Actions physiques. — Aimant, bain électrostatique
5. Actions loxiipics. — a. Anestiiésiques : éllier, chloroi'orine ; b. Inébriaiits : alcool haschisch.
II. Stjrnphiincs observés. — A. Jïlal (b' ht niolilUc. — Tous h^s sujets ne présentent pas les mêmes phénomènes. Pour faciliter l'exiiosilion, nous
Fig. 118.
décrirons d'abord la succession des trois états (léthargie, catalepsie,
lIy|MM(-xcitabililé neuro-musculaire dans la loLhargie (d'après V Iconographie p/ioiograp/tique de la Scdpêirièvc).
somnambulisme) telle que l'a établie Charcol pour le grand hypnotisme^, puis nous grouperons tout autour les autres types et les divers détails observés.
1. Léthargie. — Sous l'influence d'un des moyens employés, après avoir ou non résisté, le sujet présente quelques phénomènes variables (inspiration profonde, spasme laryngé avec bruit glottique), puis il s'endort et présente toutes les apparences du sommeil naturel ; les yeux sont fermés ^ le corps est abaissé; les membres, soulevés, retombent.
Fig. 119. — Hyperexcitabilité neuro-musculaire dans la léthargie (d'après Vlcono-
grapliie photographique de la Salpêtriére).
Charcot a signalé dans la période de léthargie une particularité très curieuse, c'est V hyperexcitabilité neuro-musculaire : en touchant un nerf avec l'extrémité mousse d'un crayon, on obtieui les mêmes effets que par l'électrisation de ce même point (grande importance contre la simu-
' Voy. notre Revue, in Montpellier médical, janvier 1879.
' Dans la léthargie, les paupières du sujet présentent un léger frémissement et, en les soulevant, on trouve les globes oculaires convulsés.
lation el pour l'rliulo de la physiologie des nerfs moleurs '1 : on obtient ainsi la grille du cubital (lig. 118), la contraction du facial (lig. luj) ou
\'(>y. le livre de RiciiKU, 537.
SôQ
quent, d'après Richer, les points moteurs principaux de l'avanl-bras et de la face, ainsi déterminés.
Par la persistance de celle excilalion mécanique on peut môme, à
D3 nj
=2 ca
C fi
CB
ht
cette période, déterminer des contractures, qui pourront persister si l'on réveille le sujet avant de les avoir fait disparaître et sont justiciables de
HYPNOTISME ET ROMX AMROF.ISMK I'ROVO(.!lTR. S">7 transfert par un aimant. Il l'aiil, pour éviter cette permanence, faire pendant le sommeil des frictions légères sur les muscles contracturés ou bien provoquer une contraction des antagonistes : alors loul rentre dans l'ordre, et on peut éveiller la malade.
Les réflexes sont habituellement exagérés durant cette période.
Pendant cette période létliar^i({ue, Gharcot a encore observé de
Fig. 122. — l'oiiils rnolciirs des |)riiu:i|ina\ muscles do la faco (^d'après Richeu).
1, frontal. — a, soiircilicr. — 3, orbiculairc palix'hral supérieur. — /|, iiyraiiiidal du nez.— pai|)éljral intoricur. — G.tjrand zygonialuiue. — 7, [)elil zyt,'oniaLiqui>. — 8, élévateur comniunde l'ade du uezet de; la lèv re supérieure. — y, Iraiisverse du nez. — 10, trian{,'ulaire des lèvres.
curieux cHets du courant galvanique appli({ué sur la voûte du crâne. Les dix hystéri(iues ainsi examinées peuvent être rangées, dit Richer,cn trois gi'oupes: 1. Sui' ([ualre de ces sujets, le courant galvanique appliqué sur un des côtés du crâne provoipiait. sans amener le réveil, des secousses musculaires, souvent très énergitjues, du côlé op[)osé du corps (membres et face) ; ce (pii n'avait |ias lieu ciic/. la malade éveillée.
2. Chez quatre autres, on a eu, par le même procédé, des secousses surtout hémi-latérales (les expériences étaient, du reste, moins nettes dans ce groupe). 3. Kniin, chez deux, la galvanisation du crâne n'a rien produit.
En résumé, nous constatons dans la léthargie l'abolilion de toute inlluence volontaire et, par contre, l'exagération de l'excitabilité réllexe.
2. Catalepsie. - On fait passer le sujet de l'état de léthargie à l'état de catalepsie en lui ouvrant les yeux devant une lumière (tig. 128).
Dans ce nouvel étal, il est comme pétrifié, les yeux ouverts ; les membres, en raison de la plasticité particulière des tissus (flexibililas cerea], gardent la position qu'on leur donne ; ils sont souples, légers, faciles à soulever. C'est ainsi qu'on fait tenir la malade en pont sur le dossier de deux chaises, on la soude à un mur ou à un individu, etc. ; on peut souvent, dans cet état, provoquer des phénomènes de suggestion et les actes automatiques que nous étudierons plus loin.
Il .•-uriil de refermer les yeux du sujet pour revenir à la léthargie. On peut aussi, chez certains individus, arriver d'emblée à la catalepsie ^sans passeï' par la hMliargie) jnir la fixation d'un nbjcl très lumineux (lumière Drummondj ou par un violent coup de tam-lam.
Chose plus curieuse encore, on peut, en ouvrant un œil et en laissant
GUASSET, 4" édit., loui. II. 55
Faulre fermé, développer une héini-ccttalepsie et une hémi- léthargie sur le même sujet. De plus, le centre du langage étant à gauche, suivant
Fig. 123. — Procédé pour faire passer de la léthargie à la catalepsie (d'après l'Iconographie photographique de la Salpétriére).
qu'on ouvre l'œil droit ou l'œil gauche, suivant que le cerveau gauche est ainsi cataieptisé ou non, la malade parie ou non.
Dans la catalepsie, il y a un état neuro -musculaire qui est comme la contre-partie de l'hyperexcitabilité observée dans la léthargie : la pression, la friction, la malaxation des muscles, des tendons ou des nerfs (excitation mécanique plus prolongée que dans la léthargie), entraînent le relâchement musculaire et la paralysie. Cette paralysie localisée ne persiste pas si l'on réveille le sujet ; mais elle pourra persister si on le fait d'abord passer par l'état léthargique ou l'état somnambulique avant de l'éveiller.
Les réflexes sont généralement abolis dans cette phase.
En somme, il existe dans la catalepsie une exagération de la tonicité
HYPNOTISME ET SOMX AMBULISME l'RnViigUH. 8.^9
statique et une dimiiiul ion de rexcilabililé réilexe. Les noinlu'oux Iracés respiratoires et musculaires, recueillis à la SalpiMrière di'iuontnînt, par la régularité et l'amjjleur des premiers, ledi-l'aul de I ri'pida I ion dans les seconds, l'ahsence de lali^iu' ci , pai laiil , dr simulai ion \oloiilaire.
3. Soinimni/tiilisntc ' . — Poiii- passer di! la hUliargie ou t\c. la ealalepsic au soinnainhtilisme, il l'an! cxerciu- sur le vertex une frieti(jn légère; mais, dans un très gi'and noiiilirede circonstances, on le déterminera d'emblée par des moyens indi(jués plus liaul -'.
Le sujet a alors les yeux clos ou demi-clos; il semble pliilol alVaissé (pi'(mdoi'mi. C'est la pi'rioile où apparaissiMil , (m gén(''ral, le ])lus nettement les curieux phénomènes intellccluels et les actes auiomatiiiucs que nous décrirons tout à l'heni'e.
Dans cet (Mal, 1 liypercxciiabiliU'' ncuro musculaire de la léthargie n'exisie pas, mais il y a souNcut une excitabilité cutanée qui peut entraîner des contraclures [lujpercxcilabUilé ciilano-musculaire, contrael ni'c souuiainbuli(pie)'. Une môme excitalion cutanée l'ait disparaître celle conli'acLiu'e ; ce que Dnmontpallier a exprimé en disant que « ce (pii l'ail, défait ». A|)rès le réveil, la contracture peut persister; mais alors, dit Richer, l'aiinaut n'en amène pas le transfert, comme il l'ail pour la contracture Ici liaryicjue.
Souvent, sous l'iulluence desexcitali(Uis cutanées légères et ré[)étées, les muscles, a\ anl de se coni raclurer. passent par un état, dit calaleploidc. i\u.\ dill'ère surtout de l étal catalepti({ue vrai par un certain degré de raideur dans les membres.
Il va sans dire que ce qui précède s'applique aux cas où l'on ne l'ait aueiine suggestion. Car, par ce dernier procédé, on trouble tout, puis- (pi'on produit à peu près ce que I on veut |catalepsie suggestive, paralysie on contracture suggestive, etc.j.
C'est ce troisième état de somnambulisme (le [)lus fréquent), que Bernheim a surtout étudié. Il considère alors plusieurs degrés'' dans
' Le soiiiiiambulisiiie est déliai i^arB-viiTH : «un rêve avec exaltaliuii delà mémoire cl de l'aclivilé aulomaliquc des centres nerveux, en l'nbsence de la volonté spontanée et consciente ».
' Les états précédents s'obsei-vcnl surloul chez les grands hystériques, tandis que le sonuiambulisme s'observe plus souvent d'emblée chez les sujets ordinaires.
^ DuMO.NTPALLUcii et M.\GNiN Ont développé ces contractures, par des excitations légères et répétées de la peau (soul'llet capillaire), dans les trois états du sommeil lij l>noti(iue (léthargie, catalepsie ou sonuiambulisme).
' DuMON'Ti'.vi.Luon a détendu aussi l'opinion ipi'il y avait seulement des différences de degré ( ntre les trois états décrits par Charcot. - Tous les états dilTérents décrits dans l'hypnose ne sont que des degrés d'une même affection, degrés entre les(piels il ne saui-ait y avoir de transition brusque... Cela est si vrai qu'on peut, au iiioyrii d'iuu' nii'ine excitation sut'lisamment prolongée, faire passer le sujet de l'état de veille a l'elat somnamhulifiue, puis insensiblement à l'état calale])tique, cl de là, cnlin, à l'état léthargi<[ue. » Ce qui cxpliciue que ces derniers étals (échelons les plus élevés) s'observent surtout chez les sujets perfectionnés et les grande liystéri(jues de la Salpètrière.
le sommeil hypnotique : C'est d'abord l'engourdissement avec somnolence et souvent impossibilité d'ouvrir les yeux ; puis l'hypolaxie ou « charme » des anciens magnétiseurs, degré auquel on observe la catalepsie suggestive; au troisième degré, la sensibilité s'émousse et on peut suggérer des mouvements automatiques; au quatrième degré, l'hypnotisé ne communique plus, dans le monde extérieur, qu'avec l'opérateur; aux cinquième et sixième degrés, l'hypnotisé ne se rappelle rien au réveil : c'est le somnambulisme, léger ou profond.
