CHAPITRE PREMIER
L'hystérie est un véritable protée qui se présente sous autant de couleurs que le caméléon. Cette phrase de Sydenham est devenue classique et exprime bien rimpossibiUté où l'on est de donner une définition quelconque de cette névrose complexe, qui ne répond à aucune lésion précise, et qui peut se manifester par la séméiologie du système nerveux tout entier.
Tout le monde le reconnaît du reste ^.
Historique. — L'hystérie est connue depuis qu'il existe une civilisation, dit Briquet.
Du temps d'Hippocrate et de Galien, et avant eux, les femmes qui soignaient les personnes de leur sexe ( on voit que l'invention des femmesdocteurs n'est pas nouvelle) connaissaient l'hystérie et soutenaient sur cette névrose une théorie qui a fait fortune : la théorie utérine.
D'après les philosophes de l'époque, l'utérus était un animal logé dans la femme, animal qui désire ardemment engendrer des enfants. Quand on ne lui donne pas une suffisante satisfaction, il s'indigne, parcourant le corps en tout sens, et donne lieu à toute espèce de malaises et de maladies. Cette théorie s'est souvent transformée, mais elle reparaît avec des modifications, à notre époque, chez Louyer-Villermay et Landouzy.
L'hystérie se retrouve dans tous les siècles, dans les grandes névroses épidémiques dont nous avons parlé. Les travaux se sont accumulés sur cette maladie d'une manière extraordinaire'.
^ Briquet ; Traité clin, et thérap. de l'hystér.-, Paris, 1859. — Jolly ; art. in Hdb. Ziemssen. — Bernutz ; art. 'm Nouv. Dtctionn. Méd. et Chir. prat. — Rosenthal, loc. cit. — Charcot ; Leç. sur les Mal. du Syst. nerv., II.
2 «La définition de l'hystérie, dit Lasègue, n'a jamais été donnée et ne le sera jamais. » (Arch. Méd., juin 1878.)
•* Voy. Dubois ; Hist. philoscph. de l'hypochondrie et de l'hyst,; Varis, 1833.
Étiolo&ie. — Sexe. — Avec la théorie ancienne, les femmes pouvaient évidemment seules être atteintes d'hystérie. Cette opinion doit être aujourd'hui abandonnée.
Ch. Lepois déjà, et surtout Briquet, ont bien mis en lumière l'existence de l'hystérie chez l'homme. Aussilloux en a récemment publié une nouvelle observation fort intéressante^.
Cependant la fréquence en est incontestablement beaucoup moindre chez l'homme que chez la femme, dans une proportion de 1 sur 20 d'après Briquet. Ce n'est pas même assez dire. L'hystérie chez l'homme est une exception. Briquet admet que la moitié au moins des femmes est hystérique ou très-impressionnable; un cinquième aurait des attaques.
^^e. — L'hystérie peut s'observer chez les petites filles ^ et même chez les petits garçons (Briquet, Roseuthal) . Mais cependant c'est à la puberté que se développent le plus grand nombre de cas. Plus de la moitié des faits relevés par Briquet avaient pris naissance de 10 à 20 ans. La maladie est encore fréquente de 20 à 30; elle devient rare plus tard et exceptionnelle après la ménopause.
L'influence de l'hérédité est également considérable. Pour s'en rendre compte. Briquet a dressé des tableaux d'oii il résulte que les hystériques ont 25 p. 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d'affections de l'encéphale, tandis que les sujets non hystériques n'ont que 2 1/8 p. 100 de ces parents. La moitié des mères hystériques donne naissance à des hystériques; une fille qui naît d'une mère hystérique a une chance contre trois de devenir hystérique.
Je ne suis certes pas fanatique des statistiques, qui donnent souvent les résultats les plus étranges; mais, dans l'espèce, il me semble que ces chiffres sont une image frappante et assez nette de l'hérédité.
D'après Amann, on trouve des dispositions héréditaires chez 76 p. 100 d'hystériques. — Les parents peuvent du reste intervenir à divers titres; ils peuvent léguer le nervosisme ou bien léguer les diathèses que ce nervosisme exprime. On a remarqué aussi que les parents âgés ont des enfants disposés à l'hystérie, comme à d'autres névroses du reste.
Il n'y a pas, d'après Briquet, de consî;7?<a'on physique spéciale aux hystériques, pas de signes extérieurs constants et prédominants, quoi qu'on en ait dit. La prédisposition à l'hystérie consisterait principalement dans l'état moral et se résume dans la facilité qu'a la femme d'être impressionnée péniblement, sans que le degré de Tintelligence joue un rôle quelconque. La latitude et les climats paraissent sans influence.
1 AlonlpeUier médical, 1876. — Voy. sur le même sujet: F^oet ; Gaz. hebd., 1874,50. — Favrej/lnn méd.-pstjchol., mst.i 1875. — Petit; Th. Paris, 1875, 261. — Bonnemaison; Arch. de Méd., juin 1875. — Martin ; France médic, 1877, pag. 705. — Lombard ; Gaz. méd.. 1876, 16.
2 Voy. la Thèse de H. Paris (Paris, 1880, n» 83).
Les différences constatées entre les divers pays viennent plutôt des différences de mœurs et de genre de vie.
L'influence de la po^iiton som^e serait également nulle, d'après Briquet; l'hystérie frappe les pauvres comme les riches.
Mais la naissance et l'éducation dans les grandes villes disposent beaucoup plus que la vie à la campagne.
Le mode d'éducation a une influence incontestable, soit en rendant le système nerveux trop impressionnable, soit en multipliant les occasions d'impression. Les passions, les affections morales vives, contribuent puissamment au développement de l'hystérie.
Au point de vue des professions, on a beaucoup dit que l'hystérie est fréquente dans les couvents, dans la vie religieuse. Il y a du vrai; mais ce n'est pas dû à la continence. Briquet a montré que ce n'est pas dans les ordres actifs, de charité ou d'enseignement, que l'hystérie est fréquente ; c'est dans les ordres contemplatifs, mystiques. La continence est cependant la même de part et d'autre.
De plus, la maladie est fréquente chez les domestiques et les ouvrières de Paris, et fréquente même chez les filles publiques. Sur 199 femmes pubhques. Briquet trouve 106 hystériques, 28 impressionnables , et 65 non hystériques.
D'autre part, les veuves ne sont pas plus exposées que les autres à l'hystérie, et la satisfaction des besoins sexuels ne met nullement à l'abri de cette névrose. On peut dire que Briquet a complètement renversé l'ancienne opinion, qui attribuait l'hystérie à la continence. — Ce sont là des propositions dont nous comprendrons toute l'importance pratique à propos du traitement.
Nous sommes ainsi conduit à étudier la grande question des rapports entre l'hystérie et l'état physiologique ou pathologique des organes génitaux.
Les anciens mettaient la maladie sur le compte de l'utérus, mais pas de l'utérus malade, anatomiquement altéré. C'était l'utérus non satisfait, fonctionnellement troublé, mais pas lésé. L'Ecole anatomo-pathologique, surtout à partir de Broussais, a matérialisé cette théorie et fait de l'hystérie une dépendance des maladies de l'utérus. Plus tard on y a joint, avec Négrier et Schutzenberger , les maladies de l'ovaire et puis les maladies de tout l'appareil génital.
C'est une exagération manifeste de voir là l'unique étiologie de l'hystérie. Suivant diverses statistiques, on trouve 1/5, 1/4 ou même 1/3 des hystériques sans aucune lésion de ces organes.
Cejicndant il y a là une action pathogénique vraie. D'abord ce sont des maladies longues, qui, par l'anémie et les soufl'ranccs qu'elles entraînent, disposent déjà à l'hystérie. Mais de plus il y a une relation particulière. Les phénomènes qui accompagnent la menstruation et la grossesse chez
certaines femmes ressemblent du reste beaucoup aux symptômes bystériques.
Il faut remarquer seulement que les lésions profondes de l'utérus, comme le cancer, entraînent moins souvent l'hystérie que des lésions superficielles et surtout de simples déplacements.
Dans la même catégorie de causes , nous mettons l'onanisme, qui a été noté chez quelques femmes (Rosenthal) et chez presque tous les hommes atteints d'hystérie.
La grossesse, l'accouchement, les suites découches, ont aussi une certaine influence sur le développement de la maladie. De même pour les troubles de menstruation, qui sont quelquefois secondaires, mais peuvent aussi être cause.
En dehors de ces maladies locales, les états généraux peuvent encore produire l'hystérie. Ainsi, l'anémie, la chlorose, jouent souvent un rôle pathogénique considérable. On trouve des diathèses dans un certain nombre de cas, et on les rencontrerait plus souvent si on les cherchait mieux.
Ainsi, on parle souvent d'hystérie chez des enfants de phthisique; c'est vrai. L'hystérie est, chez ces sujets, la manifestation de la diathèse tuberculeuse héréditaire, et on voit des cas dans lesquels cette diathèse, d'abord uniquement manifestée par des phénomènes nerveux, se révèle plus tard par les lésions classiques du poumon; à ce moment même, on voit souvent l'hystérie s'atténuer et disparaître ^ De même pour les autres diathèses, le rhumatisme notamment 2.
On a vu aussi l'hystérie se développer dans la convalescence de la fièvre typhoïde, delà variole, de la pneumonie, de la fièvre intermittente.
Toutes ces causes ne représentent pas seulement des conditions prédisposantes, comme les appelle Briquet. Certains de ces éléments étiologiques, comme les diathèses, constituent le fond même de la maladie; d'autres, comme l'âge, le sexe, etc., déterminent la forme nerveuse de la maladie. Il reste à envisager maintenant les causes qui font apparaître l'hystérie ellemême, en déterminent l'explosion : causes occasionnelles ou déterminantes.
Nous trouvons ici la débilitation produite par diverses maladies générales ou locales, surtout celles de l'appareil génital. Mais très-souvent on rencontre des impressions trop vives ou douloureuses, chagrins, contrariétés, frayeur, revers de fortune, mauvais traitements; ou bien des impressions sensorielles pénibles, désagréables, sur la vue, l'odorat, l'ouïe, etc.
Il ne faut pas oublier Vimitation, la contagion nerveuse, l'influence épidémique.
Tout le monde connaît les faits de Harlem, arrêtés par Boerhaave. Bailly
* Voy. daas la 6^ partie, le chapitre IV de l'article I. 2 Voy. la Thèse de Durand (Paris, 1880, 62).
raconte qu'un jour de première communion, à l'église Saint-Roch, une jeune fille fut prise tout à coup de convulsions hystériques pendant la messe; dans l'espace d'une demi-heure, 50 à 60 femmes eurent des convulsions semblables.
Nous ajouterons enfin un mot sur le rôle du traumatisme, non comme cause d'hystérie, mais comme cause d'accidents hystériques locaux. L'exemple suivant, emprunté à Brodie ^ met bien la chose en évidence.
Une jeune femme se pique ou se pince le doigt. Bientôt après, elle se plaint de douleurs partant du doigt et s'étendant le long de la main et de l'avant-bras. Il s'ensuit même quelquefois une action convulsive des muscles du bras ou une contracture des muscles fléchisseurs de ce segment, de façon que l'avant-bras est maintenu en flexion au moins pendant la veille, car ce spasme cède en général pendant le sommeil.
En un mot, dans ces cas, l'efî'et produit est sans rapport avec l'intensité de la cause et ne ressemble en rien à ce qu'elle eût produit chez une autre personne. Comme dit l'auteur que nous venons de citer, « ce genre de symptôme dépend plus de la constitution que de la lésion locale».
Symptomatolo&ie. — La description symptomatique de l'hystérie présente des difficultés énormes. Chaque cas a en effet son allure spéciale. Il y a cependant des traits communs assez fixes, sur lesquels nous devrons insister.
Le début de la maladie se ferait, d'après Briquet, suivant trois types : 1. Quand l'hystérie se développe chez un sujet jeune, l'enfant devient impressionnable, irritable; à la moindre émotion, il étouffe, suffoque, sanglote ; il a des palpitations, de l'agitation et des tremblements. Plus tard surviennent les migraines et la céphalalgie; l'appétit devient capricieux et la digestion pénible. Les phénomènes douloureux s'accentuent à l'épigastre, entre les épaules, etc., etc. — 2. Le début peut être également progressif chez la femme adulte. On observe alors des troubles variés du côté de la tête ou du ventre, se transformant peu à peu en véritables phénomènes hystériques. — 3. Enfin, dans un tiers des cas environ, les prodromes manquent complètement et le début se fait par une attaque hystérique, avec convulsions et perte complète de connaissance.
Si nous voulons maintenant analyser les symptômes de la maladie confirmée, il faut reconnaître tout d'abord que l'hystérie est une névrose de tout le système nerveux. Nous diviserons donc les symptômes comme on divise ordinairement les fonctions du système nerveux, etnous passerons successivement en revue ce qui a trait : 1° à la motilité; 2° à la sensibilité; 3° à la circulation, aux sécrétions et à la nutrition; 4" à la vie psychique.
I. La moïi/ifé peut être altérée par excès ou par défaut; il faut envisager séparément les convulsions ou contractures et les paralysies.
^ Leç, sur les Affect. nerv. locales, Irad. Aiyre ; Progr. méd., 1879 et 1880.
1. Convulsions et contractures. — Les convulsions peuvent être générales ou partielles. Nous décrirons d'abord les convulsions générales, l'attaque d'hystérie.
A. \a attaque est le phénomène capital de l'hystérie comme symptôme et comme valeur diagnostique ; mais ce n'est pas le signe le plus fréquent de cette névrose.
Il ne faut pas croire en effet que toutes les hystéries se manifestent par attaques. Loin de là : Briquet, se basant sur 430 observations, pose en principe que la moitié des femmes atteintes de cette névrose n'a pas d'attaques. Et cela est vrai surtout des femmes du monde, qui ont le plus souvent l'hystérie non convulsive.
L'attaque peut être un phénomène du début, sinon elle survient dans la première ou au plus dans la deuxième année. Ces données sont cependant très-approximatives, parce que le début est difficile à préciser chez les femmes nerveuses.
Elle survient quelquefois sans cause appréciable ; dans d'autres cas, elle a pour point de départ une excitation sensible quelconque, en particulier des organes génitaux : toucher vaginal, examen, compression du ventre, etc. Le plus souvent il y a eu une impression psychique : conscience d'être observée, désir d'attirer l'attention sur soi, vue de plusieurs personnes l'observant et l'interrogeant, émotions vives, peine ou joie, colère, etc. L'époque de la menstruation, la vue d'une autre attaque, peuvent aussi provoquer les convulsions.
'Lq^ prodromes peuvent manquer, durer aussi quelques heures et même quelques jours.
Ils consistent en un malaise indéfinissable: inquiétude, impatience, impossibilité de faire un travail continu ou de rester en place. La femme pleure et rit sans causes malgré elle. L'appétit et la digestion sont troublés; il y a des bâillements, des soupirs, de la douleur et de la constriction épigastriques. Le malaise est tel quelquefois que la femme désire l'attaque, qui lui rend une santé plus complète.
L'attaque commence souvent par une sorte d'awra à point de départ variable.
