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FRACTURE ET LUXATION DE L'OS HYOÏDE

semblait chaque fois luxé transversalement en dedans et il existait en même temps une tuméfaction considérable du cartilage affecté. Les deux malades étaient des hommes qui avaient conservé la voix de fausset de leurs jeunes années. Chez l’un des malades la luxation semble avoir été le résultat d’un rétrécissement cicatriciel survenu à la suite de la diphthérie ; chez l’autre la cause était inconnue.

ÉVERSION DES VENTRICULES

L’éversion de l’un ou des deux ventricules est une des formes rares de la luxation. On n’en connaît que trois exemples (1) et encore un seul d’entre eux (celui du Dr Lefferts) (2) a été reconnu pendant la vie. Dans ce dernier cas les deux ventricules étaient abaissés et celui du côté gauche était énormément hypertrophié.

L’accident semble être survenu pendant le sommeil, et 20 ans avant que le malade ne vint consulter le Dr Lefferts. Ce malade était resté enroué depuis cette époque, et il souffrait en outre d’une dyspnée considérable. Le Dr Lefferts put le guérir en pratiquant. la thyrotomie et en extirpant les ventricules renversés.

Latin Eq. — Fracturæ et luxaturæ ossis hyoides.

Anglais Eq. — Fracture and dislocation of the Hyoid Bone. Allemand Eq. — Fracturen und Verrenkungen des Zungenbeins.

Italien Eq. — Fratture e lussazioni dell’ osso ioide.

Fractures. — L’os hyoïde se fracture quelquefois et on a cité plusieurs exemples de cet accident qui est cependant trèsrare, et dont aucun médecin n’a rencontré plus d’un cas. Gibb (3)

(1) Mackenzie : Growths , etc., p. 34.

(2) New-York , Med. Rec. Juin 3, 1876.

(3) « On Diseuses and Injuries of the Hyoid or Tongue Bone. » London 1862. Voir aussi : Pitlia and Billrolh’s Arc, hiv., vol. III , « Fracturen des Kehlkopfs ».

ao6 FRACTURES ET LUXATIONS DE L’OS HYOÏDE

a traité ce sujet d’une manière complète dans une monographie basée sur l’examen de treize cas tirés de différentes sources. Il semble que les cornes soient les seules parties de l’os qui puissent être fracturées, du moins chez les adultes, puisque le corpsdel’os n’était fracturé que dans uncasseulementsurtreize. Dans les autres exemples on a trouvé la corne droite fracturée trois fois, et la gauche cinq fois. Dans un de ces cas les deux grandes cornes étaient fracturées, tandis que dans deux autres la nature précise des lésions n’était pas déterminée. La fracture de l’os hyoïde est généralement produite parla compression manuelle exagérée, comme dans l’action de garotter et de pendre; ou par la violence directe comme dans une chute ou un choc sur le cou. L’os peut encore être fracturé par l’action forcée des muscles sur un point déterminé (1).

Symptômes. — Pour ce qui a trait aux symptômes, il existe ordinairement une douleur considérable dans le cou et une certaine difficulté pour tourner la tête. On remarque également une odynphagie extrême. La voix est généralement très affectée et le malade ne peut parler sans douleur, ni sans efforts, parfois même la lésion occasionne un rétrécissement de la glotte assez considérable pour produire la mort par asphyxie. A l’examen de la gorge on trouve les fragments très écartés, la crépie tation est rare.

Le gonflement, l’ecchymose et même les lacérations de la membrane muqueuse de la bouche se rencontrent avec plus ou moins de fréquence. L’observation suivante montre assez bien les détails de cette lésion :

En novembre 1864, un malade se présente à l’hôpital pour les maladies de la gorge, avec une dyspnée extrême, de la dysphagie et une douleur vive à la gorge. Cet homme était maçon de son état, il était tombé le jour précédent d’une hauteur de trente-cinq pieds de l’échafaudage d’une maison. 11 avait une plaie au côté droit de la figure et une contusion à l’épaule droite, il ne croyait pas avoir d’autre lésion. Il existait un gonflement considérable et un peu de rougeur entre la mâchoire et le cartilage thyroïde du côté droit, et en faisant un examen attentif du cou, on voyait d’une manière évidente la grande corne de l’os hyoïde du côté droit séparée du corps

(1) Gibb : op. c.it,

FRACTURES ET LUXATIONS DE l’0S HYOÏDE SS7

de l’os. La douleur était telle que le malade ne pouvait tirer la langue au dehors de la bouche, et qu’on ne pouvait pratiquer l’examen laryngoscopique.

