I. — L'ÉLÉMENT VIBRANT (CLOTTE
812. De même que des auteurs diffèrent sur la part que prennent les anches à la production des sons (219), de même leurs opinions varient sur le rôle joué par les lèvres vocales dans la production de la voix. Suivant les uns, elle est due aux vibrations primaires des lèvres ; suivant les autres, celles-ci, incapables de produire elles-mêmes un son, déterminent un écoulement périodiquement variable de l'air, par les variations que les vibrations font subir à l'ouverture.
Ceux qui professent cette dernière opinion (Dodart, Liscovius, Helmholtz, Longet, etc.) pensent donc que la voix
PHONATION. — INSIRUMENT VOCAL 281
est produite par. un mécanisme analogue à celui de la sirène. Pour défendre cette théorie, on a malheureusement souvent avancé des assertions complètement erronées. A.insi Liscovius dit que les cordes vocales sont tendues dans les sons graves et relâchés dans les sons aigus ; qu'elles ne peuvent produire de sons, parce que les cordes humides ne sonnent pas, etc.
Les partisans des vibrations primaires des lèvres vocales (Ferrein, Haller, Mûller) ne trouvent pas une objection sérieuse dans la faiblesse du son propre ; ils disent que les vibrations primaires des cordes sont également très-faibles et ne peuvent être perçues distinctement que renforcées par une caisse de résonnance. Mûller est un des principaux défenseurs de cette théorie, qu'il a cherché à vérifier par des expériences nombreuses et fort patientes sur les anches membraneuses.
J'adopte Topinion suivant laquelle le son glottique est produit par les vibrations de l'air qui s'échappe à travers l'orifice glottique, comme dans les anches, et non pas par le son propre des lèvres vocales.
II est en effet excessivement probable que ce son propre est très-faible. Il est vrai, on ne peut isoler les lèvres vocales sur l'homme vivant , mais les expériences faites sur les anches rigides, sur les membraneuses et sur le larynx des cadavres ont prouvé que leur son propre, déterminé par le souffle ou l'ébranlement, est très-peu intense, qu'il est absorbé par le son intense que produisent les vibrations de l'air, et que le son final résulte des vibrations de Tair et du son propre de l'anche (219).
313. La tonalité, c'est-à-dire le nombre des vibrations du courant d'air, dépend du nombre des vibrations des lèvres vocales et de la largeur de l'orifice glottique.
a. Les lèvres vocales, qui vibrent transversalement, sont
S82 l'HÏSIOLOCIE. — URVSX.
des anches fixées aux deux bouts et .'i l'un de lenrs cOtés; elles sont soumises aux mêmes lois que les anches. Le nombre de leurs vibrations augmente par conséquent avec leur élasticité, leur épaisseur et leur raccourcissement. Aussi voyons-nous, à mesure que le son s'élève dans le registre inférieur, la lèvre plus tendue, par conséquent plus (Mastique et plus épaisse par la contraction musculaire. Dans le registre supérieur, à ces deux causes s'ajoute une troisième, la diminution de longueur de la portion vibrante. Cet etTet est obtenu par un double mécanisme; l'orifice glottique est fermé et reste constamment fermé dans toute l'étendue de ce registre, ce qui raccourcit la lèvre à peu près d'un quart (le sa longueur; puis, dans les sons plus élevés, les replis supérieiu^ s'appliquent énergiquement aux deux bouts et Ips empêchent de vibrer, en remplissant ainsi l'orifice de la rasettedans les tuyaux à anche.
On admet généralement que le nombre des vibrations du courant d'air est numériquement égal à celui des vibrations de l'anche.
h. L'influence de la largeur de Vorifice glottiçue n'pst pas encore étudiée, et l'on ne pourrait l'expliquer si l'on admet que les vibrations de lair expiré et celles des lèvres vocales sont numériquement identiques. MûUer affirme que la largeur de l'orifice glollique rie modifie en rien la tonalité. Cependant on sait que l'orifice est d'autant plus étroit que le son est plus élevé; quelques auteurs (Rossbach, /. c, p. 75) pensent que c'est un puraccidentpass)f,qui n'est que l'expression du rapport mutuel de la pression du souffle et de la tension, etque la largeur augmente et diminue avec l'intensité du son. Nous avons déjà réfuté (307) l'opinion qui fait dépendre le diamètre transversal de l'orifice de l'intensité du son; il faut donc chercher ailleurs une explication pour un fait qui me parait incontestable.
