CHAPITRE PREMIER
L'hystérie est un véritable Protée, qui se présente sous autant de couleurs que le caméléon. Cette phrase de Sydenham est devenue classique et exprime bien l'impossibilité où l'on est de donner une définition précise de cette névrose complexe, qui ne répond à aucune lésion précise, et qui peut se manifester par la séméiologie du système nerveux tout entier.
Tout le monde le reconnaît du reste '' .
' Briquet; Traité clinique et théy^apeutique de l'hystérie. Paris, iSSg ; JoLLY ; art. de VHandb. de Ziemssen ;
Bernutz; art. du Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Cliirurijie pratiques : ■ ROSENTHAL ; loc. cit. ;
Uharcot ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, II, III et passim. ; AxENFELD et HuCHARD ; Traité des ?iéuroses, 2° édition ;
P. RiCHER ; Études cliniques sur la grande hystérie ou /lystéro-épilepsie, 2° édition, i885; — Paralysies et contractures hystériques, Traité, 1892;
Strumpell, EiCHHORST, HiRT ; Traités cités;
Pitres ; Leçons cliniques sur l'hystérie et Vhyp)notisme, 1891 ;
Gilles de la Tourette ; Traité clinique et théi-apeutique de l'hystérie, d'après l'enseignement de la Saljiêtriére, tora. I, 1891 ;
Loewenfeld ; Pathologie et thérapeutique de la neurasthénie et de l'hystérie. Wiesbade, 1898.
Voy. aussi notre article //i/sïéri'e, \n Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, 1889.
^ « La définition de l'Iiystérie, dit LasèGUe, (Archives générales de Médecine, juin 187S), n'a jamais été donnée et ne le sera jamais.» — «On ne peut, a-t-on dit encore, on ne pourra jamais donner de définition exacte de l'iiystéric; on peut seulement affirmer que, par ses manifestations étranges, l'hystérie a supprimé le mot impossible de la pathologie ».
Pitres (loc, cit., pag. 11) a récemment donné de l'hystérie la définition clinique suivante: « L'hystérie est une névrose dont les accidents, très variés, ont pour caractères communs : a) de ne pas être sous la dépendance directe de lésions organiques; b) de pouvoir être provoqués, modifiés ou supprimés par des manœuvres externes ou par des causes purement psychiques ; c) de coexister en nombre variable;d) de se succéder sous différentes formes et à différentes époques chez les mêmes sujets; e) de ne jamais retentir gravement sur la nutrition générale et sur l'état mental des malades qui en sont atteints ».
Historique. — L'hyslérie csl connue depais qu'il existe une civilisation, dit Briquet.
Du temps d'Hippocratc et de Galion, cl avant eux, les femmes qui soignaient les personnes de leur sexe (on voit que l'invention des l'emmes-docteurs n'est pas nouvelle) connaissaient l'hystérie et soutenaient sur cette névrose une théorie qui a l'ait fortune: la théorie; utérine.
D'après les philosophes de l'époque, l'utérus était un animal logé dans la femme, animal qui désire ardemment engendrer des enfants. Quand on ne lui donne pas une suflisante satisfaction, il s'indigne, parcourant le corps en tout sens, et donne lieu à toute espèce de malaises et de maladies. Celte théorie s'est souvent transformée, mais elle reparaît avec des modilications, à notre époque, chez Louyer-Yillermay et Landouzy.
L'hystérie se trouve dans tous les siècles, dans les grandes névroses épidémiques dont nous avons parlé. Les travaux se sont accumules sur cette maladie d'une manière extraordinaire'.
Étiologik. — Sexe. — Avec la théorie ancienne, les femmes pou vaient évidemment seules élrc allcinlcs d'hystérie. Celte opinion doit èlrc aujourd'hui abandonnée.
Ch. Lepois déjà, et surtout Briquet, ont bien mis en lumière l'existence de l'hystérie chez l'homme-; on est, depuis, revenu mamtes fois
' V'oy. DuBuis ; Ui^tuiri' pltilosoph ique de l'/i ijjiochondrie et de l'hystérie . l'aris, i833.
- Au fur et à mesure qu'on cuiuKiiL inieu.K l'hyslérie, on la trouve moins rare chez l'homme. — Dans un travail laiLsous l'iiisjjiralion de CliarcoL, Hatault a pu (Ml réunir 2iî> cas.
\'oy. sur le même sujet: Aussillou.k; Montpellier médical, 1S7G;
1''okt; Gazette hebdomadaire, 1874, pag- -"'O ;
Favue ; .\.iiiiales médico-psycholo^/iques, mai ibyô ;
i^ii iiT ; l'hésc de l*aris, 1870, pag. -261 ;
BoNNEMAisON ; Archives de Médecine, jum 187Ô;
Lombard; Gazette médicale, 1876, pag. 16 ;
Martin ; France médicale, 1877, pag. 703 ;
Mauicouut ; Tlièsc de l'aris, 1877;
Klein ; Tlièse de I*aris, i88o, n» ;
JANNiiT ; Ibid., n» 189 ;
Chaucot ; Progrés médical, 1SS2, n"' 5o et 5i ; i885, n" 18; — Archives de Neuro/o(//e, juillet iSyi ; — Clinique des Maladies du Système nerveux, i8(j2, pag. 285; LECOii ; France médicale, 1882;
Ueuuvh ; Société médicale des Hôpitaux, 11 avril iS84, — clGazette des Hôjntaux, 188G;
Mossii ; Gazette liebdomadaire de Montpellier, i883 et 1887 ;
VValton ; Arch. ofmed. de NeLo-York, i883 (anal, in Archives de Neurologie 1884, VII, 20, pag. 25i) ;
Tasteunatzici ; Archives de Psychologie et Neurologie Russes, i883, II (anal, in .\rchives de Neurologie, 1884, VII, n° 20, pag. 244) ;
Putnam; Am. Journ. of Neurol., 1884, pag. 007 ;
MiSNDEL ; Berl. kl. Woch., mai-juia 1884 ;
MALADIES HES NERFS ET NFIVROSES.
sur ce sujet. A Theure actuelle, l'hystérie masculine est de constalalion banale. La participation, démontrée plus intime, de l'homme à la névrose, n'est point due, suivant Charcot, à la déchéance du sexe fori; elle provient tout simplement de ce que l'hystérie est aujourd'hui mieux connue et plus facilement dépistée.
Cependant la fréquence en est incontestablement beaucoup moindre chez l'homme que chez la femme, d'après la proportion de i sur 20 suivant Briquet. — Briquet admet que la moitié au moins des femmes est hystérique ou très impressionnable ; un cinquième aurait des attaques.
Age. — L'hystérie peut s'observer chez des petites fdles • et même chez les petits garçons (Briquet, Rosenlhal). Mais cependant c'est à la puberté que se développent le plus grand nombre de cas. Plus de la
Lanoaille de la Chèze ; Gazette des Hôjntaux, i884-85 ; Page ; London, i885 ;
G. GuiNON ; Gazette médicale de Paris, 16 mai i885 ; Oliver ; Brain, octobre i885, pag. 896 ; Duponchel; Revue de Médecine, juin 1886 ; Oteretzkowski ; Archives de Neurologie, 1886, n» 3G ; Hamilton ; fî?-am, janvier 1886 ;
Quinqueton ; Thèse de Paris, 1886 ;
Coustan; Archives de médecine et de pharmacie militaires, 1887;
Grésantignes ; Journal de Médecine, 1888 ;
Fage ; Journal de Médecine de Bordeaux, 21 septembre 1888;
Marie; Progrès médical, 27 juillet 1889; /
RouBiNOWiTCH ; Thèse de Paris, novembre 1890;
Mac Donnell ; New-York med. Journ., 8 février 1890 ;
BiTOT ; Thèse de Bordeaux, 1890 ;
Souques; Archives générales de Médecine, août 1890; Lapeyrie ; Thèse de Montpellier, 1890 ; Mann; Thèse de Berlin, 1891 ;
Bourneville et Sollirr ; Archives de Neurologie, novembre 1891, n»66, pag. 38o.
Voy. aussi nos leçons sur l'hystérie mâle, publiées par Bourguet et Jeannei,, in Montpellier médical, mars 1889 (Clinique médicale, pag. i3i), et Nouveau Montjiellier médical, 1891, tom XV il.
Certaines formes d'hystérie, l'hystéro-traumatisme et l'hystérie toxique en particulier, sont même plus fréquentes chez l'homme que chez la femme.
I Voy. sur Vhystérie infantile ;
H. Paris ; Thèse de Paris, 1880, n» 83 ; Casaubon ; Thèse de Paris, 1880; Peugniez ; Thèse de Paris, i885 ;
Chaecot ; Leçons du Mardi, 1887-88; — Leçons, 1890; Glopatt, Goldspiegel ; Thèses de Paris, 1888 ;
Blocq; Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1889, n° 48, pag. 7G7 ;
G. GuiNON ; Thèse citée ,
BuRNET ; Thèse de Paris, février 1891 ;
Ghaumier ; Académie de Médecine, 2 décembre 1891 {nouveau-nés). — Yoy. aussi, à l'occasion du mémoire de Ghaumier, la récente discussion à l'Académie de Médecine (juillet-septembre 1893) ;
HiRT ; cité in Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 10 juin i8y3, pag. 434.
moitié des faits relevés par Briquet avaient pris naissance de lo à 20 ans. La maladie est encore fréquente de 20 à 3o ans ; elle devient rare [)liis tard et exceptionnelle après la ménopause". — Chez l'homme, d'après Pilrcs, elle présenterait son maximum de fré(|upnce entre 25 et /Jo ans.
L'inlluence de l'hérédilé est également considérable.
Pour s'en rendre compte, Briquet a dressé des tableaux d'où il résulte (pic les hysléri([ucs ont 25 p. 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d'affeclions de l'encéphale, tandis que les sujets non hystériques n'ont ([ue 2 1/8 pour 100 de ces parents. La moitié des mères hystéri(pics donne naissance à des hystériques ; une fille qui naît d'une mère hystérique a une chance contre Irois de devenir hystérique.
Nous ne sommes certes pas fanatiques des statistiques, qui donnent souvent les résultats les plus élrauf^es ; mais, dans l'espèce, il nous semble que ces chiffres sont une image frappante et assez nette de l'hérédité.
D'après Amann, on trouve des dispositions héréditaires chez 76 p. 100 (les hvstéri(|ues. — Les parents peuvent, du reste, intervenir à divers titres, soit en léguant le nervosisme, soit en léguant les diathèses que ce nervosisme ex|)rime. On a remarqué aussi que les parents ûgés ont des enfants disposés à l'hystérie, comme à d'autres névroses d'ailleurs-.
Il n'y a pas, d'après Briquet, de consliliilion physique spéciale aux liystériipies, pas de signes extérieurs constants et prédominants, quoi (|u'on on ait dit. La prédisposition à l'hystérie consisterait principalement dans l'étal inoial et se résume dans la facilité qu'a la femme d'être impressioiuiée péniblement, sans que le degré de l'intelligence joue un rôle (juelcon(]ue .
La lalitiide et les climats paraissent sans influence.
Les dilVérences constatées entre les divers pays viennent plutôt des (lill'érences de mœurs et de genre de vie.
La race Israélite serait, d après Charcot, plus spécialement prédisposée.
L'inlluiMKM" (le la [losHian sociale serait nulle, d'après Briquet: l'hystéi ie frappe les pauvres comme les riches.
L hystérie n'est point, comme on l'a cru, l'apanage exclusif et le monopole peu enviable des classes élevées; à côté des hystériques du grand monde, gens de culture cl d'idéalion vive, qui souvent proclament leur n('M i-()S!< avec une sorte de lierté, il y a des hystériques obtus et ('liais, (liiiit riiiiagination ne révèle rien de subtil aux recherches des psychologues.
' Viiy. •^uvYlnj^lcrie sétiilc : Di-; Flkl'ry : Tlu'-sc de norileaiix. i8(j<).
. ,ni--i le cis rtToiil rapiiorlo ii.ir Feurand (Société médicale clo' II6]iitau.r, Hi juin \Siù\ .
• DiojKUiNU ; L'/iérédité dans les maladies du S'jstcnic neiveucTlicsc d'agro-
Mais la naissance et l'éducation dans les grandes villes disposeiil beaucoup plus que la vie à la campagne.
Le mode d'éducalion a une influence incontestable, soit en rendanlle système nerveux trop impressionnable, soit en multipliant les occasions d'impression. Les passions, les affections morales vives contribuent puissamment au développement de l'hystérie.
Au point de vue des professions, on a beaucoup dit que l'hystérie est fréquente dans les couvents, dans la vie religieuse. Il y a du vrai ; mais ce n'est pas dû à la continence . Briquet a montré que ce n'est pas dans les ordres actifs, de charité ou d'enseignement, que l'hystérie e.4 fréquente; c'est dans les ordres contemplatifs, mystiques. La continence est cependant la même de part et d'autre.
De plus, la maladie est fréquente chez les domestiques et les ouvrières de Paris, et fréquente même chez les fdles publiques. Sur 199 femmes publiques, Briquet trouve 106 hystéri(jues, ^>8 impressionnables, et 65 non hystériques.
D'autre part, les veuves ne sont pas plus exposées que les autres à l'hystérie, et la satisfaction des besoins sexuels ne met nullement à l'abri de cette névrose. On peut dire que Briquet a complètement renversé l'ancienne opinion, qui attribuait l'hystérie à la continence-. — Ce sont là des propositions dont nous comprendrons toute l'importance pratique à propos du traitement.
Nous sommes ainsi conduits à étudier la grande question des rapports entre l'hystérie et l'état physiologique ou pathologique des orgunes génitaux.
Les ancii ns mettaient la maladie sur le compte de l'utérus, mais pas de l'utéi-us malade, anatomiqucment altéré. C'était l'utérus non satisfait, fonctionnellcinent troublé, mais pas lésé. L'Ecole analomo-palhologique, surtout à partir de Broussais, a matérialisé cette théorie et fait de l'hystérie une dépendance des maladies de l'utérus. Plus tard on y a joint, avec Négrier et Schutzenberger, les maladies de l'ovaire, et puis les maladies de tout l'appareil génital.
C'est une exagération manifeste de voir là l'unique éliologie de l'hys-
' Charcot cl Gilles Dii la Tourette {Progrès médical, i885, n" 4) ont montré l'influence que des pratiques répétées de spirilipine peuvent avoir sur le développement de l'hystérie étiez les entants. — On nous a consulté récemment pour un individu qui devenait névrosique et aliéné à la suite d'une séance dans laquelle une somnambule (dont il se moquait) lui avait prédit le jour de sa mort, à un an d'intervalle.
G.GuiNON insiste, dans sa Itiése (voy. plus loin), sur le rôle important que jouent les histoires terrifiantes (histoires de loups-garous, de revenants) dans le développement de l'hystérie infantile.
Les tentatives répétées d'hypnotisalion peuvent aboutir aux mêmes résultats chez les sujets prédisposés aux manifestations névropathiques (Séglas ; Bulletin médical, 1888, n° 98).
2 Voy. encore, sur ce point : Petti ; Thèse de Paris, i865.
l/'rie. Siiivnnl diverses slalisliqvios, on trouve i/5, \l\ ou inrine i /?> des liyslériqucs sans aucune lésion de ces organes.
Cependant il y a là une action palhogénique vraie. D'abord ce sont des maladies longues, qui, par l'anémie et les soull'rances qu'elles eniraîneril disposent déjà à l'hyslérie. iMais, de plus, il y a une relation parli' idière : les phénomènes (jui aceompagncnl la ln(■n^l i imi el la grossesse chez certaines i'emmes re.sseinhlenl . du reste, beaucoup aux symplômes hystériques.
il r.'iut ri'mar(|iier seulement (pie les lésions profondes de l'utérus, comme le cancer, entraînent moins souvent l'hystérie (jue des lésions superficielles et surtout de simples déplacements.
Dans la ummuc calégorie de causes, nous mettons l'onanisme, qui a été noté chez (piehiues I'emmes iHosentlial) et chez un bon nombre d'hommes atteints d'hystérie.
La grossesse, raccouchement, les suit(>s d(; couches, ont aussi une certaine inlluence sur le dé v(doi)pemeut de la maladie. De même pour les ti'oidiles de menstruation, (pii sont ({uelqucCois secondaires, mais pcuveiil aussi (Mi'e cause.
dehors de ces maladies locales, les t7o/,s généraux produisent encore l'hystérie. Ainsi, l'anémie, la chlorose, jouent souvent un rôle palhogénique considérable
On a aussi, et nous avons récemment encore attiré l'attention sur ce point-, I hystérie associée à diverses maladies, organiques ou fonctionnelles, du système nerveux: tabès, sclérose en plaques, maladie de Kriedreich, myopathies, mal de Fott, goitre exophtalmique, épilepsie, neurasthénie, paralysie agitante, maladiesdestics, chorée, tétanie etc. — Ces maladies, d'après Baljinski -, pourraient ôtre considérées comme des agents provocateurs de la névrose. «Si, en efl'el, déclare-t-il, un l(''ger traumatisme, une simple émotion ou toute autre cause banale, est susceptible de provocpier chez un individu jusque-là bien portant 1 apparilioii d accidents hystériques, il est tout naturel qu'une all'ection organiipie ou dynamique du système nerveux, qu'un état pathologique préexistant, (piel (pi'il soit, puissent produire des elï'ets analogues».
Dans un eerlain nombre de cas, on trouve des diat/ièses, et on les reneonl rerail |ilus souvent si on les cherchait mieux.
Ainsi, ou parle souvent d'hystérie chez des enfants de phlisi(jues ; c'est vrai. L'hystérie est, chez ces sujets, la manifestation delà diathése tuberculeuse héréditaire, et on trouve des cas dans lesquels cette dialhèse,
' Lai'Ohte ; Tlièsc de Bonloaux, iSS8.
l'ciil-iHre poiirrail-oii i-appoiier à une anémie symijlomaliqiic la fréquence i rlalive lie l'Iiyslério chez les sujets alleinls de rélrécisseuienl milral (Girauueau ; \r<-/iire.< générales de Médecine, novembre iSyo).
• Des associations h ijstéro-orrja niques (un cas de sclérose en plaques et d'hystérie associées, avec autopsie), in Nouveau Montpellier médical, iSç)2, lom. L B.vuiNSKi ; Société médicale des hôpitaux, ii novemlin' iSya.
tl'abord uniquement manifestée par des phénomènes nerveux, se révèle plus tard par les lésions classiques du poumon : à ce moment même, on voit souvent l'hystérie s'atténuer et disparaître. De même pour les autres (liathèses, le rhumatisme notamment '.
Depuis notre deuxième édition, nous avons repris avec quelques détails l'étude des Rapports de Ihystérie avec les diathèses en général, et spécialement avec les diathèses scrofuleiise et tuberculeuse '-. Nous avons réuni d'abord 25 observations d'hystérie avec hérédité tuberculeuse, mais sans manifestation thoracique, puis 19 observations d'hystérie, toujours de nature tuberculeuse, mais avec manifestations thoraciques. Nous avons ensuite discuté tous ces faits et conclu ainsi: «On ne peut tout expliquer, ni par les fausses phtisies des hystériques, ni par les fausses hystéries des phtisiques, ni par la simple coïncidence. On ne peut dire, ni que les enfants de phtisiques deviennent hystériques par simple faiblesse native ou parce qu'ils sont orphelins de bonne heure, ni que l'hystérie prédispose à la phtisie en débilitant le sujet. On ne peut pas voir là deux maladies distinctes, antagonistes, et enfin on ne peut pas invoquer l'arthritisme comme souche commune des deux ordres de manifestations.
s>Sur le terrain ainsi déblayé, reste alors et reparaît notre^doclrine montpelliéraine, déjà exposée au début de ce travail, et que je résume encore succinctement.
ïLa tuberculose est, comme toutes les diathèses, une maladie essentiellement générale et constitutionnelle; la phtisie pulmonaire est une des manifestations de celte maladie, elle n'en est pas la seule. Les névroses en général, l'hystérie en particulier, peuvent aussi être la manifestation directe de l'affection diathésique.
sDe même que la chorée est souvent de nature rhumatismale et l'angine de poitrine de nature goutteuse, de même l'hystérie peut être de nature tuberculeuse, le mot tuberculeux ayant ici son sens nosologique et nullement son sens analomique; c'est-à-dire que, dans l'hystérie
' Voy. DuKAND ; Thèse de Paris, 1880, n° G2.
Au dire de Sydenham, Hufeland, Guéneau de Mussy, l'hystérie et le ncrvosisme sont le plus souvent des rejetons de la famille arthritique ».
Geenier (Archives générales de Médecine, octobre 1888) a insisté sur les rapports de l'hystérie avec le diabète.
Charcot {Clinique des maladies du Système nerveux, 1892, pag. 368) a également fait ressortir le rôle de la goutte dans la genèse de l'hystérie.
2 The Brain (trad. de Watteville), janvier iH'Sli, — ni Montpellier médical, mars-août 1884.
Voy. aussi sur ce point: Leudet ; Association française pour l'avancement des Sciences. Congrès du Hâvre, 1877 ; Brousse ; Gazette hebdomadaire de Montpellier, 1881, pag. 428; Largaud ; Thèse de Montpellier, 1883, n" 28 ; MossÉ ; Gazette liebdomadaire de Montpellier, i883;
Furet; De l'hystérie dans ses rapports avec certains états morbides. Thèse de Paris, 1888.
UYSTÉRIE. r21
de nature luherciileiise, nous ne supposons pas de luhercules dans les centres nerveux (cette proposition no peut être comprise que si l'on admet comme nous <pie les lulicrculcs ne sont pas pathognomoniques de la diathôse tuberculeuse, (pi'ils existent sans elle et qu'elle existe sans eux).
)) l^ssentiellemenl liér('Mlilairc, la dialliése I ulierculeuse n'est bien comprise cliniquemcnt (juc si on la suit dans les i'amilles, derrière ses manil'eslalicjns variées à travers les i^énéialions successives. On voit alors (jue riiystérie peut r('ni|)hirei' la plili.'~ie pulmonaire», cliez un luembi'c d(^ la famille tuijerculeuse, au même titre (pie la méninyite tuberculeuse la représente chez un autre et le mal de Potl chez un troisième.
