OBSERVATIONS DE LUPUS DU LARYNX
I. — Mou collègue, M. Gooper,me priaeu mars 1869, de vouloir bien examiner avec lui Thomas P., âgé de quatorze ans, qui se plaignait d’une gêne à la déglutition. Je le trouvai atteint d’une ulcération destructive des ailes du nez et d’un épaississement avec ulcération considérable des lèvres. On voyait entre le nez et la bouche un tissu cicatriciel dense et blanc. Voici l’historique de ce cas: le nez avait commencé à gonfler neuf ans auparavant, et quinze jours après était survenu une ulcération qui détruisit rapidement une portion de l’organe et s’étendit sur les lèvres. Le malade raconta qu’il avait été souvent à l’hôpital de Guy (Guy’s hospital) et qu’on lui avait fait plusieurs fois des applications d’acide nitrique après l’avoir
Fig. 98. — Lupus du larynx montrant le gonflement et l’ulcération de l’épiglotte
chloroformé; traitement qui avait cicatrisé la portion s’étendant entre le nez et les lèvres; mais il avait encore une ulcération béante s’étendant de l’aile droite du nez sur la cloison et presque tout le bord supérieur de la lèvre supérieure, il était venu à l’hôpital de Londres pour consulter à ce sujet. Le malade avait la voix rauque et nasonnée, il se plaignait que souvent « ce qu’il prenait passait de
(1) Nous pensons que le traitement iodé, intuset extra, pourra également donner de bons résultats (voir article « Angine scrofuleuse, » p. 166). — (Note des Traducteurs).
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travers ». On fit un examen complet pour découvrir les traces de syphilis ou de phthisie, mais les poumons étaient sains et M. Cooper me dit que l’iodure de potassium n’avait produit aucun résultat. Le pharynx et les narines postérieures étaient saines, mais à l’examen laryngoscopique je trouvai l’épiglotte uniformément épaissie avec une ulcération centrale située le long de son bord libre : les replis ary-épiglottiques étaient aussi légèrement gonflés (flg. 98). Il n’y avait aucun signe caractéristique de lupus et si le malade n’eût pas été atteint de lupus de la face, j’aurais certainement attribué l’affection laryngée à la syphilis tertiaire. Cependant en raison des symptômes observés du côté de la face, je ne doutai pas un instant que le gonflement de l’épiglotte ne fût le résultat du lupus. Je vis le malade deux ans après et je trouvai qu’à la suite du traitement de M. Cooper, consistant surtout en applications locales d’acide nitrique concentré, et de l’usage interne de l’huile de foie de morue, l’ulcération cutanée s’était cicatrisée, sauf au côté gauche de la bouche où il existait encore une petite ulcération. L’état du larynx n’avait pas changé depuis mon premier examen, et son ulcération ne s’était ni cicatrisée, ni accrue.
IL — Élisabeth B., née à Cork, âgée de 18 ans, vint me consulter en juin 1877 pour une difficulté de la déglutition et un léger enrouement. Tout le côté gauche du nez jusqu’à l’angle interne de l’œil gauche avait été détruit par l’ulcération qui datait de 6 ans, mais ne s’était pas cicatrisée, si ce n’est dans la portion cartilagineuse de la cloison. La malade me dit que quelques années auparavant on avait appliqué sur sa figure un acide concentré qui lui avait fait beaucoup de bien.
Fig. 99. — lupus du larynx, montrant des tumeurs molluscoïdes sur l’épiglotte
A l’examen de la' gorge, on voyait la luette considérablement épaissie et gonflée mesurant environ deux centimètres de long et de large. Les piliers postérieurs de l’isthme du gosier étaient tellement gonflés qu’ils atteignaient le volume du pouce d’un homme, laissant seulement un espace étroit (environ un centimètre) de visible sur la paroi postérieure du pharynx. En faisant l’examen laryngoscopique je vis l’épiglotte gonflée, pendante et immobile, sa partie droite était recouverte d’une excroissance en forme de « molluscum » et son centre rempli par une cicatrice lisse et légèrement déprimée (flg. 99). La tuméfaction générale ne laissait voir
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qu’une portion des cartilages aryténoïdes ; la membrane muqueuse était légèrement tuméfiée. On la traita par des doses massives d'iodure de potassium et des insufflations de poudre de bismuth pendant six semaines sans obtenir aucun résultat. La malade ne fut pas perdue de vue pendant sept mois, durant lesquels on employa différents remèdes locaux, mais sans qu’il me fut possible de remarquer 'un changement quelconque dans l’état du pharynx ou du larynx (1).
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Latin Eq. — Lepræ veræ laryngis.
Anglais Eq. — Leprosy of the Larynx (Elephantiasis Græcorum).
Allemand Eq. — Aussatz des Kehlkopfs.
Italien Eq. — Lepra délia laringe.
Définition. — On donne ee nom à l’infiltration du tissu laryngé par un tissu granulo-tubereuleuæ, produisant généralement l’uleération destructive d’une partie. L’affeetion ne se montre qu'à la suite de la lèpre généralisée.
