‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 99 sur 146 · PARALYSIE LARYNGÉE PAR MALADIE OU LÉSION DU NERF LARYNGÉ SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

PARALYSIE LARYNGÉE PAR MALADIE OU LÉSION DU NERF LARYNGÉ SUPÉRIEUR

Latin Eq. — Paralysis laryngea ex morbo vel lesione nervi superioris laryngei.

Anglàis Eq. — Laryngea! paralysis from disease or injury of lhe superior laryngea nerve.

Allemand Eq. — Kehlkopflàhmung in Folge von Krankheit oder Verletzung des N. laryngeus superior. Italien Eq. — Paralisi laryngea damalattia o lesione delnervo laryngeo superiore.

Définition. — On comprend sous cette dénomination la paralysie du nerf laryngé supérieur donnant lieu, lorsqu'elle est complète et bilatérale, à l’anesthésie du larynx et à la paralysie des museles crico-thyroïdiens, thyro et aryépiglottiques.

Etiologie. — La diphthérie est la seule affection dans laquelle on ait jusqu’ici reconnu d’une manière positive l’existence de cette lésion. J’ai cependant observé un cas relaté à la fin de ce chapitre dans lequel cette affection avait été causée par l’hypertrophie des glandes et l’inflammation du tissu aréolaire situé au-dessous de l’angle de la mâchoire.

Symptômes. — Les signes de l’anesthésie du larynx ont déjà été énumérés (p. 574), et nous n’avons donc à étudier ici que les symptômes dépendant de la paralysie des muscles thyro et aryténo-épiglottiques (dépresseurs de l’épiglotte) et du muscle

plus volontiers à une lésion du récurrent par compression ganglionnaire ou par la masse purulente, car il nous semble difficile d’admettre la présence d’un foyer purulent assez vaste pour aller disséquer et atteindre le pneumogastrique, au-dessous de l’angle de la mâchoire, sans occasionner des accidents graves {Note des Traducteurs).

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crico-thyroïdien. Lorsque les deux premiers muscles sont paralysés, le larynx ne se ferme pas pendant la déglutition, l’épiglotte étant relevée contre la base de la langue. Il passe donc constamment dans l’ouverture du larynx des fragments d’aliments surtout des liquides ; et par suite de l’anesthésie concomittante (1), la toux réflexe ne se produit pas avant que les corps étrangers aient dépassé le niveau des cordes vocales, de telle sorte que des parcelles alimentaires arrivent jusque dans la trachée et peuvent occasionner une pneumonie.

Fig. 102. — paralysie bilatérale des tenseurs externes

La paralysie des muscles crico-thyroïdiens est rare, mais lorsqu’elle se produit elle est facilement reconnaissable, car on peut quelques fois reconnaître l’absence de tension du muscle crico-thyroïdien en disant au malade d’émettre un son et en plaçant en même temps le doigt sur la portion externe de l’espace crico-thyroïdien.

Lorsque l’affection est bilatérale et accentuée, la glotte est figurée par une ligne ondulée (fig. 102) ; il existe aussi fréquem-

(1) Nous ne croyons pas que le passage des aliments dans le larynx soit le fait de la paralysie des muscles dépresseurs de l’épiglotte qui jouent un rôle à peu près secondaire dans l’acte de la déglulition ; d’ailleurs la langue se portant en arrière au moment où le bol alimentaire est placé à l’entrée de l’œsophage, suffirait pour abaisser l’opercule sur l’orifice glottique. Enfin nous avons observé d’assez nombreux cas de destruction de l’épiglotte, et jamais aucun de nos malades ne se plaignait de troubles de la déglutition, faisant sans doute, à leur insu, un mouvement de déglutition plus complet et moins précipité que ceux dont le larynx est normal. L’introduction des aliments dans les voies aériennes serait donc plutôt le résultat de T anesthésie laryngienne que l’on observe dans les faits de ce genre [Itfote des Traducteurs).

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ment une légère dépression de la portion centrale des cordes vocales pendant l’inspiration et une élévation correspondante pendant l’expiration et la phonation ; rarement on peut voir les apophyses vocales : lorsque le muscle est atteint d’un côté seulement, la corde vocale correspondante reste sur un plan plus élevé que sa congénère (1).

Anatomie pathologique. — Les expériences très précises de Schech (2) ont confirmé l’opinion déjà accréditée, que le nerf laryngé supérieur donnait la sensibilité à la portion du larynx située au-dessus des cordes vocales, et le pouvoir moteur au musclecrico-thyroïdien, il a en outre confirmé cette donnée, que les muscles thyro et ary-épiglottiques reçoivent leurs filets moteurs de la même source.

L’observation de Rappeler (3), dont nous avons déjà parlé un peu plus haut, dans laquelle, après l’extirpation accidentelle d’une portion du nerf pneumogastrique droit (qui comprend les fibres nerveuses formant en dernier lieu le nerf laryngé supérieur), les muscles de l’épiglotte avaient conservé leur action normale, quoiqu’il y eut une paralysie complète de la corde vocale droite, peut sans doute s’expliquer par l’action compensatrice du nerf gauche. Les observations de Turck (4), rendent la question plus difficile. Ce savant observateur a publié plusieurs observations de paralysie véritable du nerf récurrent dans laquelle il existait de l'atrophie et de la dégénérescence graisseuse du muscle crico-thyroïdien, ainsi que des muscles laryngés fournis par le récurrent, tandis que le nert laryngé supérieur semblait tout à fait normal au microscope.