«Outre ces cas (Obs. i à xxvl, dans lesquels l'hystérie est la seule manil'eslation de la diallièse chez le tuberculeux héréditaire, il y en a d'autres (xxv à xlivi dans lesquels le môme sujet présente, à la fois ou successivement, les deuxordres dcmanifeslations (thoraciques et névrosiques) tic la diathè.se. Il se passe alors ce que l'on observe classiquement pour les autres maladies à manifestations multiples : les deux ordres de symptômes se sup|)léent, se succèdent, se remi)lacent; ou, s'ils sont simultanés, s'influencent, se modèrent, jusqu'à la lin de la maladie ou juscju'à ce que l'un d'iMix rcinpoi lc définitivement. En d'autres termes, les rapports mutuels de la phtisie pulmonaire cl de l'hystérie dans la diallièse tuberculeuse sont comme les rapports des symptômes cérébraux et des symptômes abdominaux dans la fièvre typhoïde, ou ceux des manifestations viscérales et des manifestations articulaires dans la goutte.
«Ce que nous disons là de l'hystérie et de la tuberculose n'est qu'un paragraphe d'un grand chapitre tout aussi vrai des rapports de toutes les névroses, et même de foules les maladies du système nerveux, avec les dialhèses et les maladies générales.
ïSi l'on ne comprend pas les névroses sans voir leurs relations mutuelles; s'il est indispensable, en neuropathologie clinique, de considéi'ci- la fdinillc lU'L'rojxithi/jiie, il faut aller encore plus loin et coraplcler tout cela par la famille diathcsujiie, en dehors de laquelle on ne vci ra (pu- il(>s unités isolées, épai'ses, sans réalité vivante, o
Toutes ces causes ne représenlent pas seulement des conditions prédisposantes, comme les a[)pelle Briquet. Certains de ces éléments éli()lo^i(pies. eoiunie les dialliéses, conslilueul le fond même de la maladie ; d'autres, comme l àge, le sexe, etc., déterminent la forme nefveuse de la maladie. Il reste à envisager maintenant les causes qui font apparaître l'hystérie elle-même, en déterminent l'explosion : causes occasionnelles ou détermiiuuiles.
Nous trouvons ici la débilitalion produite par diverses maladies générales du locales, surlout celles île l'appareil génital. Mais très souvent on rencontre des impressions tro|) vives ou douloureuses,
7i!2 MALADIES DHS NEUFS ET NÉVROSES.
chagrins, contrariétés, frayeur, revers de fortune, mauvais traitements ou bien des impressions sensorielles pénibles, désagréables, sur la vue, l'odorat, l'ouïe, etc.
Il ne faut pas oublier ïimilalion, la contagion nerveuse, l'influence épidémique.
Tout le monde connaît les faits de Harlem, rapportés par Boerhaave. Bailly raconte qu'un jour de première communion, à l'église Saint-Roch, une jeune fdle fut prise tout à coup de convulsions hystériques pendant la messe; dans l'espace d'une demi-heure, 5o à 60 femmes eurent des convulsions semblables.
Depuis quelques années, l'étiologie de l'hystérie s'est enrichie d'un certain nombre de facteurs, qui ont été énumérés et groupés par G. Guinon ' dans son excellente Thèse, et dont les principaux sont : ['intoxication, l'infection, le traumatisme.
Toutes ces « hystéries provoquées » doivent être, à notre avis, considérées comme des formes cliniques d'une seule et même névrose ; elles obéissent aux mêmes lois généiales, offrent les mêmes stigmates, et diffèrent simplement les unes des autres par quelques modalités dans leur expression symptomatique. «Les agents provocateurs, dit Guinon, peuvent quelquefois, mais non toujours, imprimer un certain cachet aux manifestations de l'hystérie». — Les troubles névrosiques peuvent être, dans ces hystéries provoquées, un peu plus tenaces que dans l'hystérie commune ; ils peuvent s'accompagner un peu plus fréquemment de neurasthénie ; mais tout cela n'est point suffisant, nous semblet-il, pour justifier la création de «névroses toxiques» ou de «névroses traumaliques 3, offrant simplement avec l'hystérie des affinités de symptômes. C'est bien dans tous cescas, l'hystérie vraie qui est en jeu, s'écartant seulement de la forme classique par quelques particularités liées à l'élément étiologique.
Les hystéries toxiques ont reçu ce nom de Debove, en 1886 ; elles englobent un certain nombre des manifestations nerveuses (paralysies, contractures, attaques, phénomènes apoplectiques, troubles sensitifset sensoriels) que l'on voit survenir au cours de diverses intoxications: alcoolisme, héréditaire ou personnel, — saturnisme, — hydrargyrisme, — nicolisme, — morphinisme, — intoxication oxy ou sulfo-carbonée"-.
' G. Guinon; Les agents provocateurs de l'/njstérie. Thèse deParis, février 18S9. Voy. aussi Beissaud ; Les hystéries provoquées, in Galette des Hôpitau-v, 23 novembre 1889.
2 Voy. sur les hystéries toxiques, en général : Debove; Société médicale des Hôpitaux, 1886;— Brissaud; Tlièsc d'agrégalion, 1886; - Berbez; Gazette des Hôpitaux, 14 janvier 1888; — Hischmann ; Thèse de Paris, 1889; - Soutoul ; Thèse de Paris, décembre 1889 ;— Massalongo ; La Ai" '7brï7irt )7ief//e«, juillet 1891 ,pag. i56.
— Suv Vhystérie alcoolique : Dreyfovs ; Union médicale, novembre 1886; — Charoot ; Bulletin médical, 1887 ; — E. Grasset; Thèse de Bordeaux, 1887; — GujLLEMiN ; Annales médico-psyc/iologiques, mars 1888; — Lancereaux ; Aca-
L'hystérie toxique, «accident tertiaire des inloxicalions» , nécessitera souvent un dingiioslic di(ïér(Miliel assez coinplicjué avec les névrites périphériques, qui reconnaissent IVéquemnient la même origine.
On a vu, de môme, l'hystérie se développer au cours ou dans la convalescence de certaines maladies infeclieiise.s* : fièvre typhoïde-, variole, rougeole, scarlatine'', pneumonie '. i)leurésie, fièvre inlerniillenle, rhumatisme ■', grippe rage, syphilis' blennorrhagie etc. L'hystérie post-
démie de Médecine, 1888; — Salmehon; Thèse de Paris, juin 1890;— Gamuzet; 'l'li('sc (le Paris, avril i8()i {hyatérie hérédo-cJcoolique).
— Hur V/iystéric satiu'nine : Debove; loc. cit.; — Achard; Archives générales de Médecine, 1887; Bulletin médical, 1887, n« /|5 ; Tlièsc de Paris, 1887; — CiiAUCOT ; ihdletin médical, 1887, pat^. 887; — Potain", Letuli.h ; Bulletin médical, 1887; — Dutil; Galette médicale de Paris, 3i décembre 1887; — Pi.kssard ; Tlicsc do l*aris, 1888. 11° loG ; — Rendu ; Leçons de Clinique médicale, 1890, pa^. ; el Société médicale des Hôpitaux, /| décembre 1891.
— Sur Vliy^térie mcrrurielle : Letuli.E ; Société médicale des Hôpitaux, 12 aoùl 1887; Gazette hebdomadaire, septembre 1887; France m«c/ica/e, novembre 1888; — Potain ; Bulletin médical, se|)lemi)re 1887 ; — L. Guinon ; Gazette médicale de Paris, 2() novembre 1887; — Destay ; Tiièse de Paris, 1887; — Rendu; Leçons de Clinique médicale, 1890, pag. /|65.
I.e tremblement dit mercurie! est ati joiu il luii rap|)orlé à rbyslérie par la majorité des auteurs (Chaucot ; Mercredi médical, 22 juin 189:'.)-
Sur Vliystérie tabagique : Gii-beut \ Société médicale des Hôpitaux, ■£> octobre
Sur Y hystérie morphinique : Neveu-Derotrie ; Thèse de Paris, novembre 1890,
— SwVhystérie oxy ou sulfo-carbonée : Marie ; Société médicale des Hôpitaux; 9 novembre 1888 ; — Bf.rbez; Société clinique, 1888; — Charcot ; Leçons du Mardi, 188S-89; — Loi' el Laciiaux; 22 avril 1893 ; — Bloch; Deut. mediz. Zeit., 1893, n" 58, pag. 530.
L'hystérie aurait encore été observée au cours de certaines intoxications aiguës (camphre, chloroforme, etc.).
' \'oy., sur les hystéries post-infectieuses en général, nos leçons publiées, en février-mars 1890, in Gazette Iiebdomadaii'e de Montpellier, — cl Clinique médicale, 1891, pag. 4i4-
' Furet; Thèse de Paris, 1888.
' Grenier; Arc/iives générales de Médecine, octobre 1888.
' Berbez ; Revue de Médecine, 1S86.
' Souza-Leite ; Arcinves de Neurologie, 18SO.
" Le Joubioux ; Thèse de Paris, juillet 1890.
■ Achard ; Thèse de Paris, 1887 ;
Richard; Thèse de Paris, 1S87 ;
Potain; Gazette des Hôpitaux, 1887, n» f,y cl 53:
Raymond ; Progrès médical, 1888 ;
Scumitt; Revue médicale de l'Est. 1888;
MouAVSiK ; Centr. f. Nerven., 1888, IX, pag. 20;
RouBv; Thèsir de Paris, 1889;
Fduunieu ; Société de dermatologie et de syjili iligrapliie, mai 1893. Raymond ; Journal des mcdadies syjiltiUt iqucs et cutanées, mars 1891.
infectieuse absorbe aujourd'hui un certain nombre des paralysies consécutives aux maladies aigiies, paralysies attribuées autrefois par Gubler' à l'asthénie, et par Landouzy - à des lésions organiques des centres nerveux.
Le rôle du traamatisjne (nervous shock] comme générateur de l'hystérie a été bien mis en lumière ces dernières années ; non seulement il peut éveiller ou rappeler la névrose, mais encore il influe sur la forme et la localisation des phénomènes névrosiques. Brodie-'', le premier, a bien mis la chose en évidence.
Le shock nerveux est défini par Guinon «l'état dans lequel se trouve un sujet qui vient d'être victime d'un traumatisme ou d'une secousse matérielle quelconque, plus ou moins violente, mais s'accompagnant toujours d'émotion vive, état caractérisé par une série de symptômes tant psychiques que somatiques». — U hystéro-traamatisme est «l'hystérie développée sous l'influence du traumatisme et de cet état qui en dérive, le shock nerveux».
Un traumatisme quelconque, opératoire ou autre (chute, violences, tremblement de terre, choc de la foudre'', morsure ^, est susceptible d'appeler l'hystérie, quelle que soit son intensité. Un traumatisme léger agira pour cela aussi bien qu'un traumatisme grave, à condition que la sphère morale ait été très impressionnée par l'événement. En un mot, dans ces cas, l'effet produit est sans rapport avec l'intensité de la cause génératrice et ne ressemble en rien à ce qu'elle eût produit chez une autre personne. Comme disait Brodie, «ce genre de symptôme dépend plus de la constitution que de la lésion locale».
Nous reviendrons, d'ailleurs, plus loin sur l'hystéro-traumatisme, quand nous nous occuperons des formes de l'hystérie.
Symptomatologie. — La description symptomatique de l'hystérie présente des difficultés énormes. Chaque cas a, en elfet, son allure spéciale. Il y a cependant des traits communs assez fixes, sur lesquels nous devrons insister.
Le début de la maladie se ferait, d'après Briquet, suivant trois types : 1. Quand l'hystérie se développe chez un sujet jeune, l'enfant devient impressionnable, irritable; à la moindre émotion, il élouffe, suffoque, sanglote ; il a des palpitations, de l'agitation et des tremblements. Plus tard, surviennent les migraines et la céphalalgie ; l'appétit devient capricieux et la digestion pénible. Les phénomènes douloureux s'accen-
' Gubler ; Archives générales de Médecine, 1860-61. - L.\NDOUZY ; Thèse d'agrégation, 1880.
■* Brodie; Leçons sur les affections nerveuses locales, trad. Aigre; in Progrès médical, 1879 et 1880.
'' Onimhs ; Société de Biologie, 4 juin 188701 2G mai 1888; Charcot ; Semaine médicale, 2 déccniljre 1891.
^ Voy. l'observation d'hystérie rabilorme que nous avons publiée récemment, in Semaine médicale, 22 juillet 1891, pag. 289.
tucnlà l'épigaslrc, entre les èpanles, de, etc. — 2. Le début peutètrc également progressif chez la l'emnie ailulte. On observe alors des troubles variés du côté de la tète ou du ventre, se Iranslormanl peu à peu en véritables [)liènomènes hyslèri(iues. — 3. ImiIIii. diuis un I icrs des cas environ, les prodromes manquent complètement, et le début se fait par une attaque hystérique, avec convulsions et [)erle complète de connaissance.
Si nous voulons maintenant analyser les symptômes de la maladie confirmée, il faut reconnaître tout d'abord ([wc l'hystérie est une névrose de /o«/ le système nerveux. Nous diviserons donc les symptômes comme on divise ordinairement les fonctions du système nerveux, et nous passerons successivement en revue ce qui a trait : 1" à la molilité ; 2" à la sensibilité ; 3'^ à la circulalion, aux sécrétions et à la nulrilion ; 4° à la vie psychique.
I. La molililc poul èire altérée par excès ou par défaut ; il faut envisager séparément les convulsions ou contractures, et les paralysies.
1. Convulsions el conlractarcs. — Les convulsions peuvent être générales ou partielles. Nous décrirons d'abord les convulsions générales, l'atlacpie d'hystérie.
A. Uallaqiie est le phénomène capital de l'hystérie, comme symptôme et comme valeur diagnostique ; mais ce n'est pas le signe le plus fréquent de cette névrose.
Il ne faut pas croire en etl'et que toutes les hystéries se manifestent par des attaques. Loin de là : Briquet, se basant sur 43o observations, posa en principe que la moitié des femmes atteintes de cette névrose n'a pas d'attaques. Et cela est vrai surtout des femmes du monde, qui ont le plus souvent l'hystérie non convulsive.
L'attaque peut être un phénomène du début ; sinon, elle survient dans la première ou au plus dans la deuxième année. Ces données sont cependant très approximatives, parce que le début est difficile à préciser chez les femmes nerveuses.
Elle survient quelquefois sans cause appréciable ; dans d'autres cas, elle a pour point de départ une excitation sensible quelconque, en particulier des organes génitaux : toucher vaginal, examen, compression du ventre, etc. Le plus souvent, il y a eu une impression psychique : conscience d'être observée, désir d'attirer l'attention sur soi, vue de plusieurs personnes l'observant et l'interrogeant, émotions vives peine ou joie, colère, etc L'époque de la menstruation, la vue d'une autre attaque, provoqueront aussi les convulsions.
Elle peut se produire, sous l'inlbience d'impressions diverses, à toute heure du jour et de la nuit ; lorsqu'elle survient spontanément, c'est de pi-('férence, d'après Charcot, vers les G à 7 heures du soir.
72ij MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.
Elle peut se développer encore à la suite d'une provocation artificielle. En appuyant légèremenl sur la région ovarienne (du côté de l'ovarie) on provocjue une atlaque, tandis qu'en appuyant l'ortement sur la même
Fig. 105. — Principales zones liystérogènes. — Face antérieure du corps, (d'après Richer).
1,1'. Zones sus-mammaires. — a. Zone mammaire. — 3, 3'. Zones sous-axillaires. — 4i 4', 5- Zones sous-mammaires. — G, 6'. Zones costales. — 7, 7'. Zones iliaques. — 8, 8'. Zones ovariennes.
région nous verrons qu'on arrête l'attaque. Ce n'est pas là, du reste, la seule région hystérogène. On désigne sous ce nom ' «des régions du
' Iconographie ])hotographique de la Salpêtrière, III, pag. 36.
cori)s, (Ml yriiéral li'rs circonscriLcs. au niveau (l(>s(iuell('s uih> pression plus (ni moins l'orLe produil dans un lenips varialtle, en partie ou eu loLalité, les i)héuouîèucs qui caraclériseuL l'aLlaquc hysléncjuc, el qui
Fig. 106. - ri iiicipalos zones liyslorogèiics. — Face postérieure (d'après Riciier). 1. Zone ilorsalo siipérieuie. — 2. Zone dorsale inféi'ieure. - 3. Zone latérale
postérieure.
jouenl souvent et spontanémeni un rùli> iinporlanl dans Vaura liijsléri(jiic^ .
11 faut les (listini;u(M" de, la derinalgie, surtout par ce l'ait que, dan.s la di'rinali;ie. la seu'-ihilil" eulan(''e est exalU'e. landis ipi au niveau des
régions hyslérogènes la peau a généralement perdu toute sensibilité au toucher, au pincement, à la piqûre, etc
«Les régions hystérogènes ont une étendue qui varie entre i et 2 ou 3 centim. de diamètre. Celles que nous connaissons aujourd'hui occupent les sièges suivants ; 1. la ligne médiane de la tête, à partir de la réunion du frontal aux pariétaux jusqu'au sommet de la tête ; 2. le sternum; 3 et 4- l'un des espaces intercostaux, au voisinage du bord correspondant du sternum ou de l'épaule, au-dessous de l'extrémité externe de la clavicule ; 5 et 6. au-dessus ou en dehors des seins, sur une ligne verticale qui descendrait du milieu de l'aisselle ; 7. au-dessous des seins ; 8. les apophyses épineuses de quelques-unes des vertèbres cervicales et dorsales ou leurs gouttières ; 9. la partie centrale des flancs: 10. la région des ovaires; et enfin 11. le pli de l'aine, à quelques centimètres au-dessous de la crête de l'os iliaque.»
«... Les régions hyslérogènes sont plus ou moins nombreuses: il est des malades qui n'en présentent qu'une seule, d'autres en possèdent plusieurs...»
Dans ce dernier cas, l'activité des différentes régions hystérogènes n'est pas la même : « les unes répondent sur-le-champ à la plus légère excitation ; les autres ne déterminent d'attaques que si la pression a été énergique, et après un temps assez long; enfin il en est d'autres où la pression ne parvient à produire que quelques-uns des phénomènes de l'aura . «
Buet', Gaube ^ et Richer ont repris et développé cette question. Les figures io5et 106 représentent (d'après Richer) les principales zones hystérogènes " .
Les prodromes peuvent manquer, durer aussi quelques heures et même quelques jours.
Ils consistent en un malaise indéfinissable : inquiétude, impatience, impossibilité de faire un travail continu ou de rester en place. La femme pleure et rit sans causes malgré elle. L'appétit et la digestion sont troublés; il y a des bâillements, des soupirs, de la douleur et de laconstriction épigastriques. Le malaise est tel quelquefois que la femme désire l'attaque, qui lui rend une santé plus complète.
Dans la grande hystérie, ces prodromes de l'attaque prennent une plus grande importance. Richer les groupe sous quatre chefs principaux : X. les troubles psychiques, les hallucinations; 2. les troubles des fonctions organiques ^digestives, sécréto;i'3s, respiratoires, circulatoires) ; 3. les troubles de la motilité (amyoslhénie, tremblement, secousses,
' Buet ; Thèse de Paris, 1871.
2 Gaube ; Thèse de Bordeaux, 1882.
' Richer; Loc. cit., pag. 3o.
■' Voy. aussi les leçons de Pitres (Bordeaux, i885) sur les Zones hystérogènes et hypiiogènes, — le récent Traité (1891) du môme auteur, — et notre paragraphe des hyperesthésies hystériques.
contractures) ; 4. les troubles de la sensibilité (anesthésie, hyperesthésie, etc.).
En soiniTiL' (et sans qu3 nous puissions insister), la période prodromiquc de l'attaque est caractérisée par l'apparition ou l'exagération de certains phénomènes appartenant aux symptômes fixes de l'hystérie, et que, [)ar suite, nous retrouverons plus loin.
Les lig. 107 et io8 donnent, d'après Kicher, deux exemples de cette
Fig. 107. — Prodromes de la grande allai(ue : accès épilcploïdc (d'après RiCHEu) .
phase prodromique. I.a première représente les accès épilcptoïdes qui, chez Gen..., coupent par moments les prodromes agités de sa grande
Fig. 108. — Prodromes de la grande attariue : Hallucinations et contractures
(d'après Richek).
attaque, et la seconde figure un début par des hallucinations avec contractures chez Marc...
L'attaque commence souvent par une sorte d\iura, à point de départ variable.
l\)ur les anciens, depuis llippocrate justpi'à Ch. Lepois, le point de départ unique et constant était dans l'utérus. Récamieracru sentir par le toucher, pendant la convulsion hystérique, des contractions vcrraiculaires, que personne n'a retrouvées depuis. Le plus souvent, d'après Grasset, -'i- édil., tom. II. 47
Briquet, le point de départ serait à l'épigastre ; il y a là tout de suite un sentiment de constriction ou de chaleur bridante.
Gharcot a insisté sur les faits dans lesquels l'aura part d'un ovaire, ou tout au moins de la région ovarienne dans une fosse iliaque. Ici encore, du reste, la douleur gagne rapidement le creux épigastrique, qui est le premier nœud de l'aura jPiorry).
Rarement (3i fois sur 221, d'après Briquet', l'aura part des membres, des extrémités ou de la totalité des membres inférieurs ou supérieurs, quelquefois d'un seul membre. Chez ces malades, la sensation gagne le tronc, puis le creux épigastrique : la constriction épigastrique est ainsi toujours produite, quoique tardivement.
Enfin, dans quelques cas, le début se fait par une période déjà plus avancée de l'aura : la malade éprouve d'emblée la sensation de strangulation, ou môme les troubles céphaliques : céphalalgie, vertiges, étourdissements ; et, tout de suite après, survient la perte de connaissance.