Pour les anciens, depuis Hippocrate jusqu'à Ch. Lepois, le pointdedépart unique et constant était dans l'utérus. Récamier a cru sentir par le toucher, pendant la convulsion hystérique, des contractions vermiculaires que personne n'a retrouvées depuis. Le plus souvent, d'après Briquet, le point de départ serait à l'épigastre ; il y a là tout de suite un sentiment de constriction ou de chaleur brûlante.
Oharcot a insisté sur les faits dans lesquels l'aura part d'un ovaire, ou tout au moins de la région ovarienne dans une fosse iliaque. Ici encore, du reste, la douleur gagne rapidement le creux épigastrique, qui est le premier nœud de l'aura (Piorry) .
Dans des cas rares (31 fois sur 221, d'après Briquet), l'aura part des membres, des extrémités ou de la totalité des membres inférieurs ou supérieurs, quelquefois d'un seul membre. Chez ces malades, la sensation gagne le tronc, puis le creux épigastrique : la constriction épigastrique est ainsi toujours produite, quoique tardivement.
Enfin, dans quelques cas, le début se fait par une période déjà plus avancée de l'aura : la malade éprouve d'emblée la sensation de strangulation, ou même les troubles céphaliques : céphalalgie, vertiges, étourdissement ; et tout de suite après survient la perte de connaissance.
Dans les faits ordinaires qui ne rentrent pas dans cette dernière catégorie, la constriction épigastrique est immédiatement suivie de la sensation de boule, qui est commele second nœud de l'aura. Une sorte de globe monte en quelques secondes ou en quelques minutes, de l'épigastre au bord supérieur du sternum et plus souvent jusqu'au larynx, où il s'arrête et produit une sensation d'étranglement, d'étoulfement, qui persiste quelque temps, à en juger par les mouvements de la malade, qui cherche à s'en débarrasser pendant l'attaque elle-même.
En même temps commencent les palpitations, qui continuent pendant l'attaque, en augmentant m.ême d'intensité. Seulement les malades en ont maintenant conscience.
Très-souvent enfin, l'aura aboutit à des phénomènes plus élevés, céphaliques, décrits par Oharcot : sifflements comparables au sifflet du chemin de fer, dans les oreilles et spécialement dans l'oreille correspondante à l'ovaire point de départ ; sensation de coup de marteau sur la région temporale de ce côté ; enfin obnubilation marquée delà vue, toujours du même côté. — Ces phénomènes peuvent même quelquefois se produire d'emblée : c'est l'aura céphalique de Bernutz.
En somme, on voit qu'il y a un type d'aura complète et divers autres types incomplets formés par la suppression d'un ou plusieurs stades du début de cette aura. L'aura complète comprend : l'ovaire, le creux épigastrique, la boule et la tête (Charcot). Supprimez le premier temps à l'ovaire : vous avez le type à point de départ épigastrique (Briquet, Bernutz) . Supprimez enfin le creux épigastrique et la boule, et vous avez les cas à aura céphalique (Bernutz).
Au moment de la strangulation, souvent la malade pousse un ou plusieurs cris qui annoncent la perte de connaissance. Ces cris sont très-différents du cri isolé, rauque, sinistre (comme dit Bernutz) de l'épileptique. — Ils se prolongent quelquefois tout le temps de l'attaque et ressemblent plutôt aux cris de souffrance d'un opéré.
Alors la malade tombe. La chiite ne se fait pas n'importe où, comme dans l'épilepsie. Aussi est-il très-rare que la femme se fasse mal ou se brûle en tombant contre une pierre ou dans le feu. C'est là un caractère vrai de l'hystérie ; il faudrait se garder de conclure de là à la simulation
dans un cas donné. C'est la conséquence de la conservation de connaissance pendant tout le début de l'attaque et du pressentiment qu'ont les hystériques de l'imminence de l'attaque.
A partir de ce moment, la malade est dans un état apparent de perte de connaissance complète. Elle ne sent plus rien, ne répond rien, ne peut plus agir spontanément. Mais ici il faut nécessairement distinguer les cas légers et les cas graves.
Dans les premiers, la perte de connaissance n'est qu'apparente. La malade voit et surtout entend tout ce qui se passe autour d'elle, sans pouvoir réagir ni le manifester ; mais elle se rappelle ensuite tout ce qui se passe pendant l'accès. D'où ce précepte, généralement donné, de ne jamais rien dire, pendant une attaque d'hystérie, que l'on veuille cacher à la patiente. Dans certains cas bénins, il serait même possible à quelques malades de mettre fin à leur accès sous l'influence d'une violente émotion, d'une secousse puissante, à la seule vue d'un seau d'eau ou d'un arrosoir qu'on leur destine.
Mais ce caractère n'est pas absolu, et dans les cas graves la perte de connaissance est tout aussi complète que dans l'épilepsie. La malade ne se rappelle plus rien de ce qui se passe autour d'elle ou en elle.
A ce moment, la suffocation est à son maximum et l'aspect général exprime cette dyspnée, qui peut aller jusqu'à la menace d'asphyxie. La figure est vultueuse, injectée ; elle garde cependant son expression habituelle, et en cela elle diffère du faciès de l'épileptique, qui a un aspect particulièrement repoussant. Le cou est tuméfié, les carotides battent violemment ; les veines cervicales sont gonflées, distendues.
Ces phénomènes sont si intenses que quelques observateurs, Marshal Hall notamment, ont voulu attribuer les convulsions ultérieures au spasme laryngé lui-même. Partant de cette idée, on a même fait en Angleterre des trachéotomies qui n'ont pas empêché les convulsions.
Briquet avait déjà observé une femme précédemment trachéotomisée pour un œdème de la glotte, et qui avait des attaques malgré sa canule. Bernutz ajoute contre la théorie de Marshal Hall les cas où toute l'attaque est constituée par des crises d'oppression extrême, des menaces d'asphyxie, sans convulsions d'aucune sorte.
Cette phase est du reste en général très-courte, et bientôt surviennent les convulsions. Deux caractères très-importants de ces convulsions sont : la grande étendue des mouvements et le désordre de leur succession.
L'étendue des mouvements est très-considérable : ce sont des convulsions cloniques dans toute la force du terme. La malade déplace ses membres et la totalité de son corps dans le lit par une série de mouvements désordonnés qui, pris individuellement, ressemblent aux mouvements physiologiques, tandis que les secousses de l'épilepsie ou de l'éclampsie ne ressemblent à rien de physiologique.
L'irrégularité de succession est extrême : la flexion succède à l'extension, et inversement, sans ordre, passant d'un membre à l'autre, etc. Bernutz compare avec raison cet état à une lutte suscitée par la sou9"rance, la souffrance paraissant être au gosier. L'ennemi, la cause de tout le mal est là, et beaucoup de mouvements semblent combinés pour entraîner et chasser ce globe gênant.
La figure reste en général indemne, assez calme, et ne grimace pas.
Bientôt les mouvements deviennent moins étendus, moins désordonnés ; la face est moins turgide, l'oppression diminue. On pense que tout va rentrer dans l'ordre et que la malade va reprendre connaissance ; c'est ce qui arrive souvent en effet. Mais d'autres fois, sous l'influence d'une cause insignifiante ou sans cause, un nouveau cri se fait entendre, et un nouvel accès se développe : il peut y en avoir deux, trois et même plus, avant la fin totale de la crise.
Quand l'accès touche réellement à sa terminaison, la malade peut reprendre directement connaissance après les convulsions, et tout est fini. Mais souvent aussi il y a une période intermédiaire intéressante.
La face s'anime et reflète diverses expressions ; les yeux eux-mêmes interviennent dans le jeu de la physionomie, et l'on reconnaît le tableau d'une femme qui a des hallucinations. Ainsi, nous verrons se produire toute la mimique de la peur: yeux hagards, grands ouverts et fixes, regardant dans le vide et semblant fixer un objet qui fascine et effraie la patiente. Puis ce sera la colère. Souvent c'est la volupté : expression^ de figure, inclinaison des yeux portés en haut et en dedans, à moitié cachés sous la paupière supérieure ; spasme cynique, projection du bassin en avant. — Beaucoup d'auteurs anciens avaient même avancé qu'il y avait alors, à la fin de l'accès, une sécrétion abondante de mucus vaginal. La chose est difficile à contrôler ; Bernutz l'aurait constatée une fois.
Enfin ces diverses expressions s'effacent, les yeux se remplissent de larmes et la malade éclate en sanglots. C'est la crise après laquelle la connaissance revient entière.
Chez d'autres, c'est le rire qui termine la scène, rire fou, nerveux, convulsif. Il s'accompagne souvent d'un demi-délire, quelquefois incoliérent et inintelligible, mais d'autres fois très-imagé et à certains moments indiscret et compromettant. C'est à cette période qu'une malade de l'hôpital Saint-Eloi chantait des airs d'opérette qu'elle n'aurait pas avoué connaître dans l'intervalle de ses crises.
Voilà l'attaque ordinaire, dans laquelle toutes les phases sont représentées. Il est bien entendu que dans chaque cas particulier telle ou telle phase peut manquer ; c'est même la règle.
Nous devons maintenant décrire à part une autre forme d'attaque, avec prédominance des convulsions toniques, qui représentent en grande partie l'épilepsie vraie.
Certains auteurs voient dans l'hystéro-épilepsie une maladie particulière, sorte d'hybride de l'épilepsie et de l'hystérie. Pour Charcot, au contraire, c'est une forme de l'hystérie vraie : hystérie épileptiforme. C'est à ce dernier titre que son étude doit être faite ici.
L'épilepsie et l'hystérie peuvent bien se superposer chez le sujet ; seulement alors les crises des deux névroses sont distinctes. On discerne en général ce qui appartient à l'une et ce qui appartient à l'autre, non-seulement comme attaques mais comme début et terminaison.
Un cas de Landouzy, cité par Briquet, est spécialement remarquable à ce point de vue. Une jeune femme, épileptique depuis son enfance, se marie à 18 ans . dissimulant sa maladie. La révélation de cette triste névrose entraîne dans le ménage des inquiétudes morales de tout ordre ; rhystérie se superpose alors à l'épilepsie. Les deux maladies évoluent en même temps, mais d'une manière distincte. Plus tard une grossesse ramène la paix entre les époux : l'hystérie disparaît, mais l'épilepsie reste.
Voilà comment les deux névroses se superposent et coïncident chez le même sujet, tout en restant distinctes. C'est presque comme une pneumonie se déclarant chez un épileptique ou une fracture de jambe évoluant chez un tuberculeux.
Ce n'est pas de ces faits-là que nous devons nous occuper ici, mais des formes mixtes, de ce que l'on appelle l'hystéro-épilepsie ou hystérie épi-
' L'Observ. III de VIconogr. photogr. de la Salpêtrière (tom. I) est un bel exemple de cette superpositioa. Dans ce cas, voici ce qui distinguait les attaques d'hysléro-épilepsie et les accès d'épilepsie.
Attaques d' hystéro-épilcpsie. Accès d'épilepsie.
Pas d'aura. Pas d'aura.
Souvent cris répétés, prolongés au Un cri étouffé au début seulement. début et pendant la période clonique ; rarement absence de cris.
Rigidité générale; attitude variable Rigidité générale; attitude constante, des membres ; crucif'ement.
Mouvements cloniques très-étendus. Quelques secousses cloniques; limi-
irès-variables ; projection du thorax, tées, tout à fait temporaires. du bassin; tortillements, etc.
Tympanisme. Pas de tympanisme.
La compression ovarienne arrête l'at- Elle est sans action sur les accès, taque .
Retour rapide de la connaissance. Sommeil profond et prolongé ; stupeur consécutive.
Délire; chants. Délire violent.
Attaques par séries durant quatra Accès isolés, à ciaq heures.
leptiforme, de la maladie des femmes qui ont ce que l'on appelle à la Salpôtrière des attaques-accès.
En général, l'hystérie ne devient pas épileptiforme ; le plus souvent elle l'est d'emblée dès la première attaque.
La crise commence ordinairement par une aura qui est l'aura hystérique décrite. Puis survient la première phase de l'attaque, qui est la plus épileptique ; elle est franchement tonique : cri subit, pâleur extrême, chute, perte de connaissance, distorsion des traits de la physionomie, puis rigidité tonique de tous les membres, tels en sont les éléments principaux. On peut aussi voir, ici comme dans l'épilepsie, de petites secousses, des convulsions cloniques régulières, rhythmiques, prédominant dans un côté. Mais la face est congestionnée, violette ; la bouche est remplie d'écume quelquefois sanguinolente (à cause de la morsure de la langue et des lèvres). Enfin, souvent après tout cela surviennent le relâchement musculaire, le coma et la respiration stertoreuse.
Richer et Regnard ' ont représenté cette phase graphiquement. En appliquant le tambour enregistreur du myographe sur les muscles de la partie antérieure de l'avant-bras, on distingue facilement trois phases : la première (tonique) est marquée par une ligne ascendante diversement ondulée et suivie d'un plateau qui répond au maximum de contraction du muscle ; la deuxième (clonique) est représentée par une sorte de dentelure d'abord très-fine ; peu à peu les dents augmentent d'étendue à mesure que la courbe descend vers la résolution; enfin, dans la troisième (de résolution ou de sommeil stertoreux) , le muscle, complètement relâché, est sans mouvements et l'aiguille du myographe trace une ligne droite.
Telle est la période épileptique de la grande attaque hystéro-épileptique, qui est faite sur le modèle de l'attaque d'épilepsie vraie.
La deuxième période de l'attaque est ensuite franchement hystérique. Les mouvements prennent une grande étendue et portent sur tous les muscles des membres et de la face, avec un caractère intentionnel plus ou moins marqué.
C'est la période que Cbarcot appelle période des contorsions. « La malade s'asseoit sur son lit et se rejette brusquement en arrière, et cela à plusieurs reprises successives avec une violence inouïe ; d'autre part elle se plie en forme de pont, en prenant ses points d'appui seulement sur la tête et sur les pieds2. Enfin, dans cette période, la malade prend les poses les plus excentriques, les plus grotesques, si bien qu'on pourrait l'appeler la période du clownisme. Si on la réveille eu ce moment, elle entre en délire et commence à vous raconter son histoire, toujours la même.
' Soc. de BioL, 13 juillet 1878. Gaz. hebclom., 1878,30. 2 Oa peut aussi observer cette variété spéciale, que l'on appelle le crucifiement (Voy. Iconogr. photogr. de la Salpêlrière).
» La troisième période est celle des attitudes passionnelles. Le regard devient fixe et exprime tantôt la crainte, tantôt la joie, tantôt le cynisme le plus accentué ; c'est dans cette période que la malade décrit des scènes d'amour, voit des fleurs, entend de la musique; puis, passant à des idées plus sombres, raconte une scène d'assassinat, voit un ennemi, voit du sang, etc.
)) La quatrième période est celle que Oharcot a appelée post-hystéro-épileptique ou période des hallucinations, période pendant laquelle la malade voit des animaux, le plus souvent des rats, des serpents, des \ipères, en général des animaux noirs. Puis tout est fini, à moins qu'une nouvelle attaque ne recommence avec les mêmes phases i. »
Ces diverses phases s'enchevêtrent, et l'une ou l'autre prédomine suivant les cas.
