Lorsque l'air extérieur peut communiquer avec l'air
expiré, malgré la présence de Tobstacle qui produit la consonne, celle-ci pourra être soutenue pendant tout le temps que dure l'expiration. Lorsqu'au contraire cet obstacle doit disparaître pour que le bruit se produise, celui-ci ne se fait entendre qu'au moment où l'obstacle est vaincu. C'est ainsi que Ton doit s'expliquer la division des consonnes en contenues et non contenues. En faisant précéder la consonne de la voyelle, on apprend à connaître les unes et les autres.
Aux consonnes du premier ordre appartiennent 5, cA, 3t des Grecs, ch des Allemands, h aspiré, /*, th des Anglais, 5, y» V, r. D^s les consonnes non soutenues, on pourrait distinguer celles où l'air, l'obstacle vaincu, ferait explosion (6, rf, g, /?, y, /, A:, a;), comme explosives^ de la consonne /, qui est muette.
Cette division, posée sur le principe physique de leur production, est plus exacte que les précédentes.
369. Les dispositions des diverses parties de la bouche que nous venons de décrire sont loin d'être fixes ; V absence même de Tune ou de l'autre partie n'est pas un obstacle absolu à la production des consonnes. On trouve chez Louis l'histoire de plusieurs personnes ne possédant plus que la racine de la langue, et qui auraient cependant parlé couramment et distinctement.
370. Le NOMBRE des consonnes est en apparence plus grand que celui des voyelles : cependant, en tenant compte des modifications nombreuses dont sont capables les cinq voyelles radicales, on doit convenir que le nombre de bruits divers qui produisent les consonnes est de beaucoup inférieur ; l'obstacle, en effet, qui s'oppose aux vibrations régulières de la voyelle, produit toujours le même bruit.
Nous aurions donc un chiffre déterminé de consonnes, la conformation ou l'habitude de produire certains mouvements avec les parties molles de la cavité pharyngo-buccale
ne le faisaient pas changer suivant les races, les nationalités, les provinces, etc. On en compte ainsi de vingt à vingtqualre.
in. — Voix articulée, aphone oo sonobe.
371. Il résulte de ce que nous venons de dire, que le pharynx donne, sollicité par un courant d'air quelconque, des voyelles ou des consonnes, suivant la configuration de la cavite buccale. On appelle articulation^ le mécanisme à Taide duquel on donne volontairement une disposition déterminée au pharynx. Les sons produits constituent Aes^ons pharyngés articulés. Lorsqu'il y a émission simultanée de sons glottiques (257), l'ensemble forme la voix articulée sonore; celleci se compose par conséquent d'une gérie de sons distincts produits, au point de vue physiologique, par les vibrations des lèvres vocales et une disposition déterminée des cavités pharyngées.
Lorsqu'au contraire le son glottique ou la voix inarticulée n'existe pas, c'est-à-dire qu'il n'y a pas vibration des lèvres vocales et que l'on produit cependant des voyelles et des consonnes, les sons pharyngés articulés sont aphones; on dit alors que la voix articulée est chuchotée ou asonore^ ce qui veut dire pour nous qu'il existe une série de sons distincts produits par les vibrations de Tair dans la cavité buccale, sans vibrations des lèvres vocales.
372. Les consonnes ne peuvent être émises que par la yoix articulée ; mais, en ce qui concerne les voyelles, il est très-difficile, sinon impossible, de tracer une limite exacte entre la voix articulée et l'inarticulée, si la différence doit être établie d'après les caractères anatomico-physiologiques seulement. On est obligé d'avoir recours à des caractères tout à fait différents.
En effet, l'émission des voyellas appartient sans contredit
à la voix a ticulée. En disant oA, ehy è, y, esi (il y esty par exemple), etc., on articule la voix ; mais nous savons que tout son glottique ne peut s'entendre que combiné avec un son pharyngé (259). — Il faut alors admettre que le son donné par un animal quelconque qui possède un pharynx, est un son articulé, ce qui est inadmissible ; ou bien il ne faudrait considérer la voix comme articulée que lorsqu'il y a production de consonnes, ce qui serait également faux, comme le prouvent les exemples que nous venons de citer.
Pour trancher la difliculté, on est obligé d'avoir recours à un caractère puisé dans un autre ordre d'idées : on dit que la voix est articulée, lorsque la disposition de la cavité pharyngo -buccale est intentionnelle, volontaire, calculée pour exprimer une idée. Ainsi, par exemple, lorsqu'on riant (279) on émet la voyelle eh, eh, eh, ou bien lA, ih, ih, la configuration de la bouche pour telle ou telle voyelle est accidentelle et n'a pas de signification en général ; la voix est inarticulée, comme aussi, par exemple, dans les sons donnés par le crétin, etc. Dès qu'au contraire un sens est attaché à telle ou telle disposition anatomique, la voix devient articulée.
378. On peut appliquer sans difficulté à la voix de l'homme la distinction que nous venons d'établir ; elle devient plus difficile et arbitraire lorsqu'il s'agit de la voix des animaux, en tant qu il s'agit chez eux de l'émission de sons glot* tiques associés seulement à des voyelles différentes. Mais leur voix doit être regardée certainen\ent comme articulée, dès qu'ils font entendre des consonnes, parce que dans ce cas il y a contraction volontaire des parois pharyngées ; aussi ne saurais- je partager l'opinion des physiologistes, selon lesquels l'homme seul posséderait une voix articulée. En analysant la voix d'un grand nombre de mammifères, on y distingue parfaitement des voyelles et des consonnes : dans le bêlement de l'agneau, par exemple, on entend sans diffi-
culte A, e, e. Chez les oiseaux^ il y a un nombre plus considérable de consonnes ; on trouve des analogies très-curieuses chez Brehm : le chardonneret, par exemple, fait entendre, en volant comme au repos, stigiit, pickeluit^ pickelnick^ ki^ kléia ; mai est son signal d'avertissement ; raeraeraerae indique de la mauvaise humeur ; les jeunes crient tziflitzitzi. Il me paraît donc incontestable qu'un certain nombre de mammifères et d'oiseaux, et probablement encore d'autres animaux, possèdent une voix articulée; mais elle est pour ainsi dire rudimentaire, comparée à celle de l'homme, qui en diffère par une variété de modifications incomparablement supérieure.
lY. — Pakole.