Dans les faits ordinaires, qui ne rentrent pas dans cette dernière catégorie, la constriction épigastrique est immédiatement suivie de la sensation de boule, qui est comme le second nœud de l'aura. Une sorte de globe monte, en quelques minutes, de l'épigastre au bord supérieur du sternum et plus souvent jusqu'au larynx, où il s'arrête et produit une sensation d'étranglement, d'étoulfement, qui persiste quelque temps, à en juger par les mouvements de la malade, qui cherche à s'en débarrasser pendant l'attaque elle-même.
En même temps commencent les palpitations, qui continuent pendant . l'attaque, en augmentant même d'intensité. Seulement les malades en ont maintenant conscience.
Très souvent enfin, l'aura aboutit à des phénomènes plus élevés, céphaliques, décrits par Gharcot : sifflements comparables au sifflet du chemin de fer dans les oreilles, et spécialement dans l'oreille correspondante à l'ovaire point de départ; sensation de coup de marteau sur la région temporale de ce côté; enfin obnulation marquée de la vue, toujours du même côté. — Ges phénomènes peuvent même quelquefois se produire d'emblée : c'est «l'aura céphalique» de Bernutz.
En somme, on voit qu'il y a un type d'aura complète et divers autres types incomplets formés par la suppression d'un ou plusieurs stades du début de cette aura. L'aura complète comprend : l'ovaire, le creux épigastrique, la boule et la tête (Gharcot). Supprimez le premier temps à l'ovaire : vous avez le type à point de départ épigastrique (Briquet, Bernutz). Supprimez enfin le creux épigastrique et la boule, et vous avez les cas à aura céphalique (Bernutz).
Au moment de la strangulation, souvent la malade pousse un ou plusieurs cris, qui annoncent la perle de connaissance. Ges cris sont très différents du cri isolé, rauque, sinistre (comme dit Bernutz) de l'épileptique. — ■ Ile se prolongent quelquefois tout le temps de l'attaque et ressemblent plutôt aux cris de souft'rance d'un opéré.
Alors la malade lombc. La chiile ne se l'ail pas ii iinporlc où, comme dans l'épilepsie. Aussi esl-il très rare fjue la femme se fasse mal ou se brûle, en loinbanl conlro une pierre ou dans le l'eu. C'est là un caraclèrc vrai de I hysléric ; il l'audraiL se garder de conclun; de l;i à la simulation dans un eas donné. C'est la conséquence de la conservation de connaissance [)cndant tout le début de ratla(|ue el du pressentiment qu'ont les hystériques de l'inHuinence de la crise.
A partir de ce moment, la malade est dans un ét;d, a[)i)arent de pe/7e de connaissance (complète, l'aile ne sent j)lus rien, ne répond rien, ne peut plus ayir spontanément. Mais, ici, il faut nécessairement distinguer les cas légers et les cas graves.
Dans les premiers, la perte de connaissance n'est qu'apparente. La malade voit et surlout entend tout ce (jui se passe autour d'elle, sans pouvoir réagir ni le manil'csiei- ; mais elle se rappelle ensuite tout ce qui se passe pendanl l'accès. iJ'où ce précepte, généralement donné, de ne jamais rien dire, pendant une attaque d'bystérie, (jue l'on veuille cacher à I I patiente. Dans certains cas bénins, il serait même possible à quelques malades de mettre tin à leur accès sous l'induencc d'une violente émotion, d'une secousse puissante, à la seule vue d'un seau d'eau ou d'un arrosoir qu'on Iimii' destine.
Mais ce caractère n'est pas absolu, el, dans les cas graves, la perte de connaissance est tout aussi complète que dans l'épilepsie. La malade ne se rappelle plus de rien de ce qui se passe autour d'elle ou en elle.
A ce moment, la suffocation est à son maximum, el l'aspect général exprime celle dyspnée, qui peut aller jusqu'à la menace d'asphyxie. La figure est vullueuse, injectée ; elle garde cependant son expression habituelle, el en cela elle dilfère du faciès de l'épileptique, qui a un aspect particulièrement repoussant. Le cou est tuméfié, les carotides battent violemment ; les veines cervicales sont gonllées, distendues.
Ces phénomènes sontsi intenses que (juclques observateurs, Marshal Hall notamment, ont voulu attribuer les convulsions ultérieures au spasme laryngé lui-même. Partant de cette idée, on a même fait en Angleterre des trachéotomies, (jui n'uni pas empêché les convulsions.
Briquet avait déjà observé une femme précédemment trachéotomisée pour un œdème delà glotte, et qui avait des attaques malgré sa canule. Bernulz ajoute, contre la théorie de Marshal Hall, les cas où toute l'attaque est constituée par des crises d oppression extrême, des menaces d'asphyxie, sans convulsion d'aucune sorte.
Cette phase est, du reste, en général très courte, et bientôt surviennent les convulsions. Deux caractères très importants de ces convulsions sont : la grande étendue des mouvements et le désordre de leur succession.
L'étendue des mouvements est très considérable : ce sont des convulsions cloniqucs, dans toute la force du terme. La malade déplace ses membres et la totalité de son corps, dans le lit, par une série de mou-
vements désordonnés qui, pris individuellement, ressemblent aux mouvements physiologiques, tandis que les secousses de l'épilepsie ou de l'éclampsie ne ressemblent à rien de physiologique.
L'irrégularité de succession est extrême: la flexion succède à l'extension, et inversement, sans ordre, passant d'un membre à l'autre, etc. Bernutz compare avec raison cet état à une lutte suscitée par la souffrance paraissant être au gosier. L'ennemi, la cause de tout le mal, est là, et beaucoup de mouvements semblent combinés pour entraîner et chasser ce globe gênant.
La figure reste en général indemne, assez calme, et ne grimace pas.
Bientôt les mouvements deviennent moins étendus, moins désordonnés ; la face est moins turgide, l'oppression diminue. On pense que tout va rentrer dans l'ordre et que la malade va reprendre connaissance; c'est ce qui arrive souvent, en effet. Mais, d'autres fois, sous l'influence d'une cause insignifiante ou sans cause, un nouveau cri se fait entendre, et un nouvel accès se développe : il peut y en avoir deux, trois et même plus, avant la fin totale de la crise.
Quand l'accès touche réellement à sa terminaison, la malade peut reprendre directement connaissance après les convulsions, et tout est fini. Mais, souvent aussi, il y a une période intermédiaire intéressante.
La face s'anime et reflète diverses expressions ; les yeux eux-mêmes interviennent dans le jeu de physionomie, et l'on reconnaît le tableau d'une femme qui a des hallucinations. Ainsi, nous verrons se produire toute la mimique de la peur : yeux hagards, grands ouverts et fixes, , regardant dans le vide et semblant fixer un objet qui fascine et effraye la patiente. Puis ce sera la colère. Souvent c'est la volupté : expression de figure, inclinaison des yeux portés en haut et en dedans, à moitié cachés sous la paupière supérieure ; spasme cynique, projection du bassin en avant. — Beaucoup d'auteurs anciens avaient même avancé qu'il y avait alors, à la fin de l'accès, une sécrétion abondante de mucus vaginal. La chose est difficile à contrôler ; Bernutz l'aurait constatée une fois.
Enfin ces diverses expressions s'effacent, les yeux se remplissent de larmes, et la malade éclate en sanglots. C'est la crise, après laquelle la connaissance revient entière.
Chez d'autres, c'est le rire qui termine la scène, rire fou, nerveux, convulsif. Il s'accompagne souvent d'un demi-délire, quelquefois incohérent et inintelligible, mais d'autres fois très imagé et à certains moments indiscret et compromettant. C'est à celte période qu'une malade de l'hôpital Saint-Eloi chantait des airs d'opérette qu'elle n'aurait pas avoué connaître dans l'intervalle de ses crises. — ■ D'autres fois, enfin, la crise se juge par des mictions plus ou moins nombreuses, avec émission d'urines claires et abondantes.
Voilà l'attaque ordinaire, dans laquelle toutes les phases sont représentées. Il est bien entendu que, dans chaque cas particulier, telle ou telle phase peut manquer ; c'est mêm.e la règle.
IIYSTIORIE. • • 7o3
Nous devons inainlenaiil décrire à pari une aiilre forme d'attaque, avec prédominance des convulsions Ioniques, qui r(;|)réscntonlen grande partie l'épilcpsie vraie.
Certains auteurs voient dans Vhijsléro-épilepsie une maladie particulière, sorte d'hybride de l'épilcpsie et de l'hystérie. Pour Charcot, au contraire, c'est une l'orme de l'hysléric vraie : l'hystérie épileptiformc". C'est h ce dernier titre que son étude doit ôtre faite ici.
L'épilcpsie et l'hystérie peuvent bien se superposer chez le sujet ; seulement alors les crises des deux névroses sont distinctes. On discerne en général ce qui appartient à l'une et ce qui appartient à l'autre, non seulement comme attaque, mais comme début et terminaison.
Un cas de Landouzy, cité par Bricpiet, est spécialement reniarcjuabic à ce point de vue : Une j(Miiie femme, épilepliquc depuis son enfance, se marie h 18 ans, dissimulant sa maladie. La révélation de cette triste névrose entraine dans le ménage des inquiétudes morales de tout ordre ; l'hystérie se superpose alors à l'épilcpsie. Les deux maladies évoluent en mémo temps, mais d'une manière distincte. Plus lard, une grossesse ramène la paix entre les époux : l'hystérie disparaît, mais l'épilepsie reste.
Voilà comment les deux névroses se superposent et coïncident chez le même sujet, tout en restant distinctes. C'est presque comme une [)neumoni(' se déclarant chez un é[)ilcpl,ique, ou une fracture de jambe évoluant chez un tuberculeux.
Ce n'est pas de ces faits (jue nous dc^vons nous occuper ici, mais des formes mixtes, de ce que l'on aj)pclle l'hystéro-épilepsic ou « hystérie épileptiforine», de la maladie des femmes, qui ont ce que l'on appelle à la Salpètrière des « attaques-accès - j.
' Voy. Charcot ; Semaine médicale, 2 juillol 18S9. pag. 221.
^ L'uljsorvalioii III de V Iconographie p/iotogvapliique de la Salpètrière (lom. I) osl iiti \nA cxoinplc do celle siiperposilion . Dan?; ce cas, voici ce qui disliiiguail les alluipies d'Iiysléro-épilepsie el les accès d'épilcpsic:
Attaques d'/iijiftéi-o-épilepsie. Accès d'épilepsie.
l'as d'aura. Pas d'aiira.
Souvenl cris répèlés, [iroOiiirés, au Un cri élouffé, au débul seulement, déhul cl peiidanl la période i l()iii([ue ; rareinenl absence de cris.
Hitîiiiilé générale ; allilude variable Rigidité générale ; altitude constante, des nieiiibres; crucifieinenl.
Mouveiuenls (•l()ni(pies très élendus, Ouelqucs secousses cloniqiies, limi- Irès variables; piojectioii du lliorax, du lées, loul à fail lein[)oraircs. bassin; lorlillenienls, elc.
Tynipanisine. Pas de tymi)anisme.
I,n eoiupn^ssion ovarienne arrête l'ai- Elb' est sans action sur les accès, laipie.
lïrlour rapiile de la eoiuiaissance. Sonmieil prolonil et proloni;é; si upenr
consécutive.
Délire; i lianis Délire violenl.
Altaipies par séries durant <iualre à Accès isolés, l iiHl lieures.
Nous coinplclcrons, au cliapilre de répilei)sie, le diagnoslic dilïérenliel des deux névroses.
En g('n(''nil, l'iiysléric ne dcvienl pas (''[)il(*|)lir()niie ; le plus souvont, elle l'est d'emblée, dès la première allaciiie.
La crise commence ordinairement par une aura qui est l'aura hystérique déci'ile. Puis survient la première période de l'attaque, qui est la plus épile{)ti(iue (/>é/70(/c' c/jHeploïdei ; c\ïc est franchement tonique: cri subit, pâleur extrême, chute, perte de connaissance, distorsion des traits de la physionomie, puis rigidité tonique de tous les membres; tels en sont les éléments principaux. On peut aussi voir, ici comme dans l'épilepsie, de {X'Iites secousses, des convulsions cloni(iues régulières, rytluni(|ues, prédominant dans un côté. Mais la face est congestionnée, violette ; la bouche est remplie d'écume quelquefois sanguinolente (à cause d(î la morsure de la langue et des lèvres). Enfin, souvent après tout cela surviennent le reldcheinent musculaire, le coma et la respiration stertorcuse.
Hicher et Regnai'd ' ont a[>pliqué la inéihodc graphique à l'étude de celte j)éri()de épileptoïde; la lig. loy donne une bonne idée des résultats obtenus.
('rite péri()d(î se subdivise en trois phases: la phase tonique, la phase (•h)ni(pi(^ et la plias»; de résolution. Le tracé de la iig. 109 montre bien les secousses [)Ius ou moins aiiij)les et désordonnées, aboutissant à la
Fig. 110.— Secousses généralisôcs : périorle épileptoïde (d'aijrès Richer).
i(''l;\iiisati()ii. La lig. 1 m représente également les secousses généralisées lie la phase (oni(iue.
Puis d(> ra|ii(les et brèves oscillations arrivent dans le membre tétanisé, el l;i pliage cloiii({ue commence, telle que la représente la fig. 111.
Enfin la phase de résolution musculaire {{'ig. 112) termine ce premier acte du lableaii.
Tout cela ne constitue iMicore (juc la première période de la grande
' liicuuR eUlEON.vuD ; Société de Biolo'jie. iSjuillel iHjH,— cl Reçue mensuelle (le Médecine et de Cliirurgie, septembre 187S.
attaque, la période épileptoïde, pendant laquelle la pupille est d'abord rétrécie (phase tonique), puis dilatée le reste du temps".
La deuxième période de l'attaque est ensuite franchement hystérique.
Fig. m. — Phase clonique de la période épileptoïde. Représentation schématique des mouvements cloniques (d'après Ricfer).
Les mouvements prennent une grande étendue et portent sur tous les muscles des membres et de la face, avec un caractère intentionnel plus ou moins marqué.
C'est la période que Charcot appelle période des contorsions. « La
Fig. 112. — Phase de résolution de la période épileptoïde (d'après Richer).
malade s'asseoit sur son lit et se rejette brusquement en arrière, et cela à plusieurs reprises successives, avec une violence inouïe ; d'autre part, elle se plie en forme de pont, en prenant ses points d'appui seulement sur la tète et sur les pieds ^. Enfin, dans cette période, la malade prend las poses les plus excentriques, les plus grotesques, si bien qu'on pourrait l'appeler la période du clownisme. Si on la réveille en ce moment, elle entre en délire et commence à vous raconter son histoire, toujours la même. »
Cette période comprend deux phases : celle des attitudes illogiques
' FÉKÉ ; Arc/rives de Neurologie, n" 9, pag. 287.
^ On peut aussi observer cette variété spéciale, que l'on appelle le crucifiement (Voy. Iconographie photographique de la Salpétriére).
IIYSTKHIE.
OU contorsions, et celle des grands mouvements. C'est à la première que se rapporte l'atlilude de l'arc de cercle représentée par la fig. ii3.
Fig. 113.— Fi'riddo dos contorsions. — Arc de cercle (d'nprès Richer).
La perle de connaissance n'est pas lu régie durant celte période» comme pondani la période épileploïde ; l'hallucination préside quelquefois aux grands mouvements.
« \a\ troisième période est celle des altitudes passionnelles ou des poses plastiques. Le regard devient fixe et exprime tantôt la crainte, tantôt la joie, tantôt le cynisme le plus accentué ; c'est dans celle |)ériodc que la malade décrit des scènes d'amour, voit des fleurs, entend de la musique; puis, passant à des idées plus sombres, raconte une scène d'assassinat, voit un ennemi, voit du sang, etc. «
On trouvera tous les détails (que nous ne pouvons reproduire ici) sur ces attitudes passionnelles dans le livre de Richer, qui résume ainsi les caractères de cette période : i. L'altitude passionnelle exprime toujours un senlitnenl, une action ou une pensée; 2. Pendant l'attitude passionnelle, les facultés intellectuelles sont actives, il y a toujours hallucination ; 3. Pendant l'atlilude passionnelle, la sensibilité générale et spéciale est complètenienl abolie, mais la malade conserve la liberté de ses mouvements; 4- Après l'atlilude passionnelle, la malade garde le souvenir de ses hallucinations.
a La quatrième période est celle que Charcot a appelée post-hifstéroépih'pliqiie ou période des hallucinations, période pendanl laquelle la malade voit des animaux, le plus souvent des rats, des serpents, des vipères, en général des animaux noirs. Puis tout est fini, à moins qu'une nouvelle attaque ne recommence avec les mômes phases ' » .
' Charcot; Gazette hebdomadaire, 1878, pag. l^-]-].
Hcaucoui) d'ailleurs coiirondeiiL dans leurs descri|)li<)ns la troisième période .i\ri- la (piali'ièine cl, ih- l.iil. in |ir/ilii|iie il est sonveiiL dillii ile de les dis! iiiL;iier. I ) .nlleiirs, CUAitcoT lin niiinr, i la lis ses dcscri [liions ultérieures, a souvent l'usioiiné les deu.\ jiliases leriiuiiales.
Cette période de délire n'appartient, pour ainsi dire, plus à l'attaque. « C'est, dit Richer, comme un reste de l'attaque qui s'épuise, et les accidents qui se présentent alors sont justement comparables, et parfois même identiques, à ceux qui précèdent l'attaque et lui servent en quelque sorte de prélude. »
Tout récemment, G. Guinon et S. Woltke ' ont insisté, dans un intéressant mémoire, sur la possibilité de modifier par des influences extérieures le délire et les hallucinations qui caractérisent le terme de l'attaque. « Dans le délire de la phase passionnelle de l'attaque hystérique, concluent-ils, on peut modifier la marche des hallucinations et en créer de nouvelles à l'aide d'excitations diverses, mais toujours simples, des organes des sens. Ces hallucinations sont toujours indépendantes de la volonté de l'opérateur et laissées exclusivementà l'initiative du malade, qui s'approprie la sensation perçue et la transforme à son gré en une hallucination correspondant à ses habitudes, à son genre de vie, à ses souvenirs, en un mot à sa propre personnalité ».
Ce mode d'intervention est bien dilTérent (nous insisterons là-dessus au chapitre suivant) do l'action que l'on peut exercer sur les hallucinations et le délire d'un sujet hypnotisé, à la phase de somnambulisme : tandis que, dans le délire hystérique, c'est le sujet lui-même qui modifie son délire en présence de certaines influences extérieures, le sujet hypnotisé, au contraire, inféodé à l'hypnotiseur, obéit passivement, sans mellre en jeu aucun élément personnel, aux suggestions de ce dernier.
Le délire hystérique diffère donc du somnambulisme provoqué par la spontanéité relative des hallucinations chez l'hystérique ; on peut les solliciter, les préparer, mais c'est l'hystérique qui les crée. Dans le somnambulisme, au contraire, le sujet, en raison de la suggestibilité et de la passivité qui caractérisent cette phase de l'hypnose, ne crée rien par lui-même et accepte aveuglément les hallucinations qui lui sont imposées pai- l'hypnotiseur.
Les diverses phases que nous venons de décrire s'enchevêtrent, et l'une ou l'autre prédomine suivant les cas.
Pour démontrer que ces faits appartiennent à l'hystérie et non à l'épilepsie, Cfiarcot fait remarquer d'abord que les convulsions toniques ne sont pas exceptionnelles dans l'hystérie. Briquet avait déjà observé des cas avec raideur semi-tétanique, qui peuvent servir de transition. Wyet a même rapporté l'histoire d'une malade chez laquelle les attaques simulaient le tétanos et l'empoisonnement par la strychnine -.
De plus, dans ces hystéro-épilepsies, on ne constate jamais de petit mal, de vertiges ; la compression de l'ovaire, ou le passage d'un courant
' G. Guinon et Sophie Woltke; Archives de Neurologie, mai 1891, n° 63, pag. 346.
2 Wyet; Revue des Sciences médicales, XII, pag. 179.
électrique de la \He aux pieds, arrête ou modifie l'attaque ; il n'y a jamais obnubilation de l'intelligence ni démence ; la température, si elle est élevéepcndant l'attaque, ne reste jamais élevée pendant l'état de mal.
Nous reviendrons, du reste, sur tous ces caractères. La question importante à retenir pour le moment, c'est que ces cas appartiennent à l'hystérie et ont le pronostic de l'hystérie, ce qui est capital.
En dehors de ces deux types (l'attaque ordinaire et l'attaque épileptil'orme), qui sont les plus fréquents, il y a d'autres formes de crises.
Charcot admet que l'allaque d'hysléro-épilepsie peut se modifier suivant deux modes principaux :
1. Par extension ou prédominance d'une période aux dé[)ens des autres, lesquelles s'atténuent ou même s'efl'acenl ; ainsi se produisent; a. l'attatiue épileploïde, — h. l'attaiiue démoniaque, — c. l'attaque d'extase, — d. l'attaque de délire.
2. Par immixtion d'éléments étrangers à la constitution fondamentale de l'attaque, tels que le somnambulisme, la léthargie et la catalepsie, par ex(Mn|)le.
Richer ajoute aux variétés précédentes : a. l'attaque de .syncope, — l). l'attaque de spasme, qui peut se rattacher à la période prodromique (le la grande altacjue, — etc. l'attaque de contracture, que l'on peut classer parmi les variétés se rattachant à la quatrième période.
L'attaque syncopale n'est pas très fréquente, Briquet l'a trouvée dans 11 cas sur 4oo. Quelquefois la .syncope constitue toute l'attaque : la malade reste sans connaissance, pâle et inanimée (nous avons vu réceninuMit un cas de ce genre, (jui elïrayait singulièrement l'entourage); après une crise de quelques minutes, surviennent des sanglots et des pleurs, ou bien il y a retour simple de la connaissance ; chez d'autres, la syncope est la terminaison d une attaque ordinaire.
L'attaque de spasmes ne doit pas être confondue avec les convulsions partielles, dont nous parlerons plus loin ; elle est constituée, dit Richer, € lorsque le spasme est plus ou moins généralisé, qu'il affecte simultanément ou successivement divers appareils, enfin qu'il survient brus(juement pour disi)araitre de même, après une durée relativement courte. Le type de celte variété d'attaque se retrouve dans les divers symptômes qui marquent la période prodromique de la grande attaque et (jui constituent, à ])roprenu'nt j)arler, l'aura hystérique s.