On appliqua six sangsues sur le point douloureux, mais il ne fut pas possible d’essayer la réduction car chaque tentative était accompagnée d’une douleur intense. Le jour suivant le malade était dans l’impossibilité d’avaler, et il fut nécessaire de le nourrir avec la sonde oesophagienne. On continua ainsi pendant onze jours jusqu’à ce que le malade fut suffisamment en état d’avaler. Un mois après l’accident l’os fracturé était consolidé et le cal était assez volumineux pour combler l’espace compris entre les fragments de l’os fracturé.

Traitement. — Le traitement des fractures de l’os hyoïde est assez indiqué par l’observation précédente. La saignée locale est conseillée s’il existe beaucoup de gonflement. L’on devra en outre recommander au malade de garder strictement le repos et le silence. On lui administrera des calmants et même des lavements nutritifs, si c’est nécessaire. S’il survenait des symptômes d’asphyxie, il faudrait recourir à la trachéotomie; mais s’il n’existe qu’une oedème léger il suffira de faire la scarification de la partie interne du larynx. Si l’inflammation locale est considérable, le malade sucera continuellement de la glace, ou bien on fera des application froides à la partie externe du cou,

luxations. — Elles doivent se rencontrer rarement ; mais comme les symptômes ne sont pas très manifestes, cet accident doit souvent passer inaperçu. Gibb (1) en a réuni plusieurs cas dont quelques-uns observés par lui.

Les causes de la luxation semblent être dues le plus souvent à un relâchement des muscles et des tissus qui permettent une exagération des mouvements. Cet accident peut être le résultat d’un effort violent, mais il a plus de chances de se produire lorsque les tumeurs du cou empiètent latéralement sur l’os hyoïde. Dans plusieurs des exemples cités, la luxation semble avoir affecté un caractère presque chronique, avec une tendance continuelle aux récidives pendant la vie du malade.

J’ai rencontré trois cas de luxation de l’os hyoïde. Deux d’entre eux avaient été occasionnés par la pression d’une tu-

(1) Op. cil.

muer cancéreuse lymphatique. Le troisième cas survînt chez un pasteur (clergyman) qui pouvait provoquer l’affection comme il le voulait (1), elle se reproduisait aussi malgré lui. Ces déplacements ne produisaient jamais de symptômes locaux bien sérieux. Il n’existait pas de dysphagie, mais un simple enrouement qui aurait pu être produit par d’autres causes.

On trouve dans les musées d’anatomie de nombreuses préparations destinées à montrer le déplacement de l’os hyoïde par les tumeurs de cou telles que les goitres (2), les tumeurs malignes de la langue (3), du pharynx (4), et de l’œsophage (5). Dans un cas présenté à la Société pathologique (6) et rapporté par Gibb, on voyait un cancer aussi gros qu’une orange situé audessus et à droite du cartillage thyroïde et recouvrant son aile droite. Le corps de l’os hyoïde était poussé obliquement vers le côté gauche du cartilage thyroïde, sa corne droite était portée en haut, tandis que sa corne gauche reposait sur le bord supérieur du cartilage thyroïde.

La luxation peut facilement se réduire en rejetant la tête en arrière, en relâchant la mâchoire inférieure et en pratiquant une légère friction sur l’os déplacé. On peut ensuite fortifier les parties par des douches froides et des applications stimulantes. S’il existait un relâchement général des tissus on aurait recours à des mesures toniques analeptiques (7).

(1) Comparez les cas analogues du D1 2 3 4 5 6 7' Ripley, rapportés par Gibb (Op. cit.).

(2) Musée du collège universitaire, 550, W. 5.

(3) Musée de l’hôpital Saint-Georges, catalogue, L. II.

(4) Musée du collège des Chirurgiens, 1095 et 1090.

(5) Ibid.

(6) Trcms., vol. XII.

(7) Nous pensons également que dans ces cas l'électrisation des muscles ou des tissus relâchés, électrisation modérée, produirait les meilleurs résultats ( Note des Traducteurs) .

PLAIES DU LARYNX

PLAIES DU LARYNX

Latin Eq. - - Vulnera laryngis.

Anglais Eq. — Wounds of the Larynx.

Allemand Eq. — Wunden des Kehlkopfs.

Italien Eq. — Ferite délia laringe.

Définition. — On comprend sous ce titre les incisions, les piqûres , les plaies contuses ou pénétrantes du larynx faites de dehors en dedans, soit par homicide, par suicide, ou par accident.

