CHAPITRE XIV
ATHÉTOSE DOUBLE.
On a beaucoup écrit, récemment, sur une névrose qui offre avec la chorée chronique de nombreuses analogies et qui est, elle aussi, essentiellement caractérisée par des mouvements anormaux; comme la maladie de Huntington, elle frappe l'ensemble de la musculature, tout en pouvant sf^ limiter à un côté du corps, et s'accompagne généralement de troubles psychiques ; enfin, à l'instar de ce qui se passe dans la chorée, les mouvements athétosiques peuvent se manifester au cours de certaines lésions des centres nerveux, dont ils caractérisent, sinon la nature, du moins le siège.
Nous résumerons cette étude d'après les données fournies par le traité d'Audry' et la récente thèse de Michaïlowski^; on trouvera dans ces deux ouvrages la liste complète des travaux antérieurs, que nous nous dispenserons dès lors d'énumérer. Qu'il nous suffise de citer, comme s'en étant particulièrement occupés dans notre pays, les noms de Charcot '. Oulmont', Brousse^ Richardière'', Déjerine et
' AuDRY; L'at/ié(ofe double et les c/iurées c/i ion iques de l'en fanée. Paris, 1892. ^ MiCHAiLOWSKi ; Étude clinique sur l'athétose double. Thèse de Paris, 1892. ■' Charcot; Progi-és mé^/ical, 1877; — Leçons ."ur les maladies du Système nerveu.x, lom. II et III ; — Semaine médicale, 18S6 ; — Leçons du Mardi, i888-8y. ' Oulmont ; Tiièsc de Paris, 1878.
' Brousse ; Montpellier médical. 1879; — Gazette iiebdomadaii-e de Montpellier, 1 septembre 1888.
" Richardière ; Thèse de Paris, i885.
ATHKTOSE DOUliLE. 703
Sollicr', Boiirnoville el Pilliol V l?loeq el 15liir', Ollivier', l]ucl\ olr.
L'alli(''lope double est définie par Michaïlowski : c une affeclion liabi- [iiellemcnl pi-iiuilire, cttraclcri.sée des nioiircnwnts inroloiilaii-es
.spéciaux, généralisés à jjrcsfjue loul le corps, niais a/f'eclanl j)lus parliciilièremenl les e.i'lréniités des membres supérieurs el inférieurs et les (Icu.v côtés de la face. Elle apparaît le plus souvent chez des imbéciles, el dans ce cas elle est congénitale ou remonte éi la jiremièrc enfance; beaucoup plus rarement, elle débute dans l'âge adulte .
Symptômes. — L'alhétose double est symplomaliquemenl caractérisée par :
1° Des mouvements involonlaircs :
2° Une raideur permanente;
8" Des troubles l'onclionnols correspondant à cette double anomalie, et (piebpiel'ois accompagnes de déi'ormations et d'hypertropliie musculaire ;
4° Des troubles intellectuels.
1. Mouvements anormaux. — Les mouvements athétosiques sont des mouvements involontaires et arythmiquea; mais ils dilTèrent de la plupart des troubles du môme ordre que nous avons étudiés jusqu'ici par ce fait qu'ils sont lents, ondulants, progressifs, reptatoires et de vaste amplitude. Ils n'ont rien de la brusquerie et de la brièveté des mouvements choréiqucs et rappelleraient plutôt le péristaltisme des muscles de la vie organique (Gairdner). — Ils se manifestent à la fois dans les intervalles et au cours des actes volontaires. Cependant, au repos, ils diminuent de fréquence et d'intensité. Pendant le sommeil, ils disparaissent: mais ce n'est pas là un fait constant; Massalongo et Kurella les ont vus, en effet, persister au cours du sommeil. Par contre,
' UÉjEuiNK cl SoLLUCu; liulk'liii de la Société .\iia1oni ir/uc. i888.
Bouii.NUViLLE cl Pii.liet; Arc/lices de Newolo(jie, iSS8. ' lîi.OCQ cl lii-iN ; Revue de Médecive. i8S8.