L'altatjue épileploïde se définit d'elle-même par la première période de la grande attatpie que nous avons décrite : il y a des accès séparés et un oétal de mal épileploïde ' ■>.
' Mauiic (Profji'és médical, 20 scptcnilirc 1S8',) a vu survenir cliez une jeune rcniiiu" deux écries ti'alljKiues iiyslériiiues, consliluécs cliacune par des paro.xysmes exlriMnemenl nombreux, el séparées l'une de l'autre par unrnois d'inlervalle; il y eut, dans l'une, 'iriotl alUniues, el, dans l'autre, 170S3 ; dans une siîule journée il lui noie 17O0 crises.
Ballet (Arc/i lues de Neurologie , lib^, Vlll, pag. 129 cl 277; el Société médicale
740 MALADIES DES NERFS ET NliVROSES.
L'attaque démoniaque est une attaque de contorsions (première phase de la deuxième période), dont on peut rapprocher l'attaque de grands mouvements ou de clownisme.
L'attaque. d'ea;^ase, à rapprocher de l'attaque d'attitude passionnelle, reproduit la troisième période de la grande attaque.
L'attaque de délire et l'attaque de contracture appartiennent au contraire, comme tableau symptomatique, à la quatrième période.
Eclairé par l'étude de la léthargie provoquée, que nous ferons dans le chapitre suivant, Richer divise les attaques de léthargie en : i. attaque de léthargie simple (attaque de sommeil ', attaque de léthargie des auteurs) ; 2. attaque de léthargie avec mort apparente^; 3. attaque de léthargie compliquée : a. de contractures partielles ou généralisées (attaque de coma de Briquet) ; b. de l'état cataleptiforme. — Charcota observé, chez certains sujets atteints denarcolepsie hystérique, des zones à la fois hypnogènes et hypnofrénatrices.
Nous n'insisterons pas sur l'attaque de catalepsie (Voir le chap. XI de l'art. II).
Enfin les attaques de somnambulisme seront plutôt décrites dans le chapitre suivant^.
B. Convulsions partielles. — Nous devons les envisager successivement dans les divers grands appareils.
a. Du côté du tube digestif, nous trouvons d'abord la sensation de boule, qui est produite par la convulsion de l'œsophage, certainement la plus fréquente de tout cet appareil.
des Hôpitaux,^ juillet 1891) et GiiAHCOT(Consultations de la Salpétrière,2'j octobre 1891) ont observé récemment des attaques d'hystérie à forme d'épilepsie jaksonnienne.
' Nous en citerons plus loin une remarquable observation d'ARMAiNGAUD, à propos des types vaso-moteurs, et signalerons en même temps quelques travaux récents sur la narcolepsie. que Charcot considère comme un « état de mal hystérique», différant de l'état de mal ôpileptique par la bénignité de son évolution. Cette bénignité tiendrait au ralentissement des combustions et à l'amoindrissement des déchets urinaires (Gilles de la Tourette et Uathelineau) pendant la crise de sommeil.
' Les livres sont remplis d'histoires de mort apparente simulée par des léthargies, de résurrections ne survenant même quelquefois qu'au second coup de rasoir de l'autopsie, comme cela arriva à Vésale, d'après Ambroise Paré.
' Le somnambulisme dit spontané est considéré par Charcot comme une modalité de la troisième période de la grande attaque.
C'est au somnambulisme hystérique (ou plutôt au vigilambulisme, pour employer une expression familière à Charcot) qu'il faut rapporter les cas, bien étudiés aujourd'hui, de dédoublement de la personnalité {kzAM, Charcot, Cara- MANNA et GiROLANO, LAURENT : Thèsc de Bordeaux, 1892-98) et V automatisme ambulatoire hystérique (Voy. Voisin ; Congrèsde médecine mentale, in Semaine médicale, \o août 1S89, pag. 291 ; — TisscÉ ; Thèse de Bordeaux, 1887 ; — Proust; Académie de Médecine, 1890; — Saint-Aubin; Thèse de Paris, juillet 1890; — Meige ; Thèse de Paris, i8y3; — Régis ; Journal de Médecine de Bordeaux, n»" 26 et 27, 1898).
HYSTIÎRIR. 7'.1
Ce phénomène manque chez |)eu d'hystériques. Briquet l a trouvé 370 fois sur f^oo. Il varie seulement de l'orme et de fréquence.
Quand il est complet, la malade sent une boule qui monte du creux épigaslrique au gosier, et là s'arrête, serre la gorge et produit une sensation pénible de constriclion, de strangulation. Quelquefois le phénomène de la strangulation se produit seul et d'emblée : la malade éprouve un étoulïement, un serrement, comme on le ressent dans les émotions vives, quand on a peur. — En dehors même de l'hystérie, cette constriction à la gorge est un phénomène nerveux très fréquent. C'est un des éléments principaux du trac des acteurs, des examens et des concours.
11 y a, du reste, divers degrés dans cette constriction : 1. c'est une sensation de corps étranger avalé et immobilisé dans le pharynx, que l'on ne peut faire ni monter ni descendre; 2. c'est une sen.sation de doigts ou de cordon serrant le cou : 3. c'est une strangulation complète, avec impossibilité de déglutir.
Quehpiefois il y a même une sorte d'horreur pour les liquides. Chez une malade de l.andouzy, une mie de pain dans un verre d'eau produisait des convulsions terribles. nuel(|ucs patientes ne peuvent pas boire du tout; d'autres, au contraire, ne triomphent du spasme qu'à force de boir(\Une malade de Sauvages était obligée, à chaciue morceau qu'elle avalait, de boire un verre d'eau ; pour ne ]kis montrer cette infirmité, elle fut réduite à manger seule j)endant plus d'un an.
llip[)ocrate et tous les anciens, .sauf Galien, jusqu'à Fernel, au xvi" siècle, attribuaient le phénomène de la boule à l'ascension de l'utérus. Ce symptôme est essentiellement produit par des contractions péristalticpies de l'cesophage se faisant de bas en haut et par une contraction eirculair(; du pliarynx, en même temps qu'un spasme du larynx '.
En descendant dans le tube digestif, nous trouvons comme convulsions partielles, du côté de l'estomac : les vomissements (nous parlerons plus tard des vomissements liés, chez les hystériques, à l'ischurie cl à l'anurie -J .
' Voy. LIausu.vlteu ; Œsophagisme Itystèrique et dyspltagie, in Médecine moderne, iS»jo.
^ Voy sur les vomissements hysléri(iucs : Pouquet; Tlièsc de Paris, 1880; Deniau ; Tlièse de Paris, i883 ; IIeuvé de LA.MEU ; ïiièse de Paris, i885 ; Hasset ; Tiièsc de Paris, 1S88.
lloRiNsoN (Lancet, lojuiu i8<j3, pai,'. i38o) a vu récemment la mort suijite survenir au cours de vomissements incoercibles chez un liysléricjue.
Les liyslériiiues qui vomissent sont Iréiiuemment aHorej;<V/ue.s. — S()Li,iEu(/?c'i;ue de Médecine, aoiH iS'ji) attribue, d'autres fois, l'anorexie hystérique (une des manifestations les plus graves et les jdus tenaces de la névrose) à l'anesthésic
A un premier degré de convulsion, le vomissement ne se réalise pas ; il y a une simple conlraclure l'eslomac. La malade sent au creux épigastrique une sensation de contraction profonde ; l'estomac se serre. Quelquefois c'est l'origine et le point de départ de la boule; d'autres fois, tout se borne là.
A un deuxième degré, le vomissement est complet. Le phénomène est quelquefois passager, plus souvent tenace, et peut durer des mois entiers. Et cependant on remarque une conservation relative de la nutrition, un certain degré de fraîcheur et d'embonpoint ; les forces déclinent un peu, mais l'aspect extérieur ne se modifle pas Bernutz cite un exemple de cet ordre après quinze mois. Nous avons récemment observé une jeune hystérique de 20 ans, qui vomissait d une façon incessante et n'avait cependant rien perdu de son embonpoint et de ses couleurs.
Quelquefois les vomissements sont incoercibles et se produisent après chaque repas. La défécation est supprimée. Il faut nourrir les malades par lavements.
Ici se pose une grosse question, que beaucoup d'auteurs ont discutée, et que Briquet résout affirmativement: Les aliments franchissent-ils la valvule iléo-CcCcale de bas en haut, et les malades peuvent-ils vomir ce qui est administré en lavements?
La chose est fort difficile à décider, à cause de la simulation. Pour se rendre intéressantes et paraître extraordinaires, les malades peuvent se livrer à toutes sortes d'actes inimaginables. Ainsi, Jaccoud cite un fait de Nysten dans lequel la tromperie fut reconnue : la patiente avalait des boulettes de matières fécales, qu'elle rendait ensuite.
Barthez a discuté la même question à propos de la passion iliaque. En tout cas, voici un fait de Briquet très curieux à cause de la précision des détails et de la rigueur avec laquelle il paraît avoir été observé. Nous le livrons sans commentaires:
Une hystérique de 27 ans, dans un état de somnolence habituelle, prend du café et le vomit. On administre du café en lavement : après une demi-heure, elle éprouve du malaise, des coliques, des gargouillements, puis des nausées, et elle finit par vomir le café (un tiers du lavement environ). Deux jours après, l'expérience est refaite toutentière devant Briquet, qui surveille : elle vomit le café. On varie alors l'épreuve. On ajoute beaucoup de magnésie au café : le café est vomi avec des traces de magnésie. Sans prévenir la malade, on lui donne un lavement avec de la teinture de tournesol bleu : douze minutes après, la teinture de tournesol était vomie et tournait au rouge. Enfin on donne
buccale ou stomacale, à l'existence d'un spasme œsophagien, à de l'hyperesthésie gastrique, à la localisation de zones hystérogènes dans l'estomac, etc.
Voy, encore, sur ce point : Lloyd ; The Am. Journ. of t/ie med. Se, septembre 1893, pag. 2G4.
HYSTÉRIE. lu
un la veiribnl, d'eau snléo : uii quaiM (l lii'urc après, la malade voniil un licjuide où le uili'aU; d'argeiiL révélaiL In-aucuiii) de eidorures.
L'inle.slin peut aussi èire le siège de convulsions successives ; les faits précédents le prouvent déjà.
Les borborijgmes sont dus à un mélange de convulsions et de paralysies : pneuinatosc intestinale et cheminement bruyant de ces gaz. Certaines hystériques ont dans le ventre un bruit considérable, que l'on peut entendre de très loin et qui constitue une grande curiosité. Souvent il y a aussi des éructations gazeuses
D'autres lois, des contractures circulaires se produisent en deux points de l'intestin, emprisonnant des gaz et matières dans le segment interj)Osé, qui forme une tumeur limitée, bizarre, pouvant se déplacer. Ce sont ces tumeurs en mouvements qui ont donné la sensation d'utérus en migration à llippocrate et à Fernel'-. Quelquefois elles s'accompagnent d'assez vives douleurs et ont pu en imi)0ser pour un étranglement herniaire
[•i. Dans Vappiircil i-espiraloiit' , nous éludierons d abord les lionbles vocaux.
Les convulsions courtes dcb muscles du larynx et du thorax donnent lieu à une sorte de cri plus ou moins aigu. (Juelquefois ces convulsions sonl pnilongécs et avec une espèce de coordination, ce qui produit un ci'i soutenu particulier, simulant la voix de certains animaux : aboiement, hurlement des chiens, miaulement du chat, rugissements, glapisseniiMits, gloussement des poules, grognement du cochon, coassement des grenouilles \
L'apparition de ces cris est plus ou moins fréquente, tjuelquefois périodique et régulière.
L'imitation a ici une influence toute particulière. Une jeune (ille hystérique avait un spasme respiratoire de cet ordre ; après quelques
' I.a luiiMimalosc ihiloiiiiiiali' pcuL aussi iv'i'omiailrc puur cause la iléglulilion par les iiialaili-s li'une grandi- quaiiLilé d'air {aérophagie). — V'oy. RosenbaCh ( Wlen. med. Pi-., iS8y, iv i^. i)ai,'. 553; anal, in Revue des Sciences médicales, XXXV, \y.\g. it')i)) et HovvKin-.T (liecue de Médecine, février 1891).
- liouciiACOUUT ; Grosi^esse nerveuse, in Lyon médical, i8(j3, ])ag.
■' Scin.i:.siN(iicii ; Wien. nwd. Pr., i8i|o. n'> S, pag. -nfi {Revue des Sciences médicales, XXXVII, pag. laG).
' CiiAiicoT osl rcvonu réccninicnt {Semaine médicale, i.") S(!plembrc 18S6 ; et Arcliives de Neurologie, janvier 1892, n" G7, p ig. G;)) sur ces tics larijngés liyslérii]ues, «[u'il ne laul j)as coiifondro avec la Mcdadie des tics (voy. pag. 584), el qui ne s'acconipagnenl ni d'éc'iolalie ni de coprolalic.
Voy. aussi, sur les s;)asme.? f/îi largn.v : Bbssièriî ; Annales médico-psgc/iologiqucs, mars iSyo;
Baginsky ; Berl. l,-l. VVoc/t., 7 docombrc 1891, n" do, [)ag. 1175 {Revue des Sciences médicales, X.X.X1X, pag. 719).
Réceniinenl Liio (Deut. med. Woc/i.. u4 aoùl 1893) a publie la relation d'un cas inorlel de spasme liysli'rique île la glolle.
jours de séjour à la campagne, elle imitait l'aboiement des chiens de basse-cour. Itard raconte que, dans un pensionnat, une jeune fille poussait des cris, avec soulèvement des épaules, en entendant la cloche de l'établissement. Bientôt quelques autres élèves présentèrent le même phénomène. On les renvoya chez elles, où elles guérirent vite. La première fut guérie par l'humiliation qu'elle éprouvait à pousser des cris en public : on la mena dans les rues fréquentées et au milieu du monde.
On trouvera dans les auteurs l'histoire de plusieurs épidémies d'aboiements. Une jeune fille, qui jappait comme un chien, fit japper quatre de ses compagnes dans la même salle de l'Hôtel-Dieu. A Oxford, une épidémie d'aboiements débuta par deux familles dans lesquelles cinq sœurs furent affectées'.
On observe encore des convulsions portant sur Vacie respiratoire même. Tel est ïasthme {asthma uleri des anciens) ; tel est encore le hoquet^, qui est souvent tout particulier et bruyant ; il peut même devenir gênant pour les personnes voisines ; on a noté des épidémies de hoquet et de vrais cas de contagion. Tels sont encore les éternuments et les bâillements •'.
Brodie '' cite deux cas curieux dans lesquels il y avait des accès d'éternument. Chez une des malades, les crises revenaient une fois par semaine, et chaque fois elle avait une centaine d'éternumenls ; l'écoulement qui tombait des narines suffisait à tremper un mouchoir.
Souza Leite et Féré ont, plus récemment, insisté sur ces éternuments névropathiques. Nous en avons nous-même observé un exemple remarquable.
On a noté également les rires ou les pleurs, avec un caractère franchement convulsif et indépendamment de toute gaieté. HouUier cite les filles d'un président de Rouen qui étaient prises d'un fou rire qui durait
' Voy. aussi les travaux récents sur le bégaiement liystérique : Ballet; Société médicale des Hôpitaux, ii octobre 1889 et 4 juillet 1890; ïreitel; Berl. kl. Woch., 10 novembre 1890, pag. io4i {Uevue des Sciences médicales, XXXVIll, pag. i33) ; Kramer ; Prag. med. Woch., 8 avril 1891 ; Uhekvin ; Archives de Neurologie, mai 1891 ; Pitres ; Leçons citées ;
Ghabbert ; Progrès médical, aS février 1898, n» 8, pag. 187 ; Ballet et TiSSiER ; Société médicale des Hôpitaux, 11 octobre 1889; — et Archives de Neurologie, 1890, n° 58 ; HiGiER ; Berl. kl. Woch., 21 août 1898. 2 MoREAU ; Thèse de Paris, juillet 1892 ; Stockton ; Med. News., 4 février i8g3.
Uharcot ; Bâillements hystériques, in Leçons du Mardi, 1888-89 > FÉRÉ ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1888, pag. i63 ; Gilles de la Tourette, G. Guinon et Huet; Ibid., 1890, n° 3. ■> Brodie; Progrès médical, i88o, pag. 559. =• FÉRÉ et Souza-Lbitk; Ibid., 1880, n° 4.
11V«TK1{1I':. 7V'j
une OU deux heures. Alors la mère el les parents arrivaient, et en les voyant ainsi se mettaient, eux aussi, à rire involontairement; mais bientôt ils s'arrêtaient, exhortaient les malades, les grondaient, les mcnaeaient. Le p6re pleurait, rien n'y faisait ; les jeunes lilles riaient toujours et assuraient qu'elles ne pouvaient s'empêcher de rir(>.
Briquet a vu également une malade qui était prise d'accès de rire involontaire, que le chagrin même n'empêchait pas ; il lui arrivait souvent de rire quand elle avait envie de pleurer, et quelquefois elle riait et pleurait prescpie en même temps. Quoiqu'elle eut des sentiments pi(;ux très sérieux, elle était parfois prise de ce spasme inextinguible à l'église^, pendant les ol'iices.
Nous citerons enlin la loiix hystérique, déjà ijien décrite p;u' Sydenhani, (11! nouveau étudiée par beaucoup d'auteurs, Lasèguc entre autres'. Ce phénouu';ue serait plus fréquent chez les jeunes (illes que chez les femmes au delà de 3o ans. Ce n'est jamais un phénomène primitif; on ne le rencontre guère que dans l'hystérie confirmée.
Kll(^ est produite par des causes diverses : laryngite ou bronchite, suppression des règles, excitation respiratoire par une marche forcée, par un air chargé de fumée ; d'autres fois, elle survient sans cause ap[)réciable. — Elle constitue un syraplùme très fatigant, pénible même pour les assistants. (Quelquefois continue et incessante, elle ne donne de ré[)it (pie la nuit, l'allé survient le plus souvent par accès de plusieurs heures, souvent irréguliers, quelquefois périodiques.
La malade é[)rouve d'abord une titillation très gênante à la gorge, un jjicotement ; puis commence la toux, avec un son aigre, très aigu, toujours le même chez la même malade. Elle ne s'accompagne le plus souvent d'aucune expectoration, ne correspond à aucun signe d'auscultation, sauf quelquefois un peu de sibilance expiratoire. — La toux cesse presque toujours la nuit : c'est là un caractère inq)ortant.
Après un temps variable de quelques mois à un ou deux ans, la toux disparaît, quelquefois graduellement, le plus souvent brusquement, après une énaotion par exemple.
Le diagnostic est quelquefois difhcile d'avec la phtisie au début. Comme le dit Bernutz, l'anémie est souvent profonde, elle entraîne des étoulVements et des palpitations à la moindre fatigue ; ily ades troubles dysi)epti(iues, des points d'hypereslhésie dans la poitrine et le long du rachis, quelquefois même des accès de fièvre erratique. Les troubles menstruels pourront entraîner des hémoptysies complémentaires ou supplémentaires, el à ce moment on trouvera des rùles sous-crépitanls et de l'obscurité respiratoire sous la clavicule. Berntz cite deu.x obser-
' \'oy. aussi Chaucot ; Toux et bruit» laryngés hystériques, in Arc/iives de Neurologie, janvier iSya, n° 67, pag. 69.
Grasset, 4° édit., tom. II. 48
valions de cet ordre, dans lesquelles on pouvait très bien croire à la présence de tubercules'.
Weir Mitchell - a récemment rapporté trois cas de tachijpnéc hystérique et l'ail l'histoire de cette manifcslation ; on a vu la l'réquencc expiratoire s'élever jusqu'à 180 inspirations j)ar minute, affectant surtout le type costal supérieur ; pendant le sommeil, elle tombe à i8ou 20 respirations ; le rythme respiratoire est régulier.
y. Du côté de V appareil circulatoire, les malades éprouvent des palpitations, survenant le plus souvent par crises qui peuvent se prolonger beaucoup. Les battements cardiaques s'élèvent à 120, 160 pulsations, souvent avec irrégularité. Il n'y arien, en général, à l'examen physique direct, saut' quelquefois un peu plus d'éclat dans les bruits.
Les contractions du cœur sont parfois très fortes: la tète du médecin est soulevée. Chez d'autres malades, au contraire, elles peuvent être très faibles et donnent à l'auscultation une espèce de sensation comparable à celle d'une souris qui gratte sa cage. — Dans certains cas, enfin, la malade éprouve des douleurs névralgiques concomitanles.
3. Certains phénomènes peuvent affecter l'appareil génito-urinaire. Ainsi, le spasme du col vésical supprimera l'émission de l'urine ; c'est un état qu'il faut bien distinguer de l'ischurie par diminution de sécrétion : le cathétérisme jugera la question en faisant uriner le malade.
La vessie peut participer aux convulsions : pendant les crises, sous l'influence d'une émotion, l'urine s'échappe involontairement.
Les convulsions des uretères peuvent se produire douloureuses et simuler les coliques néphrétiques.
Les sphincters sont enfin parfois le siège des spasmes ; la défécation et le toucher rectal deviennent impossibles. Un phénomène analogue du côté du vagin constitue le vaginisme.
e. Les muscles striés sont, eux aussi, chez certaines malades, le siège de convulsions partielles qui peuvent prendre la forme choréique ou la forme de tremblement.
La chorée a été constatée 21 fois sur \3o cas. Ce n'est pas, en général, la chorée vulgaire, mais ordinairement une forme de chorée rythmique".
' Voy. sur V/iijstérie j'ulmonaire : Debove; Société ynédicale des Hôpitaux, 10 novembre ibSa ; Petit ; Journal de Médecine de Paris, G mai 1888 ; Lauuent ; Encépliale, janvier-lévrier 1889.
Voy. aussi le paragraphe des troubles vaso-moteurs dans l'hystérie {Itêmoptijsies, etc.j
' VVeih Mitchell ; Tlie Am. Journ. of t/ie med. Se, mars 1898, pag. 235 (anal, in Revue Neurologique, i8cj3, n» 9, pag. 237).