Pour démontrer que ces faits appartiennent à l'hystérie et non à l'épilepsie, Charcot fait remarquer d'abord que les convulsions toniques ne sont pas exceptionnelles dans l'hystérie. Briquet avait déjà observé des cas avec raideur semi-tétanique qui peuvent servir de transition. Wyet vient même de rapporter l'histoire d'une malade chez laquelle les attaques simulaient le tétanos et l'empoisonnement par la strychnine-.
De plus, dans ces hystéro-épilepsies, on ne constate jamais de petit mal, de vertiges ; la compression de l'ovaire ou le passage d'un courant électrique de la tète aux pieds arrête ou modifie l'attaque; il n'y a jamais d'obnubilatiou de l'intelligence et de démence ; la température, si elle est élevée pendant l'attaque, ne reste jamais élevée pendant l'état de mal.
Nous reviendrons du reste sur tous ces caractères. La question importante à retenir pour le moment, c'est que ces cas appartiennent à l'hystérie et ont le pronostic de l'hystérie, ce qui est capital.
En dehors de ces deux types (l'attaque ordinaire et l'attaque épileptiforme), qui sont les plus fréquents, il y a d'autres formes d'accès. — Ainsi, on connaît la forme cataleptique, sur laquelle nous n'avons pas à insister et que nous avons décrite^ ; la îormesyncopale, qui n'est du reste pas trèsfréquente (Briquet l'a trouvée dans 11 cas sur 400). Quelquefois la syncope constitue toute l'attaque : la malade reste sans connaissance, pâle et inanimée ; après une crise de quelques minutes, surviennent les sanglots et les pleurs ; ou bien il y a retour simple de la connaissance ; chez d'autres la syncope est la terminaison d'une attaque ordinaire'*.
Les attaques d'extase sont une sorte de variété de la catalepsie. On ob-
1 Gaz. hebd., 1878. 477.
^Rtv. des Se. méd., XII, 179.
^ Voy. plus haut le chap. XI de l'art. IL
^ On trouvera plusieurs exemples d'attaque syncopale dans VIconojr. phologr. de la Salpêlrière (Voy. notamment l'Obs, m du tom. II).
serve aussi des accès de somnambulisme qui peuvent alterner avec des attaques coavulsives. Si l'on réveille le sujet pendant une crise de somnambulisme, il peut avoir un accès convulsif. — Il y a encore des attaques de sommeil, de coma ou de léthargie. Le sommeil survient en général d'emblée ; nous en citerons une remarquable observation du D"" Armaingaud, à propos des troubles vaso-moteurs. Le coma termine le plus souvent l'attaque convulsive ordinaire. Les livres sont remplis d'bistoires de mort apparente simulée par des léthargies, de résurrections survenant même quelquefois seulement au second coup de rasoir de l'autopsie, comme cela arriva à Vésale, d'après Ambroise Paré.
Nous n'insisterons pas sur ces formes rares, qui sont faciles à concevoir.
B. Convulsions partielles. — Nous devons les envisager successivement dans les divers grands appareils.
a. Du côté du tube digestif, nous trouvons d'abord la sensation de boule, qui est produite par la convulsion, certainement la plus fréquente de tout cet appareil.
Ce phénomène manque chez peu d'hystériques. Briquet l'a trouvé 370 fois sur 400. Il varie seulement de forme et de fréquence.
Quand il est complet, la malade sent une boule qui monte du creux épigastrique au gosier, et là s'arrête, serre la gorge et produit une sensation pénible de cunstriction, de strangulation. Quelquefois le phénomène de la strangulation se produit seul et d'emblée : la malade éprouve un étouffement, un serrement, comme on le ressent dans les émotions vives quand on a peur. — En dehors même de l'hystérie, cette constriction à la gorge est un phénomène nerveux très-fréquent. C'est un des éléments principaux du frac des acteurs, des examens et des concours.
Il y a du reste divers degrés dans cette constriction : 1 . c'est une sensation de corps étranger avalé et immobilisé dans le pharynx, que l'on ne peut faire 'ni monter ni descendre; 2. c'est une sensation de doigts ou de cordon serrant le cou ; 3. c'est une strangulation complète avec impossibilité de déglutir.
Quelquefois il y a même une sorte d'horreur pour les liquides. Chez une malade de Landouzy, une mie de pain dans un verre d'eau produisait des convulsions terribles. Quelques patientes ne peuvent pas boire du tout; d'autres, au contraire, ne peuvent vaincre le spasme qu'à force de boire. Une malade de Sauvages était obligée, à chaque morceau qu'elle avalait, de boire un verre d'eau; pour ne pas montrer cette inflrmitô, elle fut réduite à manger seule pendant plus d'un an.
Hippocrate et tous les anciens, sauf Galien, jusqu'à Feroel, au xvi'= siècle, attribuaient le phéiiouiènc de la boule à l'ascension de l'utérus. Ce symptôme est essentiellement produit par des contractions péristaltiques de l'œsophage se faisant de bas en haut et par une contraction circulaire consécutive du pharynx, en même temps qu'un spasme du larynx.
En descendant dans le tube digestif, nous trouvons comme convulsions partielles, du côté de Testomac : les vomissements. (Nous parlerons plus tard des vomissements, liés chez les hystériques à Tischurie et à Tanurie.)
A un premier degré de convulsion, le vomissement ne se réalise pas ; il y a simple contracture de l'estomac. La malade sent au creux, épigastrique une sensation de contraction profonde ; Testomac se serre. Quelquefois c'est l'origine et le point de départ de la boule ; d'autres fois tout se borne là.
A un deuxième degré, le vomissement est complet. Le phénomène est quelquefois passager, plus souvent tenace, et peut durer des mois entiers. Et cependant on remarque une conservation relative de la nutrition, un certain degré de fraîcheur et d'embonpoint ; les forces déclinent un peu, mais l'aspect extérieur ne se modifie pas. Bernutz cite un exemple de cet ordre après quinze mois.
Quelquefois les vomissements sont incoercibles et se produisent après chaque repas. La défécation est supprimée. Il faut nourrir les malades par lavements.
Ici se pose une grosse question que beaucoup d'auteurs ont discutée, et que Briquet résout affirmativement : les aliments peuvent-ils franchir la valvule iléo-cœcale de bas en haut, et les malades peuvent-elles vomir ce qui est administré en lavements ?
La chose est fort difficile à décider, à cause de la simulation. Pour se rendre intéressantes et paraître extraordinaires, les malades peuvent se livrer à toutes sortes d'actes inimaginables. Ainsi, Jaccoud cite un fait de Nysten dans lequel la tromperie fut reconnue : la patiente avalait des boulettes de matières fécales qu'elle rendait ensuite.
Barthez a discuté la même question à propos de la passion iliaque. En tout cas, voici un fait de Briquet très-curieux à cause de la précision des détails et de la rigueur avec laquelle il parait avoir été observé. Je le livre sans commentaires.
Une hystérique de 27 ans, dans un état de somnolence habituelle, prend du café et le vomit. On administre du café en lavement : après une demi-heure, elle éprouve du malaise, des cohques, des gargouillements, puis des nausées, et elle finit par vomir le café lun tiers du lavement environ). Deux jours après, l'expérience est refaite tout entière devant Briquet, qui surveille: elle vomit le café. On varie alors l'épreuve. On ajoute beaucoup de magnésie au café : le café est vomi avec des traces de magnésie. Sans prévenir la malade, on lui donne un lavement avec de la teinture de tournesol bleue : douze minutes après, la teinture de tournesol était vomie et tournait au rouge. Enfin on donne un lavement d'eau salée : un quart d'heure après, la malade vomit un liquide où le nitrate d'argent révélait beaucoup de chlorures.
Uintestin peut aussi être le siège de convulsions successives ; les faits précédents h prouvent déjà.
HYSTERIE. yjj
Les horhorygmes sont dus à un mélange de convulsions et de paralysies : pneumatose intestinale et cheminement bruyant de ces gaz. Certaines hystériques ont dans leur ventre un bruit considérable que Ton peut entendre de très-loin et qui constitue une grande curiosité. Souvent il y a aussi des éructations gazeuses.
D'autres fois des contractures circulaires se produisent en deux points de l'intestin, emprisonnant des gaz et des matières dans le segment interposé, qui forme une tumeur limitée, bizarre, pouvant se déplacer. Ce sont ces tumeurs en mouvement qui ont donné les sensations d'utérus en migration à Hippocrate et à Fernel. Quelquefois elles s'accompagnent d'assez vives douleurs.
p. Dans l'appareil 7'espiratoire, nous étudierons d'abord les troubles vocaux.
Les convulsions courtes des muscles du larynx et du thorax donnent lieu à une sorte de cri plus ou moins aigu. Quelquefois ces convulsions sont prolongées et avec une espèce de coordination, ce qui produit un cri soutenu particulier, simulant la voix de certains animaux : aboiement, hurlement des chiens, miaulement du chat, rugissements ; glapissements, gloussement des poules, grognement du cochon, coassement des grenouilles.
L'apparition de ces cris est plus ou moins fréquente , quelquefois périodique et régulière.
L'imitation a ici une influence toute particulière. Une jeune fiUe hystérique avait un spasme respiratoire de cet ordre; après quelques jours de séjour à la campagne, elle imitait l'aboiement des chiens de basse-cour. Itard raconte que dans un pensionnat, une jeune fille poussait des cris avec soulèvement des épaules en entendant la cloche de l'étaWissement. Bientôt quelques autres élèves présentèrent le même phénomène. On les renvoya chez elles, où elles guérirent vite. La première fut guérie par l'humiliation qu'elle éprouvait à pousser des cris en public : on la mena dans des rues fréquentées et au milieu du monde.
On trouvera dans les auteurs l'histoire de plusieurs épidémies d'aboiements. Une jeune fille qui jappait comme un chien fit japper quatre de ses compagnes dans la même salle de l'Hôtel-Dieu. A Oxford, une épidémie d'aboiements débuta par deux familles dans lesquelles cinq sœurs furent affectées.
Ou observe encore des convulsions portant smVacte respij^atoire même. Tel est Vasthme, asthma utcri des anciens; tel est encore le hoquet^ ijui est souvent tout particulier et bruyant; il peut même devenir gênant pour les personnes voisines; on a noté des épidémies de hoquet et de vrais cas de contagion. Tels sont encore les élernuments^ et surtout les bdillemcnls.
' Brodie cite [Progr. mal., 1880, ô5'J) deux cas curieux dans lesquels il y avait
On a noté également les rires ou les pleurs , avec un caractère franchement convulsif et indépendamment de toute gaîté. Houllier cite les filles d'un président de Rouen qui étaient prises d'un fou rire qui durait une ou deux heures. Alors la mère et les parents arrivaient, et en les voyant ainsi se mettaient, eux aussi, à rire involontairement; mais bientôt ils s'arrêtaient, exhortaient les malades, les grondaient, les menaçaient. Le père pleurait, rien n'y faisait : les jeunes filles riaient toujours et assuraient qu'elles ne pouvaient pas s'empêcher de rire.
Briquet a vu également une malade qui était prise d'accès de rire involontaire que le chagrin même n'empêchait pas; il lui arrivait souvent de rire quand elle avait envie de pleurer, et quelquefois elle riait et pleurait presque en même temps. Quoiqu'elle eût des sentiments pieux trèssérieux, elle était parfois prise de ce spasme inextinguible à l'église pendant les offices.
Je citerai enfin la toux hystérique, déjà bien décrite par Sydenham, de nouveau étudiée par beaucoup d'auteurs, Lasègue entre autres. Ce phénomène serait plus fréquent chez les jeunes filles que chez les femmes au-delà de 30 ans. Ce n'est jamais un phénomène primitif; on ne le rencontre guère que dans l'hystérie confirmée.
Elle est produite par des causes diverses : laryngite ou bronchite, suppression des règles, excitation respiratoire par une marche forcée, par un air chargé de fumée; d'autres fois elle survient sans cause appréciable. — Elle constitue un symptôme très-fatigant, pénible, même pour les assistants. Quelquefois continue et incessante, elle ne donne de répit que la nuit. Elle survient le plus souvent par accès de plusieurs heures, souvent irréguliers, quelquefois périodiques.
La malade éprouve d'abord une titillation très-gênante à la gorge, un picotement; puis commence la toux, avec un son aigre, très-aigu, toujours le même chez la même malade. Elle ne s'accompagne d'aucune expectoration, ne correspond à aucun signe d'auscultation , sauf quelquefois un peu de sibilance à l'expiration. — La toux cesse presque toujours la nuit : c'est là un caractère important.
Après un temps variable de quelques mois à un ou deux ans, la toux disparait, quelquefois graduellement, le plus souvent brusquement, après une émotion, par exemple.
Le diagnostic est quelquefois difficile d'avec la phthisie au début. Comme le dit Bernutz, l'anémie est souvent profonde, elle entraîne des étouffements et des palpitations à la moindre fatigue; il y a des troubles dyspeptiques, des points d'hyperesthésie dans la poitrine et le long du rachis,
dus accès d'élernumeat. Chez une des malades, les crises revenaient une fois par semaine, et chaque fois elle avait une centaine d'éternuments ; l'écoulement qui tombait des narines sulïisait à tremper un mouchoir.
quelquefois môme des accès de fièvre erratique. Les troubles menstruels pourront entraîner des hémoptysies complémentaires ou supplémentaires, et à ce moment on trouvera des râles sous-crépitants et de l'obscurité respiratoire sous la clavicule. Bernutz cite deux observations de cet ordre dans lesquelles on pouvait très-bien croire à la présence de tubercules.
7. Du côté de Vappareil circulatoire, les malades éprouvent des palpitations, survenant le plus souvent par crises qui peuvent se prolonger beaucoup. Les battements cardiaques peuvent s'élever à 120, 160 pulsations, souvent avec irrégularité. Il n'y a rien en général à l'examen physique direct, sauf quelquefois un peu plus d'éclat dans les bruits.
Les contractions du cœur sont parfois très-fortes : la tête du médecin est soulevée. D'autres fois, au contraire, elles peuvent être très-faibles et donnent à l'auscultation une espèce de sensation comparable à celle d'une souris qui gratte sa cage. — Dans certains cas enfin, la malade éprouve des douleurs névralgiques concomitantes.
S. Certains phénomènes peuvent affecter Vappareil génito-uri7iaire. Ainsi, le spasme du col vésical supprimera l'émission de l'urine ; c'est un état qu'il faut bien distinguer de l'ischurie par diminution de sécrétion : le cathétérisme jugera la question en faisant uriner le malade.
La vessie peut participer aux convulsions : pendant les crises, sous l'iafluence d'une émotion, l'urine s'échappe involontairement.
Les convulsions des uretères peuvent se produire douloureuses et simuler les coliques néphrétiques.
Les sphincters sont enfin parfois le siège des spasmes ; la défécation et le toucher rectal deviennent impossibles. Un phénomène analogue du côté du vagin constitue le vaginisme.
s. Les muscles striés sont, eux aussi, chez certaines malades, le siège de convulsions partielles qui peuvent prendre la forme choréique ou la forme de tremblement.