' Ollivier; Leçons cl in i/juc:' sur les Maladies des Enfanls, i88<). •' IIuKT ; Thèse cilcc.
Nous ,i\i)iis aulrel'ois coiis.u rc une Ki'vuc à cclLc (|iu'sliuii di' l'allicloso, in Muni iictl i cr médical.
\ . aussi les (Iclails i|iu' nous asoiis ih'jà rmiriiis sur l'iicniialiiélose au cliapilre (le i lieiniclioréc (pag. 221. du loni. I). cl sur rallicLose douljle au chapitre de la sclérose cérébrale (pag. SijG, du lom. I).
Parmi les travaux (pii (ml éle publics dcjiuis la Ihcse de Michailowski, nous eilcnjiis :
liLoc(i ; Gazette Itebdomadaiie, 20 juillet i8cj2;
Moussous ; Journal de Médecine de Uordeaux, 3o avril i8i|3, pag. 2o3 ; Uo(iUE ; Lyon médical, i8juin i8()3; Lannois ; Bulletin médical, 18<|3. ])ag. 3Co ;
liuissAUD el IJallion ; Revue Neu) ologique, 3o juin 1893, n° 12, pag 3i4; i5 août i8t)3, n" i5, pag. !tio ; — Pioyrés médical, iSfjS, n» 26.
l'exécution d'un mouvement intentionnel, les émotions, les efforts, exagèrent notablement les mouvements involontaires.
Ces mouvements anormaux débutent insidieusement ou surviennent à la suite d'attaques convulsives ; souvent ils sont précédés, chez l'enfant prédestiné à la maladie, d'une gêne de la parole ou d'une raideur plus ou moins accusée dans les membres inférieurs. D'autres fois, enfin, le début est brusque, et les mouvements se montrent à la suite d'un accident, d'une paralysie subite et généralisée, ou même d'une chorée de Sydenham.
La face, les membres et le tronc sont envahis successivement, la localisation initiale se faisant indifféremment sur les uns ou les autres ; il est rare, en effet, que l'affection soit généralisée d'emblée (cas de Massalongo) ; la généralisation est lente et progressive, parfois avec de longs intervalles entre les diverses déterminations. Quelquefois môme, le reste du syndrome de l'athétose double peut coïncider avec des mouvements anormaux unilatéraux
La face, à peu près constamment atteinte, est envahie en totalité ou partiellement. Les muscles des régions inférieures du visage sont le plus souvent pris ; quelquefois, mais rarement, un seul côté de la face -est le siège des convulsions. Celles-ci provoquent dans la physionomie des expressions variées (rire, tristesse, étonnement, admiration, hébétude), ou des grimaces inusitées, se succédant sans ordre et variant d'un instant à l'autre, sans jamais correspondre à des sentiments éprouvés par le sujet. Ces mouvements illogiques, fréquemment répétés, finissent à la longue par provoquer sur le visage la formation de rides permanentes (Clay Shaw, Massalongo). — Les muscles oculaires participent quelquefois aux spasmes, d'où résulte un strabisme très passager ou une sorte de lent nystagmus. — Enfin la langue est agitée de mouvements analogues; elle peut être hypertrophiée [Blocq et Blin).
Les membres supérieurs sont toujours plus atteints que les membres inférieurs, et il existe à peu près constamment une prédominance unilatérale. Rarement les membres supérieurs sont frappés les premiers ; ils sont presque toujours pris après la face ou en même temps que cette dernière. Les convulsions débutent généralement par les doigts, puis envahissent la main, le poignet, exceptionnellement les parties supérieures du membre.
Les mouvements des doigts chez l'athétosique, d'amplitude souvent exagérée, sont comparables, d'après Gairdner, à ceux qu'exécutent les tentacules du poulpe ; ils sont représentés le plus souvent par des alternatives de flexion etd'extension exagérées, qui se manifestent successivement dans chacun des doigts de la main, et auxquels viennent quelquefois se surajouter des mouvements d'adduction et d'abduction. — Les convulsions du poignet, moins étendues et moins régulières que celles des doigts, consistent en des mouvements successifs de flexion, d'extension et d'inclinaison alternative sur le bord cubital ou radial de
ATHKTOSE DOUBLE. 707
In main. — Onand ravant-l)ras est pris, ce sont, des rnouvcmonls d'extension, de tlexion, de pronalion cl de supination. — Enfin, du côté du bras, on peut observer des mouvements d'adduction, d'abduction, d'anlépulsion, de rétropulsion, de rotation.
