CHAPITRE II
ANÉMIE DE LA MOELLE’
L’anémie de la moelle peut tenir à des causes agissant spécialement sur la circulation de la moelle, sur la circulation générale et sur la quantité de sang.
Le premier cas est le plus important ; il nous arrêtera beaucoup plus.
I. Les anémies de la moelle peuvent être classées en deux grandes catégories : celles qui sonL produites par une oblitération des vaisseaux, et celles qui sont dues à un spasme des artérioles.
i. Anémies par oblitération des vaisseaux. — L oblitération peutêtre complète ou incomplète.
A. La physiologie expérimentale produit facilement des anémies médullaires par oblitération complète des vaisseaux de cet organe.
Sténon lie, sur un lapin, l’aorte abdominale le plus près possible du diaphragme ; il développe ainsi une paralysie presque complète du mouvement et du sentiment dans les membres inférieurs. Celte paraplégie est bien due à l’anémie spinale et non à l’anémie musculaire ; en faisant la ligature plus bas, au-dessous du point d’origine des artères lombaires, les résultats sont différents : la paralysie, qui est alors d origine musculaire, ne s’établit que tardivement.
On obtient une résultat analogue en développant des embolies arti ficielles, en injectant, comme l’ont fait Flourens, Vulpian, Panum et Feltz, une poudre fine dans le système vasculaire
1 Bertin; Dictionnaire encyclopédique ;
Hallopeau ; Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques ; Erb ; Handb. de Ziemsscn.
- Voy. pour le détail et les résultats de ces expériences :
Vulpian; Leçons sur les maladies du Système nerveux, pag. 98 ;
Voy. encore, sur l’anémie de la moelle par oblitération de l’aorte, les travaux expérimentaux suivants :
Mayer; Prag. Zeitschr. f. Heilk., i8S3, IV fanal, in Encéphale, i883, pag. 634J ; Spronck ; Archives de Physiologie, 1888;
Singer; Revue des Sciences médicales, XXXIII, pag. (fia;
Frédérics ; Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 1889, n° 7 (Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 4e5).
MALADIES DE LA MOELLE
Dans tous les cas, il y a oblitération complète et immédiate de certains vaisseaux, anémie spinale consécutive : d’où paraplégie complète, ù début rapide.
Spronck et Singer ont plus récemment pratiqué des ligatures complètes, mais passagères, de l’aorte. Malgré l’ablation de la ligature au bout d une heure et le rétablissement de la circulation, les phénomènes observés (paralysie cl insensibilité du train postérieur, paralysie de la vessie et du rectum) persistent; puis surviennent des contractures, de l’atrophie musculaire, le décubituo aculus et la mort. A l’autopsie, les lésions observées sont de deux ordres : il existe une nécrose des cellules nerveuses (d origine ischémique) et une dégénérescence secondaire des fibres nerveuses dont elles constituent le centre trophique. La péi iphérie des cordons latéraux et postérieurs, les racines postérieures, les ganglions spinaux, restent normaux; les cellules des ganglions spinaux résistent à 1 anémie beaucoup plus que celles des cornes antérieures.
Frédéricq obtient et réitère à volonté l’occlusion de l’aorte en introduisant par la carotide une sonde terminée par une ampoule que l’on peut gonfler ou vider à son gré. Il constate les phénomènes suivants : « iu Période d’excitation motrice de la moelle, survenant 20 secondes après l’occlusion ; extension forcée des pattes, raideur de la queue, contractions tétaniques durant un quart de minute. — 2° Paralysie motrice complète au bout de 4» secondes; défécation; suintement d’urine. La sensibilité est encore intacte. -- 3° La période d’excitation sensitive de la moelle débute 2 minutes après l’occlusion : plaintes, hurlements. — 4° La période d’anesthésie survient 3 minutes et demie après l’occlusion de l’aorte; on s’en assure en excitant le sciatique, préalablement dénudé. Les organes périphériques sont atteints plus tardivement : d’abord les plaques musculaires terminales, puis les muscles, puis les cordons nerveux.
ïSi l’occlusion n’a duré que quelques minutes, le relourdes fonctions est possible. On voit reparaître : i° la sensibilité ; 2° la motilité, qui ne se montre que longtemps après et d’une manière d’abord imparfaite.»
Quelques rares cas cliniques reproduisent entièrement ces faits expérimentaux. Ainsi, Desnos' a présenté à l’Académie de Médecine l’observation suivante :
Un homme était atteint de rétrécissement mitral et de ramollissement cérébral consécutif. Après avoir ressenti depuis la veille des douleurs vives dans la cuisse gauche, il est pris de paraplégie absolue, subite, portant sur le mouvement et la sensibilité dans tous ses modes, avec rétention d’urine, raideur musculaire, couleur violacée des membres inférieurs, sugillations plus foncées sur le trajet des veines et abaissement de la température (22° à gauche et 26"à droite). 11 meurt trente-six
Desnos ; Académie de Médecine, \ janvier 1S76.