La chorée a été constatée 21 fois sur 430 cas. Ce n'est pas en général la chorée vulgaire, mais ordinairement une forme de chorée rhythmique.
Quelquefois on observe des mouvements de flexion et d'extension du corps ; ce phénomène a été noté dans certaines épidémies. D'autres fois les malades présentent divers tics : clignotement, nystagmus, chorée rotatoire, salut, mouvements incessants d'épaule au point d'user les vêtements.
Le plus souvent de courte durée, ces mouvements peuvent se prolonger pendant des mois et même des années. Bernutz avance que dans ces cas la peau peut s'altérer par le frottement, et on voit des accidents généraux se développer. Tout peut aussi disparaître brusquement.
Bernutz cite une demoiselle dont le membre inférieur était le siège d'une convulsion régulière revenant trente fois par minute : c'était une flexion forcée suivie d'une extension brusque qui portait le pied contre le front, qu'on avait dû garnir de linges pour éviter les contusions. Cet état dura
plusieurs mois, malgré toute espèce de traitement, et puis disparut brusquement un jour, après une émotion.
Oharcot a cité un fait analogue dans une récente leçon clinique sur la Chorée rhythmique hystérique^
On voit, dit-il, « le tronc s'infléchir fortement sur le bassin, entraînant la tête, qui à son tour s'incline sur la poitrine, et il est un moment où le front ne s'éloigne guère plus de 50 centim. du genou droit, qui dans ce temps-là est dans l'extension forcée ; puis la tête et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire qui figure un demi-cercle parcouru tout à l'heure en sens inverse dans le mouvement de flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis l'occiput, retombent lourdement sur l'oreiller ; presque aussitôt ce mouvement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension, et ainsi de suite. On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition même et par son exagération^.»
Chez d'autres hystériques, on observe du tremblement. Oe phénomène n'est jamais continu. Ce sont des accès très-faciles à provoquer, surtout chez les femmes à caractère craintif, et notamment chez celles qui ont été maltraitées dans leur jeunesse.
C'est encore dans ce groupe qu'il faut placer les secousses que l'Ecole de la Salpêtrière a décrites chez les hystériques ; Briquet et Landouzy ne les avaient pas mentionnées. Du reste, cet accident, s'il est fréquent dans l'hystérie, ne lui est point particulier, car il n'est pas rare de le rencontrer chez les épileptiques, du moins chez les femmes épileptiques^.
C. Contractures. — Pomme a parlé, le premier, du raccourcissement des extrémités dans la paralysie hystérique. Ces contractures ont été trèsbien étudiées dans ces derniers temps par Charcot et ses élèves, notamment Bourneville et Voulet.
Ce n'est pas là un phénomène du début ; généralement il ne paraît que dans l'hystérie consommée, souvent après les paralysies et les anesthésies, et, dans ce cas, les contractures atteignent les membres paralysés, comme dans les lésions cérébrales.
On observe quelquefois des signes précurseurs dans le membre qui va se contracturer : fourmillements, engourdissement, crampes, sensations douloureuses, mais le plus souvent le début est absolument brusque. — ■ Les accidents présentent du reste diverses formes cliniques : hémiplégique, paraplégique ou circonscrite.
Dans le type hémiplégique, le bras est le plus souvent en flexion; quelquefois, mais plus rarement, en extension. Dans ce dernier cas, il est rigide
1 Progr. méd., 1878, n» 6.
2 Voy. aussi l'Obs. I du tom. II de V [conogr. phologr. de la Salpêtrière. ^ Jcnnogr. phologr. de la Salpêtrière, tom. I, pag. 94.
le long du corps. Ou encore, il est en extension et adduction ; la malade le porte derrière le dos en le tordant ; la torsion peut même aller au point de produire une luxation de l'épaule. Le membre inférieur est ordinairement en extension, avec pied bot varus équin, qui est le vrai pied bot hystérique, la face plantaire en dedans.
Il y a ensuite certaines formes exceptionnelles. Ainsi, Lasèguea vu les extrémités inférieures fléchies au point que les genoux venaient toucher le menton.
Dans le type paraplégique, le début se fait quelquefois par un membre, puis la contracture gagne l'autre. C'est le type complet de l'extension et de l"adduction extrêmes: les genoux se touchent et ne peuvent pas être séparés.
Enfin, la contracture peut envahir les quatre membres, toujours suivant les mêmes types.
En face de ces contractures plus ou moins étendues que l'on rencontre chez les hystériques, il nous reste à étudier les contractures partielles qui peuvent affecter divers groupes musculaires.
Souvent provoquées par une excitation sensible plus ou moins énergique, elles peuvent alors être considérées comme des réflexes exagérés et permanents. Ainsi, une jeune fille hystérique reçoit en jouant un grain de sable dans l'œil droit : aussitôt survient une contracture de l'orbiculaire des paupières qui dure trois mois. Une autre malade se pique l'index avec une aiguille : le doigt reste fléchi en crochet pendant des mois *. — Cette cause peut aussi manquer.
La contracture atteint quelquefois la moitié de la face et fait croire à une paralysie du côté opposé; Moutard-Martin a relevé une erreur de ce genre. Landouzy a trouvé deux fois le trismus. Briquet a observé la contraction des muscles de la langue, qui devient raide, immobile, et se tient constamment hors de la bouche. Charcot a constaté une contracture simultanée de la langue, et du voile du palais. Il y a aussi un torticolis hystérique. Boddaert, Charcot et d'autres ont décrit un pied bot hystérique, pied bot varus équin isolé.
Galezowski a aussi observé quelquefois des contractures dans différents muscles de l'œil, entre autres dans l'orbiculaire ou dans les muscles droits externes ou internes du globe. La contracture peut, dans des cas tout à fait exceptionnels, atteindre les muscles de l'iris et ceux de l'accommodation, et amener par conséquent des modifications notables dans la nature de la vision 2.
1 Voy. aussi sur ce point: Charcot; De ^influence des lésions Iraumaliques sur le développement des phénomènes d' liy s làr le locale (Progr. mcd,, 1878, 18}. — Lasègue-, Ucs hystéries périphériques [Arch. de Méd., 1878, G), et le travail déjà cité de Brodie (Progr. méd., 1879 et 1880).
2 Cunlraclurc hystérique de l'iris el du, muscle accommodakur avec myopie consécutive {Progr. méd., 1878, 3).
Il faut faire une mentioQ spéciale des contractures périarticulaires s'accompagnant de douleurs vives et simulant une tumeur blanche avec immobilité douloureuse de l'articulation. Ce symptôme, qui se présente surtout à la hanche et simule la coxalgie, a une grande importance clinique.
C'est Brodie qui sépara le premier des affections articulaires vraies, inflammatoires, un certain nombre d'arthropathies qu'il appela maladie articulaire hystérique. Les Anglais étudièrent de près ces faits, que Paget traita sous le nom de simulation nerveuse d'affections organiques. En France, on a surtout étudié la coxalgie hystérique, et Blum a nettement résumé dans sa Thèse d'agrégation (1875) l'état actuel de la question.
Ce sont de simples contractures musculaires douloureuses, simulant une vraie arthropathie ; elles appartiennent le plus souvent à l'hystérie confirmée et invétérée, à grandes attaques, à manifestations antérieures multiples. Le phénomène est rarement primitif.
Les articulations le plus souvent atteintes sont : la hanche surtout, puis le genou, la main, le pied et l'épaule.
Le début est souvent soudain. Après une ou plusieurs crises, la conctracture s'établit brusquement. D'autres fois la douleur commence au niveau de l'articulation, lancinante, pulsative, térébrante. Mais (et c'est là un caractère important) elle ne trouble jamais le sommeil et apparaît au réveil avec une nouvelle intensité. Elle occupe habituellement le côté interne de l'articulation et se propage le long du membre. Elle est souvent soulagée par une forte pression et exaspérée par une pression légère. La peau est quelquefois hyperesthésiée. La pression des surfaces articulaires l'une contre l'autre n'est pas douloureuse.
En même temps l'articulation est immobilisée par les contractures : tout mouvement est impossible, volontaire ou communiqué ; le membre rigide prend une attitude fixe. La longueur apparente du membre peut même sembler diminuée.
Le chloroforme fait disparaître les contractures, mais celles-ci reparaissent dès que la malade revient à elle, et il est impossible de profiter du sommeil pour maintenir définitivement les membres redressés. Blum rapporte un fait de Lefort très-curieux à ce point de vue.
Une malade présente une coxalgie hystérique ; on la chloroformise et on applique pendant le sommeil un appareil plâtré laissant le pied libre ; au réveil, le pied se tord en varus exagéré. On applique un appareil plâtré tenant tout : le plâtre ne résiste pas à TefTort des muscles et une contracture nouvelle et semblable réapparaît. Un mois et demi après, nouvelle cbloroformisalion, redressement ; on place la patiente dans une gouttière de Bonnet. Un an après on enlève l'appareil : la contracture reparait. Quelque temps plus tard, nouvel appareil plâtré renforcé par des bandes silicatécs, toujours applique pendant lu chloroformisation ; l'appareil est enlevé deux mois après : la contracture se développe de nouveau. Un mois plus tard,
nouvel appareil avec attelle métallique eu T ; pas de déviation possible : la malade ressent de violentes douleurs dans les muscles contractures. Un jour ces douleurs disparaissent tout d'un coup ; on enlève l'appareil quelque temps après : la contracture était guérie, sauf cependant le pied bot.
Voilà certes un résultat, tout heureux qu'il ait été, qui peut être considéré comme indépendant des appareils inamovibles.
Notons, en terminant la description de ces contractures périarticulaires, qu'il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni gonflement.
On peut encore observer des contractures du côté des muscles lisses : les spasmes déjà étudiés deviennent permanents dans l'œsophage, la vessie, etc. Les anciens admettaient même un ictère vaporeux par contracture du canal cholédoque.
Quand les contractures frappent les membres, elles s'accompagnent en général de trépidation épileptoïde, de ces phénomènes tendineux que l'on rencontre dans la sclérose latérale et que nous avons décrits ailleurs. La chose a été notée par Charcot, même dans des cas où les contractures ont ensuite totalement disparu sans laisser de traces.
Ces contractures peuvent durer très-longtemps, des mois et des années, quelquefois même presque indéfiniment. Mais le fait le plus remarquable de leur histoire est leur disparition subite, immédiate, qui survient, quelquefois sans raison apparente, après un temps vraiment énorme de durée. Pour mieux représenter la chose, je rappellerai comme type l'histoire d'une malade célèbre de Charcot, Etch...
La maladie débute à 34 ans par une attaque convulsive épileptiforme ; les crises se succèdent à partir de ce moment. A 40 ans, apparaissent des phénomènes permanents (ovarie et rétention d'urine). En octobre 1868, hémiplégie. En 1869, la contracture se déclare au membre inférieur et envahit quelque temps après le membre supérieur. Au moment où Charcot faisait ses leçons, elle présentait une contracture hémiplégique type.
Le 21 mai 1875, elle avait toujours une contracture du membre inférieur droit et des membres du côté gauche, datant de six ans; depuis près d'un an s'y était jointe une contracture des mâchoires qui nécessitait l'emploi de la sonde œsophagienne. Il y avait en même temps d'autres phénomènes hystériques.
Le 22 mai, à 7 heures et quart du soir, survient une attaque avec contractures des muscles du cou à gauche, qui portent le menton derrière l'épaule de ce côté. La malade crie; la contracture des mâchoires avait disparu. Elle s'agite; on cherche à la contenir : avec son bras devenu libre, elle repousse ceux qui la tiennent. Elle veut aller à la fenêtre pour avoir de l'air; comme on s'y oppose, sa colère augmente, et, sous cette influence, on voit cesser successivement la contracture de la jambe droite, puis celle de la jambe gauche, enfin celle du bras gauche. On laisse Etch.... se lever; elle marche : à 8 heures, la guérison était complète.
Cliarcot cite encore trois autres cas. Dans l'un, il y avait contracture d'un membre inférieur datant de quatre ans au moins; la malade reçut une vive remontrance pour inconduite; on la menace de la chasser, tout disparaît. Oliez la deuxième, la contracture d'un membre durant depuis plus de deux ans disparaît après une accusation de vol. Chez la troisième enfin, une contracture hémiplégique persistant depuis dix-huit mois disparaît après une vive contrariété.
On comprend l'importance de ces faits, au point de vue pronostique.
2. Paralysies. — Hippocrate parle d'une jeune fille qui, à la suite d'une toux sans importance, eut une paralysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, sans troubles de la face ni de l'intelligence; elle guérit bientôt, en même temps que les règles apparaissaient. C'est là trèsprobablement un cas, déjà bien ancien, de paralysie hystérique.
On trouve une série de mentions de ce phénomène dans différents auteurs; puis il est oublié. C'est Wilson, en 1839, et c'est ensuite Macario, en 1844, qui reprennent la question.
Il s'agit là, du reste, d'un symptôme fréquent. Landouzy le trouve 40 fois dans 370 cas. Briquet 120 fois dans 430 cas; c'est donc chez plus du quart des hystériques qu'on le rencontrerait.
Beaucoup d'auteurs (Landouzy, Macario, Gendrin, Leroy d'Étiolles) ont cru que la paralysie se développe toujours après une attaque convulsive. Piorry a même voulu tirer de cette circonstance toute une théorie : il attribue la paralysie à la déperdition considérable d'influx nerveux qui se fait pendant les crises. La théorie et le fait même sur lequel elle veut s'appuyer sont également faux. On voit souvent la paralysie se produire en dehors de toute attaque.
Chez la moitié de ses malades. Briquet a vu la paralysie apparaître longtemps après les attaques, et quelquefois même sans aucune espèce d'attaque antérieure. J'ai vu récemment une jeune fille, dont je reparlerai, chez laquelle une paraplégie brachiale hystérique a débuté brusquement sans attaque convulsive d'aucune sorte. De plus, les femmes qui ont des attaques non convulsives (léthargiques, comateuses, etc.) sont aussi sujettes que les autres aux paralysies. La dépense nerveuse n'y est donc pour rien.
Les accidents se développent souvent après une affection morale et brusque. Une hystérique, par exemple, reçoit à l'improvistela nouvelle de la mort de sa mère; à l'instant ses jambes tremblent, fléchissent sous elle : elle est paraplégique. Une jeune fille monte le soir un escalier non éclairé; un hom,me déguisé se jette sur elle; dans son effroi, elle veut crier et se sauver : elle chancelle, tombe, et on la porte paralytique.
Quelquefois le phénomène est causé par une fatigue, une marche exagérée. On le voit se développer chez les ouvrières mises en apprentissage forcé, chez des domestiques surmenées, chez les paysannes à l'époque des récoltes, etc. La jeune fille dont je parlais tout à l'heure et que j'ai observée,
était modiste : elle passait des nuits et faisait de grands excès de travail pour nourrir sa famille pauvre ; elle ressentit tout d'un coup une douleur entre les épaules et fut paralysée des deux bras.
D'autres fois la paralysie apparaît en même temps qu'un autre phénomène hystérique disparaît brusquement.