Bien souvent, le malade essaye t\c reni('>(li(M' par une «altitude de défenseï) ([)oint d'a[)pui de la main, addiicliou l'orcéi; du bra.sjà la gône (pii résulte do celte migration pci'pél uellc des divers segments du membre supérieur.
Les'jnembrcs inférieurs, également envahis dans 9/10 des cas, oH'rent
Fig. 104. — Main (l'atliét(jsi(iiic ((l'.i[)rès riconogra]>liio pliolograpliiqiic de la
Salpèlricro).
des mouvements analogues, surtout localisés aux orteils et à l'articulalion tibio-larsicnne, quelquefois propagés à la jambe et à la cuisse.
Enfin, du côté du cou et du Ironc, on observe parfois des contorsions et inllexions vai'iées, de lentes oscillations en divers sens. — Michaïlowski a môme signalé, dans un cas, des troubles du côté des muscles (le la déglutition ou des muscles respiratoires.
■2. A côté des mouvements anormaux et dans les membres mêmes qui sont le siège de ces derniers, il existe babituellemcnt une raideur permancnle (Gowers, Bourneville, Pilliet, Huet), d'où résulte un défaut très marqué de souplesse et un caractère spasmodique assez accentué des mouvements volontaires de ces parties ; le spasme est surtout maripié dans les premières phases de l'acte. — Quelquefois à la raideur l'ont suite de véritables contractures, le plus souvent en flexion.
3. Consécutivement aux mouvements anormaux et aux spasmes, on voit assez souvent survenir des dé formations ; l'ampleur des convulsions amène à la longue le relâchement des articles, et quelquefois des subluxal ions. 7\ux mains, ces déformations peuvent souvent être comparées à celh^sdu rhumatisme chronique ; du côté de la colonne, on observerait, d'ajjrès Audi'V, la cyphose ou la scoliose dans i/G des cas. line s'agit nulIcniiMil. ici, (le troubles Uopliifpies. cl la laxilé des ligaments est seule en jeu.
/i . Il n'est pas rare de voir V hypertrophie envahir les muscles de l'athétosique, soumis à un excès de fonctionnement ; tout comme elle survient physiologiquement dans certaines professions, où il est de règle de constater l'hypertrophie fonctionnelle de groupes musculaires déterminés.
5. Un certain degré d'impotence, portant sur divers organes, résulte à la fois de l'état spasmodique et des mouvements anormaux ; elle varie suivant l'intensité des troubles moteurs et leur degré plus ou moins accusé de généralisation.
La localisation de la maladie sur les membres supérieures amène l'impossibilité pour le sujet de maintenir un objet dans ses mains et de le porter à destination. Il est obligé d'avoir recours à des artifices, de saisir, par exemple, l'objet à pleine main et de l'appliquer fortement contre le tronc à l'aide du membre opposé, etc.
Le malade veut-ii diriger son bras vers un objet, on voit les mouvements anormaux croître aussitôt d'intensité, et devenir de plus en plus violents à mesure que la main approche du but. En même temps, par suite d'une espèce de syncinésie, des convulsions se manifestent dans tous les membres ; ce caractère de généralisation contribuerait, d'après Charcot, à séparer l'athétose de la sclérose en plaques.
Dans bien des cas, tout acte volontaire est impossible : les malades ne peuvent ni manger, ni boire, ni s'habiller seuls.
