CONSIDÉRABLE ET UNE LÉGÈRE ULCÉRATION
Le pharynx montrait un léger gonflement du côté droit et surtout du pilier postérieur droit qui se projetait au milieu, jusqu’au niveau de la luette et empêchait de voir les fosses nasales en arrière. L’épiglotte était considérablement tuméfiée et œdématiée, surtout du côté gauche, et on voyait sur le bord libre de l’opercule, près de
son centre, deux petites ulcérations. Il n’existait pas, du reste, de tubercules distincts.
III, — A... E..., âgé de vingt-cinq ans, frère du dernier malade, et marin comme lui. Le nez et les lèvres sont gonflés et couverts de petits tubercules ronds et brillants. Les poils des sourcils et delà barbe sont tombés. La voix est enrouée, mais il n’éprouve pas de difficulté pour avaler. Les papilles de la base de la langue sont énormément hypertrophiées. La luette est gonflée : on voit trois petites ulcérations sur la paroi postérieure du pharynx.
Au laryngoscope, on trouve un état légèrement congestif avec un peu de gonflement de la membrane muqueuse du larynx. Il n’y a ni ulcération, ni tubercules.
Laün Eq. — Fracturæ cartilaginum laryngis. Luxaturæ laryngis.
Anglais Eq. — Fractures and Dislocations of the Larynx. Allemand Eq. — Fracturen und Verrenkungen der Kehlkopfsknorpel.
Italien Eq. — Fratture e lussazioni delle cartilagini délia laringe.
Fractures. —Ces accidents se produisent rarement ; cependant certains auteurs sont parvenus à en recueillir un nombre considérable provenant de sources différentes (1).
En 1868, Hénoque (2) publia une monographie basée sur l’étude de 52 cas comprenant tous ceux qui avaient été mentionnés avant lui dans la littérature médicale. Il semble que le larynx ne puisse pas être fracturé par violence, à moins qu’il ne soit appuyé dans une certaine mesure contre la colonne vertébrale, lorsque, par exemple, le corps est en supination (3); car
.(f) Voir Gurlt : Handbuch der Knochenbrüche, p. 316 ; aussi Hénoque : Gazette hebdomad ., 1868, n° 39, 40.
'2) Ibid.
(3) J’ai eu l’occasion d’observer un cas assez intéressant de fracture du larynx, produite dans ces dernières conditions. C’était chez un palefrenier âgé d’environ 40 ans, qui reçut, au-devant du larynx, au niveau de la pomme
la mobilité de l’organe et l’élasticité de ses cartilages, lorsque le cou n’est pas fixé, empêchent qu’il ne soit frappé directement et ne permettent pas la contusion des parties molles (1). Le larynx peut se fracturer lorsqu’il est garotté, non par pression en arrière contre la colonne vertébrable, mais par la compression latérale des ailes du cartilage thyroïde. Il est probable que l’ossification du cartilage rend le larynx plus fragile et plus apte à se briser par la violence. Comme le fait observer judicieusement le docteur Panas (2), la sénilité prématurée, produite soit par l’alcoolisme ou toute autre cause, prédispose les cartilages aux funestes conséquences des coups. Le thyroïde est de tous les cartilages celui qui se fracture le plus souvent ; mais lorsque le cricoïde est atteint, les désordres sont plus étendus et plus graves.
Étiologie. — L’analyse d’Hénoque, pour ce qui a trait à la cause et au siège exact de ces désordres, montre que 15 fois ils sont la conséquence de violences faites par compression manuelle, 26 fois de chutes, d’accidents causés par des machines et des véhicules roulants, 14 fois de pendaison, 5 cas survinrent par une cause inexpliquée czhedes fous qui portaient des gilets serrés, 23 fois le thyroïde était seul fracturé, 7 fois le cricoïde seulement, et dans 7 autres, les deux cartilages à la fois, tandis que dans les autres cas, l’os hyoïde, le larynx et la trachée étaient également atteints.
Symptômes. — Les symptômes des fractures du larynx varient considérablement suivant l’étendue du mal causé aux cartilages et aux parties molles qni sont en rapport avec ces derniers. Je n’en ai rencontré qu’un seul cas :
Le malade dont il s’agit était acrobate de profession, et, tandis
d’Adam, un coup de pied de cheval. Il se produisit un enfoncement et une fracture du cartilage thyroïde, dont le malade a parfaitement guéri, no conservant qu’une raucité de la voix assez prononcée, due à renfoncement delà partie médiane du corps thyroïde, qui empêche les rubans vocaux do se tendre (DrE.-J. Moure).
(1) Voir les expériences de Keiller : Edin. Med. Journal, 1856, p. 824 ; Cavasse, Gazette hebdom., 1861, p. 372 ; Helwig : Casper’s Viertoljahrschrift, 1861, Bd. XIX, p. 340, et Gurlt : loc. cit.