Pronostic. — Dans la paralysie complète des deux nerfs laryngés supérieurs, l’état du malade est très grave, mais si un seul des nerfs est atteint, le danger est bien moins grand. Dans le premier cas, le malade peut ou mourir d’inanition s’il ne peut se nourrir, ou de pneumonie s’il continue de s’alimenter par

(1) Riegel : Volkmann's Samml. Klin. Vorlrüge, u° 95, 1875,

(2) Zeilschrift f. Biologie, IX, 1863 ; et Lusclika : Der Kehlkopf des Menschen, p. 166. Tubingen, 1871.

(3) Arehiv. der Heilkunde, 1864, v. s. 271.

(4) Klinik der Kehlkopf krankheilein. Wieu, 186.6, p. 436

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les voies naturelles. Weber (1), Maingault (2), Monckton (3), Ziemssen (4) et d’autres ont cité des cas dans lesquels la terminaison fatale de la paralysie de la gorge ne pouvait s’expliquer que par une pneumonie lobulaire produite sans doute par le passage des aliments dans les conduits aériens.

Diagnostic. — Cette forme de névrose laryngée ne pourra être reconnue qu’à l’aide du miroir laryngien et de la sonde, nous en avons déjà parlé en traitant de l’anesthésie du larynx (p. 574), du moins pour ce qui a trait à l’anesthésie de la membrane muqueuse et à la paralysie des dépresseurs de l’épiglotte.

Traitement. — La conduite à tenir dans les cas de paralysie des dépresseurs de l’épiglotte avec perte de la sensibilité de la membrane muqueuse consiste simplement à prévenir les conséquences désastreuses qui peuvent résulter du passage des aliments dans les voies aériennes, jusqu’à ce que les parties affectées aient recouvré leurs fonctions normales. On devra administrer les aliments au moyen de la sonde œsophagienne que l’on fera descendre plus bas que l’orifice du larynx, et on introduira par ce tube toute espèce de liquides nutritifs tels que lait, beeftea, bouillon de poulet, etc. On s’efforcera en même temps de rendre aux muscles paralysés leurs fonctions, au moyen du galvanisme, du faradisme, et des toniques généraux. J’ai plusieurs fois employé la strychnine avec un avantage signalé, et Ziemssen recommande d’administrer ce médicament sous la forme d’injections hypodermiques.

OBSERVATION DE GANGLIONS CERVICAUX ENFLAMMÉS COMPRIMANT LES NERFS LARYNGÉS SUPÉRIEURS.

H. B., âgé de trente-sept ans, vint me consulter en mai 1874, à l’hôpital des maladies de la gorge. Il était atteint d’inflammation des ganglions ( glandulæ concaienatæ ) et du tissu aréolaire des deux côtés du cou. Les ganglions étaient tuméfiés et enflammés depuis la par-

(1) Virchow’s : Archiv. Bd. XXV, p. 114 et Bd. XXVIII, p. 489.

(2) De la paralysie diphlhèritique. Paris, 1860.

(3) Second Rep. of Med. Off. of Privy Council, 1860.

(4) Ziemssen et Steffen : Die Krankheiten des Kehlkopfes.

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tie postérieure du cou jusqu’au sternum, et la peau à l’angle de la mâchoire était rouge, chaude, comme dans l’érysipèle. Le malade se plaignait d’une grande gêne à la déglutition des liquides qui « allaient constamment de travers » il était complètement aphone. Je pensais trouver une inflammation considérable des parties internes de la gorge ; mais à l’examen laryngoscopique, à l’exception d’une certaine sensation de gonflement derrière l’amygdale gauche, d’une congestion légère des cordes vocales, et d’un élat turgide exagéré des veines du pharynx, on ne voyait rien d’anormal. On pensa que la gêne de la déglutition était due à un trouble fonctionnel. Cependant lorsque le malade vint me consulter une seconde fois, la dysphagie avait augmenté, et en faisant un examen du larynx plus approfondi , on trouva une anesthésie complète de la membrane muqueuse qui le tapisse. On pouvait toucher avec la sonde toutes les portions de l’intérieur du larynx sans provoquer la moindre irritation ou la toux. Il était également facile de voir que l’épiglotte se maintenait constamment relevée, et que les cordes vocales, dont les mouvements d’adduction étaient libres, n’étaient pas tendues. Autant qu’il était possible d’en juger par l’examen externe, il n’existait pas de paralysie appréciable du muscle cricQthyroïdien. Les symptômes nerveux furent alors attribués à la compression du nerf laryngé supérieur. On appliqua des cataplasmes sur le cou, et on fit prendre au malade des liquides nutritifs épaissis avec de la farine de blé. Quelques jours après on ouvrit un abcès rétro-pharyngien du côté gauche, et le gonflement du côté droit diminua graduellement sans suppuration. Le malade put avale! le soir même du jour où l’abcès fut ouvert, et il retrouva la voix quelques jours plus tard.

Il n’est pas douteux que dans ce cas le nerf laryngé supérieur ne fut comprimé, près du point où il se divise en branches externes et internes (Pour de plus amples détails on pourra revoir les observations diphthéritiques rapportées p. 576 et suiv.).

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