Je pense qu'il est permis d'émettre les considérations suivantes. Chaque vibration de la lèvre laisse échapper une portion déterminée du courant d'air ; si cette portion ne constituait qu' une seule onde sonore, comme on Y admet généralement, la largeur de l'orifice serait sans influence. L'influence de la largeur de Torifice, au contraire, devient évidente, si nous admettons que cette portion vibre par suite du choc éprouvé contre le biseau mobile de Tanche vocale. Tout le courant d'air, en effet, qui passe par l'orifice glottique peut alors être considéré comme une lame élastique (^OS). Or, nous savons que le son est d'autant plus aigu que la lame est plus mince ; Torifice glottique doit, par conséquent, se rétrécir, si l'on monte dans la gamme. Il importe peu que les lèvres se touchent pendant la vibration et ferment complètement l'orifice, ce qui n'est pas exact, ou qu'elles déterminent seulement des pulsations, des subdivisions dans la lame aérienne.
314. Plusieurs physiologistes se sont appliqués à construire des glottes artificielles^ à l'imitation des lèvres vocales. Ils ont fait usage dans ce but d'anches membraneuses (218) placées horizontalement ou verticalement, ce qui ne modifie pas le mécanisme selon lequel le son est produit.
Malgaigne a employé deux rubans de parchemin humide ; peu élastiques , ils se prêtent difficilement à une tension progressive.
Mûller a imaginé un petit instrument dans lequel des languettes de caoutchouc sont fixées sur l'ouverture d'un tube métallique. En aspirant, on obtient un ton plus grave qu'en .soufflant; mais si, dans ce dernier cas, on ajoute un tuyau sonore, on peut faire baisser le son d'un intervalle entier. En plaçant l'instrument sur une soufflerie, Mûller a vu le son gagner en hauteur quand la tension de l'anche augmente ou lorsqu'on l'empècbe de vibrer dans toute sa longueur ; lalar-
î^4i PHY6I0U>G1E. — URTMX.
geu de la fente u a pas d'influence sur la tonalité, celle-ci augmente avec la force du courant, parce que les anches, soulevées, ont une tension plus forte.
Harless s'est servi d'un appareil beaucoup pluscompUqiiè. Merkel a expérimenté avec des membranes repliées et pour ainsi dire doublées.
Fournie a pris deux petites lames de caoutchouc trèsminces, placées verticalement et soudées par leurs bords; l'orifice inférieur est soudé sur un tube de caoutchouc ; le supérieur, qui est la partie vibrante, mesure 25 millimètres. Par la pression lexercée à l'aide de ressorts de caoutchouc, Tanche est progressivement tendue et la largeur de l'orifice graduellement diminuée. Ce mécanisipe difl%re, comme nous le savons, essentiellement de celui de la gloUe, dont le diamètre longitudinal de l'orifice ne varie pas, pour les sons du même registre, suivant la tonalité.
315. On a fait aussi des expériences directes avec la yA>llf des cadavres. Ferrein est le premier qui ait eu l'idée de ces recherches ; mais il faut arriver à Mûller pour trouver dd procédé exact. Il appliquait la face postérieure du larynx sur une planchette, et fixait sur elle, au moyen d'une aiguille, les cartilages cricoïdes et aryténoïdes. La tension des replis inférieurs s'obtenait au moyen d'un cordon fixé à l'angle du cartilage thyroïde, immédiatement au-dessus de l'insertion de ces replis, et ^jui faisait basculer eu avant le thyroïde sur le cricoïde; on mettait des poids dans une balance suspendue à ce cordon.
J. Mûller a ainsi prouv(^ que les lèvres vocales engendrent la voix, par leurs vibrations, à la manière des instruments à anches. Le larynx détaché du corps peut donner à peu près tous les tons qui correspondent au registre ordinaire de la voix humaine, c'est-à-dire environ deux octaves et demie ; on peut enlever tout le vestibule glottique jus-
qu'aux replis iDférieurs, et obtenir encore les mêmes résultats. n faut un degré de rapprochement assez prondncé des lèvres vocales pour que la voix puisse se produire ; toutes les fois qu'on augmente leur tension, le son s'élève ; le relâchement correspond aux sons les plus bas. Lorsqu'on augmente la force du soufflet, le son devient plus intense et un peu plus élevé dans sa hauteur ; la cause en est l'augmentation de la tension mécanique qu'éprouvent les replis inférieurs, qui ne peuvent pas opposer au souffle nn degré déterminé de résistance par la contraction appropriée des muscles.
* II. — L'ÉLÉMENT MOTEUa (POUMONS, TRACHÉE).
