II. — Sons pharyngés
362.^ Nous appellerons sons pharyngés, les sons propres aux cavités pharyngées, c'est-à-dire les sons que peut don« ner l'air renfermé dans ces cavités, lorsqu'il est mis en vibration par un courant d'air qui n'est pas sonore. Si l'air renfermé vibre par l'influence d'un courant d'air sonore, il y aura mélange du son pharyngé et du son provenant d'une autre source, et leurs caractères mutuels se trouveront modifiés.
Les caractères des sons propres varient encore selon qu'ils sont purs ou altérés par des bruits.
a. — 80Bflpliaryiif«s port. Voyelles.
353. Nous examinerons leur production, leur nombre et les dispositions anatomiques nécessaires de la bouche.
35i. Kœnig démontre la production des sons pharyngés, isolés et indépendants de tout son glottique, par une expérience simple. On fait passer le courant d'air d'une soufflerie dont le porte-vent se termine par une fente étroite, devant sa bouche ouverte; sans que l'on donne un son quelconque.
l'HONATION. — PRODICTION DL SON. 303
en reteoant même la respiration, on entendra des sons différents, suivant la forme donnée à la cavilé buccale.
On les entend encore en faisant vibrer, avec Helmboltz, des diapasons de différentes hauteurs devant la bouche disposée comme précédemment. Enfin, on les distingue aussi, mais mélangés aloi*s au frôlement de l'air qui passe à travers l'orifice glottique lorsqu'on expire ou qu'on inspire sans faire vibrer les cordes vocales, c est-à-dire lorsqu'on chuchote. Aussi peut-on chuchoter en inspirant ou en expirant.
Le son que l'on entend dans ces trois conditions diverses est aphone i asonore.
Ces faits divers prouvent que les cavités pharyngées se comportent comme un résonnateur, et qu'elles peuvent être, comme celui-ci, diversement accordées. 11 est évident que la bouche doit rester plus ou moins ouverte, comme tout résonnateur.
355. 11 existe encore d'autres expériences plus anciennes, qui démontrent le fait de la formation des voyelles ; dles avaient été faites dans le but d'imiter par une machine la voix humaine, mais elles sont moins décisives.
Willis a fait usage de tuyaux auxquels il adaptait des embouchures à anche montée sur un tuyau, dont on pouvait faire varier la longueur à volonté.
Ded expériences analogues avaient été faites par Kernpelen, qui avait construit une machine parlante. Tyndall les a reproduites dans ses conférences publiques.
Deleau, au moyen d'un tube recourbé introduit par une narine jusque dans l'arrière-bouche, y fait arriver un courant d'air qui peut être articulé.
Cependant, je le répète, toutes ces expériences étaient si peu concluantes, que pour Mûller les voyelles, même muettes, sont formées dans la glotte par Pair qui passe entre les cordes vocales.
304 PHYSIOLOÇIE. — PHARYNX.
356. Le son glottique, passant à travers les cavités pharyngées, fera également naître des sons pharyngés dans les cavités qui surmontent le larynx, parce que celles-ci se comportent comme le ferait tout résonnateur ou tuyau sonore. Le son que Ton entend alors est un mélange du son glottique et du son pharyngé, et sera sonore.
357. Tous les sons pharyngés dont nous venons de parler et que Ton obtient lorsqu'un courant d^air fait vibrer la masse d'air renfermée, constituent des voyelles. Il est donc inexact de dire que la voyelle est un son donné par la glotte, le larynx pouvant rester complètement étranger à leur production (comp. 423).
358. Le nombre des voyelles est habituellement fixé k cinq : a, ^^ i, o, u; d'autres ajoutent une sixième, é. D'autres comptent comme voyelles particulières les combinaisons (diphthongues) et d'autres niodifications, et ont porté ainsi le nombre à 7, 11, 12 et même à 16. On pourrait encore augmenter, sans utilité aucune, ce chiffre, si Ton voulait tenir compte de toutes les variations de tonalité possibles ; nous en trouverons l'explication dans les dispositions anatomiques si variables de la cavité buccale, d'où résulte une énorme variété de sons propres de la cavité pharyngo-buccale, variété qui se trouve encore augmentée par les modifications du timbre dues à la diversité de mollesse, d'élasticité et d'humidité des parois organiques de ces résonnateurs.