Suivant les sujets, on obtient tel ou tel degré ; l'exercice peut faire gagner un ou plusieurs degrés avec le même sujet. Enfin la docilité aux suggestions (caractère dominant du somnambulisme') et la facilité de provoquer les divers phénomènes ne sont pas toujours en rapport avec la profondeur du sommeils
B. État de la sensibilité. — En général (sans que ce soit une règle absolue), la sensibilité générale cutanée est abolie et les sens sont exaltés-'. L'analgésie est complète : on peut piquer, brûler les sujets sans entraîner de protestation'' La vue s'exerce très subtilement par une fente palpébrale très réduite, peut-être même à travers les paupières [f] : l'ouïe perçoit les conversations à voix très basse ; le toucher ^ apprécie des reliefs très réduits (sur des cartes par exemple, etc.). C'est par cette acuité extrême des sens que s'expliquent souvent les prétendues divinations des somnambules extralucides.
Dumontpallier a constaté que les rayons ultra-rouges et ultra-vrolets du spectre d'une lumière Drummond agissent sur la peau de certains sujets et déterminent secondairement une contraction musculaire. De même pour le son transmis à une certaine distance par un long tube en caoutchouc ou par le tic-tac d'une montre, qui détermine des contractions musculaires synchrones à ce tic-tac ; de même encore avec les très faibles vibrations du téléphone et du microphone".
I Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que le somnambulisme provoqué diffère du somnambulisme spontané, considéré comme un phénomène de nature hystérique, par l'absence de spontanéité dans les manifestations délirantes ou hallucinatoires. Le point de départ de toute suggestion hypnotique est extérieur au sujet, au lieu que, dans le délire hystérique, le sujet tire tout de son propre fond et se laisse difficilement influencer par ce qui vient du dehors. L'hystérique, en un mot, se suggestionne lui-même, au lieu que le sujet hypnotisé reçoit ses suggestions d'ailleurs, quitte à les compléter s'il y a lieu.
- Beknheim ; loc. cit., pag. 9.
' Ceci s'observe surtout dans l'état de somnambulisme.
' Cependant, en dehors de toute suggestion, l'anesthésie hypnotique n'est ni assez constante ni assez profonde pour remplacer le chloroforme en chirurgie.
= Il se développe, dit Richer, un état spécial d'attraction du sujet pour certaines personnes, et qui parait résider dans une hyperesthésie du tact.
'' DuMONTPALLiER ; Société de Biologie, 7 janvier 1882.
' Le même auteur a établi (ce qui n'est pas admis par tout le monde) que « la facilité de production des différentes périodes de l'hypnotisme, l'intensité des
IIYPNOTISMK ET SOMNAMIU'IJSMI'; l'H( )V( )(.)UR. 861
L'excitabilité électrique serait modifiée, d'après Tereg pendant la phase de catalepsie : il y a augmentation de l'excilabililé par les coui-anls constants, et diminulion par les courants l'ai'adicpii's.
C. L'état de la nuirilion ctiez les sujets li\ pnolisés a été récemment étudié par Gilles de la Tourette et CatlHîlincau \ (Irs aulours ont tr()uv('' durant les crises, comme dans l'hystérie, " la iliniiiuilion des (■[(Mnenls de l'urine, l'abaissement du taux de tous les déchets uriuaircs : résidus fixes, urée, phosphate, avec inversion de la formule de ces derniers Cette anomalie leur sert d'argument pour considérer l'hypnotisme comme un étal pathologique comparable à l'hystérie.
Voisin et Ilaranl'' ont, inversement, signalé l'exagération des excréta au cours de; la h'ihargie hypnoti(juc.
I) Pour i)icii coMipi'ciiih'c 1(7'// iiili'llcclin'l et les sutjijcstions' dva liypnol isi's, il l'audi-ail aiiiilyscr le sonniifil [ihysiohjgiijue et les rêves. Rappelons sinipliMueut (jue la caractéristique du sommeil naturel est: d'une pari, la pei'sislanee (dans une certaine limitei de la motricité, de la seiisibililc' el de la |)(M1s('m': d'autre pari, la dispai'it ion du contrôle et (le la direction exercés sur toutes ces ronclions, à l'état de veille, par la couscienccî et la volonté. De là : i . ce dévergondage de pensée, ces associations d'idées sans règle (|ui caractérisent le rêve ; 2. la possibilité pour une volonté étrangère de se substituer en (juehpuî sorte à celle du dormeur et de diriger ces pensées dont le dormeur a abdiqué le gouverniMuent . De là, celte lucidili' intellectuelle, (juclquelbis très grande, (ju'on a dans le soniiuiMl, (pii faisait li'ouverà haplace des pro-
liliiMiiMn'''iir< li's cnr.icli'i-isoiil, ilépciulcnl de l"i'l;U de la sensil)ililé (générale cl s|M'i-i.ili'). lui iMi (|iii'l(|iic sorlc proixirtioniielles. . . Les résultats
(ililriiiis sciiil cil |iMiir cli,i.|iic l'iMc du corps, n\cc ic degré d'activité de
riii'iiii-plicrc ccrchral (pii i-oiiiinainle à ce côté. . . Kii somme, nous avons toujours (il)scr\c siu- nos malades une relation eonslante entre Tétai de la sensibilité et l'aplitiide à la contracture, entre les zones cutanées sensibles cl les départements musinilaires dont il était |)ossiblc de ])rovo(iuer la contracture par excitation péripliériipie. » (Magnin, loc. cit., pag. S? ctiji).
I Terkv, ; Cc'iitv. f. (t. m. \V., 1887 (anal, in Devue des Sciences médicales, \\\\. pag. G27).
' (lii.i.KS DK t,.\ TouuETTE ct C.\T 11 E i,iN'i:.\ u : Société de Biolofjie, aG avril et i;? ilc< i nilirc iS')u ; — Propres médical, 26 avril cl 20 décembre iSijo.
' \"i)isiN cl 11 A u.\NT ; Congres lie médecine mentale, iSfjo {Semaine médicale, :\nù\ iS(j,i, 278).
il.WKU (Prn;/. iiu'd. Woc/i., 21 aoùt i88()) a récemment étudié l'étal des fonctions respiratoire vi ciii ul.iloire au cours de riiyjinose provotitiéc. — Voy. aussi sur ce sujcl les i-ccciils lr.r>aux de l'école italienne.
liiilin Sakh) cl liiatNAUUiNi (.V;v!/(. itat. di liiol., iS()-.i: Reçue des Sciences niéd icdics, XL, pag. 'ii 1) oiitobscrvé.cliez nu épileplii|ne dont Je cerveau se lron\ ait îi découvert, la circulation cérébrale durant riiyi)nose.
' Voy., sur la suggestion en général; Hlocq ; Galette hebdomadaire. 1891, pay. 70, — et Gazette des Hojntauj;, i8(j2, 11° 10.
blêmes qu'il s'élait posés le soir et à Tarlini sa sonate du Diable. De là aussi, les suggestions que l'on peut exercer sur l'homme endormi : comme Maury, que l'on faisait rêver de vésioaloire à la nuque en le pinçant dans cette région, des chauffeurs et de leurs actes en approchant un fer chaud de sa joue ; comme Reid, qui rêvait être scalpé par des sauvages parce qu'il portait un bonnet trop étroit; comme Dugald Stewart, qu'une boule d'eau trop chaude aux pieds faisait rêver d'une éruption du Vésuve.
Cela dit, revenons au sommeil provoqué de nos hypnotisés et à l'influence qu'on a sur leurs pensées.
1. Suggestion d'idée. On imprime aux membres du sujet endormi (dans la phase cataleptique) une attitude particulière: ainsi, on place les membres supérieurs dans la position correspondante à la prière, à la menace ou à la colère : cette idée est immédiatement inspirée au sujet, et tout, dans son attitude générale, dans sa figure, l'exprime.
Inversement, Charcot et Richer font exprimer (par la faradisation localisée) un sentiment quelconque à la fîgured'un sujet : tout le corps entre alors en action et complète par le geste l'expression du visage '.
2. On peut suggérer non seulement une idée, mais un acte corré- ' latif, en donnant une attitude particulière au sujet ou en mettant dans la main un objet déterminé.
Ainsi, on place un sujet sur une échelle dans la position de grimper, il grimpe; à quatre pattes, il se met à marcher ainsi, etc.
On lui donne un chapeau, il se coiffe ; un verre, il boit ; un parapluie, il l'ouvre et paraît sentir l'orage, car il frissonne.
Ces actes suggérés ne se développent pas dans l'état léthargique, mais seulement dans l'état cataleptique ou somnambulique. D'où la curieuse expérience suivante (Richer) : Vous donnez à un sujet un pot à eau, une cuvette et un savon ; il se lave. Alors on lui ferme l'œil droit : tout ce côté devient léthargique, la main droite s'arrête ; mais la main gauche continue le mouvement. On renverse le phénomène en rouvrant l'œil droit et en fermant le gauche.
Un fait à noter, c'est qu'une fois lancé dans un de ces actes suggérés, le magnétisé le continue et le répète un grand nombre de fois: ainsi, il lacera et délacera une sandale indéfiniment. On trouve là, déjà, de la suggestion et de l'automatisme.
3. On provoque aussi de véritables hallucinations. « Vous diles à une hypnotisée qu'elle est dans un jardin avec des fleurs: elle prend une physionomie heureuse, se baisse, cueille, fait un bouquet; vous lui signalez une limace sur une de ces fleurs imaginaires : elle fait une grimace de dégoût, la jette, se frotte. De môme pour les autres sens. Donnez une pomme de terre crue en disant que c'est une poire excellente : elle y mordra dedans et la trouvera bonne : vous lui ferez encore
' Vi))'. les ligures^ à iSy de la dci'iiiùre cdiliun de Richer.
li-()UV('f à l'huile de foie de monn* un i;iiùl d Vaii ou de liijueur (ce soiil là les prétendus cchauf^emenls de substances" des anciens magnétiseurs). De même encore pour l'ouïe : vous lui ferez enlcndre un orchestre imaginaire jouant à volonté Mi;/non on In Favorite.
