CHAPITRE PREMIER
493. Les fonctions nutritives, ou fonctions de la vie organique ou végétative, comprennent d'une part la circulation^ et d'autre part un groupe de fonctions, à savoir, la nutrition, le développement, l'absorption et la sécrétion, que l'on peut comprendre sous le nom de plasie ou de formation. Les effets chimico-physiologiques de la digestion et de la respiration appartiennent à ce même groupe.
Les résultats déterminés par les troubles de ces fonctions, et qui peuvent être constatés soit pendant la vie, soit après la mort, portent sur les caractères chimiques ou sur les anatomiques des tissus et des organes. Nous avons fait abstraction des caractères chimiques, parce que leur étude, encore peu avancée, n'a aucune importance pour la médecine pra-
tique. L'étude des altérations anatomiques forme le sujet de Tanatomie pathologique.
Nous exposerons par conséquent, d'après Uhle, Rindtleisch et Rokitansky, les altérations déterminées par les troubles de la circulation (art. I), ou de la formation (art. II), ou de la configuration générale (art. III).
Article I. — Troubles de la circulation.
h9h. La quantité de sang d'un organe peut être moindre •ou plus considérable qu'à l'état normal ; ce qui constitue, au pmntde vue anatomique, l'hypoémie (A.) et l'bypérémie (B.) ; oo bien les rapports matériels du sang avec les tissus sont complètement pervertis, ce que nous observons dans la parémie (C).
A. » Hypoémie (Anémie).
A95. L'hypoémie est caractérisée par la décoloration des muqueuses, l'efTacement des veines sous-cutanées, la rareté des capillaires visibles, la flaccidité des parties molles, la diminution de la turgescence et de la résistance. Elle ne s'observe guère que dans les affections cachectiques. Dans les maladies du pharynx, elle est habituellement générale, mus peut être plus ou moins accusée sur quelques points ; dans les affections laryngées, elle est parfois unilatérale. Le côté opposé, sain, parait alors hypérémique, de m0me que, lorsqu'il existe dans la cavité laryngée une hypérémie unilatérale, le côté sain peut paraître anémique. Un examen attentif saura distinguer les apparences illusoires des véritables modifications de la circulation.
B. — Hypérémie.
A96. On distingue Thypérémie active ou la congestion active (497), déterminée par un relâchement des parois vasculaires, le plus souvent artérielles, ou par une augmentation de pression, et F hypérémie passive (502), due à l'accroissement de résistance, qui a lieu le plus souvent dans les veines, ou à la diminution de la pression exercée par la circulation. ^
A97. Les caractères anatomiques de rHYPÉRÉMiE active sont l'injection et la rougeur; elle peut aussi déterminer la turgescence et Thémorrhagie.
498. U injection frappe d'abord les artères, puis les veines et finalement les capillaires; elle est tantôt circonscrite, tantôt diffuse. La première s'observe fréquemment dans les glandules de la muqueuse pharyngée et dans le larynx ; la dernière dans la muqueuse pharyngée , le voile du palais, la muqueuse nasale et les amygdales.
La rougeur est la conséquence de l'injection artérielle ou capillaire ; elle est plus ou moins foncée, suivant la richesse de l'injection. Ce sont tantôt de petits points isolés, lorsque Tbypérémie occupe des glandules ou des papilles, tantôt des figures arborescentes, surmontées parfois dans quelques endroits de petites dilatations variqueuses. D'autres fois la rougeur forme des taches d'un rouge foncé, môme livide; enfm elle peut être uniforme , générale ou unilatérale. Ou peut la faire disparaître momentanément par la pression, mais elle reparaît aussitôt : ainsi, par exemple, on voit quelquefois pâlir la muqueuse pharydgée hypérémiée à la suite de la déglutition. Lorsque l'hypérémie existe depuis longtemps, le rouge a une légère teinte bleuâtre.