TABLEAU C
Observations prises à l’institut pathologique de Leipzig.
Phthisie pulmonaire.
Ulcérations laryngées.
Au-dessous d’un an .
De 1 à 10 .
De 11 à 20 .
De 21 à 30 .
De 31 à 40 .
De 41 à 50 .
De 51 à 60 ...... .
De 61 à 70 .
Age inconnu . - .
(1) Aucun des cas contenus dans le tableau A ne se trouve dans le tableau B.
PHTHISIE LARYNGÉE
Quoique mes statistiques ne contiennent qu’un seul cas de phthisie laryngée chez un enfant au-dessous de 10 ans et celles de Heinze 4 seulement, j’en ai encore observé 3 autres chez des enfants de 5 à 10 ans, et 4 entre 10 et 15; et Rheiner (1) en a cité un chez un enfant de 4 ans.
En poussant plus avant les recherches sur l’étiologie de cette maladie, les difficultés augmentent, car l’on n’a pas encore pu déterminer les motifs de ce dépôt secondaire dans le larynx. Tout en maintenant que l’ulcération, lorsqu’on la rencontrait, était due à l’action destructive des crachats pulmonaires, Louis (2) admettait cependant que l’ulcération n'avait aucune relation avec les qualités irritantes de l’expectoration, et qu’il existait bien des cas de destruction très étendue des poumons, et d’anciennes cavernes tuberculeuses sans aucune ulcération laryngée. D’autres médecins ont fait remarquer en outre, que les ulcérations laryngées se 'montraient quelquefois avant la formation des cavernes, et d’autres fois, sans qu’il y ait eu presqu’aucune expectoration. On a prétendu qu’on ne rencontrait pas l’ulcération du larynx dans les cas de gangrène pulmonaire où le pus était probablement d’une nature plus irritante, mais il ne faut pas oublier que la gangrène se montre de préférence chez 1^> sujets non-scrofuleux que chez les autres, aussi cet argument tombe-t-il de lui-même.
Bien plus, le fait que les ulcérations dans le larynx sont disséminées est en opposition’avec la théorie qui voudrait que l’affection fût occasionnée par le mucus expectoré, puisque ce dernier est en contact avec toutes les portions du larynx. L’idée que la maladie peut naître sous l’action corrosive des crachats n’a plus sa raison d’être après les recherches anatomo-pathologiques de Heinze qui établissent(voir Anatomie pathologique) que le processus destructif commence à l’intérieur des tissus et non pas au dehors. La théorie de Rheiner (3), d’après laquelle l’ulcération serait due au frottement, a également été combattue par Heinze ; suivant 'cet auteur, l’inflammation catarrhale qui
(1) Loc. cit.
(2) Op. cit.
(3) Loc.^cit,
PHTHISIE LARYNGÉE
précède presque toujours l’ulcération, empêche les cordes vocales de se rapprocher, et les apophyses vocales que Rheiner donne comme le siège presque constant de la maladie, ne viennent pas, en réalité, se mettre en contact l’une avec l’autre. Nous pourrions ajouter que la face inférieure et la base de l’épiglotte, relativement indemnes de tout frottement, sont plus fréquemment atteintes d’ulcération tuberculeuse que les bords, qui y sont plus exposés.
Quelques médecins supposent que les efforts constants de toux (hacking cough), symptômes caractéristiques de l’affection tuberculeuse des poumons, peuvent occasionner le développement du processus morbide dans le larynx (1). On ne peut cependant invoquer cette cause de la production de la phthisie laryngée, qu’en se plaçant à un point de vue purement théorique.
Dans quelques cas, le tubercule secondaire se développe dans les intestins, d’autres fois, c’est le larynx , les freins ou la rate qui sont atteints secondairement ; mais la raison pour laquelle le ^tubercule, dans un cas donné, affecte une préférence pour un organe plutôt que pour un autre , se trouve dans la faiblesse de l’organe atteint. La faiblesse du larynx peut être ou congénitale ou acquise, suivant que cet organe aura été fréquemment le siège d’affections inflammatoires d’un caractère plus ou moins prononcé. C’est ainsi qu’un grand nombre de malades atteints de phthisie laryngée ont vu leur affection débuter à la suite d’un catarrhe grave.
L’usage exagéré et continuel de l’organe de la voix, comme chez les crieurs publics, les chanteurs, les commissaires-priseurs, les militaires, les officiersde marine, etc., est susceptible de produire une faiblesse chronique. On peut alors chez ces malades, voir survenir une affection laryngée spéciale qui, dans le cas où ils sont tuberculeux, se complique parfois de phthisie laryngée.
Le Dr Marcet (2) n’a toutefois pas constaté dans ses 70 obser-
(1) Dict. des sciences médic., Paris, 1868, art. « Larynx » par Krishâber et Peter, p. 666.
PHTHISIE LARYNGÉE
vations que l’usage excessif de la voix fût une cause fréquente de cette affection ; mais il en fait plutôt remonter l’origine à des occupations sédentaires, qui seraient, comme je l'ai moi-même établi (voir Laryngite, Catarrhe), une cause prédisposante habituelle à l’inflammation subaiguë du larynx.
Pour revenir à la question de la possibilité du dépôt tuberculeux primitif dans la membrane muqueuse du larynx, j’utiliserai encore les remarquables travaux de Heinze. Ce savant pathologiste ne s’est pas contenté de réunir et d’analyser les observations de l’Institut anatomo-pathologique de Leipzig, recueillies pendant plusieurs années; mais il a fait encore dans l’année 1876, les recherches les plus minutieuses sur 50 sujets morts de phthisie pulmonaire : Il a trouvé l’ulcération tuberculeuse du larynx ou de la trachée 47 fois, et il ne semble pas que dans aucun cas, le dépôt du larynx ou de la trachée ait précédé l’invasion de la maladie dans le poumon.
« On n’a jamais publié aucun cas de phthisie primitive du larynx, dit-il, dans lequel l’autopsie ait démontré qu’il y eût une vraie phthisie laryngée primitive, avec, des poumons intacts. » Il faisait remarquer « que le tubercule a pu se déposer d’abord dans le larynx, puis dans les poumons ; mais que ce fait est difficile à établir, puisque l’on ne peut observer ces cas de phthisie laryngée que lorsque le malade a succombé à une autre affection que celle des poumons ou par suite de quelque accident.
En général, la tuberculose pulmonaire paraît être à l’autopsie beaucoup plus avancée et de date plus ancienne que l’affection laryngée. J’ai publié autrefois quelques observations que je croyais être des cas de phthisie laryngée rencontrés chez des malades ayant des poumons sains, mais je dois avouer que mon opinion reposait simplement sur les apparences observées à l’œil nu et non sur l’examen histologique.
Symptômes. — On ne trouve pas au début de l’affection, des symptômes bien caractéristiques. On observe, il est vrai, les phénomènes ordinaires de la laryngite chronique, mais les symptômes laryngés sont masqués dans une certaine mesure par ceux qui dépendent de l’affection pulmonaire. Le tableau
PHTHISIE LARYNGÉE ' 505
suivant est destiné à établir la fréquuence proportionnelle de quelques-uns des symptômes :