On provo(}ue donc et on dirige l'iiallucinalion. Mais, souvent aussi, le sujet pourra la compléter et l'amplilicr plus ou moins, suivant son imagination et grâce à la mise en jeu des groupes cellulaires corticaux voisins de celui qui a été directement évoqué par la suggestion. Ainsi, Richet dit à un de; ses amis endormi (ju'il est dans un ballon et qu'il va dans la lune: le suj(>l s'y voit en edcl ; il aperçoit la terre comme une grosse boule (réminiscence de .1. Venic! ; il voit des animaux fantastiques. On lui dit de les ramener sur la terre : a Tu es toujours comme cela, ré|)()nd-il ; lu ne sais sculcmcnl jms coinnicnt nous ferons pour redescendre et tu veux te charger de ces gros animaux-là. Prends-les, si tu veux ; moi, je m veux pas m'en embarrasser. » Puis il ajoute: Il y aura là un liieu brau r(''i'it de voyage à faire ; mais on ne nous croira pas » .
Une antre iiypnolisée, à qui on dit qu'elle fume, croit le faire et tousse. Uncnuli'c (jue l'on l'ail nioulcr ainsi sur une lour y a le vertige; une autre (pii voyage sur mer a de vraies nausées.
Dans tous ces cas, et en raison du peu de spontanéité du sujet, on parviendra sans peine à niodilier du tout au ton! ses affirmations en formulant une suggestion inv(>rse ; au sujet (pii voit des animaux dans la lune on persuadera sans diflicullé que ce sont des arbres, des individus, des statues, etc. L'hypnotiseur peut se jouer à son gré de la crédulité du patient, qui accepte aveuglément ses suggestions '.
Féré '- a constaté que, dans ces hallucinations provoquées de l'hypnotisme (comme dans celle de la grande attaque hystérique), l'étal de la pupille varie suivant la distance présumée de l'objet hallucinatoire. HéciprocpiemenI, l'état des sens peutagir sur les hallucinations : ainsi, une hallucination colorée n'existe que dans un œil, s'il s'agit d'une hystérique dont l'autre œil soit achromatopsique ; cependant le fait
' D'apri'^s G. Guinon cl S. Woltke (Nouvelle Iconoç)raphie, 1891, et Archives de Neurologie, mai 1S91). c'est surtout clans la période de catalepsie que le sujet présenterait une certaine initiative dans la création des hallucinations sensorielles. Les lialluciiiations calalepli([ues ollriraient donc d'étroites analogies avec le délire hystériipie.
= FÉRÉ; Archiver de Neu)ologie, 1882, n» 9.
Voy. aussi Fontan; Recueil d'ophtalmologie. 1887.
MoiiAVSiK {Neurol. Ceiitr., iT) avril 1890; Annales méd ico-psyc/iologiqiie.<', mni 1S93. pag. !fi^) a également étudié les variations du cliam]) visuel dans fliypnose ; il a (-onslaté que le champ visuel s'élargit sous rinfluencc des excitations périphériques et des suggestions gaies, au lieu (pi'il se rétrécit sous l'influence' des suggestions a U ris tan tes.
LuYS et Bacchi (Académie des Sciences, 18 novenihre 18S9) ont eiilin dcciil Iclal du Imul de i'œil ehe^ Icb sujets hypnotises-
n'est pas constant, et Richer cite des bruits liallucinaloires perçus des deux côtés malgré l'Iiypocophose d'une oreille.
On peut donner des hallucinations unilalérales, en mettant le sujet en liémilélhargie et hémicatalepsie, ou môme par la suggestion seule. C'est ainsi, dit Richer, que l'on peut suggérer une vision qui ne sera perçue que d'un œil. un bruit ou des paroles qui ne seront entendus que d'une oreille ; on peut même inculquer en môme temps l'idée de surdité ou de cécité unilatérale de l'autre côté. Dumontpallier ' a même montré qu'on peut provoquer simullanémenl des illusions ou des hallucinations doubles pour le môme appareil sensoriel bilatéral ou" pour deux appareils sensoriels diflerents (chaque moitié de la figure prenant l'expression correspondante à l'hallucinalion de ce côté-,.
Quand on place un écran entre les yeux du sujet et le point de l'espace où siège l'hallucination, la vision de l'objet imaginaire est tantôt suspendue, tantôt conservée, sui^'anl les sujets ou, chez un môme sujet, suivant les circonstances. En pressant sur l'œil d'un hypnotisé en hallucination visuelle, on lui donne deux apparitions au lieu d'une. Le prisme placé devant un seul œil dédouble aussi et dévie l'hallucination. La lorgnette (préalablement mise au point du sujet) rapproche ou éloigne l'objet imaginaire, suivant qu'on place directement devant l'œil de la malade l'oculaire ou l'objectif. Le miroir réfléchit l'objet imaginaire, que le sujet voit double alors, sans se rendre compte de la présence du miroir. L'hallucination d'une couleur peut développer des phénomènes de contraste chromatique aussi bien et môme d'une manière plus intense que la perception réelle de la couleur ''. L'image hallucinatoire, tantôt masque et remplace les objets réels sur lesquels le sujet la voit, tantôt au contraire se fixe sur un objet réel (un portrait, sur une carte, par exemple), que la malade retrouve alors avec une merveilleuse facilité au milieu d'une foule d'autres semblables !
Ces suggestions sensorielles peuvent aussi être négatives. On rend invisible un objet, une personne; on supprime l'audition d'un bruit. Rernheim a bien étudié ces hallucinations négatives, et à la Salpôtrière on a bien montré que le sujet voit (mais inconscieinment) l'objet rendu invisible. Ainsi, on supprime pour une hypnotisée la vue d'un carré rouge sur un papier blanc ; elle ne le voit pas, mais dit bientôt voir un carré vert sur ce même papier blanc : c'est l'image complémentaire ou consécutive'' du carré rouge qu'elle n'avait pas perçu.
' Dumontpallier ; Société de Biologie, 16 décembre 1882.
' Voy. sur tous ces points le remarquable travail de Bérillon sur la Dualité cérébrale (Paris, 1884).
Voir dans le livre de Richer (au(iuel nous empruntons ces conclusions) le détail des expériences sur tous ces points.
On trouvera encore dans le livre de Richer un chapitre entier (pag- ySo) sur le parallèle entre les hallucinations visuelles et les images consécutives physiologiques.
On peut arrivoi' à compl icincr li's I in'in;: I ions pi-n\ (i(|ni''«'s par suggestion jusqu'à un degré extraordinaire. (Jn l'era croire au sujet (|u'il est en verre ou en caoutchouc, el on développera ainsi chez lui un délire systéncialisé à cette idée. On le ti'ansforme en chien, en oiseau (Richer). Piicheta montré des l'ails curieux dans lescpiels on suggère h la malade une personnalité nouvelle, qu'elle l'éalise alors et oA/crZ/rc en! iéi-eiuent par sa tenue, sa conversation, ses allui-es, etc. il l'.nil liic dans I Huvrage même de Richet ces rcncs vccus, dans lescjuels une l'emme endormie se transforme et pai'le en paysanne, actrice, prêtre ou général.
/|. A côté des suggestions sensorielli's (jiic nous xcnons d'étudier, il y a aussi des suggestions d'actes ou molriccs.
Le magnétiseur old ient de son su jet une ohi-issance passive, ahsoluc. En fixant le regai-d ou en saisissaiil la main, on |ieut se faire suivre partout i fascin(tlion\ . Ileidenhain, expc-rinicnlanl -ur son j)ropre frère, le fore; à hoire de l'encre, à ni(Mlr(> la main dans la llamme d'une hougie, à couper a\'i'c des ciseaux cl d un seul i-ù[r sa harhe iculli\ ('e avec tendi'essc depuis un an . . l/innuence \a justpi'à l'aire produire des actes involontaires: ou ohlienl une >elle ou une miction par ordre ; on pui'gc par sugg(>slion
Ou a méiiK! |)roduit des nuxlilications vaso-motrices bien curieuses, lieridieim, 15eaunis, |j('d)ault. lîyhalkin ont déterminé la vésication de la |>eaii. I )iiinoMl [lalliei' - a olilenn une hyperihermie de 4" sur une région limil(''e à Nolouii'\ et ou a. de la mèuK^ manière, provoqué des hénioi'i'hagies ■'■ .
C'est encore dans les suggestions d acte (]ue rentrent les phénomènes d auloniai isme, plus complets encore, iu'-pirés par l'imitation . Le sujet reproduit alors servilemeni loni aclc cl loute parole du magnétis 'ui'. Il ou\re la houche. il liic la langue, comme lui. Quand l'un lève le liras dioil. l'autre (en l'acci le\e le liras gauche: c'est l'a imitation s|ieciilaire » de Dcspine. Si l'on l'ail un acte derrière le sujet, il ne bouge pas; mais si celacleesl lii-u\aul. il riniiic. Ainsi, Ileidenhan fait asseoir un clndianl, lui l'ail tenii- les pieds de la chaise avec les mains, l'endort, iuinioliilise ses liras pai- la contracture, et alors marche Ijruyamment derrière lui : l'iMudianl se lève et suit son maître à reculons, traînant toujours sa chaise, comme un escargot sa maison.
' HvuAi.KtN : Reçue de l'Hypnotisme, i juin i.Sfjo.
' DuMdN ri'Ai.MEu ; Société de Diolof/ie, cl ii JuillcL i8S5, cl Académie des Sciences. ■2" juillet.
' BouKuu (i HuuoT ; Société de Biologie, 11 juilicL ib85.
M.Mui.i.i: cl U.VMADUCU; Prof/rcs médical, :>.(j iioùl 1885, cl Arc/iives de Neuroloi/ie, 1>>M>. \ll, ")V
DiUiOVi-: cl l''i.AM.\ND (So'-iété médicale des llôjiitan.v. aoiil iSS.")) oui )iu dcxclo|i|u'r par sui,'i,'('sUoii allcmniilc i'aiiortwic ri l.i liiiuliuiio chez les uicuics sujcLs.
Marks cl 11i:i.licii {Société de /iiolot/ie. \1i |inn issi)) ont réalise par suggestion uu aliai>>cniriil de lriu|irra l urr allant ju?-iiu'a I! 4°..").
Berger a bien décrit l'écholalie : c'est le cas où le sujet répète textuellement tous les mots qu'on prononce devant lui. Il suffît, dit Richer, de placer une main sur le front du sujet et l'autre sur la nuque pour le transformer^ suivant l'expression de Berger, en véritable phonographe d'É.dison.
Ces suggestions de motilité peuvent être négatives, et on a alors les paralysies psychiques ou suggestives. Développables dans la période somnambulique et dans la période cataleptique, elles sont flasques ou toniques (avec contractures).