374. La combinaison d'une voyelle et d'une consonne forme une syllabe, lesquelles, isolées ou le plus souvent réunies, constituent le mot ou la parole, Mïïq voyelle à elle seule, mais jamais une consonne, peut former une syllabe. La réunion de paroles ou de mots compose Isl phrase.
L'emploi que fait l'homme de la voix articulée, pour exprimer ses pensées et ses sentiments, est appelé langage. — Réglé par certaines formules de la grammaire, il constitue la langue d'un peuple. Elles diffèrent les unes des autres par la succession diverse des syllabes et par le sens qu'on leur donne. Quelques voyelles et quelques consonnes sont particulières à telle ou telle langue, et constituent les différences des idiomes.
375. L'émission des sons articulés est appelée pronondation, dont les vices, tels que le bredouillement, le bégayement, etc., sont signalés dans la partie pathologique.
La prononciation se fait, dans le parler habituel, avec des variations peu marquées dans la torialité. L'homme parle en général dans le registre inférieur; la femme et l'enfant dans
PHONATIOiN. — PRODUCTION DU SON. 313
le registre supérieur. Cependant quelques hommes prononcent certaines paroles parfois avec une voix très-aiguë. Les variations de registre ne dépassent guère en général une demi-octave, et la succession des sons a lieu sans intervalles limités.
La tonalité monte ou tombe à la fin de la phrase dans le parler habituel, ce qui constitue Vaccent, \ affirmation^ Xinterrogation^ etc. ; si elle est réglée, dans les limites indiquées, d'après le sens de la phrase et combinée avec des variations définies de timbre et d'intensité, alors elle constitue un des éléments principaux de la déclamation et de Cart dramatique. Celle-ci est encore complétée par les gestes, qui sont les éléments du langage mimique.
376. Les modifications que l'on doit imprimer aux cavités pharyngées pour articuler la voix sont des mouvements volontaires. L'imitation, secondée par le sens de l'ouïe et par l'intelligence, apprend à l'homme à les reproduire.
La parole ne conserve sa pureté qu'autant que l'oreille surveille incessamment sa production. La voix est toujours désagréable chez le sourd de naissance, s'il parvient à parler, ou chez les personnes qui ont perdu l'ouïe dans leur enfance.
L'intelligence, développée par l'éducation, apprend à se servir des paroles pour exprimer la pensée dans le langage. La voix articulée devient ainsi la base de nos relations sociales. Les idiols et les crétins ne poussent le plus souvent que des sons inarticulés, et la parole manque ou devient inintelligible (aphasie) par des affections déterminées du cerveau. Nous n'avons guère besoin d'ajouter que la pensée peut se traduire aussi par des gestes ou d'autres signes arbitraires, mais qui sont en dehors du domaine de la voix. Parmi ces signes figurent au premier rang les lettres^ qui sont la représentation graphique des éléments sonores.
377. On suppose, et non sans raison, que les cris, les chants, les diverses modifications de la voix que font entendre les animaux^ expriment leurs sensations et constituent leur langage. Il est, comparé à celui de Thomme, tout à fait rudimentaire et proportionné au nombre très-restreint des sensations. Les paroles apprises par le perroquet n'ont aucun sens pour lui. Chez les sauvages, la pauvreté des paroles répond à la pauvreté des idées; mais ce qui établit une différence essentielle, c'est que leur langage est perfectible, et qu'à chaque nouvelle parole apprise s'attache une nouvelle idée. La supériorité de l'individu, de même que du peuple, trouve son expression dans le perfectionnement de la langue.
378. On a cherché à imiter la parole en ajoutant à une série d'anches munies de tuyaux diversement accordés des membranes susceptibles de produire des bruits qui caractérisent les consonnes. Rivarol parle d'un abbé Mierl qui avait fait construire, vers 17S6, une tête énorme produisant des phrases entières. Van Kempelen montrait, vers la fin du dernier siècle, à Vienne, un automate qui parlait. On trouve des renseignements sur toutes les tentatives dans les ouvrages de Le Borgnis, Kratzenstein, Faber, etc.
v. — Chaht.
379. Le vrai caractère de la voix du chant est, suivant Rousseau, de former des sons appréciables, dont on peut prendre ou sentir l'unisson, et de passer deTun à l'autre par des intervalles harmoniques et commensurables.
En effet, nous avons vu que dans la voix parlée, les intervalles disparaissent dans l'élévation et l'abaissement continus (375) ; dans le chant, au contraire, les intervalles entre les notes sont marqués, et l'individualité des sons peut être
appréciée. Le récitatif forme la transition de la parole au chant.
L'exercice du chant comprend le côté mécanique et l'artistique.
— Exercice méoiiilqae eu cbanc.
380. Le mécanisme du chant comprend les mouvements respiratoires, ceux du larynx et du pharynx, ou^ en d'autres termes, les mouvements auxquels est dû le. courant d'air qui produit les sons pharyngés et les sons glottiques.