CHAPITRE
IIÉMICIIORLE
L’hémichorée est un symptôme qui doit être mis tout à côté de l’hémianesthésie dans l’histoire des localisations cérébrales. Les deux phénomènes marchent souvent de pair, et le siège de leur lésion est extrêmement voisin.
Ce symptôme, noté par plusieurs observateurs, a été sérieusement signalé, d’abord par Weir Mitchell1 2 3, et puis en France par Charcot, qui en a fait une élude complète avec Raymond.
Un individu est hémiplégique : après une attaque d’apoplexie, il est resté une hémiplégie accompagnée, par exemple, d’hémianesthésie. Pendant plusieurs mois on n’observe rien d’extraordinaire ; puis quelques légères contractures peuvent apparaître dans le côté paralysé. Après six mois, la contracture disparait, l’hémiplégie redevient flasque et même tend à guérir.
Alors les mouvements anormaux commencent dans le côté paralysé.
Ces mouvements, d’abord faibles et peu étendus, augmentent peu à peu d’amplitude.
1 Voyez la suite de cette observation et les particularités qu’elle a présentées dans le Journ. de Thérap., 1880, n° 11.
On rapprochera avec intérêt de ce fait les observations de Legroux eL de Brun ( Encéphale , 1884, 3 et 4), qui ont noté des oscillations curieuses dans les hémianesthésies d’origine cérébrale, eL qui ont constaté également l'action œsthésiogène des irritations cutanées comme les piqûres superficielles en pleine région insensible.
2 Voy. Charcot ; Leç. sur les mal. du syst. nerv., II, 358.
Raymond ; Étude anatom., physiol. et clinique sur l'hêmichorée, Vliémianesthésie et les tremblements symptomatiques ; Th. de Paris, 1876.
Ricoux; Thèse de Nancy, 1882.
Fournier ; Thèse de Montpellier, 1884.
Sage; Thèse de Lyon, 1884.
Bidon; Rev. de méd.. oct. 1886.
Stepiian; Rev. de méd., 1887.
Mongin ; Thèse de Paris, 1888.
3 Weir Mitchell; The american Journal of the med. Science, octobre 1874; Anal, in Rev. des Sc. méd., V, i38. — Voy. le reste de l’historique dans la Thèse de Raymond.
16 MALADIES DE L'ENCÉPIIALE.
En voici les caractères principaux :
i° Il y a une grande instabilité au repos. Le malade est dans son lit, ne voulant faire aucun mouvement ; mais sa main ne peut rester tranquille; elle est agitée par des secousses incessantes; les doigts se fléchissent et s’étendent. Le bras, l’avant-bras, sont agités. La jambe peut l’être aussi assez souvent.
2° Ces mouvements sont désordonnés, irréguliers ; ils ne sont pas rythmiques et oscillatoires. C’est ce qui les distingue du tremblement.
3° Ces mouvements sont exagérés par les mouvements volontaires : pour porter un objet jusqu’à sa bouche, le malade éprouve des difficultés énormes qui vont en s’exagérant quand il approche du but, et qui peuvent, à la fin, faire projeter l’objet au loin. Pendant la marche, les mouvements désordonnés agitent les jambes et impriment des secousses au corps tout entier.
4° Plus le malade concentre son attention sur ses membres pour empêcher ces mouvements, même au repos, plus ils s’exagèrent.
5° La face peut participer à ce désordre musculaire ; il y a alors une sorte de tic facial ; le malade fait d’incessantes grimaces.
6° La vue n’a aucune influence sur ces mouvements.
7° Ce symptôme coïncide très souvent avec Y hémianesthésie que nous avons décrite. Il peut cependant en être séparé.
C’est là le tgpe post-paralytique ou post-hémorrhagique de l’hémichorée, le type le plus commun, celui qui se développe quand l’hémiplégie commence à s’atténuer.
D’autres fois l’hémichorée peut précéder l’hémiplégie : c’est 1 hémichorée præ-paraly tique.
Bientôt après le choc apoplectique, les mouvements se déclarent avec es caractères indiqués ci-dessus; seulement, en général, ils sont moins
tendus et ne durent que quelques jours. Si le malade ne meurt pas, les mouvements disparaissent et sont remplacés par l’hémiplégie.
Si le malade a plusieurs apoplexies successives, on peut, chaque fois, voir reparaître l’hémichorée, qui précède toujours 1 hémiplégie.
Comme exemple d’hémichorée præ-hémiplégique, nous citerons un fait personnel 1 , dont nous reparlerons à propos de 1 Anatomie pathologique.
Le 17 janvier 1879, le nommé B... s’était levé comme d habitude. En montant un escalier, il tombe et se blesse à la main gauche avec une fiole qu’il portait. L’hémorrhagie qui en résulte est bientôt arrêtée, et il reste ainsi toute la matinée. A deux heures et demie après midi, on le trouve tout couvert de sang, l’air ahuri et le bras droit paralysé.
1 Celte observ. a 616 publi6e dans la Gaz. hebdomad., 1879, el reproduite dans la 3* partie de nos Localisations cérébrales , 3“ 6dit., 1880, 238.
Voy. aussi un cas de Gingeot, Soc. méd. des Hôpitaux , 11 feYiiei 188/.
HËMICHORÉE. 217
L’hémorrhagie avait commencé à la main gauche et ne put être arrêtée que par des ligatures multiples ; le malade était plongé dans un état apoplectiforme avec paralysie du bras droit. Le membre inlérieui dioit n’était pas paralysé, mais il fut, pendant toute la soirée de ce jour, agité de mouvements choréiques continuels. Le lendemain matin, celte agitation avait cessé et la jambe droite était paralysée comme le bias. - On constata aussi de l’hémianesthésie du même côté.
C’est évidemment là un cas d’hémichorée præ-hémiplégique partielle, localisée au membre inférieur. Nous dirons un peu plus loin où siégeait la lésion.
L’hémichorée formant un symptôme spécial, distinct de tous les autres, il est important de savoir la reconnaître cliniquement, de la distinguer de ce qui n’est pas elle ; il faut en faire le Diagnostic