316. L'élément moteur est le courant dair expiré qui provoque dans les lèvres vocales les vibrations primaires, lesquelles, à leur tour, déterminent dans le courant des vibrations qui forment le son.
Le courant d'air est fourni parle poumon, qui fait office de soufflerie ; il arrive à la glotte par la trachée, qui représente par conséquent le porte-vent.
317. Le courant d'air est variable suivant son intensité et ses dimensions.
De la vitesse avec laquelle il s'écoule dépend son intensité ^ et celle du son, par l'amplitude des vibrations déterminées dans les lèvres vocales: nous savons qu'elle n'a aucune influence sur la tonalité (307) . Les dimensions variables du courant d'air, déterminées par les changements de forme de la trachée (289), sont aussi complètement étrangères aux variations de la tonalité ; nous avons vu, en effet, que celleci est entièrement indépendante des mouvements extrinsèques, et par conséquent de l'élévation et de l'abaissement consécutifs du larynx.
La raison qui établit cette différence entre Je porte-vent
l'll\MOLOt;lli. - LAIIYNX.
du tuyau à aiiclie et la tradiée, c'est que dans lo preiuit;r l;i CODSOOiiance est assez forte pour que les harmoniques influencent la toualité, tandis que dans la trachée elle est de beaucoup Irop faible. Au surplus, la différence entre les positions e\trêiiies du larynx pour toute l'étendue de la voix ne dépasse p;is 5 à (i ceutimèlres ; eu supposant même, ce qui est loin d'être exact, un allongeaient con'espondant de la trachée, cette variation de diamètre n'expliquerait pas même la variation d'un seul ton, puisque, d'après les expériences de Millier, le porte-vejit exige, pour un seul ton, tm chaugenieiU d'au moins 10 à il centimètres.
SIS. Dans le larynx, tel que nous l'avons considéré jusqu'à présent, séparé du pharynx, le vestibule glottique joue le rôle encore mal déterminé de tuyau sonore. Quelques physiologistes l'ont comparé au bocal des instruiuents à vent, l est excessivement probable que les ondes sonores du son glottique éprouvent des réflexions aux parois du vestibule, et que celles-ci renforcent q^Lielques-unes des harmoniques: l'analogie de structure avec les cavités pharyngées autorise cette hypothèse. Cependant nulle expérience n'ayant été faite sur le larynx d'animaux vivants, nous devons nous borner à l'énoncé du fait. Nous étudierons dans leur ensemble la part que prennent au timbre le vestibule ' trachée, en examinant le tunlire de la voix articulée (ASOetsuiv.)
Théorie tles aona gloltiqueH,
319. L'existence d'une anche qui vibre par un courant d'air rend évident que la glotte doit être comparée aux anches, et particulièrement aux anches doubles, telles qu'elles
existent, par exemple, dans le hautbois. C'est un fait déjà reconnu par Galien.
Le larynx diffère cependant essentiellement de tous les tuyaux à anche, en ce que les lèvres vocales peuvent subir des variations dans leurs dimensions et dans leur élasticité, à la volonté de l'individu ; c'est ce qui n'a lieu pour aucun instrument. Dans le hautbois, le basson, etc. , ces variations sont obtenues fort incomplètement à l'aide des lèvres, qui sont des anches peu élastiques, mais qui, en réalité, sont complètement étrangères à l'instrument.
Il n'existe donc aucun instrument musical qui puisse donner, comme le larynx, une série de sons ascendants ou des* cendants dans l'échelle musicale, par la modification variable d'une et de la môme anche.
Mais si l'on considère le larynx au moment où il donne un son d'une hauteur déterminée, et si l'on fait abstraction des modifications qu'il peut subir pour donner des sons d'une hauteur différente, alors nul doute ne peut exister que le son glottique est produit de la même manière que le son de toute anche.
Le son glottique est, par conséquent, l'impression produite par un courant d'air vibrant qui s'écoule périodiquement entre les lèvres vocales mises en vibration par lui-même.
Article IV. — Différences individuelles.
320. Le son glottique présente des modifications considérables de tonalité et d'intensité, suivant l'âge, le sexe et la conformation de l'individu.
11 n'est guère besoin d'ajouter que le mécanisme de la production ne présente, à l'état normal, nulle différence individuelle.