Voy aussi, sur la dyspnée hystonquc : I^haumieb ; Poitou médical, août 1891.
■> L'hystérie peut toutefois, nous l'avons vu (pag.Gyoj, provoquer des mouvements analogues à ceux de la chorée arythmique. — Joffroy (Société médicale des Hôpitaux, 3 avril 1891) a vu, d'autre part, la clioréc rythmée hystérique succéder à une chorée de Sydenham accompagnée de péricardile.
Quel({uefois on observe des mou vciniMils de llexioii cl d'cxlcnsioii du corps ; ce pliériomône a él6 nolé dans cerlaines épidémies. D'aulrcs l'ois, les malades présenlent divers lies: cligiiolemcnl, iiyslaj^inus, cliorée rolaloire, salul, mouvemciils incessanls des éj)aulcs au poiiil d'user les vèlenicnls.
Le plus souvent de courte durée, ces mouvenienls se prolongent parfois pendant des mois et même des années. Beniulz avance ejue, dans ces cas, la peau peut s'altérer par le frottement, et on voitdes accidents généraux se développer. Tout peut aussi disparaître brusiiuemont.
Bernulz cite une demoiselle dont le inendirc intérieur était le siège d'une convulsion régulière revenant Ircnle l'ois par ininulc : c'était une Ilexion forcée suivie d'uiuî extension brusque, portant le pied contre le froid,, qu'on avait dù garnir de linges ()our éviter les contusions. Cet état dura plusieurs mois, malgré toute espèce de li-ailcment, et puis dis|)arut brusipiement un jour, après une émotion.
(Hiarcot a cité îles faits analogues dans ses leçons cliniiiues sur la Clioréc i-ijlluni<[ue hi/slci'ùjnc.
On voit, dit-il, «le front s'inllécliir fortement sur le bassin, entraînant la téte, (jui à son tour s'incline sur la [)oitrinc. et il est un moment où le front ne s'éloigne guère plus de 5o centim. du genou droit, qui dans ce temps-lii est dans l'extension forcée ; puis la tète et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire qui figure un demi-cercle parcouru tout il riieure eu sens inverse dans le mouvement de flexion, si bien (pi'au dernier terme, le dos, puis l'occiput, retombent lourdement sur l'oreiller ; prescjuc aussitôt ce mouvement de Ilexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension, et ainsi de suite. On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition même et par son exagération »
Chez d'autres hystériques, on observe du Ircmblcnicnt ^ Ce phéno-
' Charcot ; Progy^ès médical, 1878, n" 6 ; — i885, n»' 12 et i3. Voy. encore, sur la chovée rythmée hystérique:
Iconographie pliotograp/iique de la Salpétriére (Observulion I du tom. II); OuCHOLLE ; Tlicse de Paris, juillet 1888 ;
PiTUES ; Gazette médicale de Paris, mars-juin i888 ; — Leçons citées, pag. 3o8 ; Couumont; llémiciiorée rythmique croisée périodique, in Lyon médical, iG juin 1889 ;
Hlaikie Smith; IJrit. med. Journ., 11 juillet 1889;
Vani.aui ; Des inyoclonies rythmiques, in Revue de Médecine, 1889;
Laveran ; Société médicale des Hôpitaux, 12 juin 1891 ;
Mathieu ; Gazette des Hôpitaux, i5 août 1891 ;
Roque; Lyon médical, 17 juillet 1892.
' Parmi les récents travau.\ sur le ti-emblement hystérique, nous citerons : Pitres ; Lecjons publiées par Bitot, in Progrès médical, 1/, seplembre 1889; —
Traité, 1891, pag. 2S8. Cet auteur distingue trois grandes variétés de tremblement
hyslériiiuc : trépidatoire, vibratoire cl intentionnel.
Uenuu ; Société médicale des Hôpitaux, 12 avril 1889; — Leçons de Clinique
mène n'esl jamais continu. Ce sont des accès très faciles à provoquer, surtout chez les femmes à caractère craintif, et notamment chez celles qui ont été maltraitées dans leur jeunesse. Le tremblement hystérique offre d'ailleurs des modalités fort variables et peut similer toutes les variétés de tremblements connus (sclérose en plaques, paralysie agitante, goitre exophtalmique). Un certain nombre de tremblements dits toxiques (saturnin, mercuriel)ne seraient, d'après la plupart des auteurs, autre chose que des manifestations hystériques.
C'est encore dans ce groupe qu'il faut placer les secousses que l'Ecole de la Salpôtrière a décrites chez les hystériques ; Briquet et Landouzy ne les avaient pas mentionnées. Du reste, cet accident, s'il est fréquent dans l'hystérie, ne lui est point particulier, car il n'est pas rare de le rencontrer chez lesépileptiques, du moins chez les femmes épileptiques'.
C. Contractures'^ . — Pomme a parlé, le premier, du raccourcissement des extrémités dans la paralysie hystérique. Ces contractures ont été très bien étudiées par Charcot et ses élèves, notamment Bourneville et Voulet, Blocq, Richer, Babinski.
Ce n'est pas là un phénomène du début ; généralement il ne parait que dans l'hystérie consommée, souvent après les paralysies et les anesthésies, et. dans ce cas, les contractures atteignent les membres paralysés, comme dans les lésions cérébrales.
On observe quelquefois des signes précurseurs dans le membre qui va se contracturcr : fourmillements, engourdissements, crampes, sensations douloureuses ; mais, le plus souvent, le début est absolument brusque. — Les accidents présentent, du reste, diverses formes cliniques : hémiplégique, paraplégique ou circonscrite.
Dans le type hémiplégique, le bras est le plus souvent en flexion^, quelquefois, mais plus rarement, en extension. Dans ce dernier cas, il
médicale, i8'jo, pag. 495; — Société médicale des Hôpitaux, 29 janvier 1892; Sacaze ; Montpellier médiccd, juillet i8go ;
Charcot ; Progrès médical, G-i3 septembre 1890 ; — Leçon du 26 janvier 1892; DuTiL ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière 1890-91; — et Tlièse de Paris, mars 1891 ;
Laveran ; Société médicale des Hôpitaux, 1 avril 1892;
UoCHEZ ; Archives de Neurologie, novembre 1892, n» 72, pag. 470;
PoPOFF ; Archives de Neurologie, mai 1898, n» 75, pag. 878;
Roger ; Semaine médicale, i5 novembre 1898, pag. 522.
' Iconographie photographique de la Salpétriére, I, pag. 94.
L'iiystérie, nous l'avons vu, peut aussi présenter des mouvements anormaux arythmiques, analogues à ceux de la chorée (Voy. plus haut), de la maladie des tics, etc.
^ Voy. Klumpke ; Contractures hystériques, in Revue de Médecine, mars i885; Blocq ; Des Contractures, Thèse de Paris, 1887 ; PiTRBS ; Journal de Médecine de Bordeaux, avril 1889 ; RiCHEE ; Paralysies et contractures hystériques. Traité, 1892; Babinski ; Société médicale des Hôpitaux, 5 mai 1898.
est rigide le long du corps. Ou encore, il est en exlensioii el iKltluclion ; la malade le porte derrière le dos en le tordant; la torsion peut même aller au point de produire une luxation de l'épaule. Le membre inférieur est ordinairement en extension, avec pied bot varus cquin, qui est le vrai pied bot hystérique, la face plantaire en dedans'.
Il y a ensuite certaines formes exceptionnelles. Ainsi, Lasègue a vu les extrémités inférieures fléchies au point que les genoux venaient toucher le menton.
Dans le type paraplégi(jue, le début se fait (juchpicfois par un membre, puis la contracture gagne l'autre. C est le type complet de l'cîxtension et de l'adduclion cxirèmcs : les genoux se touchent et ne peuvent pas être séparés.
l'^nliii, la coiilraclure peut cuNaliir les (piatre membres, toujours suivant les mêmes types.
En face de ces conl l'actures plus ou moins étendues que l'on rencontre cluv. les hysir-riipu's, il nous reste à étudier les contractures />«/7u'//c'S (jui aU'eclenl divers gr()U[)es uiusculaires.
Souvent provocpiées par une excitation sensible plus ou moins énergi(jue, etsurloul fré([uenles dans i'hystéro-lrauniatisme-, elles peuvent alors èlre considérées comme des réflexes exagérés et permanents. Ainsi, uni" jeune lille hystériipie reçoit en jouant, un grain de sable dans Id'il ilroil : aussitôt survient une contracture de l'orbiculaire des paupières, (jui dure trois mois. Une autre malade se pique 1 index avec une aiguille : le doigt l'este iléchi en crochet pendant des mois''. — Cette cause pcMit aussi iiKiut|ii(>r.
La contracture atteint (juclquefois la moitié delà face et fait croire à une i)aralysie du côté o[)posé : Moutard-Martin a relevé une erreur de ce genre. Landouzy a trouvé deux fois le trismus. Briquet a observé la contraction des muscles de la langue, (]ui devient raide, immobile, et se tient constamment hors de la bouche. Charcot a constaté une contracture' simultanée de la langue et du voile du palais, et a rattaché à un spasme hciiiispasmc f/losso-ldhic des hystériques) ' la plupart des
' li.\uiNsivi, il;uis lo nous \ciiuns di' citer, s'est surlouL allaclié à
ilislinguer l'Iiémiplégic si>asmo(liiiiie liyslérii[ue de celle (lui a pour uriyiiie une lésion cérébrale.
■' RuNAKD ; Sur laCoiitracture liystéro-traumatiqve. Thèse de Paris, i8S0.
' Voy. aussi sur ce i)oinl : Charcot; De l'influence des lésions tiaumal i(jiccs sur le développement des phénomènes d'hystérie locale, in Progrès médical, 1878, pag. iS ;
L.vsiooun ; Des /lystéries périp/iériques, in Arc/iii^es de Médecine, 1878, i)ag. 6; UroiiU'; ; Progrès médical, 1S79 el 1880. ' Voy. sur Vhémispasme glosso-labié :
Charcot ; Semaine 7nédicale, 1SS7 ; — Leço7is du Mardi, et Nouvelle Iconograp/iie de la Salpétrière, 1888; — Clinique des Maladies du Système nerveux, i8<)j, pag. 2<j8, oCGcl 308 :
phénomènes autrefois rapportés à une paralysie de la face chez ces malades. Cet hémispasme glosso-labié, dont nous avons déjà parlé au chapitre des convulsions des nerfs périphériques, se caractérise par une déviation spasmodique unilatérale de la face, avec de légères secousses convulsives dans les muscles du visage et la commissure labiale du môme côté. Quand on provoque un mouvement de physionomie, les phénomènes s'exagèrent : si le sujet rit, les dents du côté con- Iracluré sont mises à découvert ; lorsqu'il souffle une bougie, l'air passe à travers l'hiatus développé par la contracture, sans soulever le voile génien. La langue, recourbée en forme de crochet et déviée du côté contracturé, est difficilement projetée hors de la bouche; elle est quelquefois entièrement ankylosée à l'intérieur de la cavité buccale. L'orbiculaire des paupières est souvent associé au spasme ; l'ouverture palpébrale est rétrécie et le sourcil du même côté généralement abaissé; en môme temps il existe, au-dessus de la partie la plus interne du sourcil, deux ou trois petites rides verticales, qui remplacent les plis transversaux du front en partie effacés. Enfin on note, toujours du même côté de la face, une anesthésie sensitive et sensorielle'.
L'hémispasme glosso-labié, quelquefois isolé, le plus souvent associé à une hémiplégie, est une manifestation tenace et peut, contrairement à ce qui se passe dans les cas de lésion organique, persister après la guérison de l'hémiplégie concomitante.
Delpral* a récemment décrit la contracture bilatérale des muscles de la face innervés par le facial inférieur.
Il y a aussi un torticolis hystérique. — Boddaert, Charcot et d'autres ont décrit un pied bot hystérique, pied bot varus équin isolé. — Récemment on a signalé une scoliose hystérique''.
Galezowski a aussi observé quelquefois des contractures dans différents muscles de l'œil, entre autres dans l'orbiculaire et dans les muscles droits, externes ou internes, du globe. La contracture peut, dans des cas tout à fait exceptionnels, atteindre les muscles de l'iris et de l'accommodation et amener par conséquent des modifications notables dans la vision ^
ACHARD ; At^chives générales de Médecine, 1887 ; Brissaud et Marie ; Progrès médical, 1887 ; Babinski, Berbez ; Ibid.
Belin ; Tlièse de Paris, 1889.
LuMBROSO, il faut le reconnaître, a de nouveau soutenu en 1888 (Lo Speri rnen- ?a/e, janvier 1888, anal, in Revue des Sciences médicales, XXXIII, pag. 498) la nature paralytique des troubles en question.
' Gilles de la Tourette ; De la su2:>er2)osition des troubles de la sensibilité et des spasmes de la face et du cou chez les hystériques, in Nouvelle Iconograp/iie de la Salpétrière, 1889.
Delprat ; Nouoelle Iconograpliie de la Salpétrière, 1892, n" 1, pag. 38.
^ Vie; De la scoliose liystérique . Tlièse de Paris, 1892.
* Galezowski; Contracture hystérique de l'iris et du muscle accommodateur
Il faut faire une mention spéciale des contractures périarticiilaiies s'acconipafi^nant de douleurs vives cl simulant une lumcur hlanchc avec immobilité douloureuse de l'articulation. Ce symptôme, qui se présente surtout à la hanche et simule la coxalgie, a une grande importance clinique.
C'est Brodie qui sépara le premier des alTections articulaires vraies, iiiflainmaloires, un certain nombre d'arlhropalliies (pi'il ap|tela la « maladie art iculaire hystérique». Les Anglais étudièrent de j)rés ces faits, que l*ag( t traita sous le nom di; simulation nerveuse d'affections organi- (pies. l']n France, on a surtout étudié la coxalgie hystérique, et Blum a n(;ttem('id résumé dans sa Thèse d'agrégation (iHyôj l'état de la (jucstion à celte époque '.
Ce sont de simples contractures musculaires douloureuses, simulant nne vraie arthroj)alhie ; elles appartiennent le i)Ius souvent à l'hystérie confirmée et invétérée, à grandes attaques, à manifestations antérieures multiples. Le phénomène est rarement primitif.
L(îs articulations le plus souvent alleinles sont : la hanche surtout, |)uis le genou ^, la main, le i)ied et l'épaule.
Le début est souvent soudain. Après une ou plusieurs crises, la conti'acture s'établit brus(picmcnl. D'autres fois, la douleur commence au niveau de l'articulation, lancinante, pulsative, térébrante. Mais (et c'est là un caractère imporlant) elle ne trouble jamais le sommeil et apparaît au ri'voil avec une nouvelle intensité. Elle occupe habituellement le côté iuliM iii' (Ir l'iiii icuhil ion et se propage le long du membre. Elle est souvcn! soulagi'c par une forte pression cl exaspérée par une pression légère. La peau est (luehpiefois hyperesthésiée. La pression dessurfaces ai'tieulaires l'une coiil i c l'auli i' n'est pas douloureuse.
\']n même tem[)s l'articulation est immobilisée par les contractures : Iniil mouvement volontaire ou communiqué est d'emblée impossible; le nicmbic rigidi' lu-ciid iiiu' altitude fixe. La longueur apparente du membre [umiI iiuMuiî sembler diminuée
avec myopie consiéculivc, in Progrès médical, 1878, pag. 3 ; — Astigmatisme jinr covtracture du mu.^cle accommodateur, in Société de Biologie, 9 avril 1892.
\'oy. aussi : De Lai'URSONNk ; Strabisme hystérique, in Bulletin médical du Nord, i3 IV'x l ii T ■
' Voy., Iiiiil rrri'inini'iil, la Hcviio lie Pi.icquk, in Galette des Hôpitaux, 6 juin 1 S( ) i .
• Voy. (ItniRMoNT ; Diagnostic de ta coiitrnrt m-e h i/ftérique avec l'aithrite du genou, in Province médicale, i\ mars i8yi.
^ Dans la co.\a!gie liysléri(iuc, l'impolcnco loinM idiuiclK' est complèle ou du moins très accusi'o dès l'origine des accidents ; on nob.scrve pas cette période de huilerie lentement progressive qui marque les débuts de la coxalgie vraie. Ici la claudication - est d'emblée très maniuéc, avec de brusques saccades, des menaces lie cbutes coiiliiuielles. L'irrégularité des saccades peut même constituer un type (le boiterie auiiwrl M. l'aget a donné le nom de boiter ie clioréi forme, type particulier à la coxalgie nerveuse. Mais, en général, la claudioation est reléguée au
Le chloroforme fait disparaître les contractures, mais celles-ci reparaissent dès que la malade revient à elle, et il est impossible de profiter du sommeil pour maintenir définitivement les membres redressés. Blum rapporte un fait de Lefort très curieux à ce point le vue:
Une malade présente une coxalgie hystérique ; on la chloroformise et on applique pendant le sommeil un appareil plâtré laissant le pied libre; au réveil, le pied se tord en varus exagéré. On applique un appareil plâtre tenant tout : le plâtre ne résiste pas à l'effort des muscles, et une contracture nouvelle et semblable réapparaît. Un mois et demi après, nouvelle chloroformisation, redressement ; on place la patiente dans une gouttière de Bonnet. Un an après, on enlève l'appareil : la contracture reparaît. Quelque temps plus lard, nouvel appareil plâtré renfoncé par des bandes silicatées, toujours appliqué pendant la chloroformisation ; l'appareil est enlevé deux mois après : la contracture se développe de nouveau. Un mois plus tard, nouvel appareil avec attelle métallique en T ; pas de déviation possible : la malade ressent de violentes douleurs dans les muscles contracturés. Un jour ces douleurs disparaissent tout d'un coup ; on enlève l'appareil quelque temps : la contracture était guérie, sauf cependant le pied bot.
Voilà certes un résultat, tout heureux qu'il ait été, qui peut être considéré comme indépendant des appareils inamovibles
Notons, en terminant la description de ces contractures périarticulaires, qu'il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni gonflement.
On peut encore observer des contractures du côté des muscles lisses; les spasmes déjà étudiés deviennent permanents dans l'œsophage, la vessie, etc. Les anciens admettaient même un ictère vaporeux, par contracture du canal cholédoque.
Quand les contractures frappent les membres, elles s'accompagnent en général de trépidation cpileploidc, de ces phénomènes tendineux que l'on rencontre dans la sclérose latérale, et que nous avons décrits ailleurs. La chose a été notée par Charcot, môme dans des cas où les contractures ont ensuite totalement disparu sans laisser de traces".
second plan, bien en arrière des autres symptômes, douleurs et contractures» (Plicque).
Voy. aussi Broussolle ; La claudication chez l'enfajit. Thèse de Paris, 1885-86.
' Charcot (Progrès médical, 1890, vol. II, pag. 264) s'est vivement élevé contre l'emploi des appareils inamovibles dans les cas de celte nature.
^ Babinski (loc. cit.) a récemment soutenu, au contraire, que le plus généralement, dans les contractures hystériques, les réflexes tendineux ne sont pas exagérés. Une exagération manifeste et unilatérale de ces réflexes, dit-il, dans un cas d'hémiplégie spasmodique, permet le plus souvent d'aiOrmer que les troubles moteurs ne relèvent pas de i'hystérie. II en est de même, ajoute-t-il, dans un cas de paraplégie, de l'exagération bilatérale des réflexes, quand celle-ci est très prononcée et qu'elle se caractérise par le phénomène connu sous la dénomination d'épilcpsie spinale. Il l'aut toutefois éviter de confondre avec l'exagération des réflexes ou l'épilepsie spinale certains mouvements volontaires ou un simple tremblement, qui peuvent survenir lorsfjue l'on pratique les manœuvres destinées à rechercher l'existence de ces phénomènes.
Ces conlraclures peuvent durer très longlemps, des mois el des années, quelquefois môme indéfiniment. Mais le fait le plus remarquable de leur histoire est leur disparition subite, immédiate, qui survient, quelquefois sans raison apparente, après une durée vraim'Mit énorme. Pour mieux représenter la chose, nous rappellerons comme type l'histoire d'une malade célèbre de Charcot, Etch...
La maladie débute ùB^ans par une altaque convulsive épileptiforme; les crises se succèdent à partir de ce moment. A /|0 ans, apparaissent des phénomènes permanents (ovarie et rétention d'urine) . En octobre i8G8, hémiplégie. En 1869, la contracture se déclare au membre inférieur, et envahit (juelque temps après le membre supérieur. Au moment où Charcot faisait ses lecjons, elle présentait une contracture hémiplégique type.
Le 21 mai iSyS, elle avait toujours une coniraclurc duinembre inférieur droit et des membres du côté gauche, datant de six ans; depuis |)rès d'un an s'y était jointe une contracture des mûchoires qui nécessitait l'emploi de la sonde œsoi)hagienne. Il y avait en môme temps d'autres j)héuouiènes hysléri(jues.
Le mai, à 7 heures et quart du soir, survient une attaque avec contractures des muscles du cou à gauche, qui portent le menton derrière l'épaule de ce colé. La malade cric; la conlracl ure des mâchoires avait disparu Elle s'agite ; on cherche à la contenir: avec son bras devenu libre, elle repousse ceux qui la tiennent. Elle veut aller à la l'ciuMn* pour avoir de l'air: coninie on s'y oppose, .sa colère augmente, cl, sous celle inlluence, on voit cesser successivement la contracture de la jambe droite, puis celle de la jambe gauche, enlin celle du bras gauche. On laisse Etch... se lever; elle marche : à 8 heures, la guérison était complète.
Charcot cite encore trois autres cas. Dans l'un, il y avait contracture d'un membre inférieur datant de quatre ans au moins; la malade reçut une vive remontrance pour inconduite; on la menace de la chasser, tout s'elVace. Chez la deuxième, la contracture d'un membre durant depuis plus de deux ans disparait après une accusation de vol. Chezla troisième, l'ulin, une contracture hémiplégique persistant depuis dix-huit mois disparait après une vive contrariété.
On comprend rinii)ortance de ces faits au point de vue pronostique.