5. Restent les suggestions intellectuelles. On suggère l'amnésie : on fait oublier au sujet son nom, des mots, des chiffres, des faits ; enfîn on peut donner, par le même procédé, des idées fixes et des impulsions irrésistibles. Quelquefois, du reste, le sujet résiste (Richer, Féré) ; mais, le plus souvent, on le fait obéir malgré ses résistances, et on peut lui faire exécuter les actes les plus contraires â son état moral ordinaire {vol, meui'tre, etc.).
E . La crise de sommeil provoqué se termine naturellement après un temps plus ou moins long; quelquefois une véritable crise hystérique vient interrompre l'hypnose. Mais, le plus souvent, on réveille le sujet. Pour cela, Dumontpallier a posé le principe que «ce qui fait, défait'» : la main sur le vertex fait disparaître le somnambulisme, puis une action vive de la lumière sur les yeux défera la catalepsie, et une pression sur les globes oculaires supprimera la léthargie. Mais ce principe ne peut pas être généralisé d'une manière absolue.
Souvent on éveille le sujet en soufflant sur les paupières ou en appuyant fortement sur quelque région hypnogène (devenue dans ce cas hypnofrénatrice) , .spécialement sur l'ovaire. Enfîn, si la volonté d'éveiller est parfaitement inutile chez le magnétiseur, l'ordre verbal impératif est au contraire très efficace : on éveille comme on endort, par suggestion.
Après la crise, l'amnésie est plus ou moins complète suivant les cas -; elle est parfois absolue ; la malade est alors surprise d'avoir changé de pièce pendant la crise. Une malade, qui avait bu son chocolat pendant le sommeil, élait furieuse, au réveil, de ne plus le trouver, et accusait sa voisine. Nous avons même vu chez un sujet l'amnésie s'étendre à la période qui avait précédé immédiatement l'hypnotisation.
' " Toutes les excitations périphériques de diverse nature capables de provoquer les différentes phases de l'hypnose et, dans chaque période, les phénomènes qui la caractérisent, sont propres aussi à faire cesser les effets produits. Mise en action d'une façon continue, une même excitation produit successivement et alternativement des effets inverses (oscillations)» (Magnin, loc. cit., pag. 6c) et 79).
Voy. DiCHAS; De la mémoire dans ses rapports aoec le sommeil /lypnotique. Thèse de Bordeaux, 1887 ;
Pitres ; Galette médicale de Paris, 22 novembre 1890.
HYPNOTISME E T SOMN \MI5ULISMH l'ROV()(,)t'É. 867
L'élat (le la inômoire au i-('!V(m1 est, du reste, influencé à volonté par la sugi^estion : on peut ordonner au sujet de se loul rappeler au réveil, ou bien de ne se rien rappeler, ou même de se rappeler toute autre chose que ce qui s'est réelleincnl passé (Bernlicini).
En loul cas, au cours d'une hypnose nouvelle, le souvenir de loul ce qui s'esl passé dans les précédentes crises reparaît intéyi'alenicnl fà moins de suggestion contraire), et \c sujet en |)eul rendre compte avec la plus grande tidélité ; ce caractère esl, au poiid (h; vue médico-légal, d'une inq)orluncc capitale.
F. Nous n'avons parlé encore que des suggestions faitesel exécutées pendant le sommeil ; nous devons mentionner maintenant certains phénomènes qui persistent après le réveil ou qui, commandés dans le sommeil, ne se réalisciil qu'im (-(M'tain temps après le réveil.
i. La contracture musculaire développée (comme nous l'avons dit) chez les malades de Gharcot el de Richer persiste après le réveil. On peut avec raimant la l'aire changer de côté quelquefois elle diminue ainsi (>l disparail après un certain nombre de transferts. Mais le moyen K" |)lus rapide di- laii-e dispai-aiire celte conlrnclui-e, c'est d'endormirde nouv(^au le sujet et d opérer alors comme nous avons dit plus haut. Certaines hallucinations f)rovoquées peuvent aussi, dans certains cas, survivre au réveil conun(> idées fixes, le reste de la raison étant enlièremenl rev(Miu.
r>. ijernluMiu a mieux (Mudii' ipu' persoiuic; les suggestions d'actes, d'illusions sensorielles, d i:allucinalions. (jui se manifeslenl non pendant le sommeil mais au l'éveil. « Le sujet a entendu ce que je lui ai dit ; il ne sait plusqiu'je lui ai parlé. L'idée suggérée se [)résenle dans son cerM'au à son r('\ cil ; il ;i oubli (■ son origine el croit à sa spontanéité... Ouehjuefois le sujet cherche lui-même des raisons aux idées qu'il trouve dans son cerveau... L'elVelde la suggestion n'est j)as absolument l'alal : ccrlains sujets y résistent . L'envie de commettre l'acte ordonné esl plus ou moins impérieuse ; ils y résistent dans une certaine mesure, a Les exemples de loul cela abondent dans le Mémoire de Bernheim.
3. Bien plus, le môme auteur a montré que « les suggestions d'actes peuvent se l'aire, non seulement pour le temps qui suit immédialiMui'ul le sommeil, mais |)i)ur un diMai ulITTienr plus ou moins long, LU sonuiandjule auquel on l'ail promettre pendant son sommeil qu'il reviendra tel jour, telle heure, bien qu'à son réveil il n'ail aucun sou-
' Babinski (Société de Diolofjie, 6 novcmlirc iSSG, cl Progrès médical, aonov. iS^(>) ;i ilcmonlri' ((lie •• di-tix siijcls ix-iivcnl jouer, au point <lo vuo ilu Lraiisfort, I iiii |Mi- r-.i|i|iiirl à l'.uitiT. Mil ;ui;i1o,l;mc à celui i|ue Joue, cliez un seul sujet,
un ml,' (In i urps |i;ir im|>|)oi I au i-oté opposé •. Voy. dans l'art, du Dictionnaire eii( ijclupcdi(juc le dclail de ces expériences.
venir de sa promesse, reviendra presque certainement le jour et l'heure désignés, et exécutera les actes ordonnés pendant le même sommeil. « Ainsi, une suggestion peut dormir inconsciente dans le cerveau où elle a été déposée pendant le sommeil, et n'éclore que le jour assigné d'avance pour son éclosion. sCes curieux phénomènes s'observent avec lous les genres de suggestion (actes, paralysies, hallucinations positives ou négatives, etc.).
4- Duraonlpallier ' a attiré l'attention sur ce fait que, dans les cas de cette dernière catégorie, les hystériques « qui accomplissent après le réveil un acte dont l'idée leur a été suggérée pendant la période somnambulique » se trouvent à ce moment dans un «état particulier».
Nous avons alors communiqué à la Société de Biologie^ l'histoire bien curieuse d une femme que nous avons souvent observée avec plusieurs de nos Confrères (notamment avec les D'"" Bringuier, Mossé et Brousse, qui l'ont successivement soignée) et qui met bien en évidence l'existence de cet étal troisième des hystériques hypnotisables. Nous reproduisons ici celte Note-* :
« Celte femme, qui est hystérique et a des crises de sommeil spontanées, est très facilement endormie par le regard ou par la pression' de certaines régions hypnogènes. Une fois endormie, elle est dans un état qui s'écarte par certains côtés des types classiques.
» L'insensibilité est complète sur toute la surface du corps, l'immobilité absolue; les membres sont plutôt en contracture qu'en catalepsie. Les jambes sont croisées l'une sur l'autre, les doigts intriqués, les mains étant devant ou derrière le corps suivant que la crise de sommeil est spontanée ou provoquée. Elle entend très bien, répond aux questions et cause, souvent même avec une grande volubilité. Quand on lui donne un ordre de mouvement à exécuter immédiatement après le sommeil, elle croit iexécuter, mais ne bouge pas du tout. Il est impossible de lui faire changer ses jambes ou ses mains de place. Mais elle croit le faire et s'impatiente si on lui dit qu'elle n'obéit pas. Il est également impossible de lui procurer des hallucinations pendant son sommeil.
»Au contraire, on peut produire lous les phénomènes connus de suggestion en lui donnant l'ordre d'exécuter la chose après son réveil, soit quelques instants, soit plusieurs jours après. Nous lui avons aussi
' DuMONTPALLiER ; Société de Biologie, ii juillet i885.
' Communication faite en notre nom par Dumontpallier le 25 juillet i885.— Voy. le détail de l'observation (Histoire d'une hystérique hypnotisable) que nous avons publiée avec Brousse, in Arcliives de Neurologie, octobre 1887, pag. Sai ; - et Clinique médicale, pag. 633.
^ Ce fait est encore intéressant en ce qu'il montre aussi que le tableau symptomatique du sommeil provoque peut différer, dans certaines limites, de la description un peu schématique donnée plus haut. — Pitres et d'autres auteurs ont décrit aussi des variétés dans l'attaque de sommeil provoqué.
IIYPN'OTISMK ET ROMN \MliI'I.IS.Mr; IMU)V( K,)! !-; PGO
doniK' (les li(''iiii|>l<''(^ic-; Icinpoi'aires (avec aiicsl lirsios cl coiil i art n ros) ; MOUS lui avons l'aiL l'airi; des simulacres de vol cl nicnic d assassinai (avec un couleau à pa[)icr); nous lui avons fail voir des personnes absentes; nous lui avons donui' des liallui-iualions n('i(al i ves, elc. En lui disant [)endanl son sommeil de se rendre à tel ou tel endroit déterminé (juinze jours, trois semaines après, à heure fixe, elle exécute parfaitement l'ordre.
oVoici comment les choses se passent dans ces cas (j'arrive ainsi à l'élude (le cet étal intermédiaire sur Icfpiel r)umonl|)allier vient si juslemenl d'allirer l'atlcnlion). Voyons d'ai)()i (l les ordres à exécuter bientôt après le réveil ; nous examinerons ensuite les cas où les ordres sont donnés à plus longue échéance.
«La malade élanl endormie cl insensible, on lui dit ; a Je vais vous réveiller. — Mais je ne suis pas endormie. — (-ela ne l'ail rien ; écoutezmoi : je vais vous réveiller; puis, dix minutes après h; moment de votre réveil, vous serez tout d'un coup paralysée du côté droit ; vous resterez paralysée cinq minules; puis vous verrez M. A ..; vous lui demanderez d(^ vous i^uérir, cl cette paralysie disparaîtra» Fendant loul le temps (pic dui (> ce petit discours, elle proteste, déclare iiuOn veut se moquer d élie, (ju elle n'obéira pas; il ne lui man([uerail plus (pie cela d'être paralysée; et elle ne veut pas, non, non, non... (Vesl là « la période de lultc I sur hupicllc F('"r(''' a iiisish' a]>rès la conniiuiiicalion de Duniontpallier, mais (pii ici icliez noire malade; est absolument distincte de l'aulre étal intermédiaire que nous avons plus particulièrem(Milen vue. — On insiste, on réj)èle l'ordre. Elle j>arle loujouis On linil par lui imposer silence vu commeiKjanI la compression de 1 ovaire (e est le meilleur moyen de l'éveiller .