Le début est rapide ou graduel. Dans le premier cas, les choses se passent comme dans l'hémorrhagie cérébrale, sauf la perte de connaissance, ou bien comme dans l'hémorrhagie de la moelle (c'est ce qui est arrivé chez notre malade). Si le début est au contraire graduel, la maladie s'annonce par des phénomènes de fourmillement, engourdissement, etc.
Une fois déclarée, la paralysie présente des degrés variables : 1. C'est un simple engourdissement : les membres sont lourds et moins mobiles; 2. La contractilité musculaire est diminuée, ce qui abaisse la force et la justesse des mouvements; 3. La faiblesse motrice, plus accentuée, permet encore les mouvements des jambes dans le lit, mais ne permet pas la marche d'une manière générale; les mouvements ne sont pas possibles avec un poids à déplacer ; 4. Enfin la paralysie est complète; ce dernier cas est rare. Briquet ne l'a constaté que huit ou dix fois.
Duchenne a posé ce principe que dans les paralysies hystériques la réaction électrique reste normale pour les deux espèces de courant. La proposition est vraie en général. Il y a quelques cas exceptionnels qui s'accompagnent du reste d'atrophie, et dans lesquels on peut par suite supposer , une lésion consécutive. La règle est évidemment la conservation de l'état électrique normal, même après des années.
Ces paralysies sont le plus souvent accompagnées d'anesthésie cutanée et même musculaire. Les malades ne sentent pas les contractions, même quand elles sont produites par l'électricité.
La paralysie apparaît, disparaît et reparaît, souvent sans cause apparente. Une malade de Briquet avait de ces alternatives très-fréquentes. Elle marchait, s'asseyait; puis, sans cause, elle ne pouvait plus se lever. Elle restait paralysée de demi-heure à six mois, et puis, sans cause encore, tout disparaissait, pour reparaître un peu plus tard. La modiste que nous avons citée fut débarrassée de sa paralysie brachiale par une attaque convulsive; à l'époque menstruelle suivante, elle fut prise d'une paralysie dont elle fut ensuite débarrassée par l'émotion produite par une séance d'électrisation faradique.
Le siège de la paralysie peut aussi varier brusquement. Chez une femme, une hémiplégie gauche cesse ; elle est remplacée par une hémiplégie droite. Chez d'autres, la paralysie affecte successivement le bras, la jambe, le larynx, le diaphragme, etc.
De là résultent diverses formes cliniques. La paralysie peut atteindre un côté de la face, mais c'est très-rare. Quelquefois elle frappe un membre ou une partie d'un membre, avec toutes les combinaisons possibles. Pour
les membres, les formes les plus habituelles sont l'hémiplégie et la paraplégie, cette dernière pouvant être brachiale (rare)^
Du côté du larynx, on constate l'aphonie. Le fait était déjà connu d'Hippocrate, qui avait noté des cas de perte de parole subite et se résolvant par une urine claire, aboudante. Tout le monde sait qu'une émotion étrangle la voix : vox faucibus hxsit. L'hystérie crée la permanence de cet état. Eu général du reste, les phénomènes hystériques ne sont que l'exagération et la permanence des phénomènes produits par une vive impression. — L'aphonie apparaît et disparaît souvent brusquement.
Duchenne a noté dans certains cas la paralysie du diaphragme. — On peut encore observer : pour la vessie, la rétention d'urine ; pour le pharynx et l'œsophage, la dysphagie (rare et seulement après des convulsions répétées de ces organes). Pour l'intestin, on trouvera dans Briquet cette étrange affirmation, textuellement reproduite par Bernutz, qu'il n'y a pas de paralysie entre l'estomac et le rectum. C'est là une erreur. La tympanite est au contraire un phénomène de cet ordre. Du côté du rectum, on peut avoir l'incontinence des matières ou la constipation. — Le cœur peut présenter des syncopes (nous en avons déjà parlé).
La durée de ces paralysies est très-variable et souvent fort longue. La terminaison peut être graduelle ; elle survient alors sous l'influence du retour de la menstruation ou de la disparition progressive de l'hystérie ellemême. Mais le plus souvent la terminaison est brusque et survient à la suite de quelque émotion.
Ainsi, Briquet voit en consultation une malade atteinte de paralysie hystérique ; il rédige avec son confrère une consultation avec pronostic favorable : dès qu'elle le sait, elle se met à marcher. Une paraplégique était traitée inefficacement depuis plusieurs mois ; on emploie la noix vomique, qui produit quelques soubresauts. On lui persuade que c'est l'indice du retour des mouvements, et elle marche. Chez notre malade, l'influence, surtout psychique, de i'électrisation fit disparaître la paraplégie ; une attaque convulsive avait guéri la paralysie des bras.
IL La sensibilité peut, comme la motilité, être altérée dans les deux sens ; de là, des hype resthésies et des anesthésies.
1. Hyperesthésies. — a. La peau peut être affectée. La dermalgie n'est cependant pas un phénomène très-fréquent. On la trouverait dans 1/10 des cas. C'est un symptôme bon à connaître au point de vue du diagnostic différentiel.
L'intensité en est variable : depuis une simple exagération de la sensibilité à certains moments, notamment en temps d'orage, jusqu'à l'intolérance de toute pression du doigt, qui donne à la patiente une sensation
1 La paraly sie peut également frapper les quatre membres. Voy. la Thèse de Chevallier; Paris, 1877.
d'aiguilles en faisceaux. — L'étendue est variable aussi. Quelquefois l'hyperesthésie est circonscrite en certains points, l'anesthésie se trouvant sur d'autres points ; ou bien les deux phénomènes alternent dans la môme région, ou encore ils se trouvent réunis aux mêmes points. Ainsi, chez notre malade il y avait une anesthésie positive (elle ne reconnaissait pas les objets) avec une hyperesthésie exquise (hyperalgésie) .
L'extension complète de l'hyperesthésie constitue un affreux supplice pour la malade : elle ne peut rien saisir avec les mains, ne peut pas marcher ou mettre les pieds par terre ; elle ne peut pas même rester au lit et est tourmentée par une insomnie perpétuelle. Quelquefois il y a en même temps une hyperesthésie sensorielle qui crée un état d'impressionnabilité horrible.
On décrit quelques dermalgies particulières. Celle des grandes lèvres et de la vulve produit un vaginisme particulier, pour lequel la dilatation est absolument contre-indiquée ; celle de la mamelle a pu aller jusqu'à en imposer à de grands chirurgiens, qui décidaient l'ablation^, etc.
b. L'hyperesthésie des muscles est très-fréquente. Briquet, sur 430 malades, n'en a trouvé que 20 au plus qui fussent indemnes. La douleur se fait sentir dans les masses musculaires et à leurs points d'attache ; elle ne suit pas le trajet des nerfs et ne présente pas de points névralgiques. La masse musculaire tout entière est douloureuse. La pression, même superficielle, exagère la sensation ; le pli cutané n'est pas douloureux. Les mouvements, le courant électrique, exaspèrent énormément la douleur. Le repos complet est au contraire un sédatif constant. La douleur peut atteindre un très-haut degré d'intensité ; la pression détermine alors des attaques.
Nous décrirons quelques espèces particulières.
a. hR rachialg le est une des plus importantes. Déjà décrite par Sydenham, elle affecte le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, une partie du sacro-lombaire ou le long dorsal. La fréquence de ce phénomène est extrême, c'est un symptôme presque constant de l'hystérie, seulement il faut quelquefois le chercher.
L'étendue de cette douleur est variable ; elle occupe en général toute la
* Dans ces cas, dit Brodie, ou ne perçoit aucune tumeur dans l'organe; mais quand l'affection est de date un peu ancienne, le sein devient plus volumineux, probablement par suite d'une hyperémie secondaire ; pourtant il n'y a pas de rougeur de la peau, plutôt au contraire un peu de pâleur avec un aspect légèrement lisse.
Ici peut se placer aussi ce qu'on appelle le sein hystérique : « début brusque du gonflement qui atteint son maximum en quelques heures ; le sein triple de volume, il est tendu, luisant, mais sans chaleur ni rougeur. Pendant vingt-quatre heures, le gonflement et la douleur persistent au même degré, puis diminuent peu à peu, et finalement disparaissent au bout de huit jours.» [Iconogr. photogr. de la Salpêlrière, tom. II, pag. 209.
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hauteur de la colonne. Si elle n'est qu'à une région limitée, c'est surtout la partie inférieure du racliis, sur une étendue de quatre à cinq vertèbres. Dans ces points, la pression réveille de la douleur au niveau des apophyses épineuses et dans les gouttières avoisinantes. Le phénomène peut aller jusqu'à l'irritation spinale complète.
Quelquefois la pression sur les apophyses épineuses détermine, à la région cervicale, de la strangulation et la constriction de la glotte; au haut de la région dorsale, l'oppression, la dyspnée, le serrement de la poitrine ; plus bas, la constriction épigastrique.
Dans les cas où ces symptômes douloureux dans le dos prennent une certaine intensité, on peut commettre les erreurs de diagnostic les plus graves et croire à des lésions de la colonne vertébrale. « J'ai vu, dit Brodie, condamner au repos et à la position horizontale, pendant des années, des jeunes tilles que l'on soumettait encore au traitement par les cautères et les sétons, alors que le grand air, l'exercice et les passe-temps les eussent complètement guéries en quelques mois. »
p. Briquet désigne sous le nom de cœlialgie l'hyperesthésie des divers muscles composant la cavité abdominale La thoracalgie ou pleuralgie de Bernutz s'applique aux muscles thoraciques, la miélosalgie aux muscles des membres. Ce dernier phénomène est du reste plus rare ; Briquet l'a observé 64 fois.
7. Briquet place la céphalalgie dans l'hyperesthésie des muscles ; d'autres la mettent dans les névralgies, d'autres parmi les maux de tête plus profonds, comme la migraine ou la céphalée fébrile. En tout cas, c'est un symptôme à étudier à part.
La fréquence en est très-grande. Briquet l'a vue 300 fois sur 356 cas. Elle précède souvent les manifestations vraies de l'hystérie confirmée. Il faut se méfier en général des petites filles qui sont sujettes à la céphalalgie et à la migraine.
Rarement générale, elle est souvent hémicrânienne. Souvent aussi elle est limitée, c'est le clou ou l'œuf hystérique, qui est assez caractéristique. Elle peut dans ce cas se rencontrer un peu partout, le plus souvent à la région temporale ou sincipitale.
L'intensité varie et peut aller jusqu'à arracher des cris à la malade ; on la compare à un clou enfoncé, à un morceau de glace ou à un charbon ardent. Quelquefois il y a en même temps des troubles gastriques.
S. En arrivant aux viscères, nous citerons, comme transition des douleurs superficielles aux douleurs profondes, la douleur épigastrique, qui est un mélange de gastralgie et d'épigastralgie. Quelquefois c'est une simple dermalgie épigastrique ou une hyperesthésie des muscles de la paroi exagérée par la pression et par les mouvements, notamment aux attaches des grands droits. Ces formes simples sont rares. Le plus souvent, il y a en même temps gastralgie vraie qui atteint des
degrés divers : dépravation de l'appétit avec dégoût pour les substances vraiment alimentaires, douleur gastralgique, crampe allant jusqu'au déchirement atroce. Dans ces cas, la pression du creux épigastrique peut provoquer les attaques.
Les troubles des fonctions gastriques sont toujours à surveiller. Capricieux au début, le phénomène peut devenir grave, entraîner la détérioration de l'organisme et produire la mort directement ou par tuberculose. Ces accidents entraînent le marasme, sans lésion gastrique.
L'hyperesthésie peut atteindre l'intestin lui-même. Alors il y a des coliques plus ou moins fortes, avec pneumatose, au point de produire l'anhélation. Ephémères, survenant à la suite de chaque repas chez certaines malades (intestin grêle), elles sont durables et entraînent une tympanite opiniâtre chez d'autres (gros intestin) . Le symptôme peut durer alors six mois, un an ; il simule une ascite, la grossesse, etc.
ïjovarie mérite une mention spéciale, à cause des travaux de Charcot.
C'est une douleur iliaque siégeant dans le flanc, aux limites extrêmes de' la région hypogastrique . Elle est très-fréquente, de l'aveu de tous. Seulement elle est rapportée à des origines diverses.
Les Anglais, et en France Schutzenberger, Piorry et Négrier, la rapportent à l'ovaire ; Briquet (et son livre a eu une grande autorité) la rapporte aux muscles de la paroi : myodynie de l'extrémité inférieure du muscle oblique (douleur dite ovarienne) et myodynie du pyramidal ou de l'extrémité inférieure du grand droit (douleur dite utérine).
Charcot a repris et développé la théorie de l'ovaire. Il ne nie pas la dermalgie ni la myosalgie ; il y a même certains cas dans lesquels tout cela se complique avec la tympanite, ce qui produit la fausse péritonite des Anglais. Mais dans d'autres cas il n'y a pas d'hyperesthésie, il peut même y avoir anesthésie. Le muscle peut être pincé sans douleur. Il faut, pour provoquer la douleur, enfoncer profondément les doigts.
On détermine ainsi un foyer net, à l'intersection d'une ligne horizontale des épines antéro-supérieures et d'une ligne verticale de l'épigastre. Vers la partie moyenne du détroit supérieur, on sent quelquefois l'ovaire même comme une olive on un petit œuf. C'est alors qu'on provoque la douleur. Et la douleur ainsi provoquée est spéciûque ; elle s'accompagne des phénomènes de l'aura hystérique.
Ce foyer correspond au vrai siège de l'ovaire. On ne peut pas en juger sur le cadavre dont le ventre est ouvert, car les rapports y sont essentiellement changés, notamment par suite de la vacuité des plexus érectiles de Rouget. Mais sur les cadavres congelés, ou mieux en enfonçant une aiguille sur le point en question, quand le corps n'est pas ouvert, on atteint l'ovaire.
Il y aune relation importante, pour le côté du corps, entre l'ovarie et les autres accidents d'hystérie locale. — On ne sait rien de précis sur
l'état même de l'ovaire. — Nous devrons revenir du reste sur la manière de provoquer ou d'arrêter les attaques par la pression de cette région.
Je crois inutile d'insister sur les autres douleurs abdominales, telles que : hystéralgie, cystalgie, néphralgie, etc. Ce sont des phénomènes faciles à constater et à comprendre.
d. Les névralgies sont très-fréquentes dans l'hystérie. On les confond souvent avec les myosalgies ou myodynies.
Les névralgies intercostales sont celles que l'on observe le plus souvent. Sydenham, Frank, ont signalé l'odontalgie, qu'il est bon de connaître, parce qu'elle peut être le prétexte' de l'avulsion successive et inutile de toutes les dents de la mâchoire.
e. Nous avons déjà parlé, à propos des contractures, des douleurs articulaires qui peuvent simuler des maladies graves de l'article. Nous retrouvons ici celles de ces arthr algies qui ne s'accompagnent pas de contractures et qui peuvent cependant en imposer gravement au médecin.
Brodie les a bien décrites.
