous l’avons fait remarquer, sous la forme de blennorrhée, il est certain cependant qu’il peut se montrer d’une façon tout à fait indépendante de cette affection. Shroetter rejette, avec raison suivant moi, l’expression de « chorditis voealis inferior hypertrophiea » parce qu’elle localise d’une manière trop spéciale, un état pathologique que l’on peut rencontrer dans tout le larynx. Rokitansky regarde cette maladie comme une véritable induration des tissus muqueux et sous-muqueux.

La laryngite chronique sous-glottique n’est pas aussi rare qu’on le pense généralement, car de 1864 à 1872; mes collègues de l’hôpital pour les maladies de la gorge et moi, nous en avons observé dix-neuf cas, et j’en ai vu moi-même quatre cas à l’hôpital de Londres (1). Dans tous ces exemples, la maladie semblait limitée à la région située au-dessous des cordes ; elle était unilatérale dans seize cas, et bilatérale dans 7. Si je devais tenir compte des cas dans lesquels le repli interaryténoïdien était affecté, jepourrais en citer encore unplus grand nombre. Sur 5 de mes malades, le gonflement était en partie transparent, et pour cela sans doute oedémateux, mais dans les dix-huit autres, il paraissait solide.

Une fois la maladie bien établie, on n’aura pas de difficulté à la reconnaître ; la seule difficulté qui pourrait se présenter a trait à la densité du gonflement.

Dans les cas oedémateux, le gonflement qui a généralement les contours arrondis, ressemble à un polype nasal et ne peut être que difficilement confondu avec la forme hypertrophique, maladie qui est plus importante.

Dans toutes les affections sous-glottiques, le pronostic est relativement beaucoup plus défavorable que dans les affections sus-glottiques. Le même fait se produit dans les cas de tumeur bénigne, dans l’œdème et dans les rétractions cicatricielles.

(1) Depuis 1872, j’en ai obs9rvé un certain nombre de cas, malheureusement, je n ai pas pris des notes suffisantes pour les donner ici en détail. Mon collègue, le Dr Whistler, me dit qu’il a également vu plusieurs malades atteints dé celte affection.

La difficulté de faire un traitement local dans cette situation est tellement grande, qu’on n’aura pas de peine à comprendre pourquoi le pronostic est si défavorable. Les chances du malade pourront facilement se déduire de l’étude de mes vingttrois cas: M. Evans a pratiqué la trachéotomie sur trois d’entre eux (1866), et j’ai eu moi-même recours à cette opération dans deux cas, qui m’ont été adressés par le Dr Patrick Fraser. Plus tard, de 1866 à 1872 (inclusivement), j’ai pratiqué cinq fois la trachéotomie pour des cas analogues. Sur les neuf malades opérés, soit par M. Evans, soit par moi, deux d’entre eux purent, dans la suite, mettre la canule de côté. On avait pu se rendre maître de l'obstruction sous-glottique, simplement au moyen de mon dilatateur (fig. 60, page 364). Sur les sept autres, trois moururent successivement après 14, 19 et 27 mois. Sur les treize cas qui ne furent pas opérés, quatre, je crois, moururent sans trachéotomie, dans cinq cas, le gonflement disparut sous l’influence du traitement, et dans quatre autres, la maladie resta stationnaire pendant quelques mois et je perdis les malades de vue.

Pendant ces dernières années, j’ai eu bien moins souvent à pratiquer la trachéotomie, cela tient, je pense, à ce que j’ai reconnu plutôt la nature de la maladie.

On devra traiter la laryngite chronique dans la région sousglottique avec beaucoup de soins, il faudra la guérir, si c’est possible, avant que l’hypertrophie ne survienne. On devra recourir à la méthode de traitement recommandée dans la forme la plus commune de la laryngite chronique, et s’il venait à se produire dugontlement, on le traiterait en passant fréquemment des bougies, ou des tubes de caoutchouc vulcanisé, d’après la méthode que nous avons exposée au chapitre intitulé: « Périchondrite. «

Même s’il existe une dyspnée considérable, on devra insister sur le traitement, car nous avons montré que la gêne de la respiration est souvent occasionnée par des amas de mucus visqueux. Le mucus est chassé par le cathétérisme et le malade guérit en très peu de temps. La scarification peut-être très utile, et le cautère électrique a été bien souvent

Page 1