Symptômes. — Les recherches de Virchow (2) ont prouvé que, même au moyen âge, l’enrouement et la dyspnée étaient déjà tellement bien considérés comme des symptômes de la
(1) J’ai observé récemment un cas de pharyngo-laryngite scrofuleuse, ayant la plus grande analogie avec le lupus classique de ces parties, bien que la malade n’eût aucune trace d’affection cutanée. C’est une jeune Allé de treize ans, qui m’a été adressée par un de mes confrères des environs de Bordeaux, M. le docteur Martinet ; cette jeune fille dont l’épiglotte est remplacée par deux tubercules rosés ayant chacun environ le volume d’un petit pois, présente une région aryténoïdienne épaissie, granulée et comblant presque entièrement l’orifice glottique qui est réduit à une fente ovalaire mesurant à peine 8 millimètres de long et quatre de large. Cette ouverture ne subit que de légères oscillations pendant les mouvements respiratoires. La déglutition, au début très difficile, est aujourd’hui relativement facile, la voix est rauque, car la lésion est entièrement sus-glottique. L’état général est assez mauvais et la poitrine peu développée, à cause de l’apport insuffisant d’oxygène dans les poumons; du côté du pharynx existent des trainées de cicatrices blanches, nodulaires et une partie du voile du palais est adhérente au pharynx. (Dr E.-J Moure).
(2) Die Krankhaften Geschwülste. Bd. II, p. 519.
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lèpre, qu’il suffisait d’avoir la « vox rauca » pour qu’on vous stigmatisât du nom de lépreux. Depuis l’introduction du laryngoscope, beaucoup de praticiens, qui ont observé des cas de lèpre généralisée, ont fait un examen spécial pour s’assurer de l’état du larynx. Parmi euxWolff (1), Gibb (2), Scliroetter (3) et Elsberg (4) nous ont donné des observations détaillées, et je puis, de mon côié, en ajouter trois autres qui me sont personnelles. Wolff, à Madère, a trouvé un catarrhe chronique du larynx avec un gonflement considérable et une grande vascularisation de l’épiglotte. La membrane muqueuse des cartilages aryténoïdes et des bandes ventriculaires étaient d’un bleu rouge sombre, très tuméfiées et apparemment détachées du tissu sous-muqueux. Les cordes vocales étaient, gonflées et d’une teinte rouge jaunâtre. Il existait, en outre, de petites tumeurs papillaires dans les différentes portions du larynx ; mais rarement sur les cordes vocales. On pouvait en même temps reconnaître au laryngoscope les parésies musculaires qui gênaient la phonation et à la respiration.
Dans l’exemple de Gibb, il existait une perte de substance considérable de l’épiglotte et des cordes vocales, en même temps qu’un gonflement assez étendu des autres parties du larynx. Schroetter découvrit des tubercules isolés ou un gonflement uniforme des différents tissus du larynx.
Dans quelques cas, la sténose laryngée était tellement considérable que le calibre du canal était réduit au diamètre d’une mine de plomb ordinaire.
Dans le cas d’Elsberg, l’épiglotte était énormément gonflée et recouverte de masses tuberculeuses tandis que des excroissances plus petites occupaient les replis ary-épiglottiques. Dans mes observations, il existait un gonflement général de l’épiglotte, et chez un de mes malades, l’opercule était très œdématié et l’on voyait deux petites ulcérations près de son centre (fig. 100), mais je n’ai jamais rencontré de tubercules bien apparents.
(1) Virchov’s : Archiv., Bd. XXVI, p. 44, 1863.
(2) Diseases of the Throat, p. 272, London. 1864.
(3) Largngologische Mitlheilungen,U, p. 84, 1874.
l/d Elsberg and Rico : New York Med. Record, vol. XV, n° 1 .
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Anatomie pathologique. — D’après Virchow (1), le processus pathologique, dans la lèpre du larynx, consisterait en un développement sur la membrane muqueuse de granulations, pouvant à peine se différencier des condylômes syphilitiques ou des abcès folliculaires ; elles sont cependant beaucoup plus dures et plus vasculaires. Dans quelques cas, il n’existe pas de tubercules, mais on trouve une infiltration d’un gris blanchâtre, sans ulcération de la muqueuse et du tissu sous-muqueux. Il y a tendance à l’ulcération, mais la marche de la maladie est tellement lente, que, dans quelques cas, quoiqu’elle soft progressive, elle n’atteint cependant pas ce degré (2). Dans l’observation de Virchow, la base de l’ulcération était formée d’un tissu tendineux induré qui pénétrait profondément dans les tissus environnants.
Les granulations externes ont une grande ressemblance avec les tissus de nouvelle formation que l’on rencontre dans le lupus, elles sont formées histologiquement de simple tissu connectif étoilé et en forme de faisceaux. Par la division active des cellules et des noyaux, la substance intercellulaire s’oblitère bientôt ou se résorbe jusqu’au moment où la composition normale du tissu disparaît. L’infiltration des cellules morbides a un caractère proliférant très marqué, chaque cellule est ronde, pâle, légèrement granuleuse, faiblement destructible et possèdent ordinairement un gros noyau granuleux et un nucléole. La grande majorité de ces cellules sont d’un volume supérieur aux corpuscules rouges, mais quelques-unes atteignent les dimensions des plus grands corpuscules muqueux
Diagnostic. — Le diagnostic de la lèpre laryngée est facile, car cette affection ne frappe les parties internes que dans le cas où le malade est atteint de lèpre généralisée.
Pronostic. — Le pronostic est défavorable, les symptômes laryngés ne constituant qu’un petit épisode de la terrible affection générale atteignant le système cutané.
Traitement. — 11 serait téméraire, dans l’état actuel de nos
(1) Loc. cit.
(2) Thomas : Beitriige, z. Path. Anat.,d. LepraArab. Vircho-w’s : Ar cfiiv., Bd. LVII, p. 455, 1873,
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connaissances.de proposer des mesures radicales pour la guérison de cette maladie. Les différents accidents locaux doivent être traités d’après les règles générales que nous avons formulées aux articles : Laryngite chronique et Œdème du larynx. Si la dyspnée est urgente, il faudra pratiquer la trachéotomie.