» Dès ({u'on comprime l'ovaire, elle se lail; bientôt les membres inférieurs se détendent, se décroisent ; puis les bras perdent leur raideur, s'étirent; elle frappe cinq ou six fois les deux poings fermés l'un contre l'autre ; puis s'éveille tout à fait. Ces actes qui accompagnent le réveil sont toujours les mêmes, très réguliers, et se suivent toujours dans le même ordre. Si, à un moment quelconque de cette période de réveil on cesse de comprimer l'ovaire, la malade s'immobilise dans la position où elle est à ce moment. On reprend la compression: elle reprend les actes successifs de réveil exactement au point où elle les avait laissés, et ne s'éveille complètement que quand elle les a tous exécutés.
a Une fois éveillée, c'est une personne nouvelle, mais ce n'est pas l'état normal. Quand elle est éveillée sans ordre ou avec ordre à longue échéance, elle n'a (pi un souci : remettre de l'ordre dans ses vêtements et s'(Mi aller modestenuMit à ses atTaires. Ici, au contraire, elle garde une locpiarilc iiiusilee (pii rappelle loul à l'ait sa manière d'être pendant le sommeil , elle est éveillée, seul très bien, reconnaît les gens, mais
' Vèuè ; Société (le liioloijie, ii juillol iSfSô.
cause avec un abandon et une abondance qui prouvent l'état anormal. Puis, huit à dix minutes après le réveil, elle se plaint brusquement de douleurs dans le côté droit: ce côté se raidit complètement et perd absolument la sensibilité : c'est une hémiplégie complète avec hémianesthésie et contractures. Après quelques minutes: «Ah ! M. A..., guérissez-moi». Les membres droits se relâchent, et elle tombe lourdement dans une crise de sommeil spontanée avec contractures (comme celles que nous avons décrites plus haut).
>I1 en est toujours iiinsi : toujours, quand elle a exécuté un ordre (à courte ou à longue échéance), elle tombe dans une attaque qui est comme la crise de cet état intermédiaire que nous étudions.
» Maintenant voici le second cas : Au lieu de lui donner un ordre à courte échéance, on lui a dit pendant une crise de sommeil provoqué : «Dans trois semaines d'aujourd'hui, à quatre heures, vous viendrez chez moi » ; ou bien : « Vous irez à l'hôpital ». Elle proteste comme ci dessus, parle beaucoup, déclare qu'elle n'obéira pas.. . On l'éveille par la compression de l'ovaire. Elle est dans son état normal, prend son bonnet, s'arrange et s'en va en disant simplement: « Bonjour». Trois semaines après, à quatre heures, elle arrive au lieu indiqué, et, dès qu'elle y est arrivée, tombe lourdement, où que ce soit, en crise.
» Nous avons cherché à savoir ce qui se passe dans cette journée où elle doit exécuter un ordre, avant que l'heure de l'exécuter soit arrivée. Voici ce qui arrive : Le matin de ce jour, à une heure qu'il nous a été difficile de préciser, elle s'endort spontanément. Couturière de son état, elle manque ainsi son travail ce jour-là. Elle s'endort et reste endormie jusque vers l'heure où il faut exécuter l'ordre. Tout au moins, une fois éveillée complètement, elle ne se rappelle plus rien de ce qu'elle a fait à partir de ce sommeil spontané. Puis elle s'éveille et exécute l'ordre. Mais elle est dans un état anormal, vraiment somnambulique. Les yeux ouverts, elle marche droit devant elle, comme automatiquement, et, sans faire attention à rien, sans se laisser détourner par rien de sa route, elle va au but prescrit et tombe de nouveau en sommeil (comme nous l'avons dit plus haut) dès que ce but est atteint.
ï) Il me semble que, dans ce cas, l'état intermédiaire dont parie Dumontpaliier est absolument indiscutable, et il m'avait frappé depuis longtemps. Cet état est vraiment somnambulique chez notre malade, il commence et finit par une crise de sommeil spontané très curieuse. Comme mémoire et personnalité, il ne me paraît pas (toujours chez notre malade) constituer une troisième personne : c'est la mémoire de la personne endormie. Elle se rappelle dans cette période intermédiaire ce qu'on lui a dit de faire dans le sommeil, et, une fois éveillée réelle ment, elle ne se rappelle rien de ce qu'elle a fait dans cette période intermédiaire.
» De plus, mon observation prouve que cet état intermédiaire ne peut pas être identifié avec l'état de rébellion, de discussion ou d'obéissance
HYPNOTISME ET SOMNAMBUI.IKMK l'R( )V()(.)rM';. 871
à contre-cœur, signalé par Féré. Car chez noire malade ces deux étals sont dissociés : la résistance et la discussion se manifestent nellement, pendant le sommeil provoqué, au moment même où le sujet reçoit l'ordre, tandis que l'état inlermédiain; (ipie nous étuiiioiis) se développe seulement au momentd'exécuter cet ordre, ne s'accompagne d'aucune résistance du sujet, et le pousse au contraire aulomaliquemenlct comme ralalement à l'exécution intégrale de l'acte prescrit.
» En résumé, deux laits principaux me paraissent ressortir de celle observation: i. Dans le sommeil provoqué, les sujets ne présentent pas toujours les divers caractères assit/nés aux li/pes classiques : notre malade ne sent pas, est en contractures, entend, cause, mais ne remue pas et croit exécuter les ordres sans le faire réellement . 2.. Quand on donne pendant le sommeil proi'ixjué un ordre à exécuter après le /-éveil, l'exécution de cet ordre est précédée d un état intermédiaire qui appartient à l'hypnotisme (par la mémoii-e et le défaut de spontanéité du sujet), état interinédiaii-e qui, chez notre malade, présente tes caractères d'un état sonuianibulique, commence par une crise de sommeil spontané et se termine par une autre crise de sommeil spontané (cette dernière se développant avec une Ijrusqucric brutale dès <jue lOrdre est exécuté). »
G. Enlin on peut également agir par suggestion sur des individus e/j état de veille. 0 J'ai constaté, dit Bernhcim, que beaucoup de sujets qui ont été hypnotisés antérieurement peuvent, sans cire hypnotisés de nouveau, pour peu cpi ils aient été dressés [)ar un pclil nombre d'hypnotisations antérieures ^une, deux ou trois sullisenl clie/. (lueiques-uns) , présenter à l'étal de veille l'aptitude à manii'esler les mêmes phénomènes suggestii's.ï
On suggère ainsi des actes (impossibilité d'ouvrir ou de fermer la main, mouvemenls aulomaliquesi, des contractures, de la catalepsie, des troubles de sensibilité (anesthésies, hallucinations), des trans- Terls, etc., etc.
III. Formes et nature de l'hypnose provoquée^. — On distingue, à l'heure actuelle, dans l'hypnolisme comme dans l'hystérie , deux formes principales : 1" le grand hypnotisme, répondant à l'ensemble du syndrome que nous venons de détailler ; 2" h- petit hypnotisme, analogue à la petite hystérie, ne conq)renant ({u une partie du tableau clinique, et caractérisé esseiiliellemenl par la suggestibiiilé du sujet.
Le grand hypnotisme exige la coexistence, chez un uiènie individu, des trois états décrits par Cliarcot et Uicher léthargie, catalej)sie, som-
' \'oy. RiciiKit et Gii.i,i;s uic l.v Touiu:ttu ; .n i. du IJict ionnaire encyclopédique. Badinski ; Arc/lices de Neuvolo<jie, ib>8<j;
Voy. aussi les Lt'pofis que nous avons publiées dans la Revue de V llij imotimne, mni-juin i.'^Sc), el dans le loin. I de noire Clinique médicale, pay.
nambulisme), se succédant suivant un ordre et dans des conditions déterminées, et constituant par leur réunion une entité névrosique. Sa réalité est objectivement démontrée parla constatation des <!. caractères somaliques fixes y> (hyperexcitabilité neuro-musculaire, contracture somnambulique) qui, d'aprèsl'Ecole delà Salpètrière, seraient antérieurs et supérieurs à toute suggestion. — Cette l'orme de l'hypnose, suivant la même Ecole, « mériterait seule la qualification de scientifique » ; quant à la suggestion, dépourvue de confirmation objective et laissant toujours la voie ouverte à la simulation, elle ne saurait, en l'absence de contrôle, être creusée avec certitude et fouillée avec la rigueur des méthodes expérimentales.
Le petit hypnotisme, défendu par Bernheim el l'Ecole de Nancy, se réduit à la suggestion : tout dans l'hypnotisme n'est que suggestion, même les caractères somaliques fixes, sur l'existence desquels s'appuie la théorie précédente. Ces caractères somatiques fixes, d'observation couran'e dans un milieu de culture comme la Salpètrière, seraient dus tout simplement à une suggestion des malades les uns par les autres. L'hypnotisme serait donc surtout caractérisé par un état de suggestibilité, se manifestant à des degrés divers. Les malades s'endorment par suggestion, (il suffit la plupart du temps de leur dire «dormez » pour obtenir l'hypnose) ; pendant le sommeil, la suggestion s'exerce au plus haut degré; enfin, après l'hypnose, elle peut se poursuivre même à longue échéance, et commander l'exécution d'actes ou la mise en jeu de conceptions variées
Que penser en présence de théories aussi absolues et aussi exclusives? Quelle opinion un esprit impartial peut-il se faire en une matière où l'on côtoie à tous pas l'inédit et le merveilleux? Doit-on «scientifiquement j> admettre, pour employer l'expression des auteurs cités, une ou plusieurs formes de l'hypnose provoquée ?
Nous formulons aujourd'hui notre opinion dans les mêmes termes qu'il y a quelques années : « Jamais, en clinique, deux observations faites par des hommes également honorables, également éclairés, ne sont inconciliables ou foncièrement contradictoires. On peut chercher longtemps le terrain de conciliation, mais il est certain qu'il existe, et on doit faire effort pour le trouver ».