Si l'articulation de la hanche est prise, « vous rencontrez, dit-il, de la douleur à la hanche et dans le genou, douleur qui est augmentée par la pression et par le mouvement ; la malade reste étendue sur un lit ou sur un divan et conservant toujours la même position. Vous vous dites que ce sont là les signes d'une affection de la hanche. Mais poussez plus loin l'observation : la douleur est rarement limitée à un point, elle s'étend à tout le membre. La malade fait des grimaces et pousse quelquefois des cris si vous exercez une pression sur la hanche ; mais elle le fait aussi si vous pressez sur l'os coxal ou la région lombaire, ou la cuisse ou môme la jambe jusqu'au niveau des malléoles. Partout la sensibilité morbide siège dans l'enveloppe cutanée : si vous pincez la peau jusqu'à la soulever des parties sous-jacentes, la malade se plaint plus que si vous poussez fortement la tête du fémur dans la cavité cotyloïde.
» La douleur est plus forte quand la malade voit l'examen auquel on la soumet; si au contraire quelque chose vient à la distraire, c'est à peine si elle profère une plainte. Il n'y a pas d'amaigrissement des muscles fessiers, qui ont conservé leur forme, et l'état général de la malade ne ressemble en rien à celui qu'on trouve dans les cas de suppuration des os et des cartilages. On ne constate pendant la nuit aucun de ces élancements douloureux qui s'accompagnent souvent de cauchemars. La douleur empêche parfois le sommeil; mais, une fois endormie, la malade ne se réveille qu'au bout de plusieurs heures. Cet état de choses peut persister pendant des semaines, des mois ou même des années, sans amener la formation d'abcès.»
Il y a quelquefois seulement des troubles vasculaires autour de la jointure malade. La plupart de ces malades présentent d'autres manifestations hystériques qui ont le plus souvent précédé l'arthropathie et qui peuvent aussi la remplacer.
Le début et la terminaison de ces accidents sont le plus souvent graduels. Cependant Brodie cite des cas dans lesquels tout disparut brusquement après une secousse physique ou morale, ou même sans cause appréciable.
f. Les sens peuvent acquérir une finesse extraordinaire. C'est par là qu'il faut expliquer certains faits bizarres attribués au magnétisme. Les paupières en apparence complètement abaissées, les patientes voient par une fente imperceptible. Elles entendent de très-loin, ce qui simule une sorte de divination. Cette byperesthésie sensorielle peut rendre douloureux l'exercice des sens.
Tels sont les phénomènes d'byperestbésie rétinienne (Kopiopie de Fœrster), qui tourmentent certaines hystériques. «Il n'est pas de praticien, dit Abadie', qui n'ait eu à soigner des femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de tête, accusant unephotophobie des plus pénibles, des douleurs frontales et péri-orbitaires presque constantes, s'exaspérant à la moindre lecture. Ces malades sont en outre tourmentées par des sensations pénibles de brûlure, de piqûre, de corps étrangers dans la conjonctive et les paupières, et néanmoins elles ne présentent aucune altération du fond de l'œil, aucune anomalie de la réfraction.»
g. Nous ajouterons ici quelques mots sur les régioiis hystérogènes, bien étudiées tout récemment à la SaJpêtrière^.
On désigne sous ce nom « des régions du corps en général très-circonscrites, au niveau desquelles une pression plus ou moins forte produit dans un temps variable, en partie ou en totalité, les phénomènes qui caractérisent l'attaque hystérique, et qui jouent souvent et spontanément un rôle important dans Vaura hystérique ».
Il faut les distinguer de la dermalgie, surtout par ce fait que, dans la dermalgie, k sensibihté cutanée est exaltée, tandis qu'au niveau des régions hystérogènes la peau a généralement perdu toute sensibilité au toucher, au pincement, à la piqûre, etc.
« Les régions hystérogènes ont une étendue qui varie entre un à deux ou trois centimètres de diamètre. Celles que nous connaissons aujourd'hui occupent le siège suivant : 1. la ligne médiane de la tête, à partir de la réunion du frontal aux pariétaux jusqu'au sommet de la tête ; 2. le sternum ; 3 et 4. l'un des espaces intercostaux, au voisinage du bord correspondant du sternum ou de l'épaule, au-dessous de l'extrémité externe de la clavicule ; 5 et 6. ou au-dessus ou en dehors des seins sur une ligne verticale qui descendrait du milieu de l'aisselle ; 7. ou au-dessous des seins ; 8. les
< Progr. méd., 1878, 28.
2 Iconogr. phologr., tom. III, pag. 3G. — Ce paragraphe aurait clé mieux placé plus haut quand nous avons étudié l'attaque.
apophyses épineuses de quelques-unes des vertèbres cervicales et dorsales ou leurs gouttières ; 9. la partie centrale des flancs ; 10. la région des ovaires; et enfin 11, le pli de l'aine, à quelques centim. au-dessous de la crête de l'os iliaque. »
ce... Les régions hystérogènes sont plus ou moins nombreuses : il est des malades qui n'en présentent qu'une seule , d'autres en possèdent plusieurs... »
Dans ce dernier cas, l'activité des différentes régions hystérogènes n'est pas la même : « les unes répondent sur-le-champ à la plus légère excitation ; les autres ne déterminent d'attaques que si la pression a été énergique, et après un temps assez long ; enfin il en est d'autres où la pression ne parvient à produire que quelques-uns des phénomènes de l'aura. »
2. Anesthésies. — Les phénomènes bizarres de l'hystérie devaient frapper l'imagination des peuples ; aussi ont-ils fait partie des symptômes de la sorcellerie. Parmi ces signes, l'anesthésie est certainement un des plus saisissants , il fut particulièrement noté. Il se révélait par l'indifférence du patient aux supplices physiques ; on en arriva ainsi à en faire un caractère, un critérium de la sorcellerie.
En même temps que l'anesthésie, la peau présente habituellement dans ces cas-là une ischémie spéciale : ainsi, Grisolle et Gharcot ont vu des sangsues prendre avec beaucoup de peine sur le côté anesthésié. Ge fait fut remarqué aussi autrefois, et de cet ensemble de signes on constitua une des épreuves de la sorcellerie.
Quand un individu était suspect, on lui bandait les yeux et on lui sondait la peau avec des aiguilles. L'absence de douleur et d'hémorrhagie le condamnait. Quelquefois alors on le brûlait.
Cette pratique se répandit tellement et généralisa à tel point le nombre des sorciers, qu'il fallut en restreindre la portée et l'application. On en contesta la valeur, et enfin, en 1603, un arrêt du Parlement de Paris défendit cette épreuve.
Alors (c'est une deuxième phase de cet historique) on se jeta dans l'excès opposé : on ne crut plus à l'anesthésie, et on attribua à une pure jonglerie tous les faits qu'on avait observés.
Enfin, arriva une troisième période scientifique. Avec Piorry (1843), Macario (1844) et Gendrin (1846), les études commencent et conduisent au livre de Briquet (1859). Plus récemment, nous citerons les études de Gharcot.
La sensibilité cutanée est atteinte dans tous ses modes : tact, douleur, température. Quelquefois le tact peut être conservé, la sensibilité à la douleur et à la température ne l'étant pas, et inversement. Très-souvent (et c'est là un fait tros-curieux) les malades ne se doutent pas de leur anesthésié. D'une manière générale, c'est un phénomène qu'il faut rechercher soi-même chez les hystériques.
La sensibilité réflexe peut être elle-même atteinte : ainsi, la paralysie réflexe de l'épiglotte s'observe très-souvent. Cependant Chairon l'a considérée à tort comme un signe constant et caractéristique ; mais c'est un symptôme fréquent. On peut aller toucber l'épiglotte avec le doigt, en évitant le voile du palais, sans provoquer de réflexes. Ce signe se rencontre également chez quelques épilepliques, certains saturnins et dans la paralysie labio-glosso-laryngée ; ce n'en est pas moins un symptôme important de l'hystérie, et facile à constater.
A un degré plus avancé, non-seulement la peau, mais les muqueuses et même les muscles sont frappés. Les membres sont insensibles dans toute leur épaisseur. Briquet raconte l'histoire d'une malade qui avait une insensibilité des membres si profonde, qu'en lui bandant les yeux on pouvait l'enlever de son lit, la poser presque nue sur le carreau et la replacer dans son lit sans qu'elle eût la moindre idée de ce qui s'était passé ; n'y avait-il pas là en même temps un certain état psychique ?
Les sens eux-mêmes peuvent être atteints.
Comme disposition et étendue de l'anesthésie, on distingue trois grands types cliniques : généralisé, disséminé et hémiplégique.
1. Le type généralisé est très-rare. La malade, confinée dans un lit, ne peut pas se mouvoir. La vue a une influence nécessaire sur tous les mouvements. La patiente ne peut rien tenir ; elle ne marche que difficilement et ne sent rien ; il lui semble être dans le vide.
2. Le type disséminé est plus fréquent. On trouve alors des plaques d'anesthésie bizarrement répandues sur tout le corps. C'est surtout cette forme-là qu'il faut chercher pour la constater. L'insensibilité occupera une épaule, une partie d'un membre, la face, une portion limitée du tronc, et cela sans relation appréciable avec le trajet d'un nerf. Briquet a vu, par exemple, l'anesthésie occuper le pourtour de l'anus et la moitié postérieure des grandes lèvres. D'après Briquet, il y aurait plutôt un certain rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins. Le début se fait souvent par les parties de la peau les plus éloignées du centre.
3. Le type hémiplégique est le plus fréquent de tous ; il siège plus souvent à gauche. On l'a rencontré 93 fois sur 400 cas, et 70 fois à gauche sur 93. Complète ou incomplète, l'anesthésie ne porte dans ce dernier cas que sur la sensibilité à la douleur et quelquefois à la chaleur. La ligne de démarcation médiane est le plus souvent très-nette à la tête, au cou, sur le tronc. Il y a pâleur et refroidissement du côté insensible. Les muqueuses sont atteintes, encore du même côté. lien est de môme des sens : vue, ouïe, goût et odorat. C'est le tableau complet de riièmiaiiesthésie d'origine cérébrale que nous avons décrit ailleurs*. Il y a de plus ovarie du côté auesthésié.
' Voy. plus haut, pag, 176.
Du côté de la Yue, on constate une diminution de Tacuité visuelle et un rétrécissement concentrique du champ Tisuel. Ce rétrécissement arrive à faire disparaître certaines couleurs, comme le vert, dont le champ est normalement plus étroit 1; quelquefois la malade ne voit plus les objets que sous une teinte sépia uniforme 2. Regnard a de plus constaté récemment un fait que nous avons retrouvé chez un malade atteint d'hémianesthésie d'origine cérébrale : les couleurs qui ne sont pas perçues se superposent cependant par la rotation. Xotre malade, qui ne distingue pas les deux tiers du disque de Newton, a la sensation résultante de blanc, par la rotation, comme nous; tandis que si nous masquons avec des papiers noirs les couleurs quïl ne voit pas, pour nous mettre dans des conditions analogues aux siennes, le disque en rotation ne nous apparaît plus blanc, mais rouge. Ce phénomène très-curieux est facile à constater avec les toupies dites Newtoniennes .
Cette hémianesthésie est un type clinique très-net. D'après Briquet, elle n'existerait avec ses caractères que dans l'hystérie, et jamais dans les lésions cérébrales. Cette assertion a été renversée par les travaux de Turck et de Charcot sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. La lésion de la capsule interne produit un syndrome semblable.
Martin a observé un fait d'hémianesthésie analogue, qu'il rapporte à l'hystérie, chez un jeune homme de 11 ans. Le petit malade eut une scarlatine avec rhumatisme secondaire. Il ne souffrait pas du côté anesthésié, malgré le gonflement des jointures. La maladie évolue, la sensibilité revient, et l'hémianesthésie disparaît complètement ^. La nature hystérique de ce fait ne me parait pas absolument démontrée. J'ai vu récemment un militaire, qui n'avait rien d'hystérique, présenter une hémianesthésie droite pendant une attaque de rhumatisme ordinaire.
Eu terminant l'étude des troubles de la sensilDilité. nous dirons un mot des sensations anorjnales, étranges, que perçoivent certaines malades. Ainsi, les unes voient les objets tout tachés de rouge ou teints en vert: les autres ont des bourdonnements, des sifflements d'oreille, entendent des bruits imaginaires. Quelques-unes sont poursuivies par une odeur particulière, comme cette malade de Briquet qui après chaque attaque avait une odeur de cadavre. Certaines trouvent délicieuse l'odeur de Tassa-foetida; ou bien encore le bruit de taffetas, de pomme mangée, la vue d'une épingle,
* L'ordre des couleurs, tel que nous l'avons indiqué, n'est pas toujours absolument le même. La série lieue (bleu à la partie externe) est la série normale ; mais il y a aussi la série ronge... (Laudolt.)
2 « Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au côté hémianesthésie, mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en même temps rétréci, à la vérité à un degré beaucoup moindre, dans l'œil du côté opposé. » (Charcot.) 3 Rev. des Se méd., XU, 179.
l'odeur d'ail ou de fromage, les impressionnent péniblement et provoquent des crises nerveuses plus ou moins bruyantes.
Cbarcot a récemment appelé l'attention sur un autre genre de trouble visuel non encore signalé, quoique très-fréquent. Ce sont des hallucinations se produisant dans l'intervalle des orages convulsifs, à leur suite ou encore dans le temps même où ceux-ci menacent d'éclater. « Il est trèscommun de voir dans le service, dit-il, des hystériques dans leur période de calme, assises tranquillement, occupées à des travaux d'aiguille, se soulever brusquement et quitter leur siège en poussant un cri comme si elles étaient surprises par la vue d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements imprévus, elles racontent qu'elles ont cru voir des animaux, surtout des rats, des chats, d'autres fois des bêtes fantastiques, courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de l'effroi. On apprend de plus que ces animaux imaginaires, généralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge vif, se présentent toujours, pour chaque malade, du même côté, et le côté où l'hallucination se dessine est toujours celui qui correspond à l'hémianesthésie, et par conséquent à l'amblyopie... Habituellement, les animaux passent en série et courent rapidement, venant de derrière la malade et se dirigeant en avant. Ils disparaissent en général aussitôt qu'elle tourne les yeux directement de leur côté ; cependant il peut arriver que l'hallucination persiste plus longtemps dans toute sa vigueur , lorsque l'hystérique est à l'époque d'une grande marée nerveuse, en état de mal, ou sort d'une crise ^ »
III. Troubles circulatoires et sécrétoires^. — Le pouls est en général normal, mais les hystériques sont très-sujettes aux palpitations, et du reste à tous les signes de la chlorose et de l'anémie.
On remaa^que aussi des oscillations curieuses dans l'état de contraction des muscles vasculaires , oscillations indépendantes du cœur. Tout le monde connaît la facihté avec laquelle la figure rougit ou pâlit chez ces malades. Briquet avait noté une sensation de froid aux extrémités, coïncidant quelquefois avec la rougeur et la chaleur de la figure. Sydenham avait remarqué des sueurs chez certaines hystériques, générales ou partielles, quelquefois unilatérales, survenant sous le moindre prétexte.