Étiologie. — Les plaies du larynx sont rares, dans la chirurgie militaire on encompteô sur 10,000blessures (1). Dans la pratique civile cependant, grâce à la fréquence avec laquelle cet organe est atteint dans les suicides, cet accident se rencontre assez souvent. Sur 158 cas de « plaies de la gorge » (eut throat) réunis par Durham (2), il y avait 61 blessures du larynx, et 45 de la membrane thyro-hyoïdienne. Sur 58 cas analysés par Horteloup (3), 36 fois la plaie occupait le bord de l’os hyoïde et le bord supérieur du premier anneau de la trachée. D’après Malgaigne (4), les jeunes hommes qui attentent à leur vie en essayant de se couper la gorge se blessent ordinairement audessus du larynx ; tandis que chez les hommes âgés l’incision porte généralement au-dessous du cartilage cricoïde. La raison de ce fait>ient de ce que les hommes âgés éprouvent de la difficulté à rejeter la tête fortement en arrière.

Les plaies par piqûres sont habituellement produites par des coups de bayonnettes (5), de stylets, de fleurets, par quelque pièce de métal pointu ou par un clou. Ces plaies par ponction occa-

(1) Wite : Archiv. /'. Klin. Chir., Bd. XXI, 1 C., p. 186.

(2) Holmes : Surgery, vol. II, p. 441.

(3) Idaies du Larynx, etc., Paris, 1869. — Voir aussi un article remarquable in Pilha-Billroth’s Handbuch, vol. III ; par le D*' Georges Fischer : Wunden des Kehlkopfs.

(4) Horteloup : Op. cit. p. 17.

(5) Durham : Op. cit. p. 447.

PLAIES DU LARYNX

sionnent parfois de l’emphysème du cou et produisent une dyspnée sérieuse (1). Les plaies par armes à feu sont quelquefois contuses ;mais la balle peut, dans certains cas, traverser le cou en ne laissant de trace de son passage que dans le cartilage thyroïde, d’autrefois elle enlève la plus grande portion du larynx. On cite un exemple de ce genre dans lequel la balle fractura le cartilage thyroïde sans détruire la peau (2). En général la balle ne reste pas dans le larynx mais si elle n’était extirpée, elle pourrait se frayer un passage .vers la base du cou.

On trouve dans le musée médical de l’armée (3) quatrepréparations montrant des blessures faites par coup de fusil. Dans la première la balle a fracturé la mâchoire inférieure, dans la seconde elle a enlevé la partie antérieure et supérieure du cartilage thyroïde et fracturé en outre l’humérus ; dans la troisième, la la balle a traversé le larynx sur le côté et blessé l’épiglotte; dans le quatrième et dernier cas, la balle a blessé la partie supérieure du cartilage thyroïde.

Symptômes. — Les plaies du larynx (sauf dans les cas d’opérations chirurgicales) sont presque toujours transversales. Les suites en sont bien différentes suivant que la plaie est grande ou petite. Dans le premier cas, si les cartilages sont divisés de part en part, la plaie s’ouvre largement par suite de l’action des muscles qui élèvent et abaissent le larynx. L’hémorrhagie n’est généralement pas considérable, mais l’asphyxie peut survenir rapidement dans le cas où un morceau de l’épiglotte, l’un des cartilages aryténoïdes, ou en un mot une portion quelconque de l’organe viendrait à tomber dans la glotte età l’obstruer. Dans les blessures étendues du larynx la voix est entièrement éteinte. Dans les petites plaies ou piqûres du larynx, les symptômes les plus saillants sont ceux qui résultent d’une hémorrhagie interne et de l’emphysème du tissu cellulaire du cou, de la poitrine, ou même de tout le corps. Un caillot peut encore se former quelquefois dans la trachée ou dans les bronches et produire la mort par suffocation. Dans touâ les cas, si le malade échappe

(1) Beach : New-York Med. Journ. Mars, 1877.

(2) Georges Fischer : Deutsche Chirurgie, 1880, Lief, 34, p. 132.

(3) Ibid., n°s 202, 648, 657, 1440.

PLAIES DU LARYNX

aux premiers dangers de la plaie, l’inflammation consécutive, la tuméfaction et la formation du pus viennent encore mettre sa vie en danger.

On trouvera un exemple de ce que j’avance dans une observation citée par C. Bell (1) dans laquelle il s’agissait d’une jeune fille qui s’était enfoncé un canif dans le larynx; quelques mois après il se fit un bourgeonnement qui remplit l’orifice glottique et occasionna la mort par suffocation.