Tout en acceptant dans son intégrité le grand hypnotisme de la Salpètrière, nous reprocherons à cette École de l'avoir en quelque sorte considéré « comme le prototype constant et immuable de tout ce que l'on devra observer ailleurs », de lui avoir fait dans les descriptions classiques (article du Dictionnaire) une part hors de proportion avec sa fréquence et son importance relative. Certainement les caractères somatiques fixes, indépendants de la suggestion, ont une réalité propre; mais ils font souvent défaut et on ne saurait exiger, pour un diagnostic, la présence de ces stigmates. La suggestion peut faire foi à elle seule, et il est des phénomènes tels que l'anesthésie, les contrac-
IIYPNOTISMK KT S( tMNA.M HriJsMH l'ROVI )(,)[;iO. HTS
lurcs, ccrLaiiis acle.s sollicilf'.s par suggesliuii , doiil la (•(iiislaLali(jii rend Ijien improbahh; rid(''o d'une siiperchorie. Eulin les flïri^ 1 li('i;i[iciiti- (jucs de la suy^oslioii, que nous énuuièrerous plus loin, pciix ciil, ^urlouL lorsqu'ils porIciiL sur drs loiiclidiis oi'^aiiicpies (régularisation des menslrues, [jrcjNoralioii d ln'iiini i liuyies, de vouiisscnienls, de garderobes, d'hypo ou d il) pcrl lieniiiel , servir d'argumenls ni faveur du j>eLil hypnoLisiuc. ( ionuiicnl, en ("Hel, iucri iiiiiier la siinulaliou la où la volonlé ne saurait inLin'\ enir ?
A l'Ecole de Nancy, (pii ne voiL (pie la suggcsliou. on prul (Apposer les conslalalioiis de nombreux cliniciens qui, dans les régions les plus opposées, ont observé la grande hypnose avec la eoniplexilé el la succession classique de ses divers slades; on ne peuL donc accuser la Salpèlrière de l'avoir enfanlée cl propagée par <• inlersuggeslion » chez ses seuls pensionnaires. La suggcslion, d'autre [)arL, ne saurait tout expliquer, puisqu'il est possible d'endormir par lixalion un sujet, tout en lui donnant verbalement Tordre inverse. De [)lus, la mise enjeu des zones hystérogèncs peut avoir lieu indé[)endamment de toute suggestion, et même malgré une suggestion contraire. Entin, il i'aul avouer que, malgré toutes les tentatives, l'hyperexeitabilité neuro-musculaire, le plus important parmi les caractères somatiques lixes de la grande hypnose, n'a jamais \ni être obtenue par suggestion ' .
En somme, il existe des sujets qui, dans l'hypnose, ne présentent pas de caractères somati([ues lixes : il en est d'autres chez lescjuels la suggestion est impuissante à tout expliipiiT. Le grand et le petit liy[)nolismc nous paraissent donc avoir tous les deu.x une existence indiscutable, rigoureusement démontrée. Comme nous l'avons dit ailleurs, le grand hypnotisme a précédé le petit et lui a ouvert la voie; ce dernier, d'autre [lart, est le plus fréquemment observé dans la pratique, de même que les manifeslations de la petite hystérie sont d'observation plus courante ({ue la grande attaque classique. Dans tous les raisonneiiu nts (jue l'on a, ces dernières années, opposés les uns aux autres, on a table sur des l'aits diU'érents que l'on avait le tort d'envisager comme contradictoires, et le dernier mot, ici comme dans la plupart des (piestions très disculées et minutieusement approfondies de part et d aulie. nous paraît appartenir à un éclectisme justilié.
Un mol, avant de terminer ce paragraphe, sur la nalure de l'hypnose provoquée. Sur ce point nous nous rallions sans réserve à la doctrine de la Salpèlrière el admettons des relations étroites mitre l'hystérie et
' Un des luoillcurà arguinciils en laveur do la réalité du grand hypnoLisine nous est fourni par la persistance des pliénonicnes qui le consliluenl, el la succession immuable des phases qui le ôaracLérisent, au cours mcine des maladies les plus graves. Nous avons vu à la Salpèlrière une jeune lille, alleinle d'une pneumonie sévère, obéir à la provocalion de la grande hypnose el en dérouler le lableau complel, alors que la gravité de son élal semblait délier toute initiative volontaire de sa part.
GKA.Sâiir, i- édil., lom. II. 56
m MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.
les manifestations que nous venons d'étudier. Nous nous bornons à reproduire, en faveur de cette idée (combattue par lîernheini, comme on l'a vu au début de cet exposé, pag. 847) les nombreux arguments qu'a fait valoir Babinski': 1' les contractures, les paralysies, les anes- Ihésies, s'observent dans les deux névroses ; — 2° l'exagération de la suggestibilité leur est commune ; — 3" les somnambules hystériques et les somnambules hypnotiques présentent un état psychique second ; — 4" Gilles de la Tourette et Gathelineau ^ ont démontré, dans les deux cas, un arrêt des échanges nutritifs et une diminution des excréta urinaires (diminution des résidus fixes, de l'urée et des phosphates, avec inversion de la formule de ces derniers) ; — 5° l'influence thérapeutique de l'hypnotisme s'exerce d'une façon prédominante (nous l'avons vu et nous y reviendrons) sur les troubles qui relèvent de l'hystérie ; — 6'^ on peut, chez un même sujet, observer une espèce de balancement entre les manifestations hystériques et hypnotiques ; — 7" enfin, les deux ordres de manifestations peuvent s'enchevêtrer.
«Pour toutes ces raisons, conclut Babinski, il me paraît impossible de ne pas voir entre l'hypnotisme et l'hystérie une parenté étroite, et l'on serait presque en droit de soutenir que l'hypnotisme est une manifestation de l'hystérie ». Et, plus loin : « Je me crois autorisé à conclure de toute cette discussion que les phénomènes hypnotiques sont de même essence que les phénomènes hystériques et que des liens intimes unissent l'hypnotisme à l'hystérie ».
En conséquence, nous renvoyons, pour ce qui est du mécanisme intime des phénomènes, de \Qur physiologie pathologique, aux développements que nous y avons consacrés au chapitre de l'hystérie.
Diagnoslic . — -La succession des diverses phases de l'hypnose, la constatation des caractères somatiques fixes et l'extrême suggestibilité du sujet durant la phase somnandiulique, ne permettront pas de méconnaître l'hypnotisme, quand tous ces caractères se trouveront réunis ; mais, le plus souvent, le tableau sera incomplet, et, il faut le reconnaître, la suggestibilité constitue, dans les cas frustes, l'élément le plus constant. Il sera souvent difficile, en l'absence des caractères somatiques fixes, de dépister la simulation et nous avons, pour notre part-*, observé une jeune hystérique qui reproduisait à la perfection et volontairement, dans un but de supercherie, les diverses phases de l'hypnose provoquée.
Le délire hystérique, dernière période de la grande attaque (qu'il peut d'ailleurs résumer presque à lui seul), est assez comparable au somnambulisme hypnotique : le sujet a, comme dans l'hypnose, perdu
' Babinski ; Hypnotisme et /lystérie, iii Gazette liebdomadaire, juillet 1891. ^ Gilles de la. Tourette et Uathelineau ; Pi'ogrès médical, 1890, pag. 332.— Voy. aussi le chapitre de l'hystérie, pag. 780. ^ Semaine médicale, mars 1890, — et Clinique médicale, pag. 4^1.
momentanément sa personnalité consciente et volontaire, et joue, en acteur consommé, un rôle souvent inj^rat. — Mais, dans le délire hystéri(juc, on retrouve prcs([uc toujours, au cours de la crise, quelque rudiment des autres périodes : goiilleinent du ccni, mouveuu'uls cou vulsifs, phénomènes de l'aura céphalitpic ; la zoopsie est fréquente, les caractères somatiques fixes font défaut. Le sujetest, de plu^^. peu suf^gcstible; il crée lui-même ses lialluciuulions et n'acceplc (juc diflicileuicnt l'intervention d'une suggestion étrangènv (ju'il interprète et modilie d'ailleurs à sa guise ; « il pense et agit pour lui et par lui » (Charcot). Si l'on peut parfois, comme nous l'avons vu >pag. 738), faire dévier son délire grûce à certaines influences extérieures (G. Guinon et S.Woltlvo), c'est toujours de son propre fond que l'iiyslérique en tire la matière (?t les développements. — L'hypnotisé, au contraire, suggestible à l'excès, ne pense et n'agit que parla volonté de celui qui le dirige. — Nous n'insistons pas là-dessus, ayant eu déjà l'occasion d'exposer ces faits.
Le somnambulisme spontané ou noctambulisme, dont M"*-" Stéph. Feinkind a tout récemuient résumé l'histoire dans son intéressante thèse', rentre encore, pour la majorité des cas (quelques-uns appartii'iuicnl a I r'pilei)sie) dans le cadi'e des phénomènes hystériques, et se distingue du somuaiuhulisme ()rovoqué par les mêmes caractères que le délire dont il vieiil d être (piestiou. On pcîut le définir «; une attaque nocturne d liyst(''i'iiî a l'oniK- ?'()inii;iiiilnili(]ue d .
11 en est de même du ingilumbiilisine hyslcfique- ou ilédoublemenl de. la pcrsonnalilé (dont chacune d>'s luanifestations peut être considérée comme une foruiule modiliee de la troisième période de la grande attaque), et de Yaulonialisnic anibubiloirc huslérique. — Dans tous ces cas, le sujet a^il spontanément et sous l'inilueuce de ses propres suggestions, au lieu que l'hypnotisé obéit aux suggestions d autrui.
V. Nous terminerons ce long exposé de l liistoire de 1 hypnotisme ■*
' Steph. Feinkind ; Du somnambules me dit naturel (noctambulisme) ; ses 7'apports avec l'hystérie et l'attaque d'hystérie à forme somnambulique. Tlièso de Paris, iSij3.
Voy. aussi Ch,vucot ; Gazette liebdomadaire, 7 janvier lisyS, 2, — el la iiuLe 3 de la pat^e 7/10.
' Az.\M ; Hypnotisme et double conscience. Traité, ii387 et iS<j3 ; 1'ha.kcot; Clinique des maladies du Système nerveux, loin. Il, i8(j3. L.vuiiuNT ; Thèse de liordeaux, ib<)3.
