PARALYSIE DU GRAND HYPOGLOSSE
lement ; la clavicule et le moignon de l'épaule sont plus saillants en avant et la face antérieure de la poitrine se creuse. Toutes ces modifications de position deTomoplate sont très-nettes par la comparaison avec celui du côté sain, si la paralysie est unilatérale.
Quand les trois portions du trapèze sont paralysées à la fois, les signes que nous venons d'indiquer se superposent : l'épaule semble prête à se détacher du tronc ; le poids du membre supérieur l'entraîne, et il tiraille souvent douloureusement les attaches du trapèze.
Si la paralysie est bilatérale, les phénomènes s'observent semblables des deux côtés.
Enfin, le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien peuvent être simultanément paralysés- : alors on voit se joindre le plus souvent aux symptômes indiqués les signes de paralysie de la branche interne du spinal que nous avons décrits avec le pneumogastrique.
La réaction électrique des muscles est dans cette paralysie comme dans toutes les autres; Erb a trouvé une fois la réaction de dégénérescence. Tout cela dépend de la cause et de la gravité de la maladie.
he Diagnostic se fera par les signes que nous venons d'indiquer. Il faut se méfier des muscles qui peuvent suppléer le trapèze paralysé : l'angulaire de l'omoplate par exemple. Pour distinguer de la contracture des muscles antagonistes, qui peut produire la même déviation, on se basera surtout sur la possibilité des mouvements passifs communiqués.
Le Pronostic dépend de la cause et du degré des troubles de nutrition (atrophie musculaire).
Dans le Traitement, on remplit l'indication causale quand on le peut ; puis on emploie l'électricité, ainsi que nous l'avons indiqué. Dans les cas anciens, invétérés, on prescrit l'orthopédie, la gymnastique active et passive, la ténotomie et les appareils de soutien.
§ IV. Paralysie du grand hypoglosse '. — Né dans le sillon qui sépare l'olive et la pyramide antérieure, par plusieurs racines, le grand hypoglosse sort du crâne par le trou condylien antérieur, descend au cou, y décrit une grande courbure à concavité antéro-supérieure, et va se distribuer dans les muscles de la langue.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur les détails an atomiques ou physiologiques : c'est le nerf moteur de la langue.
Étiologie. — La paralysie de l'hypoglosse est fréquente dans les lésions cérébrales ; elle est rarement de cause périphérique. Ainsi, dans les hémiplégies complètes la langue est déviée ; quand la lésion siège dans la région corticale des circonvolutions, il faut, pour que la langue soit intéressée, que l'altération siège à la partie inférieure de la région
1 Erb, Poincaré, Rosenthal; loc. cit.
motrice, dans le voisinage de la scissure de Sylvius. Dans le bulbe se trouve le noyau d'origine même du grand hypoglosse : c'est ainsi qu'on voit ce nerf intéressé dans diverses formes de paralysie labio-glossolarvngée ; dans l'atrophie musculaire progressive (quand elle s'étend au bulbe) ; dans quelques cas de tabès [faits de Vidal et de Cuffer que nous avons cités ailleurs) ; et même dans la sclérose secondaire descendante, quand elle s'étend aux cellules grises motrices (comme nous en avons publié récemment un exemple i).
Nous ne faisons qu'indiquer cette catégorie de lésions, n'ayant à nous occuper réellement que des paralysies périphériques, qui sont du reste trèsrares.
Weir ^litchell a observé un fait curieux dans ce genre. Un sujet reçoit un coup de revolver à la gorge ; la balle pénètre au côté gauche du cou à 3,5 centim., en arrière et au-dessous de l'angle de la mâchoire : il en résulte une paralysie motrice d'une moitié de la langue avec conservation de la sensibilité.
La cause la plus fréquente de la paralysie de l'hypoglosse est la compression du nerf par des lésions de nature variée. C'est ce qui est arrivé notamment dans quatre faits cités par Poincaré : dans l'un, la compression interrompait la continuité Jobert! ; dans un deuxième, il y avait une tumeur hydatique [Choisy et Montant) ; dans un autre, une tumeur probablement cancéreuse (Clarke),et dans le dernier, un séquestre dont l'extraction guérit toute la maladie (Bayet) .
Symptômes. — Dans la paralysie unilatérale, quand la langue est au repos dans la bouche, on ne voit habituellement rien. Si on la fait tirer au dehors, elle est déviée vers le côté paralysé, ce qui est dû à l'action du génioglosse sain, lequel dirige toujours la pointe de la langue du côté opposé au sien. Les mouvements de la langue sont en même temps difficiles dans le côté malade, aisés dans le côté sain.
Si au contraire la paralysie est double, la langue est comme collée, immobile, au fond delà cavité buccale ; elle présente quelquefois de légères contractions fibrillaires à sa surface et entre en tremblement dans les mouvements. Si la paralysie u'est pas complète, les mouvements s'exécutent encore, mais avec peine et secousses.
Il y a de plus des troubles importants du côté de la mastication et de l'articulation des sons. C'est l'acte intermédiaire entre la mastication et la déglutition qui est tout particulièrement gêné : la langue ne peut pas ramasser et réunir, balayer et refouler dans le pharynx les aliments égarés entre les arcades dentaires et la joue ; de plus, elle ne peut pas s'appliquer au palais, ce qui est utile pour empêcher les aliments de refluer en avant et pour faciliter par suite l'acte même de la déglutition.
^ Montpellier méd., juin 187S.
Les sons tout d'abord mal articulés dans la paralysie légère sont : s, sch, l,e, i; et plus tard; /c, g, r, etc. Dans les cas plus sérieux de paralysie bilatérale, la parole devient complètement inarticulée et inintelligible. Il faut savoir Lien distinguer ces faits, quand le malade ne peut plus parler, de ceux dans lesquels il y a aphonie, aphasie, mutité, etc. : c'est l'appareil phonateur de l'articulation des sons et non de la production des mots ou de la voix qui est altéré et gêné. — Dans les degrés plus légers de paralysie, la parole est encore possible, mais on ne peut pas la régler et la diriger aussi bien ; le chant devient impossible.
Il peut y avoir atrophie musculaire : la langue apparaît alors toute ridée et plissée ; on a constaté notamment l'hémiatrophie de cet organe. Cette lésion trophique se produit tout particulièrement quand le noyau bulbaire est atteint.
Le Diagnostic est en général facile. A cause de l'importance de l'organe intéressé, les troubles moteurs de la langue se reconnaissent vite. Il est utile d'être fixé sur l'origine de la paralysie ; on le fera surtout par la constatation des phénomènes concomitants : ainsi, l'hémiplégie indiquera une origine cérébrale, la paralysie des lèvres une origine bulbaire, etc.
Le Pronostic est variable suivant la cause.
Le Traitement n'a. rien de spécial. On peut électriser la langue directement ou l'hypoglosse au cou.