La station et la marche sont également modifiées : Debout, le malade se présente raide, le bras serré contre le tronc ; ce dernier redressé, les épaules rejetées en arrière, offre une ensellure plus ou moins profonde à la région lombaire. Les cuisses sont légèrement fléchies et serrées l'une contre l'autre ; les jambes, au contraire, écartées et divergentes, reposent souvent sur la pointe du pied (en varus équin). — La démarche est particulièrement difficile, quelquefois impossible, dans ces conditions. Charcot a désigné le mode de progression de ces malades sous le nom de «démarche de gallinacés».
Dans quelques cas. on se trouve, au contraire, en présence de la démarche incoordonnée du tabès (Clay Shaw).
La parole, troublée à la fois par les mouvements anormaux, la raideur et l'hypertrophie de la langue, est lente, traînante, comme « tirée » graduellement de la bouche (Oulmont, SeeligmuUer) ; le langage est quelquefois tout à fait incompréhensible.
L'écriture est impossible dans tous les cas un peu intenses. Dans les cas légers, le sujet réussit à écrire, moyennant certains artifices destinés à enrayer momentanément les mouvements anormaux. Voici d'ailleurs, d'après Michaïlowski, de quelle manière les auteurs qui se sont occupés de la question caractérisent l'écriture des athétosiques : « Ecriture difficile à lire (Ross), à peine lisible ou bornée à quelques mots (Massalongo), gritïonnée fWithe), griffonnée et tremblée (Greidenbergi; quelques lettres de dimensions exagérées dans un griffonnage illisible (Hughes) » .
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Les troubles de l'écriture s'exagèrent (juand le malade est observé, c La iiclletc de l'écriture, déclare Audry, varie beaucoup suivant le moment où D... prend son crayon. Lorsqu'elle est livrée à ellc-môme, seule et tran(juillc, elle écrit d'une façon lisible : les Irails sont fortement tracés: les lettres allongées et l)OUclées (comme 1, b) sont tremblées; celles (|ui sont plus pelites [)résentcnt souvent des angles aigus à leur sommet, ne sont pas unies d'une manière régulière et j)arallèle ; mais il n'y a rien qui rappelle ["('criture désordonnée et à grandes secousses des choréiques, non plus (pn- le tremblement (in et liacbé de la paralysie agitante. Lorsque I)... est observée qu'elle est émue, c'est tout autre cbose : le crayon heurte brusipiement le pai)ier d'une façon presque informe, et les lettres se confondent on s'accrochani |ionr ainsi dire les unes aux autres. Il devient impossible de lire la malade.»
(). l'^nlin il est habituel de noti;r, chez les athétosiques, des li-oubles ink'lU'chiels. que Huet et Audry considèrent comme presque constants. Cependant Michaïlowski a relevé un certain nombre de cas (un quart environ) dans lesquels l'intelligence était normale ou simplement atténuée. Le reste du temps, on a alTaire à des sujets imbéciles ou idiots.
La sensibilité sous toutes ses formes, les organes des sens, n'olïrent généralement aucune anomalie ; les sphincters et la fonction génitale sont indemnes (sauf à la période de gâtisme terminal) ; Vexcitabilité électrique n'est point modifiée; il n'existe pas de /ro«6/es trophiqiies.
Tel est le tableau des cas les plus habituels. Exceptionnellement on a noté des contractures, de siège et d'intensité variables, portant de préférence sur les membres supérieurs, quelquefois sur les membres inférieurs, les muscles du cou ou les muscles oculaires; — d'autres fois, de la parésie (la paralysie complète est absolument rare), — des troubles scnsitifs (céphalalgie, hyperesthésie ou anesthésiej, — des déformations crâniennes ou vertébrales (scoliose), etc.
L'athétose double suit habituellement la m.vrciii-: suivante: elle d(>bute dans i'enfance par des troubles moteurs, et s'accompagne bientôt de troubles intellectuels; ceux-ci peuvent, d'ailleurs, s'installer en même temps que les mouvements anormaux, mais ne les précèdent jamais. — La Duitiiii de révolution morbide est longue ; les malades atteignent assez souvent l'âge de 4t> ou 5o ans, et succombent presque toujours aux atteintes d'une alfection intercurrente.
La maladie, bien qu'incurable, permet donc une survie prolongée, et les sujets méritent bien le nom qui leur a été donné d'cinfa-raes imbéciles » .