Très fréquemment, à la suite de cet accident, il se forme un pont membraneux à travers le larynx, et il existe presque toujours en même temps un gonflement plus ou moins considérable des cartilages, occasionné par l’inflammation chronique. Parfois il reste après la cicatrisation des parties voisines, une ouverture fistuleuse conduisant dans le larynx, n’ayant aucune tendance à se fermer d’elle-même et contre laquelle tous les traitements, sauf l’autoplastie, semblent inutiles,

Chez un malade qui me fut adressé par le Dr Sutton, de Douvres, on voyait encore, plusieurs années après l’accident, une ouverture de la largeur d’une pièce d’un franc.

Pronostic. — Sur 88 cas de plaies étendues, 67 malades guérirent et 21 moururent. Sur 21 cas de petites plaies il y eut 10 guérisons et 11 morts (2). Bien peu de malades guérissent sans altération des fonctions vocales, mais le pronostic varie alors suivant que les rubans vocaux ont été incisés ou ponctionnés. Nous ferons remarquer que tout danger de mort par suffocation ne disparaît pas lorsque la plaie se cicatrise, ou lorsque les premiers symptômes alarmants ont disparu, car le rétrécissement cicatriciel consécutif du larynx peut nécessiter l’ouverture de ce conduit alors même que cette opération n’aurait pas été jugée nécessaire au début; et si la trachéotomie avait été faite tout d’abord, cette complication pourrait empêcher l’ablation de la canule et nécessiter une seconde fois la trachéotomie.

Traitement. -- Le traitement général sera décrit sous le titre : « Plaie de la gorge », nous ferons seulementremarquer ici que

(1) Surgical Observations , vol I, p. 46.

(2) Horteloup : Op. cit. p. 86.

BRULURES DU LARYNX

dans le cas de plaies par armes à feu, ou de blessures dentelées, quels que soient du reste les instruments qui les aient produites, il très important de s’assurer que tous les fragments détachés de l’épiglotte, des cartilages aryténoïdes ou de la membrane muqueuse, ont été préalablement enlevés; dans les plaies par piqûre on devra combattre l’emphysème consécutif par la scarification de la peau. Les rétrécissements cicatriciels du conduit aérien qui surviennent si souvent, seront traités par les moyens mécaniques déjà décrits.

BRULURES DU LARYNX (1)

Samuel Cooper (2) et Marjolin (3) ont les premiers appelé l’attention sur lâ fréquence de la dyspnée dans les cas de brûlure, mais il était réservé à Ryland (4) de démontrer que cet accident était le résultat d’une brûlure par les flammes ou par l’air surchauffé. Depuis lors Durham (5) et Cohen (6) en ont rapporté des exemples. Dans la plupart des faits cités, la partie supé rieure du corps était le siège de la brûlure, mais dans quelques cas, les extrémités inférieures étaient seules atteintes.

Les symptômes consistent le plus souvent en une grande douleur de la gorge, de la difficulté à la déglutition, de la dyspnée, de l’aphonie, et l’expectoration de matières charbonneuses noires ; symptômes qui surviennent ordinairement quelques heures après l’accident.

A Y examen, on trouve le plus souvent une inflammation considérable de l’isthme du gosier, et dans une observation rap-

(1) Ce sujet aurait pu être étudié avec plus d’à-propos lorsque nous avons traité des « brûlures du larynx par l’eau bouillante » ( Scalds , p. 387); mais comme nous n’en n’avons pas parlé alors, il sera bon de nous y arrêter ici.

(2) Dict. ofPract. Surg., art. « Burns ».

(3) Dictionnaire de Médecine, art. « Brûlure ».

(4) A Trealise on Diseases and Injuries of the Larynx and Trachea, p. 274, 1837.

(5) Holme’s : System of Surgery, vol. II, p, 466, 2° édition.

^■6) Cohen : Inhalation, ils Terapeutics and Practice , 1876, p. 294.

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portée par le D" Cohen, le larynx était le siège d’un œdème aigu. Il existe généralement aussi une prostration nerveuse considérable.

Le pronostic est des plus graves, il dépend non seulement de l’étendue et de la prolondeur de la brûlure, mais aussi de l’âge et de la vigueur du malade dont il faut tenir compte.

Le traitement local consistera à faire sucer de la glace au malade et à insuffler de la morphine ; mais si l’œdème était très étendu il faudrait recourir aux scarifications et à la trachéotomie, s’il était nécessaire.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

Latin Eq. — Corpora adventitia in laryngé.

