‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 16 sur 123 · THROMBOSE ET PHLÉBITE DES SINUS · texte numérisé non relu

THROMBOSE ET PHLÉBITE DES SINUS

Souvent la thrombose est latente^ chez les nouveau -nés surtout, les localisations encéphaliques étant encore insuffisamment constituées. Il en est de même à la phase ultime des cachexies et dans les cas où il existe des anastomoses (veine anastomotique de Trolard) permettant la suppléance fonctionnelle du sinus oblitéré.

D'autres fois, la symptomatologie se résume en des convulsions plus ou moins généralisées ; Bouchut, dont l'opinion paraît dans l'espèce bien exclusive, rapporte à la thrombose des sinus les convulsions agoniques des enfants.

Dans d'autres cas, ce sont des symptômes méningitiques : frisson, fièvre, céphalalgie, vomissements, délire, raideur de la nuque, troubles oculaires (inégalité pupillaire, nystagmus, strabisme), paralysies ou contractures précoces ' .

Enfin, dans la forme infectante, on a affaire au tableau classique de la pyohémie : violents frissons, fièvre intense, prostration, formation d'abcès métastatiques dans le poumon, les articulations, etc.

L'embolie pulmonaire et la stase de certains groupes veineux périphériques constituent des signes d'une tout autre importance.

V embolie pulmonaire est plutôt une complication qu'un symptôme ; mais cette complication servira, dans certains cas douteux, à éclairer le diagnostic.

Les stases veineuses partielles siégeant au cou, au crâne ou à la face s'expliquent par la gêne circulatoire qu'éprouvent les veines périphériques aboutissant au sinus thrombosé. Les phénomènes stasiques sont limités au territoire irrigué par ces veines et sont donc en rapport avec le siège de la coagulation intra-cràniennc. Il suffit de se reporter aux notions anatomiques concernant le trajet des veines céphaliquesetleur point d'abouchement dans les sinus pour en déduire la limitation précise de la stase dans un cas donné.

Dans la thrombose du sinus longitudinal supérieur^, Gerhardt et Eichhorst ont insisté sur la dilatation des veines du cuir chevelu comprises entre la grande fontanelle et la région temporo-auriculaire ; le bregma, déprimé au début, s'élargit au contraire lorsque la tension du liquide céphalo-rachidien s'est accrue. Von Duscli signale en outre, en pareil cas, la fréquence des épistaxis; Fritsch a observé les sueurs localisées aux parties supérieures du corps.

Quand le sinus tvansverse est le siège du coagulum, la veine jugulaire interne et la veine jugulaii'e externe du côté correspondant sont afïaissées : la jugulaire interne ne reçoit plus du sinus latéral le sang qu'elle a mission de diriger vers le cœur ; quant à la jugulaire externe,

' L'hémiplégie spasmodiquc tardive n'a guère le temps de se manifester dans la thrombose des sinus, alors même qu'il se produirait secondairement un ramollissement de l'écorce, en raison de l'évolution rapidement mortelle de l'affection.

^ Voy. l'observation récente d'KRLENMEYER ; Deut. med. Woch., 28 juin 1890, pag. 781.

elle déverse plus facilement clans la jugulaire interne moins remplie le sang qu elle renferme. Souvent, aussi, on constate un œdème dur et douloureux derrière roreille, dans la région mastoïdienne, par suite de la thrombose consécutive des veines auriculaires postérieures.

La thrombose du sinus caverneux ' est révélée parles troubles circulatoires qui s'accomplissent dans le domaine de la veine ophtalmique ; la paupière supérieure s'œdématie, la conjonctive se boursoullc, la l'ace se tuméfie, par suite des anastomoses de la veine faciale avec l'ophtalmique. Du côté de l'œil on note, à part le chémosis : un degré plus ou moins accentué d'exophtalmie, delà congestion rétinienne, de l'œdème papillaire et quelquefois une thrombose bien apparente des veines de la rétine (Bouchut) ; comme troubles fonctionnels, on a signalé une amblyopie pouvant aboutir à la cécité.

En outre, il est fréquent d'observer diverses manifestations du côté du trijumeau (névralgie, troubles Irophiques de l'œil et de la face) et des nerfs moteurs oculaires (paralysie des muscles de l'œil). On sait en eifct que ces troncs nerveux affectent des rapports intimes avec la paroi du sinus caverneux.

Les symptômes relatifs à la thrombose des autres sinus sont trop mal connus ou tropclillus pour mériter une description.

Quand la veine juguhure interne participe au {)rocessus tlirombosiquc, il existe de la douleur et de la tuméfaction dans la région corres. pondante du cou.

Il n'est pas rare d'observer simultanément les .symptômes de l'oblitération de plusieurs sinus.

La MARcuE de la thrombose du sinus est généralement aiguë ; l'affection se termine, dans la plupart des cas, parla mort, qui survient au bout de quelques jours ou de quelques semaines. Souvent il se produit, au cours de l'évolution, des rémissions trompeuses dont il faut se méfier au point de vue du pronostic. La guérison est extrêmement rare, si tant est qu'elle puisse survenir en l'absence d'intervention.

Le DIAGNOSTIC, difficile d'ailleurs et quelquefois impossible, devra ôtre tenté avec la méningile aiguë, Volite simple ou l'inflammation des cellules masloïdicnncs, Vabcès du cerveau. Les phénomènes de stase veineuse limitée, lorsqu'ils existent, joints à la diffusion des autres phé' nomènes, permettront dans certains cas le diagnostic.

Le PRONOSTIC découle des considérations que nous avons exposées sur la marche de l'affection. Chez l'enfant la vie persiste quelquefois, mais les fonctions intellectuelles subissent un arrêt de développement

• Voy. le cas de Nothnagel ; Société des médecins de Vienne, 7 juin 1S89 ; — anal, in Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. i4o.

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