Étiologie. — L'athétose double est une maladie de la première ou de la deuxième enfance ; on l a vue cependant débuter, dans quelques cas, chez des adolescents ou des adultes.
IJhérédilc paraît jouer un rôle important dans son développement.
Max Schœde cl Massalongo ont signalé l'hérédité similaire ; la plupart du temps, il s'agit de l'hérédité de transformation, et l'on retrouve chez les ascendants l'hystérie, l'épilepsie, l'idiotie, unevcsanie, ou encore le rhumatisme, la syphilis, l'alcoolisme. La consanguinité a été incriminée; enfin on a attribué un certain rôle aux maladies ou perturbations morales éprouvées par la mère durant sa grossesse.
La naissance avant terme ou accompagnée de dystocie', les infections fœtales ou infantiles (Massalongo-', Ollivier), le traumatisme, le refroidissement, ont été également invoqués. — Enfin il est fréquent, nous avons insisté là-dessus (pag. 896 du tom. I), de voir l'athétose double coexister avec le syndrome de la sclérose cérébrale.
Pathogénie. — L'athétose double a été rapportée à des troubles très divers. D'après les uns, elle serait en rapport avec des lésions méningées; — d'autres, invoquant ses analogies symptomatiques avec l'hémiathétose d'origine cérébrale, la rattachent théoriquement à la lésion du corps strié ou des zones psycho-motrices, qui caractérise cette dernière; — Massalongo en fait une affection cérébro-spinale ; — Richardière paraît l'inféoder à la sclérose encéphalique; — enfin Lannois y voit la conséquence d'un arrêt de développement du faisceau pyramidal.
Michaïlowski analyse et discute, dans sa thèse, les résultats de 8 autopsies récentes :
Dans un cas de Kurella, il existe de la pachyméningite et une atrophie cérébrale. — Dans celui de Déjerine et Sollier, on trouve des ano- ' malies de certaines circonvolutions, un état asymétrique des hémisphères, du cervelet et du bulbe, qui sont atrophiés à gauche, sans qu'il existe toutefois de lésions microscopiques. — Sur les deux cas publiés par Putnam, il ne fut constaté, dans l'un, aucune lésion ; dans l'autre, on trouva deux anciens abcès des lobes temporaux, avec dégénérescence consécutive d'un seul pédoncule. — Enfin, Bourneville et Pilliet dans leurs trois observations, Huet dans le cas de Blocq et Blin, n'ont pu découvrir aucune altération.
Les lésions des centres nerveux sont donc inconstantes et dissemblables dans l'athétose double. Nous ne pouvons, par conséquent, considérer cette maladie comme constituant une entité anatomo-clinique ; nous devons y voir jusqu'à nouvel ordre une névrose à manifestations cérébrales prédominantes et méritant, par ses caractères symptomatiques et son évolution, d'occuper en nosologie une place à part, dans le voisinage immédiat de la chorée.
' Lannois (loc. cit.), en particulier, fait jouer à ces causes un rôle prédominant.
2 Massalongo (/ît/b)-ma medica, 3 septembre 1892, pag. 6i5) vient, récemment, de consacrer un article à l'origine infectieuse de l'athétose double ; l'infection provoquerait, d'après lui, les troubles nerveux par l'intermédiaire d'une polioencéphalite.
ATHfiTOSE DOUBLE.
C'est, en effeL, avec la chorée de Sydeiihaiu el la chorée chronifiuc, qu'il importe de faire le Diagnostic de l'alhcMose double.
Rappelons tout d'abord que « les n:iouvemenls involontaires des alhélosiques sont incoordonnés, illogiques et contradictoires, sans rythme et sans systématisation; (ju'ils s'exécutent avec une lenteur relative, sans brusquerie; que les inembr.'s qui en sont le siège présentent toujoui-s un certain degré de raideur; qu'ils cessent ou diminuent pendant qu(^lque temps à l'occasion de certains mouvements intentionnels, mais augmentent d'intensité et de fréquence par la marche et par les impressions morales ; qu'ils se calment un peu par le repos, sans toutefois disparaître complètement pendant l'état de veille ; le sommeil chloroformique et le sommeil naturel peuvent les faire d'habitude cesser complètement. — Si à ces carnctères on ajoute ceux tirés de l'évolution de la maladie et enfin l'état moiilal limbécillitéj , on aura tous les éléments nécessaires pour reconnaître l'athétose double » (Michaïlowski) .