Charcot' a, plus récemment, décrit sous le nom de sdicdhèse de con-
' Cu.vucoT ; Leçons sur les maladies du Système uerceua;, luiu. 111 ;
iJuisSAUi) cl RicuI'Ir; l'rorjrès médical, iSSo;
Balle t i-L Diclanuff ; Gazette médicale de Paris, 1882 ;
CHAitCOT l'L HiCHUit ; Société de niolo;/ie Pro(jrès médical, i883;
BuUNiiT ; Tlièsi" lie Paris, i883 ;
liuissAUL) ; Tlièso lie Paris, 1886; — Arc/iives <jéitérales de Médecine, ocLobreiiovcinbrc iSyo ;
HiOulticz ; l'ruiji cs médical, y-iG ocloljrc i88lj ; BLoCti; riicsL' de l'ans, 1888.
tmcliire^ l'aptitude que présentent les hystériques à réaliser des spasmes toniques dans un membre sous l'influence de certaines excitations mécaniques, en particulier la constriction du membre par un lien circulaire.
2. Paralysies'. — Hippocrate parle d'une jeune fille qui, à la suite d'une toux sans importance, eut une paralysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, sans troubles de la face ni de Tintelligence ; elle guérit bientôt, en même temps que les règles apparaissaient. C'est là très probablement un cas, déjà bien ancien, de paralysie hystérique.
On trouve une série de menlions de ce phénomène dans différents auteurs ; puis il est oublié. C'est Wilson, en 1889, et c'est ensuite Macario, en i844) qui reprennent la question.
Il s'agit là, du reste, d'un symptôme fréquent. Landouzy le trouve 4o fois dans 870 cas, Briquet 120 fois dans 480 cas ; c'est donc chez plus du quart des hystériques qu'on le rencontrerait.
Beaucoup d'auteurs (Landouzy, Macario, Gendrin, Leroy d'Étiolles) ont cru que la paralysie se développe toujours après une attaque convulsive. Piorryamôme voulu tirer de cette circonstance toute une théorie: il attribue la paralysie à la déperdition considérable d'influx nerveux qui se fait pendant les crises. La théorie et le fait même sur lequel elle veut s'appuyer sont également faux. La paralysie se produit souvent en dehors de toute attaque.
Chez la moitié de ses malades, Briquet a vu la paralysie apparaître longtemps après les attaques, et quelquefois même sans aucune espèce d'attaque antérieure. Nous avons observé une jeune fille, dont nous reparlerons, chez laquelle une paraplégie brachiale hystérique a débuté brusquement sans attaque convulsive d'aucune sorte. De plus, les femmes qui ont des attaques non convulsives (léthargiques, comateuses, etc.) sont aussi sujettes que les autres aux paralysies. La dépense nerveuse n'y est donc pour rien.
Les accidents se développent souvent après une affection morale brusque. Une hystérique, par exemple, reçoit à l'improviste la nouvelle delà mort de sa mère; à l'instant ses jambes tremblent, fléchissent sous elle ; elle est paraplégique. — Une jeune fille monte le soir un escalier non éclairé ; un homme déguisé se jette sur elle ; dans son effroi, elle veut crier et se sauver: elle chancelle, tombe, et on la porte paralytique.
' Voy. Marie et Souza-Leite; Revue de Médecine, 10 mai i885; Lober; Thèse d'agrégation, 1886;
RiCHER ; Paralysies et contractures hystériques. Traité, 1892;
Freuii; Club médical de Vienne, mai 1898 et Wien. med. Woch., 1898, pag. <)69 (anal, in Semaine médicale, 3i mai 1898, pag. 272; et Archives de Neurologie, juillet 1898, n° 77, pag. 29).
— Férc a vu une paralysie hystérique s'établir ijrus(|ucmont à la suite d'un rôve'.
Quelquefois le phénomène est causé par une fatigue, une marche exagérée 2. On le voit se développer chez les ouvrières mises en apprentissage forcé, chez des domestiques surmenées, chez les paysannes à l'époque des récoltes, etc. Lajeunciillc dont nous parlionstoul à l'heure, et que nous avons observée, était modiste ; elle passait des nuits et faisait de grands excès de travail pour nourrir sa famille pauvre; elle ressentit tout d'un coup une douleur outre les épaules et fut paralysée des deux bras.
D'autres fois, la paralysie apparaît en même temps (pTun aulre phénomène hystérique dis[)araît brusquement.
Le début est rapide ou graduel. Dans le premier cas, les choses se passent comme dans l'hémorrhagic cérébrale, quehjucfois même avec perte de connaissance [apoplexie litjslériqiie'^\, ou bien comme dans l'hémorrhagie de la moelle (c'est ce qui est arrivé chez notre malade). Si le début est au contraire graduel, la maladie s'annonce par des phénomènes de fourmillement, engourdissement, etc.
Une fois déclarée, la j)aralysie présente des degrés variables : 1. C'est un simple engourdissement : les membres sont lourds et moins mobiles; •>.. La contractilité musculaire est diminuée, ce qui abaisse la force et la justesse des mouvements ; 3. La faiblesse motrice, plus accentuée, permet encore les mouvements des jambes dans le lit, mais ne permet pas la marche d une manière générale ; les mouvements ne sont pas |)ossibles avec un poids à déplacer ; 4- Lnfin la paralysie est complète. Ce dernier cas est rare ; Hricpiet ne l'a constaté que huit ou dix fois.
lli( lier distingue, dans son Traité, les degrés suivants dans la paralysie liystériciue : 1" Vanujoslhénie, qui n'est qu'un léger degré de paralysie; 2" la purali/sie vnhjnirc, (jui répond aux cas le plus communément observés ; 3" la jjuntli/sic jjur siijijjrcssion îles mouvements coordonnés [aslasic-ahasie).
La paralysie vulgaire présente, d'après lui, les caractères suivants : —
' FÈRÈ ; Société de Biolofjie, 1880.
Le IraiiiiuUisiuc jouo (lucliiiiofois un ccrlaiu rù\c, oL alors les erreurs de ili.iLliioslic sont faciles. V'oir iiolaininenl l'iiisloire de ce malade de Tkoisiek et (ai.vucoT, doiil on s'esL beaucoup occupé assez récemment {Société médicale des Hôpitaux, 27 mars et i.'i juillet iSS5; Gasette hebdomadaire, iîi85, n°3i ; Frorjrès médical, 1885, n» 3.',, pag. i3',).
' \'oy. iiw Vapoplexie hystérique :
DniiovK ; Société méd:c(de des Ilôjntaux et Arc/iices générales de Médecine, i8«G;
AcHAUU ; riiL'se de l'aris, 18.S7; — et .A;'c7i(t:es générales de Médeci ne, y.\i\\\cvt'i'vi'ier 18S7 ;
1)i:m()NT1'ai,i.u:i4 ; Sut-iété médicale des llôj'itaux, •>.") mars 1887; M.vuriNKNii; Annales médico-psycliologiques, mars 1887; 1U)UUY ; riiese de Paris, i8^j (dans la sgp/tilis)
a. elle est rarement complète ; — 6. elle atteint à un égal degré les muscles antagonistes ; — c. les troubles de la nutrition y sont rares; — d. la contractilité électrique est conservée ; — e. elle s'accompagne fréquemment de troubles de la sensibilité ; — f. les réflexes cutanés sont souvent abolis ; les réflexes tendineux persistent ordinairement et sont môme parfois exagérés ; quelquefois, mais rarement, ils sont abolis: — g. elle présente, chez un même individu, des variations d'intensité très manifestes.
Duchenne a posé ce principe que, dans les paralysies hystériques, la réaction électrique reste normale pour les deux espèces de courants électriques. La proposition est vraie en général. Il y a quelques cas exceptionnels qui s'accompagnent du reste d'atrophie, et dans lesquels on peut, par suite, supposer une lésion consécutive. La règle est évidemment la conservation de l'état électrique normal, même après des années ' .
Ces paralysies sont le plus souvent accompagnées d'anesthésie cutanée- et môme musculaire. Les malades ne sentent pas les contractions, même quand elles sont produites par l'électricité. L'aphasie a été quelquefois signalée
La paralysie apparaît, disparaît et reparaît, souvent sans cause apparente. Une malade de Briquet avait de ces alternatives très fréquentes. Elle marchait, s'asseyait; puis, sans cause, elle ne pouvait plus se lever. Elle restait paralysée de demi-heure à six mois, et puis, sans cause encore, tout disparaissait, pour reparaître un peu plus tard. La modiste que nous avons citée fut débarrassée de sa paralysie brachiale par une attaque convulsive; à l'époque menstruelle suivante, elle fut prise d'une paralysie, dont elle fut ensuite débarrassée par l'émotion produite par une séance d'électrisation faradique.
Le siège de la paralysie peut varier brusquement. Chez une femme, une hémiplégie gauche cesse ; elle est remplacée par une hémiplégie droite. Chez d'autres, la paralysie affecte successivement le bras, la jambe, le larynx, le diaphragme, etc.
De là résultent diverses formes cliniques. La paralysie peut atteindre un côté de la /'ace, mais c'est très rare ' ; elle peut aussi, on l'a récemment
I Voy. SCHiEFFER; Deui. Arch. f. kl. Med., 1891, X.LV1II, n" 3 et 4.
LuDwiG Mann (Berl. kl. Woch., 3i juillet 1898, n» 3i, pag. 749; anal, in iîeywe Neurologique, i5 septembre 1898, n" 17, pag. 476) aurait récemment constaté une diminution de la résistance électrique de la tète dans les cas d'hystéro-traumatisme.
L'anesthésie cutanée est généralement plus étendue, dans l'hystérie, que le territoire paralysé, au lieu que, dans h s névrites par exemple, le domaine des troubles moteurs dépasse en général les limites du territoire anesthésié.
^ Haiîrisson (New- York med. Journ., 20 mai 1898, pag. 558) a récemment rapporté un cas d'aphasie hystérique dans lequel le sujet avait conservé la faculté de chanter.
< (Jharcot, jusqu'à ces dernières années {Semaine médicale, 2 février 1887) avait cru pouvoir affirmer que la paralysie faciale hystérique n'existe pas, et
démontré, inlé rcsser les muscles oculaires'; quelquefois elle frappe un membre ou une partie d'un membre, avec toutes les combinaisons jxjssibles. Pour les membres, les formes les plus liabituelles mmiV liciuiplcijie-^
que, dès lors, la constaLalion d'une paralysie faciale dans un cas de dia^'iioslic douteux, exclut d'emblée la névrose ; il niellait sur le compte d'une confusion, d'ailleurs facile, ;»vcc l'hémispasme glosso-labié (que nous avons décrit), l'opinion de ceux qui avaient décrit une paralysie faciale dans l'hystérie. Il se basait en particulier, pour justifier son opinion, sur l'impossibilité que l'on éprouve !x provo(iuer par suggestion hypnotique une paralysie faciale, au lieu(iue l'on obtient facilement de la sorte un spasme de la face chez les hystéritiues. — Tout récemment, Geijendanl, à la suite des communications de Chante.mesSU (Société médicale des Hô/jitaux, 24 octobre 1890), Ballet [Ibid., \[^ novembre iSfjo), Boinet (Société de Biologie, 10 janvier i8<)i), il Cï^t revenu de son opinion première et a donné, dans ses dernières publications (Archives de Neuiolo'jie, juiUvl iHtji, Ql Clin icjue des maladies du Système nerceux, i8(j2, pag. 290^, droit de cité au nouveau symptôme. — La paralysie (ou parésie) faciale hystéi-i(iU(' porte le i)lus souvent sur le facial infcrieur, mais elle peut aussi envahir le facial supérieur; elle s'accomiiagne généralenientd'anesthésie.
Voy. encore, sur la paralysie faciale liystérique :
DiiCOUX (Thèse de l'aris, juillet iSyi) ;
Uemak ; Bevl. Id. Wv'och., 3 octobre 1892;
Gasnieu; Étude sur la paralysie faciale liystérique . Thèse de Paris, mars 1898 (3u observations).
li.vLLET (Société médicale des Hôpitaux-, i4 octobre 1892) a rapporté un cas de pai-alysie faciale hystérique systématisée, dans lequel les troubles n'apparaissaient qu'à l'occasion de la parole ; l'acte de siffler ou de souifler n'était aucunement gênée. Cette limitation des phénomènes à certains mouvements bien spécialisés rajqiroche ce cas des faits d'aslasie-abasie dont nous parlerons j)lus loin. — Le même auteur a récemment publié avec Sollier (Reçue de Médecine, juin 1893) un cas dr paralysie faciale systématisée, avec aphasie, accompagnant le mutisme hystérique.
Bauinski (Société médicale des Hôpitaux, 28 octobre et 16 décembre 1892) a insisté sur la bilatéralité fré(juente de la paralysie faciale hystérique, et l'association non exceptionnelle de la paralysie faciale d'un côté avec un spasme de la face du côté Opposé.
' BoHEL ; Profj)-és médical, 1887;
Halliot; Opiitalmopléyie externe dans l'/rystérie et le goitre exophtalmique, in Revue de Médecine, 1888; Ueuove ; Société wédicale des Hôpitaux, 12 décembre 1890. ^ \'oy., sur les vionoplégies hystériques du membre supérieur : (Iastex ; Fi ance médicale, i885, pag. io54 ; Méchin; Thèse de l'aris, 1887; Uknuu ; Archives de Neurologie, septembre 1887; MiuuA ; ArcJiives de Neurologie, mai i8y3, n» 75, pag. 32i (3i cas). ^ Voy., tàuv VJiémiplégie Itystérique :
Bl. Edwauus; i'hèse de Paris, 1889;
Gu.LES DE LA TouuETTE ; L'attitude et la marc/ie dans l'hémiplégie /lysférique, in Nouvelle Iconograpliie de la Salpétrière, janvier-février 1888;
Chakcgï (Clinique des ynaladies du Système nerveux, 1892, tom. I, pag. 363) a récemment comparé, dans ses Leçons la démarche de l'hémiplégie hystérique i^démarclie helcopode, ou helxipode, de eixu, trainer) à celle de l'hémiplégie organique (démarche helicopode ou liélipode, de eXwo-co, tourner, rouler). La dilïercnce tient surtout à ce ([ue l'hénuplégie liystéri(iue demeure flastjuc, tandis ipie l'hcniiplégie organi(|ue tend généralement à la contracture ; l'exagération des
et la paraplégie ^ \ celle dernière pouvant être brachiale (rare)^.
Du côté du larynx, on constate l'aphonie. Le fait était déjà connu d'Hippocrate, qui avait noté des cas de perle de parole subite et se résolvant par une émission d'urine claire, abondante. Tout le mande sait qu'une émotion étrangle la voix : vox faucibus hœsit. L'hystérie crée la permanence de cet état. En général, du reste, les phénomènes hystériques ne sont que l'exagérai ion et la permanence des phénomènes produits par une vive impression. — L'aphonie apparaît souvent brusquement ; elle disparaît de même, après une durée très variable (quelquefois plusieurs années) ; les récidives sont fréquentes.
Les mouvements de la langue, des lèvres (actes de souffler, de siftler) sont faciles, mais il est impossible aux malades d'articuler un seul mol, même à voix basse, et même d'imiter les mouvements d'articulation que l'on réalise devant lui. Cependant l'intelligence est normale; le malade peut écrire et le fait d'ailleurs avec empressement, en même temps qu'il accuse par une mimique expressive et souvent dramatisée la présence d'un obstacle laryngé s'opposant d'une façon absolue à l'émission des sons. Charcot ^ s'est attaché à distinguer ce mutisme hystérique de l'aphasie et de la paralysie labio-glosso laryngée.
réflexes et la trépidation cpileptoïdo feraient généralement défaut dans la paralysie d'origine névrosique.
Gharcot (ibid., pag, 3o8) a vu, dans un cas, l'hystérie simuler le syndrome de We6e?'(pag. 3o8 du tom. I).
Tournant (Thèse de Paris, mars 1892) vient également d'attirer l'attention sur la simulation par l'hystérie du syndrome de Millard-Gubler ou paralysie alterne de la face et des membres (pag. 3o6 du tom. I).
' Dana ; New-York med. Rec, 5 janvier 1889, pag. ai {Revue des Sciences médicales, XXXIV, pag 178) ;
Pitres; De la paraplégie hystérique, in Gazette hebdomadaire de Bordeaux, septembre 1890; — Voy. aussi, dans les Leçons du môme auteur (pag. 465), et à la pag. 577 de notre tom. I, l'étude du pseudo-tabes hystérique ;
Féraud ; Limousin médical, août 1898.
^ La paralysie peut également frapper les quatre membres. Voy. sur ce point la Thèse de Chevalier ; Paris, 1877.
Voy. aussi, svltUs, Paralysies périphériques dans Vhystérie: Brissaud et Lamy, in Archives générales de Médecine, août-septembre 1891.
^ Gharcot ; Progrès médical, i3 novembre i886.
Voy. aussi, sur le mutisme hystérique :
Gartaz ; Pî'ogrés médical, 1886 ;
Grésantignes ; Journal de Médecine, 18 août 1888;
Faqe ; Journal de Médecine de Bordeaux, 21 septembre 1888 ;
Natier ; Revue mensuelle de laryngologie, 1888, n" 4 ;
Lusch ; Mûnch. med. Woch,, mars 1890, pag. 2i5 (Revue des Sciences médicales, X.XXVI, pag. 121) ; Stephan ; Revue de Médecine, septembre 1889 ; B10LET ; Thèse de Paris, juin 1891 ;
Voy. aussi, sur ce point: Lépinb et Gourmont ; Mutisme hystérique avec agraphie, in Revue de Médecine, octobre 1891 ;
DUFOUR (Thèse de Montpellier, 1890-91) a récemment attiré l'attention sur la paralysie des dilatateurs de la glotte dans l'hystérie.
Duchenne a noté dans certains cas la paralysie du diaphrur/me. — On peut encore observer: pour la vessie, la rétention d'urine ; pour \c. pharynx et l'œsophage, la dysphagie (rare et seulement après des convulsions répétées de ces organes). Pour l'intestin, on trouvera dans 15ri(pietc(!l te étrange afiirinalion, textuel le ment reproduite par liernutz, qu'il n'y a [)as de paralysie entre l'estomac et le rectum ' ; c'est là une erreur : la tympanite est, au contraire, un phénomène de cet ordre. Du côté du rectum on peut avoir l'incontinence des matières ou la constipation. — Le cœur présente parfois des syncopes (nous en avons déjà parlé).
La durée de ces paralysies est très variable et souvent fort longue La terminaison peut être graduelle; elle survient alors sous l'inlluence du retour delà menstruation ou de la disparilioii [)rogressive de l'hystérie elle-même. Mais, le plus souvent, la terminaison est brusque et survient à la suite de quelque émotion.
Ainsi, Briquet voit en consultation une malade atteinte de paralysie hystérique; il rédige avec son confrère une consultation avec pronostic favorable : dès (pi'elle hî sait, elle se met à marcher. Une {)araplégique était traitée incflicacement depuis plusieurs mois: on emploie la noix vomique, qui produit quelques soubresauts. On lui persuade que c'est l'indice du retour des mouvements, et elle marche. Chez notre malade, l'inlluence, surtout psychique, de l'éleclrisalion fit disparaître la para- ]ilégie ; une alla(iue convulsive avait guéri la j)aralysie des bras.
11 y a quelques années, Blocq* a attiré l'attention sur un trouble moteur relativement fréciuent chez les hystériques, d'origine nettement parélique en certains cas et se traduisant par une impotence plus ou moins complète, pour certains mouvements spécialisés, en particulier ceux de la station et de la marche. L'uslusie-abasie, à l'élude de laquelle
l'HOisiiiii ; Société médicale des Hôpitaux, 8 avril 1892;
Hacii ; T/ie New-York med. Journ.,-z\i. oclobre iSya, pag. 4OG ;
GADZIA.CKI ; iiociett' </e Psychiàtrie de Saint-Pétersbowj, avril i8(j3 {Reçue Ncurotofjique, 3i juilloL iSyS; n» pug. 4<j'3)-
B.vLLiiT cl SoLUER (Revue de Médecine, 10 juin iS(j3, 11° G, pufj. 533) ont observé, nous l'avons dit, la coexistence de Vajraphie avec le mutisme hystérique. Ils l'ont ratLacliéc, non pas, comme dans le cas d'une lésion organique, à la perte des images verbales, graphiques ou visuelles, mais simplement au défaut de la synthèse psychi(iue de ces images (pi'oxige l'écriture courante.
\ oiiOTiNSK.1 (Société de Neurologie et de Psychiatrie de Kasan, ly septembre iS<j3; anal, in Revue Neuroloyique, 3o décembre iS<j3, n* 24» pag. 701) vient de publier un cas de nmtisme hystérique ayant dure deux ans.
' D'après HiiitNHKiM (Société de Médecine de Nancy, mars 1SS8) la tympanite hystérique serait due, non pas à une paralysie intestinale, mais à une diminution d'étendue de la cavité abdominale, par suite d'un abaissement du diaphragme.
' lÎLOCQ; Archives de Neuroloyie, iSSS, n»' 43 et 4i ; — Reçue (jénérale de Clinique et de T/iérapeuti'jue, 14 mars iSSij ; — et Troubles de la marche dans les maladies neroeuses, in bibliutlièque médicale Charcol-Deboce, 1S92.
nous avons nous-mêmes consacré une série de leçons', est un mode d'incoordination consistant dans l'impossibilité pour le malade de se tenir debout sans s'eflbndrer, ou de progresser suivant le mode habituel. La force musculaire est cependant conservée : au lit, le sujet meut ses membres à volonté. Hors de son lit, il peut également en faire l'usage qu'il lui plait, à condition de modifier le mode de progression usuel : alors que l'impotence sera absolue pour la marche normale, le sujet marchera sans peine en entre-croisant volontairement les jambes à chaque pas, ou à quatre pattes, à cloche-pied, etc.
On distingue généralement plusieurs formes aux phénomènes: formes parétique, ataxique ou choréique, trépidante et saltatoire. — Enfin l'astasie-abasie, bien que constituant le plus souvent une manifestation de l'hystérie, ne doit point toutefois être inféodée à la névrose et peut être observée en dehors de cette dernière.