(2) Annales des maladies de l’oreille , etc., mars 18*8,
qu’il était étendu à plat sur le plancher, un de ses collègues lui avait sauté sur le cou ; il avait répété ce tour plusieurs fois auparavant sans inconvénient, mais cette fois par hasard, il ressentit une grande douleur, et bientôt après il eut un sentiment de constriction à la gorge, accompagné d’une grande difficulté à la déglutition.
Je le vis trois jours après l’accident, au mois de juillet 1865. Le cartilage thyroïde était fracturé sur la ligne médiane. Les parties molles au-dessus de la portion antérieure du larynx n’étaient point tuméfiées, mais seulement un peu ecchymosées. On pouvait faire mouvoir facilement sur elles-mêmes les deux ailes du cartilage qui donnaient lieu à une crépitation distincte. On voyait au laryngoscope un œdème et une rougeur considérables de l’épiglotte. Le malade souffrait d’une aphonie complète accompagnée de dysphagie.
Des bandes de sparadrap furent appliqués transversalement sur le cartilage thyroïdeetl’épiglottefut scarifiée. Quelques jours après le malade pouvait avaler facilement ; mais l’enrouement persista pendant 6 semaines ; à ce moment les cartilages étaient complètement unis et il n’existait pas trac.e de fracture.
Les symptômes habituels de la fracture du larynx sont la dyspnée, la toux, l’expectoration de mucosités teintées de sang, une douleuretune sensibilité locale plus ou moins vive. On observe quelquefois également l’emphysème du cou, et, dans quelques cas, l’air peut pénétrer dans le tissu cellulaire de la poitrine, du dos et même plus loin. Si l’on fait mouvoir les cartilages fracturés on perçoit la crépitation lorqu’ils viennent à frotter l’un contre l’autre, mais si les fragments des bords fracturés sont emboîtés l’un dans l’autre, ils occasionnent une déformation très appréciable.
Pronostic. — Les fractures du larynx sont toujours accompagnées d’un danger considérable, car la violence qui les produit est généralement grande et le dommage causé aux tissus mous considérable. Si nous en jugeons par les observations d’Hénoque, la fracture du cartilage cricoïde a presque toujours une terminaison fatale, mais si la trachéotomie était faite immédiatement on pourrait sauver quelques-uns des malades.
Traitement. — 11 sera utile de pratiquer la trachéotomie aussitôt que possible, à moins que les symptômes ne soient très légers, car bien que la marche de l’affection paraisse favorable, le malade peut cependant succomber tout à coup en
faisant le plus petit mouvement (1). Hüter (2) va jusqu’à dire qu’aussitôt la fracture du larynx reconnue on doit pratiquer la trachéotomie, et que même dans les cas où le diagnostic ne serait pas absolument certain on devrait quand bien même pratiquer cette opération. «Dans aucun cas, dit-il, le médecin ne doit attendre l’arrivée d’un accès de suffocation, ce dernier pouvant survenir subitement. » Si les cartilages sont très écrasés on fera peut-être bien de laisser tout le larynx ouvert et de s’efforcer de replacer les fragments dans leur position normale.
Le docteur Panas (3) conseille, dans le cas où la trachéotomie est nécessaire, de maintenir en contact les fragments de cartilage fracturés et de préserver l’entrée du canal laryngien en introduisant dans le larynx par l’ouverture de la trachée une petite boule de caoutchouc, que l’on gonfle ensuite en l’insufflant. S’il existait une tuméfaction inflammatoire considérable, on appliquerait des sangsues au niveau du cou. La glace intus et extra peut également rendre des services. Enfin si les désordres étaient extrêmes, on pourrait tenter l’extirpation ou la résection du larynx.
LUXATIONS DU LARYNX
Nous parlerons un peu plus loin des luxations qui se font entre le larynx et l’os hyoïde nous bornant à décrire ici les luxations intra-laryngées dont Sidlo (4) et Stoerk (5) ont rapporté des exemples. Dans le cas cité par Sidlo les deux cartilages aryténoïdes étaient luxés en avant et en bas, de sorte que leurs corps occupaient une position horizontale. La luxation semble avoir été le résultat d’un rétrécissement produit par une cicatrice syphilitique occupant la surface postérieure du cartilage cricoïde.
Dans les deux cas de Stoerk le cartilage aryténoïde gauche
(1) Voir l’exemple cité par Fredet: « Quelques considérations sur les fractures traumatiques du larynx. » Paris, 1865, p. 5.
(2) Pilha und Billroth’s Handbucli. Erlangen, 1871, p. 12.
(3) Op. cit. p. 4.
(4) Ziemssen’s Cyclopædia , vol. VII, p. 968.
(5) Wiener Med. Wochenscrift, n° 50, 1878.