MALADIES DE LA MOELLE
2. L'excilaLion nulrilivc. La plupart des inflammations de la moelle s’accompagnent d’hyperémie; nous avons signalé cet élément dans les myélites.
3. Les intoxications, et notamment l’empoisonnement par la strychnine, le nitrite d’amyle, l’oxyde de carbone, l’alcool, l’absinthe, elc.
4- Les fluxions collatérales. Un arrêt subit des menstrues, d un flux hémorrhoïdaire, de la sueur des pieds,. . . agira de cette manière. On a contesté l’existence de ces congestions médullaires; il y a cependant des faits très bien observés de paraplégie dans la menstruation ou à l’époque de la ménopause, qui sont justiciables de ce mécanisme'.
5. Les refroidissements. Ce serait la cause principale pour Hammond ; elle agit en partie par fluxion collatérale, en partie par action réflexe.
6. Les traumatismes. La secousse produite par une chute sur le dos ou sur le sièg'e agit dans ce sens, mais par un mécanisme encore obscur.
7. Certaines fièvres, comme la fièvre typhoïde (Chédevergne), la malaria, les exanthèmes aigus, elc.
Ces causes produisent ce que l’on appelle les congestions actives , artérielles. — Il y a, d’autre part, les congestions passives , les stases veineuses; on les rencontre dans les maladies du cœur ou des poumons, les maladies du foie, les tumeurs abdominales, les états convulsifs (épilepsie, tétanos, éclampsie, urémie, rage), dans l’agonie, etc.
L’Anatomie pathologique est peu développée, à cause de la fugacité des lésions hyperémiques. Quelquefois 1 injection des membranes contraste avec la pâleur de la moelle ; c est une pâleur par compression. D’autres fois, la substance grise est tuméfiée et présente une coloration brune, avec de petits vaisseaux remplis de sang, visibles à l’œil nu. Quelquefois même, la substance blanche aune teinte rougeâtre et contient de gros vaisseaux dilatés.
Avec la congestion passive, il y a parfois de 1 hydrorachis; la sérosité, colorée en rouge, s’accumule dans 1 espace sous-arachnoïdien.
Le plus souvent, la congestion est généralisée à tout 1 axe spinal. Rarement elle est localisée, et cela à cause des nombreuses anastomoses du système circulatoire. Il y a cependant quelques cas d hyperémie limitée aux renflements.
La Symptomatologie peut être nulle. Vulpian fait remarquer notamment le silence clinique des congestions médullaires passives dans les maladies du cœur ou des poumons. Mais, dansd autres cas aussi, il } u des symptômes.
Les troubles de la sensibilité dominent habituellement : ce sont des
! Voy. les failsde Peter, Barié, etc., in Gazette hebdomadaire, 1807,285—01. plus récemment la Thèse d’OuüiNÉ (Paris, 1882, n° ij).
CONGESTION DE LA. MOELLE
douleurs plulôl sourdes qu’aiguës sur le trajet du rachis. La pression sur les apophyses épineuses, les mouvements, la marche, les exaspèrent. Souvent les malades éprouvent une sensation pénible d’engourdissement et des fourmillements dans les extrémités. La sensibilité peut aussi être affaiblie dans ses différents modes.
Du côté de la motilité, on note quelquefois des phénomènes d’excitation : crampes ou contractures, par exemple dans les muscles du dos ou de la nuque, produisant un léger opisthotonos. — Plus souvent il y a un certain degré de paralysie, surtout dans les extrémités inférieures : les membres sont devenus lourds, la fatigue est rapide et la marche pénible; quelquefois la parésie atteint les quatre membres. Rarement ces troubles empêchent la marche. En général, il n’y a pas de paralysie de la vessie ; les réflexes sont exagérés; Hammond cite les érections parmi les symptômes importants.
Le type le plus net d’hyperémie médullaire a été décrit par Fritz et Chédevergne dans la fièvre typhoïde. La pression sur les apophyses épineuses est douloureuse ; il y a une hyperesthésie prononcée de la peau des extrémités : quelquefois le contact le plus léger, un simple frottement, provoque de vives souffrances ; une sensation de brûlure ou une douleur profonde et déchirante peut être ressentie tout le long du rachis. La pathogénie est, du reste, complexe dans ce cas.