La clini'êc de Si/dcnluim est caractérisée par des mouvements plus brusques, plus intenses, [)lus incoordonnés, (pie ceux de l'athétose; elle ne s'accompagne jamais de raideur, de contractures, de déformations. La parole est rapide, explosive, quelquefois bégayée, et se distingue facilement du parler lent et spasmodique do l'atiuMosiquc. Les trouljles intellectuels, moins gi'avcs que dans l'athétose, sont habituellement passagers ; les douleurs sont relativement fréquentes ; l'évolution est rapide et se termine généralement par la guérison.
Les mouvements anormaux de la chorée chronique s'atténuent, au lieu d'augmenter d'intensité, au cours des actes volontaires ; ils sont généralement plus brusques, plus rapides que dans l'athétose; la raideur musculaire" fait défaut. Un n'observe jamais de subluxations, de déformations, d'hypertrophie musculaire, comme dans l'athétose ; la démarche est incoordonnée et nullement spasmodique ; le parler est celui de la chorée de Sydenham. Les troubles intellectuels sont, enfin, loin d'être identiques dans les deux cas : « le choréique chronique devient à la fin un dément, l'athétosique double est né un imbécile, au moins dans la majorité des cas où la maladie s'accompagne de troubles mentaux. En tout cas, dans la chorée chronique le désordre mental va toujours en progressant, tandis que dans l'athétose double on peut arriver à éduquer le malade et à en l'aire quelque chose » (Michaïlowski
' Il est ccpcndaiil dos cas où les syinpLômos des deux iiiuludies se trouvent mélanines de telle sorte que le diagnostic ne peut ôtre fait.
Brissaud et Hallion (loc cit.) ont tout récemment publié un de ces cas, et donne le nom de syndrome atliétoso-ckoréiquc à la symptomatologie complexe qui en résulte. « Notre observation, concluent-ils, est un nouvel exem])le des rapports étroits qui unissent l'athétose double et la chorée chronique. Celles-ci
La chorce rythmée hystérique, la chorée électrique, le paramyoclonus, la maladie des tics, la maladie de Friedreich, s écavlenl de Vaihélose double par les mêmes caractères qui séparent ces maladies delà chorée de Sydenham et de la maladie de Huntington.
La paralysie agitante, la sclérose en plaques et toutes les maladies à tremblement diffèrent de l'athétose flouble par le caractère rythmé de leurs secousses.
Le tabès dorsal spasmodique de Cenfant, dont la démarche offre des analogies avec celle de l'alhétose, présente une raideur beaucoup plus marquée des membres inférieurs et, par contre, une moindre généralisation des phénomènes spasmodiques ; les réflexes sont exagérés ; on ne conslate pas de mouvements involontaires au repos ; enfin la maladie est curable '.
La tétanie, qui atteint souvent la première enfance, est caractérisée par des coniractures portant sur les extrémités, survenant sous forme de crises précédées de prodromes. La localisation habituelle des spasmes sur les fléchisseurs provoque des attitudes spéciales (main d'accoucheur) ; il persiste, dans les intervalles des crises, une hyperexcitabilité mécanique et électrique des troncs nerveux ; la terminaison est presque toujours favorable.
Enfin, Michaïlowski distingue l'athélosa double des mouvements athétoides, ou mouvements d'apparence athétosique, souvent limités à un côté du corps, dépourvus du cortège ordinaire de l'athétose, habituellement passagers, et survenant à titre de complication au cours d'affections diverses. Des mouvements de cet ordre ont été signalés dans le tabès (Rosenbach, Bernhardl, Audry, etc ) ^ la paralysie infan-
apparaissent comme deux syndromes issus d'un même processus, dont l'évolution se poursuit longtemps encore après l'époque de sa première apparition.