A. Age.
321. Le larynx de ^enfant est à peu près de moitié plus petit que celui de l'adulte (69); les lèvres vocales sont coiiséquemment plus courtes, le son moins iuteuse, luais sa hauteur plus considérable. Les dimensions relatives de la portion intercaiailagineuse et de l'interligamenteuse varient beaucoup, ainsi que Longet l'a reconnu chez les jeunes chiens, dans l'orifice gloltique. Ainsi, à une époque assez rapprochée de la naissance, la première est inOniuient plus petite relativement à la seconde, ce qui tient à l'absence presque compléie des apophyses intérieures des carlilages arytènoïdes. Aussi, malgré la paralysie des muscles aryténoïdieus, après la section des récurrents, les jeunes auîniaii\ peuvent pousser des cris aigus, taudis que ceci est impossible aux adultes. Je m'explique ce fait non pas par la tension de la portion ligamenteuse, car elle a lieu aussi bien chez les adultes, mais bien par l'occlusion de l'espace intercartilagineuï, occlusion purement mécanique, consécutive à la tension et due à l'excessive mollesse des cartilages arytènoïdes.
L'étendue de la voix, jusqu'à l'âge de six ans, est à peu près d'une octave.
322, A la [juberté, surviennent des modilications trèsnotables dans l'organe vocal ; elles constituent le phénomène de la mue. Toutes les diuieiisions du larynx s'agrandissent ; les tissus prennent du développement, ce qui fait bais.ser le diapason et augmente l'intensité. L'état congeatif des lèvre» vocales détermine des modifications fort remarquables dans le timbre du sou glotlique (300) ; il devient sour.I, gtittural, enroué, rude par uioiueots ; la voix détone avec facilité. Ces changements sont plus accentués chez le gar^u que cliez lu
fille; mais ils s opèrent chez cette dernière plus rapidement que chez l'homme.
L'imagination des auteurs s est beaucoup exercée sur les phénomènes dont nous venons de parler, et Ton s* est plu à considérer le larynx comme annexe ou représentant des organes génitaux. En réalité, Torgane vocal ne fait que participer aux transformations que subit Forganisme tout entier ; elles y sont plus apparentes que partout ailleurs, parce que la moindre modification organique des lèvres vocales se trahit par des phénomènes très-accentués pour tout le monde.
Or, nous savons qu'au moment de la puberté, il y a nonseulement allongement et accroissement des lèvres vocales, mais aussi congestion (59). Les altérations de la voix si marquées trouvent dans cet état leur explication. On comprend aussi pourquoi, dans cette disposition, qui est presque une inflammation chronique, tout travail devient impossible.
323. Dès que la mue est passée, la voix est abaissée, chez les garçons, d'une octave ; chez les jeunes filles, de deux tons. La glotte s'est agrandie d'un quart environ. La voix garde ses nouveaux caractères dans X adolescence et dans Vâge adulte; elle peut, par l'exercice, subir des modifications d'autant plus profondes que l'individu est plus jeune, mais dans tous les cas assez restreintes, en ce. qui concerne la tonalité, et un peu plus grandes par rapport au timbre et à l'intensité.
.S2â. Dans la vieillesse ^ l'ossification des cartilages, l'atrophie des fibres musculaires, les états corlgestifs plus ou moins prononcés» déterminent des altérations correspondantes dans la VDÎJt. En général, l'intensité diminue de beaucoup. Le diapason baisse d'abord : les ténors deviennent barytons; plus tard, la Voix parlée est entremêlée ou entièrement composée de sons du registre supérieuri Je m'explique cette
kkHl — Larynx. 19
29Q rUYSIOLOGIE. — LARïNX,
circonstance par la désobéissance des muscles iniriosèques niïaiblis; au moindre effort, il*y a contraction géoéraie, ti les aryténoîdiens, entraînés, ferment l'orifice întercarCilagineux. .
B. — Sexe.
325. Jusqu'à l'âge de la pubeiié, les qualités de la voix sont à peu près les mêmes chez l'homme et la femme ; cqpeiH dant la voix des petits garçons est peut-être un peu fifaM intense que celle des petites filles. Api*ës la mue, le laryox de la femme présente toujoui*s des dimensions plus petites que celui de l'homme (59), à peu près dans la proportioD de 7 à 10. Aussi la voix est-elle moins intense et, vo le lac^ courcissement des lèvres vocales, plus élevées que cbei l'homme, plus souple et plus agile. La femme chante toajoiifs à l'octave de l'homme.
L'étendue de la voix est plus considérable chez rboiiiiiie« dans les notes graves ; chez la femme, dans les notes aiguës. La voix d'homme s'étend du fa^ au /a,; la voix de femme du mi^ à Vut^. Chez Thomme et chez la femme, les r^istres coïncident dans la série du son qui va du mi^ àl't//^.