Anglais Eq. — Foreign bodies in the Larynx.

Allemand Eq. — Fremde Kôrper im Kehlkopf.

Italien Eq. — Corpi stranieri nella laringe.

Définition. — Les corps étrangers pénètrent ordinairement dans le larynx venant du dehors, le plus souvent par labouehe pendantla mastication ou la déglutition ; bien plus rarement ils s’introduisent par une plaie dueou. Néanmoins, dans certains cas, ils passent en haut par la trachée ou V œsophage.

Étiologie. — La collection complète de tous les corps étrangers, qui de tout temps ont pénétré dans le larynx, comprend probablement les spécimens de toutes les substances connues (1). La viande, le pain, des fragments d’os de tous les quadrupèdes et des poissons dont on se nourrit, des noyaux des différentes espèces de fruits, des coquilles de noisettes, des grains de blé, petits pois, haricots, coquilles de mollusques, des pièces de monnaie, des boutons, des cailloux, des dents artificielles avec leur appareil, peuvent être comptés parmi les

(1) Voir Gross : Traité des corps étrangers dans les conduits aériens . Philadelphie, 1854.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

exemples de corps étrangers qui bien souvent s’implantent dans le larynx. La première catégorie de substances, celle qui comprend les matières alimentaires, franchit généralement la glotte, pendant la mastication, sous l’influence d’une inspiration rapide succédant à un accès de rire, de toux, pendant la conversation, et plus rarement pendant l’acte de la déglutition. Les fragments de corps métalliques se trouvent généralement dans le larynx des enfants qui s’amusent à mettre dans la bouche des pièces de monnaie, des boutons, ou d’autres petits jouets. Dans des cas plus rares, des dents naturelles ou artificielles, ou même des pièces de prothèse dentaire peuventse détacher pendant le sommeil et pénétrer dans la glotte. C’est aussi le plus souvent pendant le sommeil que les fragments métalliques dont nous venons de parler, pénètrent dans les voies aériennes des enfants qui se sont mis au lit en les gardant dans leur bouche.

Un accident de ce genre survint à un enfant dans l’année 1,876, à Wisbeach (1). L’enfant s’était couché avec un petit jouet dans la bouche, qui pendant la nuit pénétra dans les voies aériennes. Le docteur Bury qu’on envoya chercher fut obligé de pratiquer la trachéotomie. La cause de la dyspnée soudaine ne fut pas reconnue sur-le-champ et ^quelques mois plus tard le docteur Bury m’adressa le malade à l’hôpital ; je le- confiai aux soins de mon chef de clinique le docteur Samuel Johnson, qui exerce actuellement à Baltimore. Le corps étranger était situé si profondément dans la région sous-glottique que le docteur Johnson ne put l’extraire qu’après avoir pratiqué la thyrotomie. Le malade guérit très bien mais il possède encore aujourd’hui (juillet 1879) une voix légèrement enrouée.

Des pois ou des dards lancés en soufflant à travers un tube ont pu être quelquefois aspirés, 'des sangsues appliquées à l’intérieur de la bouche peuvent se frayer un passage jusque dans le larynx, mais ce dérnier accident a pu se produire plus fréquemment en buvant de l’eau salée, comme cela est souvent arrivé aux soldats en marche.

Le docteur Massei (2) a réussi à extraire du sinus pharyngo-

(1) Arch. of Clin. Surg. Déc. 1876.

(2) II Morgagni, Oct. 1874.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

laryngien une sangsue vivante qui s’était glissée à cet endroit quinze jours auparavant pendant que le malade buvait l’eau d’une rivière impure.

Les corps étrangers peuvent également se fixer dans le larynx, après avoir tout d’abord passé par la trachée et l’œsophage. On cite le fait curieux, rapporté par Edwards (1), d’un enfant âgé de 8 ans chez lequelun ganglion bronchique détaché, pénétra dans une des bronches à travers une ulcération de sa paroi et qui ensuite expulsé de la trachée pendant un effort violent, resta enclavé dans l’ouverture de la glotte. L’épiglotte peut enfin être aspirée dans le larynx et rester spasmodiquement fixée sur son orfice. Le docteur Solis Cohen (2j fait remarquer que cet accident « survient généralement en mangeant », mais qu’il « l’a vu se produire en avalant la salive, et causer une menace d’asphyxie ». Cet auteur cite le cas observé par Rühle (3) et il ajoute « qu’il est probable que les quelques cas de mort subite survenus à table, sont dus à cette cause ». Si on fait une inspiration involontaire en vomissant , comme cela arrive quelquefois pendant l’ivresse, des matières peuvent passer de l’estomac dans le larynx et produire la suffocation.