A la face, il y a non-seulement les alternatives de rougeur et de pâleur, mais quelquefois des ecchymoses, de l'œdème, des éruptions cutanées (acné, ecthyma, urticaire) ; ces phénomènes sont rares cependant cl coïncident plutôt avec l'hyperesthésie. Quand il y a ancstbésic, on trouve au
1 Prorjr. méd., 1878, 3.
2 Voy. Martin ; Des troubles de l'appareil vaso-moteur dans l'hyst.-, Th. Paris, 1876, 136.
contraire l'anémie cutanée et la diminution de température : les piqûres ne saignent pas et les sangsues prennent mal.
Casîex ' a récemment décrit une éruption vésiculeuse, qu'il considère comme un trouble nutritif, chez une hystérique.
Les congestions locales dont nous avons parlé peuvent aller jusqu'à produire de véritables hémorrhagies, qui se font par la peau ou par divers organes internes.
D'abord les troubles de menstruation sont assez fréquents dans l'hystérie, et alors, quand il y a aménorrhée, des hémorrhagies supplémentaires peuvent se produire. Mais ces hémorrhagies se développent aussi chez les hystériques en dehors des périodes menstruelles, sans qu'il y ait de rapport avec cette fonction : ce sont des troubles locaux d'innervation ^.
Les hémorrhagies gastriques ont été observées dans quelques cas isolés. Elles peuvent alors être très-copieuses, survenir tous les jours ou tous les deux jours pendant quelque temps. Le sang dans les vomissements est quelquefois rouge, d'autres fois noir comme du café. On peut en trouver aussi dans les selles. Quelquefois les malades, qui éprouvaient jusque-là une sensation de pression et de plénitude à l'épigastre, sont soulagées par l'hématémèse. Dans d'autres cas, au contraire, elles éprouvent, après les vomissements, des bourdonnements d'oreille, du malaise, des faiblesses, etc.
Il faut soigneusement distinguer ces états des hématémèses symptomatiques d'ulcères de l'estomac, maladie qui peut se présenter chez une hystérique. On fera le diagnostic par l'état général, l'absence des troubles gastriques dans l'intervalle, etc.
L'hémorrhagie peut avoir lieu aussi par les voies respiratoires (Carre) .
Il faut du reste se méfier de la simulation pour les hématémèses et les hémoptysies.
On a noté encore des sueurs et des larmes de sang. Chauffard a observé une hystérique de 21 ans qui, pendant les attaques convulsives, lesquelles duraient de 24 à 36 heures, avait une sueur colorée en rouge et mêlée de sang, sur les pommettes et à l'épigastre. Parrot a vu un liquide sanguinolent sourdre, pendant les attaques, aux doigts, au coude, aux cuisses, à la poitrine et sur la conjonctive.
Pour en finir avec les troubles vaso-moteurs de l'hystérie, je rappellerai le fait très-curieux que le D"" Armaingaud a récemment décrit sous le nom de forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie ^.
' France médicale, 1877.
2 Voy. Vulpiaa ; Leç. sur les vaso-mokurs . — Parrot ; Éluda sur la sueur de sang el les hémorrhagies névropathiqiies. {Gaz. hebd., 1859.) — Ferran; Du vomissement de sang dans l'Jujst.; Th. Paris, 1874, 368. — Carre ; Des hémoptysies nerveuses. (Arch. de Méd., 1877.)
^ Sur une névrose vaso-motrice fe rattachant à l'état hystérique, etc. Paris,
« Il s'agit d'une jeune fille qui , indépendamment d'une névralgie cervico -brachiale datant de plusieurs années et continue, est atteinte d'accès d'hystérie convulsive, d'abord irréguliers, plus tard régulièrement périodiques. Après quelques semaines, ces accès convulsifs cessent tout à coup et sont remplacés, dès le jour de leur disparition, par un accès de sommeil qui revient chaque jour à la même heure, et d'une durée toujours égale ; bientôt cet accès de sommeil se dédouble, et il s'en produit deux par jour, revenant chacun à la même heure et d'une durée toujours la même pour chacun d'eux ; enfin, il vient bientôt s'y ajouter quatre autres phénomènes nouveaux non moins singuliers, en sorte qu'à partir d'une certaine période de la maladie, la malade est successivement atteinte chaque jour :
» 1. De onze heures moins un quart à onze heures du matin, d'un premier accès de sommeil d'un quart d'heure de durée ;
» 2. De deux heures moias un quart à trois heures vingt minutes, d'un deuxième accès de sommeil d'une durée d'une heure trente-cinq minutes ;
» 3. A cinq heures et demie du soir, d'une congestion locale des deux yeux d'une durée de deux heures ;
» 4. D'une asphyxie locale des extrémités survenant pendant la congestion des yeux et disparaissant quelques heures après elle ;
» 5. A six heures cinq minutes, d'une névralgie intercostale droite d'une grande intensité, cessant brusquement à six heures et demie précises, et n'étant apparue pour la première fois que quinze jours après laguérison de la névralgie cervico-brachiale ;
» 6. Enfin une chromidrose des paupières est venue s'ajouter, à la fin de la maladie, à tous ces phénomènes.
».... Pendant les accès de sommeil, alors que toutes les parties du corps étaient absolument insensibles aux excitants les plus énergiques et qu'il était absolument impossible de réveiller la malade, la pression exercée sur l'apophyse épineuse de la deuxième vertèbre dorsale déterminait des signes de sensibilité très-vive chez la patiente, qui, sans se réveiller cependant, éprouvait des tressaillements et des sanglots, et dont la physionomie prenait l'expression delà douleur la plus vive, phénomènes qui cessaient dès que la pression était abandonnée...
»..., Au point de vue pathogénique, conclut M. Armaingaud, la coexistence, chez une même malade et dans la môme journée, des accès de sommeil nerveux, de congestion locale et d'asphyxie locale symétriques et intermittents, mérite assurément l'attention des pathologistes, et m'amène à proposer l'introduction dans les cadres nosologiques d'une nouvelle forme de maladie non décrite jusqu'ici : la forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie . »
Si des troubles circulatoires nous passons aux troubles sécrétoires, la
polyurie peut nous servir de transition. Déjà l'urine hystérique ou nerveuse est une urine abondante, très-aqueuse, limpide et peu colorée. D'autre part; on a trouvé aussi des polyuries persistantes, notamment dans sept cas sur les soixante et douze réunis par Lancereaux dans sa Thèse.
Gharcot a bien étudié un autre trouble urinaire plus curieux et plus caractéristique : Vischurk etVoligiiriei.
Je ne parle pas ici de la rétention d'urine par spasme ou paralysie de la vessie; il s'agit d'une diminution et même de la suppression de la sécrétion urinaire elle-même, l'urioe étant évacuée par la sonde. Laycock avait déjà parlé de ce phénomène à l'état passager, passant pour ainsi dire inaperçu. Oharcot a attiré l'attention sur ce symptôme , devenu permanent, oligurie ou même anurie pouvant durer des mois entiers et s'accompagnant alors de vomissements.
On remarque même que la courbe des vomissements monte à mesure que la courbe de l'urine descend, et réciproquement. Oharcot fît alors rechercher l'urée dans les matières vomies, et Grehant en constata", sans en trouver cependant en excès dans le sang.
L'état de ces malades est alors comparable à celui des animaux néphrotomisés ou bien après l'oblitération des uretères par une ligature. Les expériences de Prévost et Dumas, 01. Bernard et Barreswill ont montré que dans ces cas, en effet, il se faisait une élimination supplémentaire par l'intestin, soit de carbonate d'ammoniaque, soit même d'urée en nature.
Un fait remarquable, c'est la parfaite tolérance des hystériques , qui vivent dans cet état, tandis que toutes les autres anuries par une cause quelconque sont toujours fatalement mortelles et à courte échéance. Les animaux sont aussi frappés nécessairement de mort : à un moment donné, l'éhmination supplémentaire par l'intestin diminue, se supprime; les accidents cérébraux se développent et entraînent l'animal.
Ce phénomène de l'anurie hystérique est nié par beaucoup d'auteurs et toujours attribué par eux à la simulation. Les hystériques exploitent volontiers le fait, en y ajoutant, par exemple, un flux d'urine par l'oreille , le nez ou le nombril. Mais Oharcot et d'autres ont fait leurs constatations dans des conditions inattaquables, et ont mis l'existence réelle du fait hors de doute.
Il est impossible du reste de déterminer le mécanisme intime de cette ischurie, mais on voit nettement que c'est un phénomène nerveux comme les autres et qu'il peut disparaître brusquement comme eux, témoin le fait de Fernet, dans lequel la prescription des pilules fulminantes ( mica panis] arrêta le vomissement et fît reprendre le cours de l'urine.
Les sécrétioQs gastriques, intestinales, sudorales, peuvent aussi être influencées. Hoffmann cite une femme dont les seins se tuméfiaient éuormé-
^ Voy. aussi Secouet : Th. Paris, 1873, 126.
ment au moment des attaques, et Briquet rapporte une observation remarbuable de galactorrbée qui dura sept ans , en alternant avec des attaques d'bystérie.
L'état de la nutrition chez les hystériques mérite de nous arrêter en terminant ce paragraphe'. Un fait très-remarque dans tous les cas est la faculté qu'ont les malades de vivre quelquefois très-longtemps avec une alimentation très-insufSsante, et tout en conservant cependant leur embonpoint.
Des études récentes ont démontré chez un grand nombre de malades un ralentissement et une diminution notables dansladésassimilation; il se produirait là quelque chose d'analogue à ce que l'on observe chez les animaux hibernants. La quantité d'urée éliminée est souvent très-diminuée, et, même quand il y a des vomissements urémiques, la quantité de ce produit éliminée est en général bien inférieure à celle que contiendrait une urine normale. L'acide carbonique, les gaz de la respiration, sont également fort diminués; en somme, il y a moins de désassimilation chez l'hystérique, comme chez la marmotte.
Cependant, dans quelques cas rares, ou plutôt à certaines périodes, on peut observer de la fièvre chez les hystériques, Briand l'a vue se présenter sous trois formes 2 : 1. Lente, elle est primitive ou secondaire (déjà décrite par Briquet) ; 2. Intermittente, en général à type tierce ; 3. Courte, d'allure typhoïde, elle est généralement primitive, signalant le début de l'hystérie avant toute attaque d'hystérie ; les phénomènes de la névrose se développent ensuite.
IV. Troubles psychiques^ . — L'hystérique a une impressionnabilité excessive à tous les genres d'excitation. La réaction psychique est en tout exagérée ; quelquefois ces troubles affectent une forme spéciale, idiosyncrasique : chez l'une, ce sont des sympathies ou des antipathies étranges pour un objet particulier; chez une autre, ce sont des idées erotiques à des degrés divers et sous des formes variées. Le plus souvent il y a le désir de se faire remarquer, d'attirer bruyamment l'attention sur soi, déposer, d'inspirer de la pitié. De là, une tendance extrême à la simulation et aux exagérations les plus extraordinaires et les plus répugnantes : elles boivent leur urine ou mangent leurs matières fécales. Ce sont de vraies aberrations psychiques. En même temps la volonté, l'énergie morale, ont une grande influence sur l'état physique même le plus bruyant.
Ces troubles psychiques peuvent être plus ou moins intenses, plus ou
1 Empereur; Th. Paris, 1876, 364.
2 Briand ; De la fièvre hyst.; Th. Paris, 1877, 54.
3 Avant d'étudier les troubles psychiques, nous devrions parler ici dés altérations de la parole, qui peuvent servir de termes de transition. Nous citerons tout spécialement l'aphasie, mal étudiée jusqu'à présent dans l'hystérie, et sur laquelle mon collègue le D^ S*. -PL Serre a récemment publié un travail intéressant dans la Gaz. hebd. de Montpellier .
moins durables, et arriver même à la yésanie vraie. La transition entre ces divers degrés est vraiment insensible, et la ligne de démarcation impossible à tirer. C'est plutôt par la durée que par l'intensité des accidents que l'on peut les distinguer.
Les ballucinations accompagnent ou suivent beaucoup d'attaques. Il y a des crises dans lesquelles les troubles psycbiques sont prédominants ou même exclusifs; on voit des attaques de délire. Dans ces cas, il est rare que l'état mental soit absolument normal dans l'intervalle.
Le délire est souvent religieux, les patientes mettent volontiers de bons ou de mauvais génies derrière leurs visions agréables ou désagréables. Quelquefois elles se croient transportées dans un monde imaginaire avec un priQce cbarmant : les idées erotiques s'y mêlent alors souvent.
Quelquefois c'est encore une mélancolie profonde pouvant aller jusqu'aux Idées de suicide, ou bien une folie raisonnante avec des idées d'égoïsme ; elles ramènent tout à leurs pensées et à leur manière de raisonner, qu'elles regardent comme irréfutables. Enfin, dans certains cas, on observe primitivement déjà une sorte de démence, qui est du reste l'aboutissant des autres formes.
li'hystérie chez Vhomme est un fait aujourd'hui bien démontré. Petit a pu en réunir dans sa Thèse 61 observations, plus ou moins démonstratives du reste. Aussilloux en a publié un nouvel exemple intéressant ; on retrouve en général les caractères ordinaires : boule, convulsions désordonnées, etc.
Foët traite et guérit ces malades par la compression des testicules. Aussilloux fait cesser l'attaque par des applications froides sur les parties sexuelles, et spécialement sur le testicule et la région mammaire ^
Marche, Durée et Terminaisons. — Les circonstances font énormément varier la marche de l'hystérie, qu'il est difficile de décrire. Briquet distingue à ce point de vue une forme aiguë et une forme chronique.
La forme aiguë, qui est beaucoup plus rare, débute brusquement après une émotion, se manifeste immédiatement par des attaques, et se termine en peu de temps. C'est dans cette forme que l'on observerait la fièvre hystérique. Contestée par certains auteurs, rapportée par d'autres à des in-
^ Dreyfuss a récemment vu un jeune homme hystérique chez lequel les attaques étaient classiques : précédées d'une aura qui part de la fosse iliaque gauche (l'ovaire ne serait donc pas toujours le point de départ de cette sensation ?) et remonte jusqu'à la base du cou, elles sont constituées par une phase de contracture, une phase de contorsions, et enfin une phase d'assoupissement et d'indifférence. La compression du testicule gauche arrête l'attaque. Il y avait en même temps un lô^er degré d'hémianesthésie gauche {Soc. deBiol., 23 décembre 1877. —Progr. médical, 1878, 1.
flammations locales, comme les lésions utérines, la fièvre nerveuse, la fièvre hystérique pure existerait d'après Briquet, et durerait de trois à quatre mois, complètement distincte des fièvres graves, comme la fièvre typhoïde. Nous avons déjà cité les travaux de Briand à ce sujet.
La forme chronique, qui est la plus fréquente, présente de nombreuses variétés de marche que Briquet ramène à six types : 1. début rapide ; les accidents atteignent très-vite toute leur intensité en se succédant à court intervalle ; 2. début tout à fait aigu, avec fièvre et délire, comme dans la méningite ; 3. phénomènes légers et restant ainsi pendant toute la vie ; 4. début et accroissement essentiellement graduels et lents ; 5. grandes attaques se reproduisant à certains intervalles, séparées par un calme complet, sans aucun autre signe de la névrose; 6. marche à grandes rémissions, avec temps d'arrêt de durée variable.