' Nous avons volontairement laissé de eoti;, eoniuie n'étant pas eneore seienlifuiuenienl résolues, les deu.viiueslioiis de la transmission de /a ^je^isee (suggestion mentale) et de Vinflux magnétique (lorce neuri(iue de Uarely). — On trouvera d'ailleurs tous les détails sur les divers pliénoménes psychiques occultes (télépathie, lucidité, pressenlimenl), récemment étudiés par CuoociCEs, Hicuet, de Rochas, Papus, Péladan, Dakiex. Giuuai,PAULHAN, etc., el surles interprétations qu'on a Icnlé d'en fournir, dans le remariiuable travail de A. Coste ; Les phénomènes psychiques occultes ; état actuel de la question (Thèse de Montpellier, iî><j3;.
par quelques mois sur les avantages, les dangers et l'importance médicolégale de cette névrose expérimentale.
a. Les avantages sont incontestables (quoique ce soit là un côté encore insuffisamment approi'ondi) . D'abord ce sont des éludes extrêmement importantes pour éclairer la physiolot^ie et la pathologie du système nei'veux. De plus, on peut obtenir d'heureux effets thérapeutiques: la suggestion est une arme puissante dont le médecin peut se servir pour le bien du sujet. Sans admettre tous les bons résultats obtenus par Braid (et certains sont remarquables!, Bernheim, Dumonlpallier, Luys, Bérillon, etc., ont déjà montré ce que l'hypnotisme pourra faire en thérapeutique. Souvent on parviendra de la sorte à débarrasser un malade de troubles nerveux divers : spasmodiques (convulsions, contractures; ou paralytiques, sensitifs, sensoriels, et même vaso-moteurs ou viscéraux
' Voy., au chapitre précédent, le traitement de l'hystérie par l'hypnotisme.
L'hypnotisme étant, d'après l'École de la Salpêtrière, unétalpathologique monopolisé au profit de certains hystériques, l'hypnose ne saurait avoir d'action (et encore une action le plus souvent passagère et incomplète) que sur les manifestations de l'hystérie.— Pour Bernheim, au contraire, la plupart des individus étant accessibles à la provocation de l'hypnose, un grand nombre de troubles morbides (et des plus divers) seraient justiciables de ce mode d'intervention. On aurait obtenu, par exemple, en dehors de l'hystérie, le rappel ou la régularisation des menstrues, la suppression des douleurs de l'accouchement, l'arrêt d'hémorrhagies ou de vomissements, une action vomitive, diurétique ou purgative, la suppression de névralgies ou d'habitudes vicieuses, et même la guérison de certaines maladies organiques.
II y a quelques années. Bourru et Burot (Congrès de Grenoble, i8s5), Luys (Académie de Médecine, 3o août 18S7 et 7 août 1888; Les émotions cliez les sujets en état d'hyjniotisme, Traité, 1888), avaient proclamé la possibilité de produire par la simple présentation d'un médicament, chez un sujet hypnotisé, une action thérapeutique analogue à celle qu'eût provoquée l'administration interne de l'agent médicamenteux. — Une commission académique nommée pour vérifier ces laits n'est point parvenue à les confirmer, et son rapporteur, Dujardin-Buaumetz {Académie de Médecine, 6 mars 18S8), tout en reconnaissant que l'approche d'un médicament provoque certains troubles chez l'hypnotisé, a démontré que les phénomènes observés sont toujours identiques, quelle que soit la substance employée ; la présentation d'un tube vide a déterminé, dans un cas, des réactions intenses. — Des expériences personnelles, entreprises à cette époque, nous ont conduit aux mômes conclusions. — "Voy. aussi, sur ce point, Laborde ; Académie de Médecine, i4 août 1888.
Voy., sur les effets thérapeutiques de Vhypyiose, en général :
Bernheim ; De la Suggestion et de ses applications à la thérapeutique, Traité, 1886; — Hypnotisme, suggestion et psychothérapie. Traité, 1891; — Société d'hypnologie, juillet 1892 [Semaine médicale, i3 juillet 1892, pag. 286);
Desplats ; Journal des Sciences médicales de Lille, 1886;
FONTAN et Segard ; Eléments de thérapeutique suggestive. Traité, 1887;
Besse ; Thèse de Montpellier, 1888 ;
ScHUSTER ; Therap. Monat., juillet 1889 ;
Krafft-Ebing ; Wien. med. Pr., 21 juillet 1889;
Von Corval, Mendel, Sperling, Moll; Berl. Id. Woch., 1889 ;
HiRT ; Wien. med. Woch., juillet 1890 ;
OSGOOD ; The Boston med. andsurg. Journ., 1890 ;
HYPNOTISME ET SOMNAMBUfJSME PROVOQUÉ. 877
Il csl possible enfin (certains le soulienncnl cl nous n'oserions, pour noire part, le contredire à l'heure actuelle) qu'un cerlain nombre de procédés sur le mode d'action desquels on a beaucoup discuté (aimants,
Dujardin-Beaumetz ; Bulletin de Thérapeutic/ue, janvier iSiji ; Laloy; Thèse de Paris, février 1891 ; LiKBAULT ; Traité, Nancy, iSgi ; l^iNGiER ; Traité, Municli, 1891 ;
i^ABiNSKi ; fli/pnotisme et liysté)'ie ; du rôle de l'hypnot ifwe en tliérapautique. Leçon l'aile à la Salpètrière, le 19 juin 1891, in Gazette liebdoniadaire, juillet 1S91 ; liiSWANGEii ; Derl.kl. W'oeli., i(j mai 1892, pag. tsçfi; lIuLST ; Med. Rec, f, mars 1898, pag. 265 ;
Strumpell ; Berl. Id. Wocli., 1898, w" 1 {Revue Neurologique, lômars 1898, n<>8, pag. 80) ;
Donath; Mïuicli. med. Wocli., 1898, n-' 5, G et 7;
Boom; Tlie Neio York med. Journ., 11 mars 1898, pag. 271 ;
alt.scuul; Revue Neurologique, 3i aoiU 1898, pag. 4^9 ;
Bechterew; Société de Nexirolofjie et de Psyc/iiàtvie de Ka^aii, 1898 (Revue NeuroloQique, i5 sci)tcmbre 1S98, pag. /|85); CuLLEHRE ; La tliérapeutique suggestive. Traité, 1898.
Nous citerons enfin, au hasard, parmi les succès thérapeutiques récents de !'hyi)nose, les faits isolés qui suivent :
Suppression d'attaques d'hystérie ou d'/iystéro-épilepsie (Sollier ; Progrès médical, 1") octol)rc 1887 ; BoOTH ; loc. cit.) ; — d'attaques de sommeil (Hitzig ; Drain, 1898, et Revue Neurologique, iT) septembre 1S98, n" 17, pag. ^■jS); — d'/iallucinations (BEii^HKm; Revue médicale de l'Est, i5 juillet 1887) ; — d'/Kibitudes vicieuses (Voisin ; Congrès de Toulouse, 18S7, et Semaine médicale, i-i octobre 1887, pag. 4io; Bernheim ; Revue de l'/typnotisme, dcccmhvo likji) ; — (le la morph inomanie (Bloch ; Revue de cUvique et de thérapeutique, 1890, II" 20, pag. 819); — de crises épitejytiques (Voisin, Bérillon ; Société d'hypnologie, 1891, et Semaine médicale, 29 juillet 1891, pag. 3o'|. Ballet a combattu leurs conclusions).
Gicérison de contractures et paralysies (Brwsu; Congrès de riiypnolisnie, 1889, cl Semaine médicale, \l\ août 1889, pag. 802),— de l'a^j/io-u'e (Schnitzler ; Vienne, iS8g) ; — de V insomnie (Fricy; Semaine médicale, 20 juin 1888); — de troubles ocidaires (FoNrAN ; Recueil d'ophtalmologie, 1S87) ; — de névralgies (Moll ; Société de médeci nebei linoise, 2O octobre 1887, et Semaine médicale, 2 novembre 1887 ; Frey ; Wien. med. Woc/»., 9-1 (> décembre 188S); — de névroses diverses (Bérillon ; Congrès pour l'avancement des Sciences, 1889, et Semaine médicale, 4 seiili iulire 1S89, pag. 884 ; I<UYS ; Société médicale des llôj)itaux, 2G décembre i8i)()); — d une rétraction de l'aponévrose palmaire (l) (I^ingsuury ; Drit. med. Journ., 10 janvier 1891).
Rétablissement des règles : Bernheim ; Congrès de Toulouse et Semaine médicale, 5 octobre 1887 ; — Regnault ; Semaine médicale, 19 juillet 1898, pag. 85o.
Action sur les aliénés: Burckhardt ; Corr. bl. /. schioeiz. Aerz., i88(> {Revue des Sciences médicales, XXXI, pag. 626) ; — Voisin, Bérillon ; Congrès de riIy])notisine, 18S9 (Semaine médicale, 14 août 1S89, pag. 802) ; — Binswanger ; Therap. Monat., mars-avril 1892 {Revue des Sciences médicales, XL, pag. 261); RoBERTSON ; Joi()((. o/" rrtt'»i<. c//s. , janvier 1898; — Toulouse; Tribune médicale, 25 mai 1898. pag. 4t>6; — Voisin; Semaine médicale, 19 juillet 1898, pag. 35o.
Action sur le travail de l'accouchement : Porak; France médicale, 19 octobre iSSC); — Léonard; Thèse de Paris, 1886; — Priïzl ; Bulletin de Thérapeutique, 00 iio\( inl>n' i8SG; — Du.mûnti'allier ; Société de Biologie, 2G février 18S7. et
couronnes aimantées, mélallothérapie, homœopathie, et même, d'après certains auteurs, le séquardisme et les injections de phosphate de soude) tirent leur efficacité d'une action purement suggestive.
b. Les inconvénients sont réels aussi, d'abord pour le sujet. Harting a vu l'hémiplégie et la mort chez des poules trop souvent soumises à l'hypnotisation. Il est incontestable que le perfectionnement même des sujets (ce qui est un fait acquis) prouve les progrès que fait leur impressionnabilité, leur nervosisme, sous l'influence des crises provoquées et travaillées. Il y a là déjà des arguments pour ne pas laisser magnétiser sans médecin et sans but médical'.
c. Mais les dangers sont bien plus graves au point de vue social et me(iiCo-/é^a/ Le magnétisé devient [à la phase de somnambulisme)
Revue de l'Hypnotisme, décembre 1891 ; — Liebault; Revue de l'Hypnotisme, 1 mai 1887; — Mesnet; Académie de Médecine, 12 juillet 1887 ; — Auvard et Secheyron ; Archives de Tocologie, 1888 ; — De Jong ; Congrès de l'Hypnotisme, 1889 [Semaine médicale, i4 août 1889, pqg. 3o3) ; — Fanton ; Congrès pour l'avancement des Sciences, 1889 (Semaine médicale, 21 juillet 1889, pag. 3i5); — Prai- PON et Delbœuf ; Revue de l'Hypnotisme, avril 1890; — Dkbrovolsky ; Revue de l'Hypnotisme, mars 1891. — Dans la plupart des cas où on a réussi à hypnotiser les parturientes, les douleur.s ont reparu à la période d'expulsion.