» Le syndrome at/iétose et le syndrome cliorée peuvent se manifester chacun sous une forme pure, très caractéristique, très spéciale. U existe donc, dans leur patliogénie, des différences réelles. A toute systématisation symptomatique répond, de toute évidence, une systématisation pathogénique particulière. C'en est assez pour assurer aux deux syndromes une existence propre, et même, si l'on veut, pour justifier dans certains cas leur prétention au titre d'affections nerveuses distinctes. Toutefois on ne saurait y voir, à proprement parler, deux maladies autonomes, deux entités morbides véritables. »
' Freud, de "Vienne (Revue Neurologique, 3o avril 1898, n" 8, pag. 177), a tout récemment réuni, sous le nom de Diplég tes cérébrales infantiles, ^ quatre types d'affections cérébrales de l'enfance, qui sont généralement considérées par les auteurs comme des maladies différentes; ce sont: 1° La rigidité généralisée d'origine cérébrale (Little disease, allgemeine cérébrale Starre); 2° La rigidité paraplégique (labes dorsal spasmodique des enfants); 3° L'hémiplégie spasmodique double ; 4° La chorée congénitale généralisée et l'athétose double. •> — Il admet des formes de transition entre ces divers types cliniques.
Voy. aussi Taylor; Les diverses variétés de -paralysies infantiles, in Lancet, 23 septembre 1893, pag. 733.
2 Voy. notre travail sur les mouvements anormaux des tabétiques, in Nouveau
ATIIHTOSE DOUHLK.
lilc (Massalongo), certaines polynévrites (Lôwenfeld, Rcmak), l'hystérie (Wiszwianski) , et tout récemmenl la maladie de Fricdreicln( lliauU'ard) '.
Traitement. — • On a essayé sans grand résiillaL l'cnijjloi de la plupart des calmants du système nerveux : bi'omures, sull'onal, chloral, anlipyrine, électricité, hydrothérapie, massaye, gymnastiijue, suspension, etc.
Les déformations ont pu, dans quelques cas, être ci'ficacement combattues par l'application d'un appareil orthopédique, la ténotomie; l'élongation des ncrl's n'a, par contre, jamais amené d'amélioration. La cnlniectomic, propo.séiî dans les cas où on est autorisé à soupçonner rcxistcncc d'une lésion cérébrale, a été maintes l'ois [M'atiquée ; nous avons donné, au cU;i[)itre des la sclérose cncépliali(pie, noh v opinion sur ce mode d'iiUcirvention opératoire. — Il ne raut[)as oublier, entin, ({ue l'état mental des athétosiqucs est justicial)l(ï d'un certain degré d'amélioration ; on devra, par conséquent, surveiller soigneusement l'éducation des petits malades et tâcher de stimuler |)ar tous les moyens possibles leur développement intellectuel.
Nous terminons ici deux grands Articles de cette cinquième Partie. Nous avons étudié : r'ics maladies des nerfs sensilifs, vaso-moteurs et Irophiques, et les névroses sensitivcs, vaso-motrices et trophiques (névralgies, migraines, angine de poitrine, hémiatrophie faciale, goitre exophtalmique, etc.) ; 2" les maladies des nerfs moteurs et les névroses motrices (paralysies, convulsions, tétanie, tétanos, paralysie agitante, etcl. Il nous reste à décrire, dans un troisième Article, deux grandes névroses complexes, à manifestations multiples portant sur le système nerveux tout entier: Vhijsléi'ie ci Vcjjilepsic.
Muntpellici- médical, déccmlM'e iS(|2 ; nous eu avons donné un résumé au cha|>ilrc ilo l'alaxic (pag. ,^)ic) du loni. I).
' Chauffard : Maladie de Fviedreicli avec attitudes athéto'ides, in Semaine médicale, 3o août iiSi)3, pag. loi).
Grasset. 4" édit., ton». II.
ARTICLE IV
Névroses complexes.