' Leçons recueillies par BoaKGUKT, in MontpelUe)- médical, mars 1889; — Clinique médicale, pag. i3i.
Voy. encore, sur Vastasie-abasie :
Brr^kz \ Gazette hebdomadaire, 1888, pag. 754; Hrunon ; Normandie médicale, 1 mai 1889 ; Ladame ; Arcliives de Neurologie, janvier i8go ; Cahen ; Tlièse de Paris, décembre i8go; Thyssen; Archives de Neui ologie, janvier 1891 ; Hammond ; Med. Rec, -.'.S février 1891 ;
Tranquilli ; Riv. gen. ital. di clin, med., 20 juillet 1891 (fasc. supplément.); Weill ; Archives de Neurologie, janvier 1892 ; Maigre ; Thèse de Paris, juillet 1892 ; JoLLY ; Tlièse de Lyon, 1892-93 ;
BouCHAUD ; Journal des Sciences médicales de Lille, 16-28 décembre 1892 ;
Prince; The Journ. of nerv. and ment, dis., décembre 1892, n" 12, pag. 887;
Babinski ; Paralysie hystérique systématique, in Société médicale des Hôpitaux, 8 juillet, 28 octobre et 4 novembre 1892 ;
Bkemer; The Journ. ofnerv. and ment, dis., janvier 1898, n° 1, pag. i3 {Revue Neurologique, 28 février 1898, n° 1, pag. 28) ;
K-LiMA ; Journal des Médecins tchèques, 1898 (anal. Ibid., 80 mai 1898, n° 10, pag. 266) ;
Kalindero ; La Roumanie médicale, juin 1898, pag. 97 ;
Lagrange ; Congrès de Médecine mentale, août 1898 (anal, in Semaine médicale, 12 août i8g3, pag. 890).
Tout récemment Debove et Boulloche {Société médicale des Hôpitaux, 17 novembre 1898) ont appelé l'attention sur un nouveau syndrome, la staso-basophobie, consistant dans l'impossibilité, pour le sujet qui en est atteint, de marcher seul cl même de se tenir debout, alors qu'il s'agit de traverser une rue ou une place ; un soutien quelconque ou l'apparence d'un soutien permet au contraire la progression. Ce trouble est très analogue en apparence à l'astasie-abasie, mais il diffère de celle-ci par d'importants caractères : la staso-basophobie n'est pas une manifestation hystérique et ne s'accompagne pas des stigmates de la névrose; c'est, déplus, une^j/ioète, c'est-à-dire un trouble mental caractérisé par la «peur» de progresser seul dans certaines conditions. Il ne faut pas la confondre avec l'agoraphobie (voy. pag. 872), car le trouble peut survenir dans un espace restreint et ne provoque ni anxiété ni angoisse.
II. La sensibililé est, comme la luolililé, altérée dans les deux sens ; (le là, des hypereslhésies et des anesthésies.
1. Hypereslhésies'. — a. La />ea;/ peut élro aU'eclée. La dennalgie n'est cependant pas un phénomène très fréquent. On la trouverait dans i/iodes cas. C'est un .symptôme bon à connaître au point de vue du diafi;nostic dilïérentiel.
L'intensité en est variable : depuis une simple exagération de la sensibilité il certains moments, notamment en temps d'orage, jusqu'à l'inlolérance de toute pression du doigt, qui donne à la patiente une sensation d'aiguilles en faisceaux. — L'étendue est variable aussi. Quelquefois l'hyperesthésie est circonscril(MMi certains points, l'anesthésiesc trouvant sur d'autres points ; ou bien les deux phénomènes alternent dans la tuèmc région, ou encore ils se trouvent réunis aux mêmes points. Ainsi, chez notre malade, il y avait anesthésic tactile (elle ne reconnaissait pas les objets) avec hyperesthésic à la douleur [hyperalgésie) .
L'extension complète de l'hyii-resthésie constitue un aiVreux supplice pour la malade : elle ne peut rien saisir avec les mains, ni marcher ou mettre les pieds par terre; (>lle ne peut pas môme rester au lit et est tourmentée par une insomnie perpétuelle. Quelquefois il y a, en même temps, une hy[)en\slliésie sensorielle qui crée un état d'impressionnabilité iiorrible.
On décrit (juelques dermalgies particulières. Celle des grandes lèvres et de la vulve produit un vaginisnie particulier, pour lequel la dilatation est absolument contre-iudiquée; celle de la mamelle a pu aller jusqu'à en iuq)oser à de grands chirurgiens, (pii décidaient l'ablation -, etc.
Pitres a récemment décrit, sous le nom d'haplialgésie « une variété (le, paresthésic! caractérisée par la pi'oducliDu d'une sensation douloureuse intense à la suite de l'application ^^ur la peau de certaines
' N'oy. PiTRUS ; Hijpeval'jésies hystériques, in Reouc générale de Clinique et (le Thérapeutique, 6-i3 seplcnibre 1888.
^ Dans CCS cas, dit Hrodie, on ne perçoit aucune tumeur dans l'organe; mais, quand rallection est de date un peu ancienne, le sein devient plus volumineux, |irobal)lement par suite d'une hyperémie secondaire ; pourtant il n'y a pas de lougcur de la peau, plutôt au contraire un peu de pâleur avec un aspect légèrement lisse.
Ici peut se placer aussi la description de ce qu'on appelle le sein hystérique : " début brusfjue ilu gonllement, (|ui atteint son maximum en quelques heures ; le sein triple de volume, il est tendu, luisant, mais sans chaleur ni rougeur. Pendant viiigt-ipiatre heures, le gonOement et la douleur iiersistenl au mèm'3 degré, puis diminuent peu à peu, et linaiement disparaissent au bout de huit jours » {Iconographie photographique de la Salpctrièi'e, II, pag. awj).
Gu.i.us DE L.^ TOURETTE (Congrés de C/iirurgie, avril iSijS) a récemment expliqué le p'iénomonc du sein hystérique » par un œdème de la mamelle, consécutif à des troubles vaso-moteurs d'origine ncvrosiquc.
Gras.set, édit., tom. II. 49
substances qui ne provoquent à l'état normal qu'une sensation banale de contact » (cuivre, laiton, or, argent).
6. L'hyperesthésie des muscles est très fréquente. Briquet, sur 43o malades, n'en a trouvé que 20 au plus qui fussent indemnes. La douleur se fait sentir dans les masses musculaires et à leurs points d'attache; elle ne suit pas le trajet des nerfs et ne présente pas de points névralgiques. La masse musculaire tout entière est douloureuse. La pression, môme superficielle, exagère la sensation; le pli cutané n'est pas douloureux. Les mouvements, le courant électrique, exaspèrent énormément la douleur. Le repos complet est, au contraire, un sédatif constant. L'hyperesthésie peut atteindre un très haut degré d'intensité; la pression détermine alors des attaques.
Nous décrirons quelques espèces particulières.
«. La rachialgie est une des plus importantes. Déjà décrite par Sydenham, elle affecte le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, une partie du sacro-lombaire ou le long dorsal. La fréquence de ce phénomène est extrême, c'est un symptôme presque constant de l'hystérie, seulement il faut quelquefois le chercher.
L'étendue de cette douleur est variable; elle occupe en général toute la hauteur de la colonne. Si elle n'est qu'à une région limitée, c'est surtout la partie inférieure du rachis, sur une étendue de quatre à cinq vertèbres. Dans ces points, la pression réveille de la douleur au niveau des apophyses épineuses et dans les gouttières avoisinantes. Le phénomène peut aller jusqu'à l'irritation spinale complète.
Quelquefois la pression sur les apophyses épineuses détermine, à la région cervicale, de la strangulation et la constriction de la glotte; au haut de la région dorsale, l'oppression, la dyspnée, le serrement de la poitrine; plus bas, la constriction épigastrique.
Dans les cas où ces symptômes douloureux dans le dos prennent une certaine intensité, on peut commettre les erreurs de diagnostic les plus graves et croire à des lésions de la colonne vertébrale. « J'ai vu, dit Brodie, condamner au repos et à la position horizontale, pendant des années, des jeunes filles que l'on soumettait encore au traitement par les cautères et les sétons, alors que le grand air, l'exercice et les passetemps les eussent complètement guéries en quelques mois'. »
/3. Briquet désigne sous le nom de cœlialgie l'hyperesthésie des divers muscles composant la cavité abdominale. La thoracalgie ou pleuralgie de Bernutz s'applique aux muscles thoraciques, la miélosalgie aux muscles des membres. Ce dernier phénomène est, du reste, plus rare; Briquet l'a observé 64 fois.
' Voy. AuDRY ; Du jJseudo-mal de Pott hystérique, in Lyon médical, -iZ octobre 1887;
KiRMissON ; Société de Chirurgie, 7 mars 1888 ;
Merlin; Thèse de Paris, juillet 1889;
Benedikt ; Collège médical de Vienne, 3o novembre 1891.
HYSTHRIR. 703
y. Briquet place la ccitlialalf/ic dans lliypereslliésie des muscles; d'a'ilres la mettent dans les n(h'ralj^ies, d'autres parmi les maux ilc tête plus profonds, comme la migraine on la (•r|)liai(''c r('lM il('. Vai toni cas, c'est un symptôme à ('■tndier à pai l.
La iVéqucnccen est très grande. i5ri<juetra vue ooo lois sur 35G cas. Elle précède souvent les manifestations vraies de l'hystérie confirmée. 11 faut se mélier en général des petites filles qui sont sujettes à la céphalalgie et à la migraine.
llarcment générale, elle est souvent hi'inieràinenne Souvent aussi elle est limitée : c'est le « clou » ou l'tenr hysléri(iue, (jui est assez caractéristique. Elle peut, dans ce cas, se rencontrer un peu j»arloul, le plus souvent à la région temporale ou sineipitale.
L'intensité varie et peut aller juscpi'à arracher des cris à la malade ; on la comparer ;i un clou enfoncé, à un moi'ceau de glace ou à un charbon ardent; dans bien des cas son diagnostic avec la méningile peut offrir des difficultés-. Quehiuefois il y a en mémo temps des troubles gaslri(jues. Le syndrome de la migiaine o[)hialinique (pag. iG(j| a été qnehpiefois observé •'.
(•. l"^u arrivant aux risccivs, nous citerons, comme Iransilion di>s douleurs su|)erlieielles aux douleurs profondes, la douleur cpiijaslriquc, qui est un mélange de gastralgie et d'épigastralgie. Quelquefois c'est une simple dermalgie épigastrique ou une hypereslhésie des muscles d(! la paroi, exagérée par la pression et par les mouvements, notamment aux attaches des grands droits. Ces formes simples sont rares.
Le pkis souvent, il y a en môme temps gastralgie vraie, qui atteint des degrés divers : dépravation de l'appétit avec dégoût pour les substances vraiment ahinentaires, douleur gaslralgique, crampe allant juscpi'au déchirement atroce. Dans ces cas, la pression du creux épi- L;aslriqne |)eul provoipier les attacpu's.
' AULU; lléniicrànic Uijslériqac, in Tlie Laitcet, lo avril pay. Sjo.
^ V'oy. sur lu jiseudo-méninyitc Itystérique : AJack; Thèse de Paris, iSSS ;
IIaushaltkk; lievue médicale de l'Est, iSSy, pag. 23.'| ;
tluCHAUU ; Reçue yénérale de Clinique et de T/térapeutique, iSyo, jjag. 4^1);
Chanthmkssk ; Société médicale des Hôpitaux, 22 mai iSyi ;
PiTRHS ; Leçons, pag. nj'i ;
Ullivier ; Association française pour l'avancement des Sciences {Semaine médicale, 23 soiiU-mbrc 1S91) ; TuJA ; Province médicale, 26 novembre 1892 ; GiLHAitoucci ; ArcJti ves de Neuruloyie, noxcmbrc iSyj, pag. 387; iJuuGÈuii ; Tlièse (Je Bordeaux, janvier iSy3 ;
li.\.uuoL ; Dt' l'/iystérie simulatrice des maladies organiques de l'encépkale ckes les enfants; Tliése de l'aris, i8y3 ; MoNESTiiiit ; Thèse de Monlpellier, 1893.
■' Babinski; Société de Bcoloyie, 27 juillet 1889; — A)-c/iives de Neurologie, 1890, n» Go ;
FiNCK ; Miyraine upiUalmiqae hystérique. Thèse de i'aris, juillet 1891.
M \r, \DTES DES NERFS ET NKVROSES.
Les troubles des fonctions gastriques sont toujours à surveiller. Capricieux au début, le phénomène peut devenir grave, entraîner la détérioration de l'organisme et produire la mort, directement ou par tuberculose. Ces accidents entraînent le marasme , sans lésion gastrique.
L'hyperesthésie peut atteindre l'intestin lui-même. Alors il y a des coliques plus ou moins fortes, avec pneumatose, au point de produire l'anhélation. Ephémères, survenant à la suite de chaque repas chez certaines malades (intestin grêle), elles sont durables et entraînent une tympanite opiniâtre chez d'autres (gros intestin). Le symptôme peut durer alors six mois, un an ; il simule une ascite, la grossesse, etc.'.
L'avarie mérite une mention spéciale, à cause des nombreux travaux qu'elle a suscités.
C'est une douleur iliaque siégeant dans le flanc, aux limites extrêmes de la région hypogastrique. Elle est très fréquente, de l'aveu de tous. Seulement elle est rapportée à des origines diverses.
Les Anglais, et en France Schutzenberger, Piorry et Négrier, la rapportent à l'ovaire ; Briquet (et son livre a eu une grande autorité) l'attribue aux muscles de la paroi : myodynie de l'extrémité inférieure du muscle oblique (douleur dite ovarienne), et myodynie du pyramidal ou de l'extrémiLé inférieure du grand droit (douleur dite utérine).
Charcot a repris et développé la théorie de l'ovaire. 11 ne nie pas la dermalgie ni la myosalgie ; il y a même certains cas dans lesquels tout cela se complique de tympanite, ce qui produit la « fausse péritonite » des Anglais. Mais, dans d'autres cas, il n'y a pas d'hyperesthésie; il peut môme y avoir anesthésie : le muscle est alors pincé sans douleur. Il faut, pour provoquer la douleur, enfoncer profondément les doigts.
On détermine ainsi un foyer net, à l'intersection d'une ligne horizontale des épines antéro-supérieures et d'une ligne verticale de l'épigastre. Vers la partie moyenne du détroit supérieur, on sent quelquefois l'ovaire même comme une olive ou un petit œuf. C'est alors qu'on provoque la douleur. Et la douleur ainsi provoquée est spécifique ; elle s'accompagne des phénomènes de l'aura hystérique.
Ce foyer correspond au vi'ai siège de l'ovaire. On ne peut pas en juger sur le cadavre dont le ventre est ouvert, car les rapports y sont essentiellement changés, notamment par suite de la vacuité des plexus érectiles de Rouget. Mais, sur les cadavres congelés, ou mieux en enfonçant une aiguille sur le point en question, quand le corps n'est pas ouvert, on atteint l'ovaire. — De plus, la zone sensible paraît s'élever, chez la femme, durant la grossesse.
' GoODELL (Journ. of Am. med. Assoc, 9 juillet 1888 ; anal, in Semaine médicale, 29 août 1888) a insisté sur les troubles que peuvent présenter les hystériques du côté du gros intestin : on observe tantôt la défécation douloureuse ou accompagnée de lipothymies, tantôt la « colite pelliculaire» ou «entérite pseudo-membraneuse »; d'autres fois, le syndrome de la fissure anale, etc.
Il y a une relation imporlanle, pour le côté du corps, entre l'ovarie et les autres accidents d'hystérie locale. — On ne sait rien de précis sur l'état même de l'ovaire. — Nous devrons revenir, du reste, sur la manière de jjrovoquer ou d'arrêter les attaques par la pression de cette région '.
Nous croyons inutile d'insister sur les autres douleurs abdominales, telles que: hysléralgie, cyslalgic, néphraigie, douleur tcsliculaire-, etc. Ce sont des phénomènes faciles à constater et à comprendre.
Du côté du thorax, le syndrome de l'angine de poitrine a été assez fré(iueinment signalé '.
(1. Les névralgies sont très IVéqueutes dans l'hyslérie On les conl'ond souvent avec des myosalgies ou myodynies.
Les névralgies inlercostales sont celles que l'on observe le plus souvent. Sydenham, Franck, ont signalé l'odontalgie, qu'il est bon de connaître, parce qu elle peut être le prétexte de l'avulsion successive et inutile de toutes les dents d(; la m;\clioire. — Gilles de la Tourette a décrit la névralgie l'aciale^; Achard et Soupault" ont observé à plusieurs reprises la névralgie sciatique.
e. Nous avons déjà parlé, à propos des contractures, des douleurs articulaires qui peuvent simuler des maladies graves de l'arlicle. Nous retrouvons ici celles de ces arllu-(tlt/ics (|ui ne s'accompagnent pas de contractures, et qui peuvent cependant en imposer gravement au médecin.
Brodie les a bien décrites.
Si l'articulation de la hanche est prise, « vous rencontrez, dit-il, de la douleur à la hanche et dans le genou, douleur qui est augmenlée par la pression et par le mouvement; la malade reste étendue sur un lit ou sur un divan, conservant toujours la même position. Vous vous dites (pie ce sont là les signes d'une alVeelion de la hanche. Mais pousse/, plus loin lOliservalion : la douleur est rarement limitée à un point, elle s'eleiul à tout le membre. La malade fait des grimaces et pousse (pu'hpiel'ois des cris si vous exercez une pression sur la hanche; mais elle le l'ait aussi si vous pressez sur l'os coxal ou la région lombaire,
' Les récents travaux sur l'Iiyslorie màlc ont remis en ((uestion l'origine de la douleur dite ovarienne. On a l'réiiueniment, en effet, signalé chez l'homme une douleur analogue ; Micsn.\.rd (Annales de la Policlinique de Bordeaux, avril 1892, pag. 111) a même observé récemment deux sujets chez lesquels la douleur de la t'osse iliai|ue eonstiluait la seule manifestation de l'hystérie. — Il est donc préférable de substituer au terme d'ovarie le mot de zone hijstéro'jéne iliaque, qui ne préjuge en rien le siège j)récis du phénomène.
' Teuiullon ; Société de Chirurgie, 10 novembre 1886.
^ Marmî ; Revue de Médecine, 1882 ;
Lii Clerc ; Thèse de Paris, 1S87.
' .Vrtièrus ; Névralgies /igstériques. Thèse de Paris, juillet 1891.
■ Gilles de l,v Tourette ; Progrès médical, août 1801.
" Acu.vKU et Suui'.\.ULT ; Guielie des Hôpitaux, 21 jiiillrl isi(2, pag. 780.
■^efi MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.
OU la cuisse, ou même la jambe jusqu'au niveau des malléoles. Parloul la sensibilité morbide siège dans l'enveloppe cutanée: si vous pincez la peau jusqu'à la soulever des parties sous-jacentes, la malade se plaint plus que si vous poussez fortement la tête du fémur dans la cavité cotyloïde.
»La douleur est plus forte quand la malade voit l'examen auquel on la soumet ; si au contraire quelque chose vient à la distraire, c'est à peine si elle profère une plainte. Il n'y a pas d'amaigrissement des muscles fessiers, qui ont conservé leur forme, et l'état général de la malade ne ressemble en rien à celui qu on trouve dans les cas de suppuration des os et des cartilages. On ne constate pendant la nuit aucun de ces élancements douloureux qui s'accompagnent souvent de cauctiemars. La douleur empêche parfois le sommeil ; mais, une fois endormie, la malade ne se réveille qu'au bout de plusieurs heures. Cet état de choses peut persister pendant des semaines, des mois ou même des années, sans amener la formai ion d'abcès. »
Il y a quelquefois, seulement, des troubles vasculaires autour de la jointure malade. La plupart de ces malades présentent d'autres manifestations hystériques, qui ont le plus souvent précédé l'arlhropathie et qui peuvent aussi la remplacer.
Le début et la terminaison de ces accidents sont le plus souvent graduels. Cependant Brodie cite des cas dans lesquels tout disparut brusquement après une secousse physique ou morale, ou même sans cause appréciable. Les récidives sont à craindre et peuvent se manifester sous l'influence du moindre traumatisme portant sur l'articulation
f. Les sens peuvent acquérir une finesse extraordinaire. C'est par là qu'il faut expliquer certains faits bizarres attribués au magnétisme. Les paupières en apparence complètement abaissées, les patientes voient par une fente imperceptible. Elles entendent de très loin, ce qui simule une sorte de divination. Cette hyperesthésie sensorielle peut rendre douloureux l'exercice des sens.
Tels sont les phénomènes d'hyperesthésie rétinienne [kopiopie de
' D'après Plicque {loc. cit.), la coxalgie hystérique diffère de la coxo-tuberculose par les caractères suivants : i° La douleur, dans la coxalgie hystérique est plus superncielle que profonde ; elle n'amène pas de réveils et des soubresauts brusques pendant le sommeil. — 2" Les contractures s'étendent souvent au genou et même au cou-de-pied ; les attitudes vicieuses qu'elles déterminent sont assez irrégulières. — 3° L'intégrité anatomique est absolue ; il n'existe ni empâtement, ni adénopathies, ni atrophie. — 4* Le chloroforme, en amenant la résolution musculaire, permet de constater l'intégrité des mouvements et l'absence de craquements, à des périodes déjà anciennes de la maladie. — En outre des nuances nombreuses qui varient pour chaque cas clinique, ajoute-t-il, c'est à la constatation nette et précise de ces quatre symptômes différentiels qu'il faut avant tout s'attacher.
Ballet {Société médicale des Hôpitaux, 29 juin 1889) a récemment rapporté un cas de coxalgie hystérique accompagnée d'atrophie ; mais il s'agissait d'un malade alcoolique, qui pouvait de ce chef avoir réalisé des lésions poiynévritiques.