Action dans les opérations ciiirurgicales : Pitres ; Journal de Médecine de Bordeaux, 6 juin 1886; — Santell.i ; Thèse de Montpellier, 1887;— Furth ; Wien. med. V\^orh., 21 mars 1888; — Schnitzler ; Société des médecins de Vienne,
1888 (Semaine médicale, 29 juillet 1888) ; — Mesnet ; Académie de Médecine, 3o juillet 1S89 ; — Fort; Congrès de l'Hypnotisme, 1889 (Semaine médicale, 14 août 1889, pag. 3o2).
On trouvera, dans la Revue et les Congrès de l'Hypnotisme en particulier, un grand nombre de faits analogues.
• Voy. là-ilessus le récent travail de von Ziemssen, in Micnc/t. med. Woch., juillet 1889. png. 537 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag.
^ Voy. s;ir l'hypnotisme au point de vue médico-légal :
Liégeois ; Académie des Sciences et Traité, 1884 ; — Congrès de l'Hypnotisme,
1889 (Semaine médicale, 28 août 1889, pag. 326); — De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale. Traité, 1889 ;
Ladame ; Revue de l'Hypnotisme, 1886, n" i, pag. 10; Binet et FÉRÉ ; Traité, Paris, 1886;
Gilles de la Tourette ; Traité, 1886, 2° édition, 1S88 ; — Progrès médical, 3i janvier 1891 ;
Thomas; Annales d'hygiène publique, 1886, XV, pag. 553; ■ Mesnet; Académie de Médecine, i5 mars 1887 ;
Lafforgue ; Thèse de Bordeaux, 1887;
Rous ; Thèse de Montpellier, 1887 ;
Garnier; Annales médico-psychologiques, janvier 1890 ; Bernheim ; Revue médicale de l'Est, 1890, n° 18; Vintras ; France médicale, i3 février, 1891 ; Danillo ; Wien. med. Pr., 3o mars-6 avril 1890 ; Voisin ; Bulletin de Thérapeutique, 3o août 1891 ; Discussion à la Société d'Hypnologie, juillet 1891 ;
Bénédik-t ; /Issoc. med. hriiann., 1891 (Semaine médicale, \'b aoùl 1891, pag. 344);
HYPNOTISME ET SO.MX X-MliCLISME PROVOQUÉ. 879
une chose dont le magnéliscur ce qu'il veut, cl , ciiconshiiicc airgravante, le magnétisé 'dans bien des cas) ne se rappelle rien de ce qui s'est passé dans l'altacpie, ou, ce qui est pis encore, se rappellera ce que voudra le magnétiseur (vrai ou fauxi. Donc, le magnétiseur pourra commettre tous les attentats sur son sujet lui mettre une torche ou un poignard entre les mains le faire à volonté incendier, assassiner, fournir un faux témoignage, porter une accusation grave, signer un testament ou une donation. — H y a aussi le côté moins important, dont on s'est cependant plus occupé en justice jusqu'à présent, de la responsabilité d'un 11} pnolisable, comme cet individu accusé de viol que Mottet a fait acquitter en le magnétisant devant la Cour : la question est ici très complexe, car il l'autencore démoulrcr (pic ccl livpnotisablc était réellement hypnotisé au moment du crime. — Il y a aussi la question du somnambulisme simulé par tous ceux qui saisiront ce prétexte pour troubler l'esprit des jurés. — Mais ce sont encore les suggestions d'actes à longue échéance qui auraient les consécjucnccs les plus graves: on peut faire assassiner un individu [tar un autre, en donnant à celui-ci l'ordre de le faire un mois avant ; le meurtrier accomplira son oeuvre, devant des lémoiLS peut-èire, dans un élal de veille apparent, et il ne pourra pas dire, une fois l'acte accompli, quel est l'instigateur de son crime; ou môme, si on a pris soin de le lui suggérer, il pourra accuser un innocent de ce forfait ... L'esprit se perd au milieu du dédale de diflicultés que l'hypnotisme peut faire surgir pour égarer l'action de la justice.
Telle est l'opinion peu rassurante professée par Liégeois et l'École d(> IVancy (Liébeaull. licruliciui. Heauuis; : l'hypnotisé serait un irresp(Ui sable, pouvant stM'vir d iii-l i iiniciil doi-ilc culi'c les mains d'un hypnoliseur malfaisant, lirouarck-l et (Jilles d<' la Tourette, au contraire, n'acceptent point rhy[)othèse (de conlirmation jusqu'ici inédite) - du
I^AI.LET ; I.ccdii r.iili- ;i 1,1 S,il|iiMi ii'rc le '3 juin in CkzcIU' liclxlomadairc,
ocloln'o iS()i ;
Cui.LEUUlO ; Aiiiiaieg inéil ico-jjt^ijclwlo'jiqucfi, mars i8i|-.). ;
Voisin, Hénédikt ; Congres iiiUTtialioiial d'aiilliro|iologic criminelle, iSya (Semaine médicah'j 17 aoùl iScja, pag. 33/i) ;
BuowN ; Jour", of t/ie Am. mecl. /\s.>'Oc., 12 novembre 1S92 ;
Voy. cnrni. sur VA/faii'c Goii/fé, la Gazette des Tribunaux de 1S90.
I Comme Ta ili-nionlré Buouakdel, le crime (viol) commis sur la ix'rsoiine de riiypnolisé parait èlre la phis redoutable des conséquences médico-légales de riivpnose. Telle est aussi l'opinion de Gili.es de la Tourette (Annales d'/njgiène pxdiliquc, 1887, XVI, pag. [^[{i) et de liALLET (/oc. cit.).
• Voisin a récemmciil l'apporlé la pi'emière observai ion il'iiii ib'lil commis sous l'influence (1<' I'Iin pim-i' : iiin' IViniiic aiirail \ smis ICinpiiT de suggestions imposées jiai' trois m ill'.iit' Ui s et <piiilidiem)enieiil répétées ; la Justice a consacré cette interpret.al ion du l'ait en rendant une orilonnance de non-lieu en faveur de la reiiuu<' el i iind.inmanl les véritables auteurs. Or, sans ine.i'iminer en aucune taçon 1;. lei;iliniili- du jLigemenl, il est permis de se demander, avec Ballet (loc. ct't.) s'il b'agissail bien là de la véritable li\pniise provoipiée, si l'on n juail pas
crime par suggestion. Tant qu'il s'agira d'un «crime de laboratoire», le sujet s'y prêtera souvent sans résistance et exécutera passivement toutes les suggestions dont il semble pressentir l'innocuité. Mais, pour peu que l'acte suggéré ait des conséquences vraiment nuisibles ou particulièrement désagréables au sujet, on verra celui-ci hésiter, résister à la suggestion et finalement refuser de s'éveiller, tomber en léthargie ou en crise hystérique pour échapper à l'exécution de l'acte; on voit cela tous les jours, même lorsqu'il s'agit d'un crime expérimental.
Déplus, pour commettre un crime par siiggestion, il faut au préalable avoir été endormi ; or la provocation de l'hypnose n'est généralement possible qu'en vertu d'un consentement formel du sujet ou, tout au moins, de son adhé>ion tacite, et il semblerait bien difficile de l'endormir malgré sa volonté expresse.
Tout cela fût-il possible, le crime par suggestion n'offrira jamais pour le provocateur la sécurité relative que pourrait présenter une exécution personnelle. L'hypnotisé n'étant qu'un instrument passif et la part de l'imprévu étant réduite à néant, l'acte deviendra irréalisable toutes les fois qu'il s'écartera d'une manièi'e quelconque des prévisions rigoureusement formulées. Or, quelle que soit l'imagination de l'hypnotiseur, ^ il oubliera toujours quelque détail dont la précision eût été nécessaire à l'exécution de l'acte. F..., le sujet dont nous avons résumé l'histoire, mise par nous en présence de l'un de nos collègues qu'elle connaissait et invitée à le considérer comme une personne étrangère, refusa d'accepter la suggestion parce qu'elle avait reconnu la voix de notre confrère.
Enfin, ne se présentât-il aucun obstacle, la perpétration du crime sera maladroite, brutale, impulsive ; l'hypnotisé ira droit devant lui et frappera sans précaution l'ennemi qu'on lui aura signalé. Il faut, en effet, pouraccomplir adroitement un acte quelconque, de l'initiative, du raisonnement et une conviction personnelle ; or tous ces éléments de succès font défaut dans le cas dont nous nous occupons.
Le crime par suggestion, théoriquement possible, nous paraît en pratique plein de difficultés, dépourvu de la plupart des chances de succès que présentent les crimes ordinaires, et, partant, peu redoutable.
En tout cas, la conclusion à tirer de tout cela (nous la reproduisons textuellement de nos précédentes éditions), c'est que le magnétisme n'est pas trop à répandre. C'est une pratique scientifique, médicale, qui doit rester telle, sous peine de devenir nuisible et dangereuse (sans compter l'effet sur les intelligences faibles que de pai^eils spectacles peuaffaire à l'une de ces déséquilibrées, de ces femmes nerveuses et débiles d'esprit, dontLASÈGUE a magistralement exposé l'histoire, qui voient par instinct, jiresiiue inconsciemmcnt,dans les grands magasins; et dont quelques malfaiteurs, exploitant les tendances, se seraient approprié les déprédations.
É PILE PSI E
venl troubler cl dévier cnlièrcment, sans combler les liyslérics que cela peut créer) . De sorte que nous ne serions pas éloignés de proposer le vœu formulé parle professeur Friedhcrg-: icjuil soit inlerdit d'/ujpnolisc/' une personne sans quelle ail donné son consentement formel et sans la présence d'un médecin responsable ^ , vœu dont nous préférerions la réalisation à la mesure prise, dit-on, par le Ministre de l'Intérieur de Prusse, et intcrdisanl les séances puhlicpios de magnétisme. Nous croyons que la Morale et la Société doivcnl philôt craindre les magnétisations j huis clos que les maguélisations pui)liqucs '.
Ceci soit dit sans vouloir décourager les médecins de continuer l'étude de ces curieux phénomènes; tout ce que nous en disons esl poui' prouver au contraire le devoir qui s'impose strictement à eux de bien connaître tous ces probh'Mnes ardus. Les poisons les plus dangereux sont ceux ipuî l'on doit le plus cl le luiciix (''ludier. parce (pi(î ce sont ceux (pii |)euvent l'aire le plus de mal ou le plus de bien, suivant ({u on sait ou non les nuuiier.