359. Certaines dispositions anatomiques de la cavité pharyngo-buccale sont nécessaires à la production des voyelles, dont le nombre (358) se trouve en rapport avec celui des configurations différentes;
V orifice buccal doit rester ouvert pour toutes les voyelles.
Le diamètre longitudmal de la cavité pharyngo-buccale est raccourci, et son diamètre transversal agrandi successivement pour les voyelles «j e, t. Pour les voyelles o et u^ au
contraire, le diamètre longitudinal s'allonge et le dianjètre transversal diminue. Les mouvements des diverses parties de la cavité se conforment à cette disposition générale. Les lèvres exécutent un mouvement horizontal de plus en plus prononcé en arrière pour les trois premières voyelles, tandis que pour les deux dernières le mouvement en avant sera de plus en plus marqué. Pour Yo et T?/, il y a retrait de la langue^ tandis que pour l'e et Vi la langue est plus ou moins jetée en avant. Les mouvements des yo?/e5, du voile du palais^ de la luette et des piliers s accordent à réaliser la disposition générale et n'ont pas besoin d'explications détaillées.
360. Les dispositions que nous venons d'exposer sont celles que l'on adopte habituellement ; elles ne sont pas cependant absolues et peuvent être modifiées à volonté. Ainsi, il est possible de prononcer o et u en faisant exécuter un mouvement horizontal aux lèvres; par contre, on peut faire entendre a, e et i, en projetant les lèvres, etc. Ces modifications influencent principalement le timbre (A2A).
h. — Sons pbarynséfl Impars. Godsodiics.
361. Le courant d'air qui engendre les sons pharjmgés peut rencontrer, en passant dans la cavité pharyngo-buccale, par suite de certaines dispositions auatomiques, des obstacles quiles brisent et qui font naître des bruits distincts d'un certain nombre. Ces bruits sont appelés consonnes.
362. On peut produire les consonnes par un courant d'air sonore ou asonore, aspiré ou expiré. Le larynx peut donc rester complètement étranger à leur production ; mais l'air qui passe dans la cavité pharyngo-buccale fait vibrer cette cavité, et détermine par conséquent la production d'une voyelle. Les consonnes ne peuvent donc être entendues qu'associées aux voyelles : de là leur nom.
MAMDL. — Larynx. 20
306 PBÏSlOLOf.IE. — PHARYNX.
On a affirmé que l'air renfermé dans la cavité buccale suffit pour faire naître la voyelle par les contractions des joues, et l'on s'appuie sur l'observation des sujets qui ont subi une solution de continuité des voies aériennes. Celte opinion est erronée. Lorsqu'on arrête complètement l'expiration, par occlusion complète de la glotte, il est impossible de donner une voyelle, raëme aphone, par les mouvements de la cavité buccale, quoiqu'elle soit remplie d'air. Chez les personnes qui ont subi la trachéotomie, même la voix chucholée est impossible, après occlusion de la plaie, si la glotte ne livre pas passage à une quantité d'air. J ai vu plusieurs fois, dans des cas analogues, d'abord mutisme complet, puis, avec Ift perméabilité renaissante de l'orifice gloltique, voix aphone d'abord, et plus tard voir sonore. C'est ainsi qu'on doit s'expliquer le fait cité par Bouiguet, et des cas analogues de tentatives de suicide, dans lesquels, à la suite d'une section de la trachée, tout l'air passerait par la plaie. C'est une sup- . position gratuite ; une faible quantité d'air passe à travers l'orifice glottique.
36J. Les DISPOSITIONS anatomiqites à l'aide desquelles volontairement on crée ces obstacles sont variables. Ce sont des mouvements volontaires, tantôt des lèvres, laniôt de la tangue, isolés ou combinés. La langue et la lèvre jouent dans ce cas le râle d'anches membraneuses faiblement élastiques, qui ne vibrent qu'avec benucoup de lenteur et d'irrégulaniè:il me parait même probable que, pourcertaines consonnes, elles font office d'un biseau contre lequel vient se briser le son de la voyelle, pour donner le bruit caractéristique de la consonne. Pour i'h aspiré et chuchoté (3(i6), la glotte elle-même fait office d'obstacle. On fait également jouer un certain rôle aux joues, au voile du palais et aux dents.