326. Chez les castrats^ les changements déterminés par la mue n'ont pas lieu; leur voix reste enfantine. Le larynx, comme l'orgaiysation tout entière, a subi un arrêt de développement qui n*est pas plus extraordinaire que, par exemple, l'arrêt de développement du système pileux.
G. — Conformation.
3*27. On appelle étendue^ l'ensemble de tous les sons, depuis le plus grave jusqu'au plus aigu que l'on puisse émettre. Dans la voix humaine, tous les sons produits forment trois octaves et demie ; mais l'étendue moyenne d« b
PHONATION. — DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES. 29t
voix n'est guère que de deux octaves. Par l'exercice, on la porte généralement k près de deux octaves et demie ; l'étendue de trois octaves, ou même de trois octaves et demie, est rare (Forster, Catalami,ï'arinelli).
Cette étendue est variable suivant les individus et suivant le sexe; on les appelle : basse, baryton et ténor, cbez l'homme; contralto, mezzo-soprano et soprano, chez la Temme ; quelquefois on fait encore des divisions plus minutieuses. Nous donnons dans le tableau ci-après un résumé de ces diverses étendues.
Les limites assignées- à ces types divers sont un, peu arbitraires : elles varient d'un ou deux tons chez les divers individus; elles reculent davantage pour quelques voix exceptionnelles. On cite des basses qui atteignent le /a, de 87 vibrations, et des voix de femmes et d'enfants qui vont jusqu'au /(n,,de27SA vibrations (mesdames Nilsson, Patti). Mozart parle, dans ses lettres, d'une artiste, appelée la Bastardell^, qu'il avait entendue à Parme en 1770, et qui donnait Vui^.
Ai O
es
328. Chacun de ces types présente le registre inférieur, le supérieur et la voix mixte. Ainsi, par exemple, dans la voix de ténor, le registre inférieur commence, d'après Garcia, par Tt//, ou 1ère,, et monte jusqu'au /a,; la voix mixte (fausset) commence au ré^ et va jusqu'à Vut^^ auquel s'ajoutent quelques notes composant la voix de tète.
320. Nouj} sommes loin encore de connaître la conformation organique qui répond à chacun de ces types et qui explique les caractères si différents de la voix. On sait théoriquement, que la voix est d'autant plus aiguë que les lèvres vocales sont plus courtes : partant de ce fait, on a assigné des dimensions, dictées uniquement par l'imagination, aux divers éléments du larvnx, suivant l'étendue variable de la voix. Des mesures sur le cadavre, lorsque les tissus ont perdu leur élasticité, sont sans valeur ; les mêmes sur le vivant sont impossibles (99), dès qu'il s'agit de déterminer une différence de 1 ou de 2 millimètres. On croit savoir que le corps tout entier, et plus particulièrement les lèvres vocales, sont de beaucoup plus développés chez les basses que chez les ténors; mais l'expérience journalière donne des démentis à ces suppositions, dans lesquelles on ne tient aucun compte de l'influence exercée sur les sons glottiques par l'élasticité, la contractilité, etc., des tissus. Or, ces propriétés, qu'il est impossible de mesurer sur le vivant, modifient la voix aussi profondément que les variations de diamètres. Il y a des hommes soprani et des femmes ténors, dont l'examen laryngoscopique n'explique nullement les caractères de la voix.
Ainsi, il est certain que la conformation du larynx détermine l'étendue de la voix ; mais il est certain aussi que nos moyens d'investigation actuels ne permettent pas de deviner la voix d'après l'examen laryngoscopique.
Nous aurons encore occasion d'examiner ces types divers
en nous occupant des différences individuelles de la voix
sonore (A AA).
Suivant Méliot, le climat a de l'influence sur la voix. Dans les pays chauds, dit-il, les voix sont plus belles que dans les pays froids. Les voix aiguës y sont aussi plus communes que les voix graves : ainsi, en Italie, on trouve plus de ténors que de basses, et en Allemagne plus de basses que de ténors. En France; c'est la Picardie qui fournit les voix de basse les plus nombreuses. Le Languedoc, et surtout Toulouse et ses environs, sont célèbres par les voix de ténor. La Bourgogne et la Franche-Comté fournissent le plus de voix de femme.
Je pense que ces différences, si elles existent, tiennent moins au climat qu'à la différence de la conformation organique. Il n'y a pas abondance de ténors, à ce que je sache, chez les Espagnols ou les Arabes.