Des corps étrangers peuvent aussi pénétrer directement du dehors dans la cavité du larynx c’est-à-dire en perforant ses parois lorsqu’ils sont lancés avec force, comme dans le cas de balles, de petits fragments de métal, de pierre, etc. On pourra se faire une idée exacte de la fréquence avec laquelle des corps étrangers se fixent dans les différentes portions des voies aériennes par l’analyse de 66 cas réunis par Bourdiilat(4). Sur ce nombre, le corps étranger s’est arrêté 80 fois dans la trachée, 35 fois dans le larynx, 26 fois dans la bronche droite et 15 fois dans la bronche gauche. Cependant, d’après Durham. (5), le larynx serait le siège le plus fréquent des corps étrangers. Sur les 15 cas

(1) Med. Chir. Trans., vol. XXXVI.

(2) Op. cit. 2° édition, page 615 et suivantes.

(3) Op. cit. p. 13.

(4) Gazelle Méd ., 1861, p. 135. — Voir aussi une autre publication du même auteur sur « trois cents cas de corps étrangers dans les voies aériennes », Gazelle Méd., 1868.

• (5) Holmé’s. System of Chirurgie, vol. II, p. 477.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

observés par cet auteur, le corps étranger s’est arrêté 7 fois dans le larynx, 5 fois dans la trachée, 2 fois dans la bronche droite et une fois dans la gauche.

Symptômes. — Ils varient beaucoup suivant le volume du corps étranger et la manière dont il s’est implanté. S’il est fixé dans l’orifice glottique et s’il est assez volumineux pour remplir cette ouverture la mort peut être instantanée, à moins que les efforts convulsifs du malade ne l’en puissent déloger. D’un autre côté, de petits corps tels que des arêtes, peuvent rester dans le larynx pendant un temps indéfini, sans interrompre la respiration, ne donnant lieu qu’à un peu de toux et à une sensation de gêne locale (1). Quelquefois même, l’implantation temporaire d’un corps étranger pendant l’acte de la déglutition, occasionne une hémorrhagie superficielle de la membrane muqueuse, et Sommerbrodt (2) a rapporté un cas dans lequel le simple contact d’un corps étranger pendant l’acte de la déglutition aurait donné lieu à la formation immédiate d’un petit kyste sanguin sur la face dorsale de la paroi postérieure du larynx. Le kyste fut ouvert et le malade guérit aussitôt. Dans bien des cas, lorsque la présence du corps étranger ne gêne pas tout d’abord la respiration, elle l’empêche ensuite indirectement en causant l’inflammation et la tuméfaction des parties molles du larynx.

Dans une autre série de faits, le corps étranger peut d’abord n’intercepter que légèrement la respiration, mais s’il vient à changer de position il met immédiatement la vie en danger (3). Ainsi un fragment de forme irrégulière peut traverser la glotte et s’arrêter dans la trachée, puis être ramené en haut pendant un accès de toux de manière à rester fortement enclavé dans l’orifice glottique. Dans ce cas, la mort peut survenir tout d’un coup. Lorsque le corps étranger est implanté dans l’un des

(1) Le cas du poète Anachréon qui serait mort, dit-on, à la suite de l’introduction d’un noyau de raisin arrêté dans le larynx {P Un., L. VII, c. v.) fait qui n est pas en rapport avec ceux que nous avons cités, est probablement uu exemple de la « justice poétique » et a trait à la première manière de vivre du poète, qui vécut toutefois jusqu’à l’âge de 85 ans.

(2) Berlin. Klin. Wochens., 1878, n° 18.

(3) Voyez un cas signalé, par Porter : Dubl. med. Press., février 9, 1859.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

ventricules (1), on ne peut généralement pas le faire mouvoir et s’il passe dans les deux ventricules, il faudra le briser ou l’écraser avant de l’extraire (Voir l’observation, p. 570-71).

Quelquefois le danger vient non pas de la position du corps étranger, ou de l’inflammation, mais d’un violent accès de spasme de la glotte, résultat immédiat de l’irritation locale. Ordinairement le malade est frappé d’anxiété et de terreur à la moindre parcelle de corps étranger qui pénètre dans les voies aériennes, et on ne peut se faire une idée exacte de la gravité de l’accident. Dans les cas où le corps étranger reste dans le larynx sans déterminer une asphyxie immédiate la douleur est le symptôme prépondérant (2).