Vulpian regarde « comme tout à fait erronée l’opinion qui attribue à la congestion delà moelle les troubles nerveux, paralytiques ou irritatifs, qui s’observent danslcs fièvres typhoïdes accompagnées de phénomènes spinaux ; c’est à l’inflammation des centres nerveux et non à la congestion qu’il faut rapporter les phénomènes observés ». Et il ajoute : « Ce qui le prouve, ce qui le montre clairement, ce sont les cas, qui ne sont pas très rares, dans lesquels on observe, à la suite de la fièvre typhoïde, des paralysies, des atrophies musculaires, des anesthésies plus ou moins limitées, qui sont précédées par d’autres phénomènes d’excitation pendant la maladie elle-même. Si ces phénomènes étaient dus à la congestion, ils devraient évidemment disparaître avec la maladie'».
L’argument ne nous paraît pas péremptoire. De ce que, dans certains cas, les accidents persistent et prouvent une inflammation, cela n’établit pas que, dans les autres cas, qui sont les plus nombreux, les phénomènes nerveux éphémères observés ne correspondent pas à une congestion de la moelle. Jusqu’à nouvel ordre, nous regarderons donc comme de simples hyperémies ces processus irritatifs qui ne laissent aucune trace à l’autopsie.
Brown-Sequard a indiqué un signe qui serait caractéristique de la congestion de la moelle : l’impuissance motrice est plus accentuée quand le malade est au lil que quand il csL debout. Le malade marche mieux dans le milieu du jour, quand il est resté un certain temps assis
' Vulpian ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, pag. 80.
MALADIES DE LA MOELLE
ou levé, que le matin quand il se lève. Mais Erb fait remarquer que certains auteurs ont soutenu le contraire, laslalion debout augmentant l’afflux des liquides à la partie inférieure de la moelle.
Les signes de la congestion médullaire sont du reste si peu caractéristiques, surtout par rapport à ceux de l’anémie du même organej qu’Hammond s’est efforcé de prouver, dans un travail assez récent',
« que les affections décrites sous le nom d’irritation spinale, d’hystérie, de congestion médullaire, doivent être dénommées anémie spinale postérieure, et qu’en effet elles ne sont dues qu’à une anémie des cordons postérieurs de la moelle ».
Le Début de la congestion médullaire est en générai rapide. La Marche est entrecoupée d’alternatives d’amélioration et d’aggravation ; on observe aussi de remarquables déplacements de siège (Leudet).
La guérison est la règle. On a cité quelques cas de mort par asphyxie. Mais Hallopeau remarque avec raison qu’il devait y avoir alors extension au bulbe.
L’élément principal du Diagnostic est la connaissance des conditions étiologiques. Ainsi, des symptômes spinaux se développant après la suppression d’un flux habituel ou d’une hémorrhagie, ou encore dans le cours d’une fièvre typhoïde, indiquent une congestion de la moelle.
On a quelques autres bons signes dans la mobilité des phénomènes, l’influence de l’attitude, la courte durée de la maladie.
Comme Traitement, on peut employer les ventouses scarifiées le long du rachis, les sangsues à l’anus, les ventouses sèches sur les extrémités inférieures, les pédiluves ou manuluves sinapisés, les purgatifs (notamment l’aloès), etc.
Hammond déclare l’ergot de seigle avantageux au début de la forme aiguë, et indispensable dans les formes invétérées. Il l’administre à la dose de 4 gram. d’extrait liquide, répétée trois fois par jour.
D’après le môme auteur, la belladone est encore un remède utile, surtout quand la congestion spinale s’accompagne de paralysie du sphincter ou de vives douleurs dans le dos. « On peut l’administrer en teinture à la dose de i5 gouttes, trois fois par jour, ou bien encore on peut appliquer un emplâtre bclladoné sur la partie de 1 épine dorsale qui est le siège de la douleur. »
<r Les douches chaudes (398° Fahr.) sur la colonne vertébrale, ajoutet-il, constituent un excellent révulsif. On doit projeter 1 eau d une hauteur de deux pieds environ sur le dos, au niveau de la région douloureuse, pendant cinq minutes, tous les jours. »
Hammond conseille enfin d’y ajouter les courants continus le long
1 Hammond; Revue des Sciences médicales, X, pag. 111.
ANÉMIE DE LA MOELLE, de la colonne vertébrale (courants faibles et sans que les séances dépassent dix minutes) .
S’il y a tendance à la chronicité, les vésicatoires, les applications de teinture d’iode, d’aloès, à faibles doses répétées, les douches d’éther le long de la colonne vertébrale, pourront rendre des services.
Il faut chercher à rappeler, s'il y a lieu, l’écoulement sanguin dont la suppression a entraîné les accidents.