Fœrster). qui tourmentent certaines hystériques. » II n'est pas de praticien, dit Abadie', qui n'ait eu à soigner de femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de liHc, accusant une pliotophobie des plus pénibles, dos douleurs IVonlales et périorbitaircs presque constantes, s'exaspérant à la moindre lecture. Ces malades sont, en outre, tourmentées par des sensations pénibles de brfllure, de piqflre, de corps étrangers dans la conjonctive cl les paupières, et néanmoins elles ne présentent aucune altération du l'oiid de ]'(cil, aucune anomalie de la réfraction. »
(iliarcot a signalé la présence, d'ailleurs exceptionnelle, d'une «zone hystérogène oculaire B (rétinienne), dont la pression provoque une crise au môme litre que la pression ovarienne; il ne faudrait pas confondre une atla(pie ainsi amenée avec des phénomènes liypnoticpics sollicités, comme il est banal de le faire, par la pression du globe de l'œil.
9.. Ancsihésies-. — Les phénomènes bizarres de l'hystérie devaient frapper Fimaginaiion des peuples ; aussi ont ils fait partie des symptômes (le la sorcelleiie. l'arnii ces signes, l'anesthésie est certainement un des plus saisissanis : il lui particulièrement noté. Il se révélait par l'indifférence du patieul aux supplices physiques ; on en arriva à en faii'e un caractère, un criltM iuin de la sorcellerie.
I']n même temps (pic l ancsthésie, la peau présente habituellement, dans ces cas, une ischémie spéciale : ainsi, Grisolle cl Charcot ont vu (les sangsues prendre avec beaucoup de peine sur le côté anesthésié Ce fait fut aussi remarqué autrefois, ei de cet ensemble de signes on constitua une des épreuves de la sorcellerie.
Ouaiiil lin individu était suspect, on lui bandait les yeux et on lui soudait la jieau avec des aiguilles. L'absence de douleur et d'hémorrhagie le condamnait Ouehjucl'ois alors on le brûlait.
Cette pratique se rcpainlit Icllcnient et généralisa à tel jioint le nombre des sorciers, qu'il fallut en restreindre la portée et l'application. On en contesta la valeur, et enfin, en i6o3, un arrêt du Parlement de Paris défendit celte épreuve.
.Vlors (c'est une deuxiènu^ phase de cet hist()riqu(^) on se jeta dans l'("\cès o|)p()sé : on ne crut |)lus à l'anesthésie, et on attribua à une pure jonulciic tous les faits (pi'oii avait observés.
Mutin. arri\ n nue I i-iii-ii''uic pi'M'ioilc sci('ulili(|ne Avec Piorry ;i8'|3).
' Adadie ; Progrès médical, 1878, pag. 28. -' Voy. sur Vanesihésie hystérique :
l'i TRES ; Journal de Médecine de Bordeaux, 1S86-87 ; — Traite, 1891 ; IjICHTWitz ; Anesthésié hystérique des muqueuses et des oi'f/aves des sens ; loues hystérofjènes des muqueuses. Thk^^c lie Hoi'deaiix, 1887; DWuKin.i.KS nu Pai.aoines ; Tlièsc^ d(î Paris, jiiillol iSSij ; liAN A ; .\ni. Journ. of tlie med. Se, oclol)re iHijo : .Ianet ; Archives de Neurologie, mai iS<)-2.
Macario (i844) et Gendrin (1846), les études commencent et conduisent au livre de Briquet (iSSg). Plus récemment, nous citerons les études de Charcot, Janet, etc.
La sensibilité cutanée est atteinte dans tous ses modes : tact, douleur, température. Quelquefois le tact peut être conservé, la sensibilité à la douleur et à la température ne l'étant pas, et inversement. Très souvent (et c'est là un fait très curieux) les malades ne se doutent pas de leur anesthésie. D'une manière générale, c'est un phénomène qu'il faut rechercher soi-même chez les hystériques '.
La sensibilité réflexe peut être elle-même atteinte : ainsi, la paralysie réflexe de l'épiglotte {anesthésie pharyngée] s'observe très souvent. Cependant Chairon l'a considérée à tort comme un signe constant et caractéristique ; mais c'est un symptôme fréquent. On peut aller toucher l'épiglotte avec le doigt, en évitant le voile du palais, sans provoquer de réflexes. Ce signe se rencontre également chez quelques épileptiques, certains saturnins, dans la paralysie labio-glosso-laryngée, et après l'usage des bromures ; ce n'en est pas moins un symptôme important de l'hystérie, et facile à constater •i,
A un degré plus avancé, non seulement la peau, mais les muqueuses et même les muscles sont frappés [perte du sens musculaire). Certains organes, très susceptibles à l'état normal (testicules), peuvent également être anesthésiés Les membres sont insensibles dans toute leur épaisseur. Briquet raconte l'histoire d'une malade qui avait une insensibilité des membres si profonde, qu'en lui bandant les yeux on pouvait l'en lever de son lit, la poser presque sur le carreau et la replacer dans son lit, sans qu'elle eût la moindre idée de ce qui s'était passé. Quand ce trouble est très accentué, on peut observer chez les hystériques le K signe de Romberg», c'est-à-dire un effondrement subit sous l'influence de l'occlusion des yeux.
Les sens eux-mêmes peuvent être atteints.
' L'aneslhésie se localise habituellement, chez les hystériques, dans les régions où siègent d'autres troubles, quels qu'ils soient (paralysies, contractures, spasmes, œdèmes). Voy. sur ce point: Gilles de la Toueette ; Nouvelle Ico7iographie de la Salpêtrière, 1889.
^ Cadet de Gassicouht, Rendu (Société médicale des Hôpitaux, 29 mai i8gi), MossÉ (Association française pour l'avancement des Sciences, in Semaine médicale, 28 septembre 1892, pag. 3q3), ont récemment insisté sur l'abolition fréquente du réflexe pharyngé chez les sujets sains et en dehors de l'hystérie.
Pitres (loc. cit., pag. 68) indique aussi l'abolition du réflexe au chatouillement, avec conservation, dans quelques cas, du réflexe de Rosenbach. Ce dernier consiste, nous l'avons déjà vu, dans la contraction des muscles abdominaux sous l'influence de l'excitation superficielle des parties latérales de l'abdomen ; d'après Rosenbach, ce réflexe, aboli dans certains cas de lésions cérébrales, serait toujours conservé dans l'hystérie. Cette loi, vraie dans la majorité des cas, ne saurait toutefois être acceptée comme formule absolue. — Les réflexes organiques (vasculaires, érectcurs, sécrétoires, pupillaircs) seraient habituellement conservés. BiTOT et Sabrazès ; Journal de Médecine de Bordeaux, 3 janvier 1892.
Comme disposition et étendue de l'anesthésie, ondistingue troisgrands types cliniques: généralisé, disséminé et hémiplégique.
1. Le type généralisé est très rare ' . La malade, confinée dans un lit, ne peut pas se mouvoir. La vue a une influence nécessaire sur tous les mouvements. La patiente ne peut rien tenir; clic ne marche que difficilement et ne sent rien ; il lui semble être dans le vide.
2. Le type disséminé est plus fréquent. On trouve alors des plaques d'aneslliésie bizarrement répandues sur tout le corps. C'est surtout cette forme-là qu'il faut chercher pour la constater. L'insensibilité occupera une épaule, une partie d'un membre, la face, une portion limitée du tronc, et cela sans relation appréciable avec le trajet d'un nerf. Briquet a vu, par exemple, l'anesthésie occuper !(> poui lourde l'anus etla moitié postérieure des grandes lèvres ; d'après le même auteur, il y aurait plutôt un certain rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins. Le début se fait souvent par les parties de la peau les plus éloignées du centre. — La plupart du temps, les territoires anestiiésiés desmeml)res sont limités [)ar une ligne circulaire d'amputation (anesthésicen forme lie gant, de manchette, de manche, etc.).
3. Le type liémi{)légique est le plus fréquent de tous ; il siège plus souvent à gauche. On l'a rencontré 93 fois sur 4oo cas, et 70 fois à gauche sur 93. Complète ou incomplète, l'anesthésie ne porte, dans ce dernier cas, que sur la sensibilité à la douleur et quelquefois à la chaleur. La ligne de démarcation médiane est le plus souvent très nette à la tète, au cou, sur le tronc. Il y apûleur et refroidissement du côté insensible. Les muqueuses sont atteintes encore du même côté. Il en est demème des sens: vue, ouïe, goût et odorat-'. C'est le tableau complet de l'hémianesthésied'origine cérébrale, que nous avons décrite ailleurs Il y a, de plus, ovarie du côté anesthésié.
Du côté de la vue '', on constate une diminution de l'acuité visuelle
' yoy. les cas rcccnls tic Gourmont (Lyon médical, 19 mai 1889), cl Raymond {Sdcirrr mc(/iccde dc)^ Ilôjiitau.v, lu lévrier 1898; BuUc'tinmédu al,'2\ février 1898).
• I.'auesLlicsic sensorielle sièi;e (luelquelois du côlc opposé à rancstliésie cuLatiée.
■' \'oy., dans l;i première ])arlio, le eliapiire consacré à l'IIéniiancslliésic. ' V'oy. sur les O'ouii/c's ocit/a/rei< en gênerai, dans l'iiysléric: PiCiiON ; Encéphale, 1888 ;
Paiunaud ; Annales d'ocidistique, i88j, XCiVl, n"' 1 cl 2 ; — Revue générale d'Ophtalmologie, 1S89 ; JKAKKiiicssoN ; Lancet, i3 avril 1S89;
liosc ; Mod ificatiorts de la pupille chez l'homme sain, l'épileptique et l'Iigstérique. Tlièse de Monl|)cllier, 1890-91 ; (IiiAUCOT ; Semaine médicale, i/j février it>yi, pai,'. 53 ;
RouKKiNHT ; De l'œil hystérique ; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 3i octobre 1891, pag. iijS; Pansiek ; Les ma,i ifestations oculaires de l'hystérie. Tliésc de Montpellier, 189-2; Kœnr} ; Recueil d'Ophtalmologie, 1893.
et un rétrécissement concentrique du champ visuel '. — Ce rétrécissement fait disparaître certaines couleurs, comme le vert, dont le champ est normalement plus étroit ; quelquefois la malade ne voit plus les objets que sous une forme sépia uniforme-. Souvent, en même temps que le rétrécissement du champ visuel pour les couleurs, il existe une inversion plus ou moins durable du cercle des couleurs, le rouge occupant d'habitude les parties les plus périphériques du champ de la vision. La dyschromatopsie el Vachromatopsie sont considérées comme des symptômes importants de l'hystérie.
Regnard a, de plus, constaté un fait que nous avons retrouvé chez un malade atteint d'hémianesthésie d'origine cérébrale: les couleurs qui ne sont pas perçues se superposent cependant par la rotation. Notre malade, qui ne dislingue pas les deux tiers du disque de Newton, a la sensation résultante de blanc par la rotation, comme nous ; tandis que, si nous masquons avec des papiers noirs les couleurs qu'il ne voit pas, pour nous mettre dans des conditions analogues aux siennes, le disque en rotation ne nous apparaît plus blanc, mais
' Voy., toutrécemmenl, Mœbius ; Mûnc/i. med. Woc/i., 29 septembre 1891, n- 29,
D'après Gharcot (Semaine médicale, 12 décembre 1888), le rétrécissement concentrique du champ visuel ne s'observer=»it, en dehors de l'hystérie, que chez les épiicptiqucs (immédiatement après les attaques) et dans les cas de lésion du segment postérieur de la capsule interne accompagnée d'hémianesthésie. — Cette manifestation, à laquelle Zaniboni (A;-c/( . ital. di clin, med., i8g3; anal, in Revue Neurologique, 3o mai 1898, n» 10, pag. 267) a récemment refusé toute valeur séméiologique, passerait souvent inaperçue si on ne la recherchait, car les malades n'en ont pas conscience.
Gharcot a également insisté sur la valeur séméiologique de la diplopie ou polyopie monoculaire (vision double ou multiple des objets, un seul œil étant ouvert) dans l'hystérie.
Voy. sur ce point: Parinaud; Annales d'Oculistique, 1878;
DuRET ; Académie de Médecine, 22 septembre i8gi ;
Galezowski ; Société de Biologie, 3o janvier 1892 ;
Le Tard; De la polyopie monoculaire. Thèse de Bordeaux, juillet 1892 ; JossERAND ; Lyon médical, 1893, n» i/J.
BouvERET et Ghapotot {Revue de Médecine, septembre 1892; ont observé récemment la diplopie monoculaire dans un cas de tuberculose des pédoncules ; ils en concluent que « outre la diplopie monoculaire d'origine hystérique décrite par Parinaud et rattachée par cet auteur à un état spasmodique du muscle de l'accommodation, il existe encore une diplopie monoculaire d'origine nucléaire, pouvant être engendrée par une lésion organique du cerveau intéressant le centre de l'accommodation ».
Enfin la macropsie et la micropsie, c'est-à-dire l'erreur sur la dimension des objets, leur grossissement ou leur amoindrissement rapide lorsqu'on les rapproche ou qu'on les éloigne, sont aussi des manifestations de la névrose.
^ «Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au côté hémianesthésié, mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en même temps rétréci, à la vérité à un degré beaucoup moindre, dans l'œil du côté opposé. » (Gharcot).
IIYSTKRIR. 771
rouge. Ce phénomène trop curieux csl facile à constater avec les toupies dites newloniennes '.
Cette hémianeslliésic est un typi' cliniiiuc très ncl. I) après liriquet, elle n'existerait avec ses caractères (|iie dans l'hysléric, et jamais dans les lésions cérébrales. Cette assertion a été renversée par les travaux (le Turck et (le Charcot sur l'héniianeslliésic; d'origine cérébrale. La lésion de la capsule intei'iie produil un syndrome scndjlablc.
Martin a observé un fait (riuMnianeslliésie analogue, qu'il rapporte à l'hystérie, chez un jeune homme de ii ans. L(; petit malade eut une scarlatine avec rliumatisme seconilnirc 11 ne soutirait pas du cùic anesthésié, malgré \c. gonflemeid des jointures. La maladie évolue, la sensibilité revient, et l'hémianest liésie disparaît complètement-. La nature hystérique de ce fait ne nous parait pas absolument démontrée. Nous avons vu récemment un militaire, (jui n'avait rien d'hystéri(iue, présenter une iiémianesthésie droite pendant une attaque de rhumatisme oi'dinaire.
' Voy. Greniek; Tlièsc d'à grc^'ga lion. 1886.
L'amaurosc liysléri(iue est Iial)itu(-ll('menl considérée comme étant pm-emcnl psyclii(iue, suggestive pour employer le langage actuel : <• L'amaurose hyslériiiue unilatérale, (jui fait partie de l'anesthésie sensitivo-sensorielle des hystériques, n'a pas de suhslratum organicpie, de localisation anatomifjue; elle est purement l)syclii(pie. Le sujet voit avec sa rétine, il voit avec son cerveau ; la prcinièi'e re(;oil l'inipression, la seconde, par son centre cortical visuel, la perçoit. Mais l'image virtuelle per(;uc, riiystéri(ine la neutralise inconsciemment avec son imagination; oculos Iiabet et non vidct ; il voit avec les yeux du corps, il ne voit pas avec les yeux de l'esprit ; l'amaurose n'est f[u'une illusion négative» (Bernheim ; Revue médicale de l'Est, 1 octobre 188G).
On i)eut se servir, i)our le démonlier, de l'apijareil de Snellcii modilié pai- Slœber : le sujet étant pourvu de lunettes dont un verre est rouge et l'autre vert, on lui fait regarder sur un tableau six lettres alternativement recouvertes de \('rres rouges et verts; à l'état normal, on doit voir, dans ces conditions, les six lettres si les deux yeux sont ouverts, trois seulement (celles recouvertes par le verre de méinc couleur) ([uand un seul œil est ouvert ; les autres lettres sont, en effet, dans ce dernier cas, neutralisées par la superposition du rouge et du vert. Un liystéri(]ue atteint d'amaurose unilatérale devrait se comporter, les deux yeux étant ouverts, comme un sujet sain chez lequel on a pratiqué l'occlusion d'un œil ; or l'hystérique accuse la i)erception des six lettres.
De même, en regardant à travers un prisme, les deux yeux étant ouverts, l'hysli'rique accuse une double image; si ramauroseétaitréelle,il devrait n'en percevoir qu'une.
De même, eulin, poiu' les couleurs : Un hystérique jirive de la vision des couleurs, pour l'œil gauche par exemple, et placé en présence d'un carré de i)apier vert, le verra gris avec l'œil gauche et vert avec l'œil droit. Si on place devant l'œil sain un prisme à base supérieure, les deux yeux du malade étant ouverts, il verra deux carrés verts (au lieu d'un carré vert et d'un carré gris); si on place le prisme devant l'œil achromatope, les deux carrés seront vus gris. Le malade se persuade, en effet, par une auto-suggestion inconsciente, que l'œil devant lequel est placé le prisme doit voir sous la même teinte les deux objets résultant de la réfraction.
■ Martin ; Reçue des Sciences tnédicales, l)ag. 171J.
On a signalé également ïhypoacousie unilatérale Vhémiaiwsmie, Vhémiageustie.
En terminant l'étude des troubles de la sensibilité, nous dirons un mot des sensations anormales^ étranges, que perçoivent certaines malades. Ainsi, les unes voient les objets tout tachés de rouge ou teints en vert ; les autres ont des bourdonnements, des sifflements d'oreille -, entendent des bruits imaginaires. Quelques-unes sont poursuivies par une odeur particulière, comme cette malade de Briquet qui, après chaque attaque, avait une odeur de cadavre. Certaines trouvent délicieuse l'odeur de l'assa-fœtida ; ou bien encore le bruit de taffetas, de pomme mangée, la vue d'une épingle, l'odeur d'ail ou de fromage, les impressionnent péniblement et provoquent des crises nerveuses plus ou moins bruyantes
Charcot a appelé l'attention sur un autre genre de trouble visuel non encore signalé, quoique très fréquent. Ce sont des hallucinations se produisant dans l'intervalle des orages convulsifs, à leur suite, ou encore dans le temps où ceux-ci menacent d'éclater. « Il est très commun de voir dans le service, dit-il, des hystériques dans leur période de calme, assises tranquillement, occupées à des travaux d'aiguille, se soulerer brusquement et quitter leur siège en poussant un cri, comme si elles étaient surprises par la vue d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements imprévus, elles racontent qu'elles ont cru voirdes animaux, surtout des rats, des chats, d'autres fois des bètes fantastiques, courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de l'efïroi. On apprend, de plus, que ces animaux imaginaires, généralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge vif, se présentent toujours, pour chaque malade, du môme côté, et le côté où l'hallucination se dessine est toujours celui qui correspond à l'hémianesthésie, et par conséquent à l'amblyopie... Habituellement, les animaux passent en série et courent rapidement, venant de derrière la malade et se dirigeant en avant.
* Gellé ; Progrès médical, 19 septembre 1891, n» 38, pag. 202.
^ Gilles de la Toureïte ; Vertige de Ménière hystérique, in Progrès médical, 1 août 1891 .
3 Le Dentec {Archives de Médecine navale, août 1898, et Journal de Médecine de Bo)-deaux, 1893, n" 28, pag. 329) a récemment révélé rexislencc, chez les hystériques anestliésiques, de la sensibilité colorée, et démontré la possibilité d'évoquer chez elles, par le pincement de la peau, l'apparition de certaines couleurs.
Déjà BiNET {Académie des Sciences, 17 décembre 1888) avait signalé avec insistance la formation, consécutivement aux excitations cutanées, d'images visuelles correspondantes : une piqûre provoque l'apparition, dans le champ visuel, d'un point sombre ou éclairé (suivant les individus); deux piqûres, réalisées simultanément en des points différents, donnent une double image avec un intervalle de même étendue.
Ils disparaissent en général aussitôt qu'elle tourne les yeux directement de leur coté ; cependant il peut arriver que riiallucinalion persiste plus longtemps dans toute sa vigueur, lorsque riiysléri(|ue est à l'époque d'une grande marée nerveuse, en étal de mal. ou sort d une crise
III. Ti'nuhles circulaloires, sécrélnires et li'opluqaes - — Le pouls est (!n général normal, mais les hystériques sont très sujettes aux palpitations, et du reste à tous les signes de la chlorose et de l'anémie.
On reniar(iue aussi des oscillations curieuses dans l'état de contraction des muschîs vasculaires, oscillations indi'pcndantes du c(cur. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle la ligure rougit ou pâlit chez ces malades. Briquet avait noté une sensation de froid aux extrémités, coïncidant (juchiuefois avec la rougeur cl la chaleur de la figure. Sydenham avait remarcpié des sueurs chez certaines hystériques, générales ou partielles, (pichpiefois unilatérales, survenant sous le moindre prétexte.
A la face, il y a non seulement des alternatives de rougeur et de pAleur, mais (piehinel'ois des ecciiymoses, de l'œdème '', des éruptions
I (liiAUCOT; Prni/i-c.> médical, 1878, pag. 3.
Voy. aussi, sur los liailucinulioiis des liysléri(iuop, qui onl leur Importance au point cle vue médico-légal, une le(jon de Laitues (i)ag. 3-'i du tom. II de ses Leçons).
■ Voy. Martin ; Des troubles de l'appareil vaso-moteur dans l'hystérie ; Thèse de Paris, iS;!!, pag. i3G.
ATHA.NASSI0 ; riièse de Paris, iSijo. — L'auteur, dans son important travail, admet la classification suivante, proposée par Gilles de la. Touhette, des troubles en (luestion dans l'Iiystc rie :
.V. non spécialisés.
rougeurs.
érytlièmes passagers.
éru|)tions vcsiculeuses.
A. Troubles trophiques île la ] ^ spécialisés j S,';ô'^'
pi iidauees . \ \ zona simple et gangrencu.x.
( canitie.
C \ chute des cheveux.
( chute des ongles.
ecchymoses spontanées, hémorrhagies cutanées, gangrène symétricjuc des /)'. l'ioiiMes vaso-mnieurs et \ vaso-motrice).
œdème bleu.
sécrétoires ) gontlcnient du cou.
— du sein, galaclorrliée.
sueurs locales.
>ious des ap|)areils ligamenteux ]iéri-articuibro-Lendiueuses.
extrémités (névrose