Les corps acérés et anguleux de toute dimension, produisent une douleur très aiguë et continue lorsqu’ils restent enclavés

: ■ (1) Voyez le cas d’un moule de boulon fixé dans le ventricule gauche du larynx et extrait six semaines après, parla laryngotomie (Pelletan, Clin. Chir.,t. I. p. 8.) Le fait rapporté parfiesault, dans lequel un noyau de cerise resta pendant 2 ans dans l'un des ventricules; à la fin le malade mourut d’une affection laryngienne [Œuvres chir. t. II, p. 258). Dans un cas rapporté par Thomas Watson, une pièce d’or resta pendant quatre ans dans la même position sans nuire au malade ( Pract , of, Physic. 5e éd. vol. II, p. 261).

(2) Nous compléterons la symptomatologie en citant quelques lignes de l’article remarquable de Simon Duplay dans son Traité élémentaire de pathologie externe, page 316 :

« La sensation de douleur perçue par le malade n’est pas constante; lorsqu’elle existe, elle se montre habituellement au niveau du cartilage cricoïde ou dans un point variable de la poitrine. D’ailleurs le siège de la douleur peut se 'déplacer et ce déplacement indique parfois la migration du corps étranger.

« Les bruits particuliers de choc, de grelottement, de soupape, signalés par quelques auteurs et étudiés d’une manière toute spéciale par Dupuytren, peuvent être constatés par l’auscultation du larynx ; ils sont quelquefois entendus à distance ou perceptibles pour la main. Ces • bruits sont dus aux mouvements d’ascension et de descente du corps étranger qui va heurter la glotte et les parois de la trachée.

« Nous avons signalé, d’une manière toute particulière, les intermittences de calme quelquefois complet que l’on observe chez les sujets porteurs de corps étrangers des voies aériennes ; mais en dehors des accès de suffocation un grand nombre de malades présentent divers troubles fonctionnels dont il faut tenir compte. Le timbre de la voix est parfois modifié, la respiration est accélérée, pénible; il y a de la toux, suivie de l’expectoration de mucosités quelquefois sanguinolentes ( Note des Traducteurs ).

368 CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

de manière à presser contre les parties molles adjacentes, et ils déterminent rapidement une inflammation considérable. La position du corps étranger du larynx est le plus souvent révélée par le laryngoscope.

Diagnostic. — La présence d’un corps étranger dans le larynx ne peut être longtemps méconnue. L’historique du cas est généralement assez clair, et l’examen laryngoscopique fait accepter ou rejeter le récit que fait le maiade. Cependant, chez les enfants et chez les femmes hystériques, on ne peut pas toujours faire immédiatement le diagnostic. Un enfant peut rentrer à la maison se plaignant de la gorge et 'présenter rapidement des symptômes que l’on peut confondre avec ceux du croup. Le petit malade a avalé quelque objet lui servant de jouet, tel qu’un bouton, une pièce de monnaie, un jouet, mais il a oublié, ou il a peur de raconter ce qui s’est passé. L’examen consciencieux de tous les faits qui se rattachent à la maladie et le laryngoscope dévoileront la nature réelle de l’affection. Comme nous l’expliquerons plus loin, les sujets hystériques atteints d’hypéresthésie du larynx ou de paresthésie pensent souvent à tort à la présence d’un corps étranger dans le larynx, mais il suffira d’examiner cet organe pour reconnaître l’erreur.

Pronostic. — La mort peut suivre immédiatement l’accident ; mais lorsqu’elle est retardée, le danger persiste aussi longtemps que le corps étranger reste dans le larynx ou dans les voies respiratoires. La mort peut survenir de deux manières différentes, soit que le corps étranger, susceptible de changer de position et d’oblitérer la glotte, tue le malade par suffocation en quelques minutes, ou que l’inflammation et la tuméfaction des parties molles du larynx aboutissent d’une façon plus lente au même résultat. Alors même qu’on aura enlevé le corps étranger on devra encore être très réservé sur le pronostic et cela aussi longtemps qu’il existera des symptômes d’inflammation locale.

Traitement. — L’indication capitale est évidemment d’extirper le corps étranger le plus tôt possible. M. Durham (1) a

(1) Op. cit. p. 488.

CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX

recueilli 554 cas de corps étrangers des voies aériennes, sur ce nombre il y en a 283 dans lesquels le chirurgien provoqua artificiellement l’expulsion en pratiquant l’ouverture des voies aériennes, et 271 dans lesquels il n’y eut pas d’intervention, sauf 51 cas où l’on administra un émétique. Dans la première catégorie il y eut 70 morts (soit 24,8 pour 100), et dans le second 115 (soit 42,5 pour 100).