36â. Les mouvements des lèvres ont lieu dans le sens vertical ; elles s'affrontent pour lûsser nne légère fente entre
elles, ou bien elles déterminent une occlusion complète de rorifice buccal. Ce rapprochement des lèvres s'effectue, suivant les individus, par l'abaissement de la lèvre supérieure et Télévaiion de Tinférieure, ou bien seulement par TélévatioT) de cette dernière. Il est donc impossible d'établir une division de ces consonnes d'après le mouvement de telle ou telle lèvre.
Les consonnes produites par les mouvements des lèvres sont appelées consonnes labiales. Ce sont les cinq suivantes : A, /), m, /", V. Dans les trois premières, l'occlusion est complète ; les lèvres se pressent Tune contre l'autre, moins pour b que pour /?, et au plus haut degré pour m ; une légère fente existe pour r, une plus grande pour /". Dans ces consonnes, les lèvres paraissent fonctionner à la manière d'un biseau. Les trois consonnes A, ;?, w, sont les plus faciles à exprimer par la simplicité des mouvements : ce sont les premières prononcées par l'enfant, celles que les poupées peuvent imiter dans les paroles papa^ marna, et que nous trouvons même dans le bêlement.
365. La langue crée des obstacles, en s'appuyant aux dents, au voile du palais, ou bien en exécutant des vibrations. Les différentes consonnes ainsi produites sont appelées consonnes linguales. On peut les diviser en linguo-dentales, linguo-palatines, linguo-labiales, etc., et faire encore des subdivisions en antérieures, postérieures, moyennes, latérales, etc. Ces classifications, sur lesquelles il y a tant d'opinions différentes, ont relativement peu de valeur, parce que des bruits identiques, ou du moins fort analogues, peuvent être produits par des positions différentes. Chaque auteur, en étudiant la production des consonnes, a fait des recherches sur lui-même et s'est efforcé de tracer des règles générales, d'abord d'après ses habitudes de prononciation, puis parfois en donnant à la langue des positions forcées.
Ainsi Gerdy place une glace dans rarrière-gorge, pour surveiller les mouvements de la langue : mais ce n'est guère une disposition normale et ne peut donner des principes de classification.
Nous citerons comme exemple la prononciation des consonnes rf, /, /, n. Tandis que Segond (7. c. , 18/i7) affirme que Textrémité de la langue se porte vers }a partie antérieure de la voûte palatine, Guillaume (/. c, 1868, p. 746) dit qu'elle est poussée entre les dents.
La seule position qui ne fait de doute pour personne, c'est celle de la langue dans la consonne r. Il y a alors vibration manifeste de la langue.
366. La consonne h (l'A aspiré des Français) n'est en réalité qu'un son chuchoté avec occlusion un peu plus complète de la glotte^ de sorte que, la bouche largement ouverte, on entend le bruit du frôlement de l'air contre les lèvres vocales. En prononçant, pendant l'inspection laryngoscopique, A«, he^ etc., on voit la vibration précédée d'une occlusion peu prononcée de l'orifice glottique.
367. Les joues et le voite du palais ne remplissent qu'un rôle secondaire. Les dents paraissent plus nécessaires pour servir de point d appui à la langue : cependant toutes les consonnes peuvent être produites normalement, même lorsque la mâchoire supérieure ou l'inférieure se trouve complet tement privée de dents ; on y voit alors remplacer leur ab sence par des mouvements modifiés des lèvres ou de la langue. Les personnes âgées, lorsqu'elles perdent leurs dents, ne sont plus capables ou disposées à faire cet apprentissage, aussi leur prononciation devient-elle moins distincte ou confuse. L'absence des incisives seulement peut produire un sifflement plus ou moins intense qui se mélange, coîume bruit accessoire, aux consonnes prononcées.