Nous croyons donc que les moyens chirurgicaux doivent être énergiquement recommandés ; cependant si l’on voulait se baser sur ces statistiques, il faudrait se rappeler que la mort (sans expulsiondu corps étranger) est survenu 95 fois dans les cas où les moyens opératoires n’ont pas été employés. Sans nul doute dans beaucoup de ces cas la terminaison fatale s’est produite soudainement avant qu’on n’ait pu obtenir le secours d’un chirurgien, et faire des tentatives opératoires. D’un autre côté, dans les cas ou l’opération a été pratiquée, le corps étranger était probablement fixé dans une position qui permettait de pouvoir attendre et diminuait ainsi matériellement les dangers de l’accident.

Si les symptômes n’ont rien d’alarmant, on devra faire l’examen laryngosco pique, et enlever, si c’est possible, le corps étranger au moyen de la pince laryngienne. Cet instrument paraît très convenable, bien que chez les enfants dont le larynx est très étroit, la pince à tube semble mieux appropriée pour cet usage. Mais si le malade est sur le point de suffoquer, le chirurgien devra tout d’abord ouvrir la trachée et introduire la canule.

Lorsque la respiration sera libre on pourra utiliser le miroir laryngoscopique et extirper le corps du délit par les voies naturelles.

Dans certains cas, il est impossible d’extraire le corps étranger avant de l’avoir réduit en fragments comme dans l’exemple cité plus loin que j’ai été à même d’observer. On peut quelquefois, soit avant, soit après la trachéotomie, suivant l’urgence, délivrer le malade du corps étranger en le plaçant la tête en bas et en imprimant des secousses à tout le corps. Ce procédé appelé à donner de bons résultats dans le cas de corps étrangers arrondis, tels que pièces de monnaie, boutons,

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pierres, est surtout applicable lorsque ce dernier est logé audessous du larynx, ou en travers, il sera décrit en détail lorsque nous traiterons des corps étrangers de la trachée.

D’autrefois, on pourra facilement enlever le corps du délit qui paraissait immobile, après avoir diminué l'inflammation locale. Le Dr Whistler (l)a cité un cas très heureux comme résultat, dans lequel il put avec l’aide du laryngoscope extraire une esquille d’os mesurant 2 cent. 1/2 sur 18 millimètres, située à 2 cent. 1/2 au-dessous des cordes vocales, et cela, six semaines après qu’elle s’était fortement enclavée dans le tissu laryngien.

Si cette méthode échoue, on devra recourir à la thyrotomie pratiquée de la même manière que pour l’extirpation des polypes du larynx, mais autant que possible on laissera intacts les cartilages du larynx, afin de ne pas courir le risque de produire une aphonie permanente. Dès que l’opération sera sur le point d’être achevée on devra prendre des précautions pour empêcher le corps étranger de glisser dans la trachée après l’ouverture du larynx. Aussitôt que l’on apercevra celui-ci on le saisira d’une main ferme avec une pince et on en fera l’extraction.

Il n’est, pas rarê de voir ce dernier rejeté par la plaie, pendant l’expiration forcée qui suit l’ouverture des voies aériennes. Avant d’enlever la canule et de laisser la plaie se refermer on devra s’assurer que la respiration s’accomplit librement par le larynx. Lorsque les parties lésées ont repris leur état normal, on essaiera de boucher la canule que l’on pourra ensuite enlever entièrement dès qu’il deviendra évident que le malade respire bien par son larynx pendant une période indéfinie.

Le cas suivant est un bon exemple de l’arrêt d’un corps étranger dans le larynx :

OBSERVATION d’un FRAGMENT B’OS ENCLAVÉ TRANSVERSALEMENT DANS LES VENTRICULES.

JearfB..., ouvrier, âgé de cinquante ans, atteint d’aphonie, de dyspnée et de dysphagie, m’est amené le 29 septembre 1866, par M. John Gumming. Le malade raconte que trois jours auparavant, pendant qu’il mangeait de la soupe (faite de tête de mouton), il se

(1) Lancet, 2 déc. 1876.

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sentit tout d’un coup étouffé par quelque chose qu’il avait « avalé de travers ». Il essaya de l’enlever avec ses doigts mais il ne put y parvenir. Il fut pris ensuite de vomissements et après avoir rendu d’assez grandes quantités de sang il tomba évanoui sur le sol.

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