La terminaison habituelle est la guérison ou le statu quo. Certaines hystéries guérissent complètement sans laisser de traces ; d'autres causent une grande impressionnabilité de divers appareils ou de l'économie tout entière ; certaines entraînent un état nerveux pénible. La phthisie est admise par quelques auteurs comme une terminaison possible ; il faut, dans ce cas, qu'il y ait une prédisposition antérieure, une diathèse déjà existante, et alors il me parait plus rationnel d'admettre que l'hystérie ellemême était déjà la première manifestation de la tuberculose.
Il faut bien savoir que l'hystérie peut, quoique rarement, se terminer .parla mort. On trouvera dans les auteurs un certain nombre de faits, d'abord de malades mortes dans l'attaque, par suffocation ou de mort subite ; ensuite de malades ayant succombé au marasme progressif et aux suites d'une hystérie chronique prolongée.
Nous avons vu à l'hôpital Saint-Éloi une hystéro-épileptique succomber dans l'état de mal, sans que l'autopsie ait rieu révélé ; nous eu avons vu une autre mourir subitement, mais elle présentait une sclérose cérébrale étendue.
Si nous avons longuement insisté sur les symptômes de l'hystérie, nous serons bref sur I'Anatomie pathologique.
L'hystérie est toujours une vraie névrose ; il n'y a pas de lésion le plus souvent, et en tout cas il n'y a pas de lésion constante. Tout le monde connaît le fait célèbre de Oharcot : on trouva une sclérose des cordons latéraux chez une vieille hystérique qui avait de très-anciennes contractures. Mais ce n'était là qu'une coïncidence (une hystérique pouvant avoir un tabès dorsal) ou mieux une lésion secondaire, toute altération fonctionnelle pouvant entraîner une lésion anatomique à un moment donné, par le fait même de sa persistance et de sa répétition. Un cas isolé comme celuilà ne peut pas servir à édifier l'anatomie pathologique et la théorie de la maladie.
Je n'entrerai même pas dans la voie des hypothèses relativement à la physiologie pathologique. L'hystérie est une névrose, et une névrose complexe du système nerveux tout entier.
Diagnostic. — L'affection hystérique, dit Sydenham, imite presque toutes les maladies qui arrivent au genre humain ; et il ajoute ailleurs : Quand j'ai hien examiné une malade, que je ne trouve en elle rien qui se rapporte aux maladies connues, je regarde l'affection dont elle est prise comme une hystérie.
Cette opinion est un peu exagérée. Il y a des signes positifs assez nets que nous avons énumérés et qui permettent en général le diagnostic.
L'intérêt capital du diagnostic est de savoir si l'on a affaire à une névrose pure ou s'il y a par derrière quelque lésion. Il peut en effet y avoir altération des centres nerveux. La mohilité des accidents et la présence de phénomènes nerveux proprement dits seront d'une grande utilité. Cependant la distinction n'est pas toujours facile. J'ai vu récemment deux faits d'hystérie symptomatique, l'un de tumeurs cérébrales, l'autre d'une sclérose étendue d'un hémisphère. Dans le premier cas, on avait bien diagnostiqué l'existence d'une altération centrale ; mais dans le second on s'était cru en présence de la névrose pure, classique.
L'hystérie peut aussi se présenter comme épiphénomène dans le cours d'une maladie d'un organe autre que les centres nerveux. Ainsi, j'ai vu une hystérique avoir un cancer du pylore et y succomber. Il faut éviter dans ces cas de laisser absorber toute son attention par la contemplation des phénomènes nerveux ; sans cela, on ferait complètement fausse route pour le pronostic.
Pronostic. — L'hystérie, comme le dit Frank, est une maladie qui n'est pas tant dangereuse que désagréable ; et cela, pour la patiente et pour ceux qui l'entourent. Si en effet on considère, avec Landouzy, sa longue durée, les souffrances vives qui l'accompagnent, les obstacles qu'elle apporte à l'exercice des fonctions vitales et même des devoirs de famille et de société, les modifications fâcheuses qu'elle produit dans la constitution et l'extrême susceptibilité qu'elle laisse au physique et au moral, on regardera avec raison l'hystérie comme l'une des maladies les plus redoutables.
D'après Briquet, l'hystérie qui débute dans le bas âge dure toute la vie, à moins qu'il ne se produise un changement favorable au moment de la puberté ou au mariage. Quand elle débute après 25 ou 30 ans, la maladie dure beaucoup moins.
L'hystérie serait plus facile à guérir sur une constitution lymphatique et chez un sujet débilité, qu'avec un tempérament sanguin et une nutrition en pleine activité.
Traitement. — 1. Prophylaxie. L'hérédité jouant un très-grand rôle, il y aura des précautions toutes spéciales à prendre chez les enfants d'hystériques. Déjà, pendant la grossesse de la mère, il faudra éviter toutes les émotions, toutes les causes d'excitation. En général, il ne faut pas laisser nourrir la mère, et choisir pour l'enfant une nourrice robuste.
Dans l'éducation, on commencera de bonne heure à fortifier le côté physique et à éviter un développement précoce intellectuel et surtout affectif. L'habitation à la campagne, la vie un peu rude, les bains et les lotions froides, les promenades, l'exercice, les jeux agités et bruyants, sont à conseiller. On évitera au contraire trop d'affection et de sensiblerie dans les rapports avec les parents ; on proscrira les bals, les soirées, les toilettes, les histoires effrayantes et la lecture des romans. Tissot a dit avec raison : Si votre fille lit des romans à 15 ans, elle aura des vapeurs à 15 ans.
Quant à la musique, on proscrira les romances, la musique sentimentale. Mais on n'a pas besoin d'interdire le piano, qui est une corvée et une occupation mécanique et gymnastique avant de parler à l'imagination. Comme le dit Briquet, si vous voyez une jeune fille rêver et se lancer dans le pays des chimères, faites-la mettre à son piano : les châteaux en Espagne tomberont bien vite.
Telle est la direction à imposer à l'éducation, et l'on doit en tracer les détails à la famille, non comme un conseil banal, mais comme une règle absolue et nécessaire.
Le mariage, à l'âge voulu, doit-il être conseillé, soit pour prévenir, soit pour guérir l'hystérie ? C'est là une grave question, qui mérite attention.
Hippocrate le recommande à ces deux titres. Pour une fille menacée d'hystérie, il dit : nubat illa et morbum effugiet ; et pour une fille hystérique, il dit : ego impero virgines his morbis affectas quam citissime cum viro jungi. Ces formules ont résumé l'enseignement presque unanime jusqu'à nos jours.
Briquet a réfuté ces raisonnements par les faits. Rien n'établit l'action utile du mariage. Un mariage heureux, désiré, peut certainement être utile, comme tout bonheur, toute tranquillité. Mais un mariage malheureux peut aussi être cause du développement ou de l'aggravation de l'hystérie. D'autre part, il faut se rappeler ce que dit Frank : Peut-on imaginer quelqu'un de plus malheureux que le mari d'une hystérique? A moins peut-être qu'il ne trouve du plaisir dans la variété : en effet, une hystérique, dans l'espace de vingt-quatre heures, est successivement triste, calme, douce, tranquille, irascible, etc., présente le caractère de dix personnes différentes. — Il ne faut pas oublier aussi l'hérédité, qui menace les enfants. Et on verra d'après tout cela qu'en définitive le mariage n'est pas à considérer comme un remède prophylactique ou curatif. On peut le permettre suivant les circonstances, mais on n'a pas le droit do le prescrire.
Dans les cas d'épidémie, pour éviter et restreindre la contagion nerveuse,
il faut surtout agir sur le moral. L'épidémie de suicide des filles de Milet disparut quand on les avertit que toutes celles qui se pendraient seraient exposées nues en public, la corde au cou. Il y a peu de temps, une épidémie du même ordre fut arrêtée dans une petite ville du département, quand le curé prévint en chaire qu'on refuserait la sépulture religieuse et les prières de l'Eglise à toutes celles qui se tueraient.
En même temps, il faut séparer les personnes atteintes, quand les circonstances permettent de le faire, dans les pensionnats, les communautés, etc.
2. Dans le traitement curatif, il faut s'adresser d'abord à la cause, si c'est possible. On modifiera la constitution, on traitera l'anémie, qui existe presque toujours ; on attaquera la diathèse, si on la découvre. Si l'on soupçonne une cause locale, on examinera avec soin l'état de l'appareil génital et on traitera les déplacements ou les maladies de l'utérus, s'il y a lieu. Ou bien on expulsera les vers intestinaux ; on essayera de ramener la menstruation, le plus souvent troublée. On supprimera la cause morale, s'il yen aune : l'inquiétude, la jalousie, la peine, etc. — C'est là une première indication, indispensable à remplir.
Après cela, comme moyen médicamenteux, tout a été employé et vanté, depuis la poudre de vers lombrics jusqu'au pénis desséché. L'analyse est nécessaire.
D'abord les antispasmodiques. D'après les théories anciennes, l'utérus craignait les mauvaises odeurs et les évitait par la fuite, tandis qu'il aimait et recherchait les parfums. De là toute une médication : on faisait respirer des fétides, de manière à faire fuir l'utérus des parties supérieures du corps, et on pratiquait à la vulve des fumigations parfumées, afin de l'attirer en bas à sa position naturelle. Les fétides employés étaient très-variés : le castoréum a été l'un des premiers. On conseillait aussi la corne de cerf, le pied d'élan, le pied de bouc, le vieux cuir, la chandelle au moment où on l'éteint, la fumée de lampe à demi-éteinte, les poils d'hommes et d'animaux, les verrues des pieds des chevaux; on faisait brûler cela sous le nez.
Ce sont là des idées et des pratiques bien étranges. Mais nous savons que les contemporains en sont arrivés, avec Fonssagrives, à ne trouver comme caractère commun du groupe des antispasmodiques que leur volatilité et leur odoréité.
Que valent les antispasmodiques dans l'hystérie ? Briquet fait une charge à fond contre ces moyens ; Bernutz les défend au contraire. Eu somme, ils produisent une stupéfaction diffusible peu profonde et passagère, qui ne diffère que par le degré de l'action anesthésique. Ils seront donc indiqués, non contre la névrose hystérie, mais contre quelques-unes de ses manifestations, spasmes ou convulsions.
L'indication capitale se trouvera dans cet état d'agacement, d'excitation, d'ôréthisme nerveux, qui précède ou suit les attaques : l'état d'imminence
spasmodique, l'attaque incomplète, la boule hystérique, lenervosisme. Ces agents peuvent entièrement dissiper ces états.
Dans les cas d'excitation plus intense et durable, les antispasmodiques sont encore indiqués à un autre titre : ils produisent une sédation passagère et permettent le traitement du fond même de l'hystérie, en calmant l'éréthisme général qui s'oppose à ce traitement. — On les emploie encore contre quelques spasmes peu tenaces : la constriction de la gorge, la strangulation, la dysphagie môme, cèdent quelquefois à l'éther^. Mais les convulsions un peu tenaces et habituelles résistent ordinairement. Ainsi, oh perd son temps à employer les antispasmodiques contre la toux hystérique.
Pour obtenir une action persistante, il vaut mieux recourir aux stupéfiants fixes, narcotiques et anesthésiques. Seulement, pour ces agents plus que pour tout autre, il faut tenir compte des susceptibiUtés personnelles, de l'ataxie thérapeutique, que certaines hystériques poussent si loin. Combal cite une dame qui ne pouvait pas prendre une goutte de laudanum, même par surprise, sans délirer. Bernutz en a vu une autre qui prenait impunément des lavements avec 200 gram. de laudanum.
Quand il est bien toléré, l'opium continué à assez baute dose est un excellent traitement contre les états convulsifs durables. Il doit être en général préféré à la belladone, parce que celle-ci entraîne plus rapidement les phénomènes d'intoxication. La belladone aurait une indication spéciale dans les cas d'idiosyncrasie contre l'opium et dans les cas de constipation opiniâtre et gênante.
Le chloral peut aussi remplacer ces agents, surtout comme hypnotique. Le bromure de potassium ne réussit pas toujours. Il ne serait pas indiqué quand il y a une trop grande excitabilité nerveuse, mais il l'est au contraire à un haut degré dans les cas épileptiformes. On peut arriver rapidement à 10 gram. par 24 heures. On essaie actuellement le bromure de camphre, qui agirait à moindre dose ; ce moyen est encore à l'étude.
En tout cas, il faut avoir à sa disposition un arsenal thérapeutique considérable et varié, parce qu'il faut changer souvent et longtemps.
A côté de ces moyens, qui agissent par sédation, d'autres agissent par perturbation : tels sont ceux appelés à tort des révulsifs (ce serait en tout cas plutôt de la dérivation). Nous mentionnerons là les ventouses scariflées sur les muscles contractures, les sinapismes ou vésicatoires au creux épigastrique contre le hoquet tenace, etc. Ce n'est pas là de la dérivation vraie,
1 Chez une mal.ide de Charcot (Obs. v de Vlconogr. photor/r., tom. I), les inhalalioQS d'éther prolongées donaeut lieu assez souvent à un élat cataleptique ; l'éther occasionne aussi un délire qui oITre beaucoup d'analogie avec celui qui succède aux attaques ; la volonté paraît absente ; la malade s'abandonne à des confidences qui trahissent ses aspirations, ses besoins les plus intimes. Les sensations génitales dominent chez plusieurs hystériques dans le délire produit par l'éther.
il n'y a rien d'humoral ; c'est une action perturbatrice sur le système nerveux, sans parler de l'effet moral produit par ces moyens un peu violents.
Les antipériodiques peuvent aussi agir de la même manière, en rompant l'ordre dans les cas de retour régulier des crises.
Ces deux effets, sédatif et perturbateur, peuvent être obtenus par 1'%drothérapie, qui est peut-être le plus puissant moyen que nous ayons contre l'hystérie. Les bains tièdes prolongés sont un très-bon agent de sédation à employer contre tous les phénomènes d'excitation. Pomme en faisait un fréquent usage et regrettait que la journée n'eût pas plus de vingt-quatre heures, afin de les prolonger davantage. C'est un excellent moyen contre les convulsions permanentes : on leur donne une durée de quatre, six et huit heures.
L'eau glacée a encore une action sédative. L'ingestion de glace pilée, l'application épigastrique d"une vessie remplie de glace, sont utiles contre les vomissements et le hoquet. Cruveilhier faisait boire à ses malades plusieurs verres d'eau froide à la régalade. Briquet prescrit la glace pilée et avalée par cuillerées à bouche.
L'action perturbatrice est obtenue quand on projette de l'eau à la figure ou sur le corps des hystériques pendant l'attaque.
Enfin on peut avoir une action tonique générale et tonique spéciale pour le système nerveux, contre la névrose elle-même, par le drap mouillé, les lotions froides , les affusions, les douches, etc. C'est une médication que nous ne saurions trop recommander.
Ia électrisation cutanée faradique est très-bien indiquée contre les anesthésies : elle agit plus ou moins rapidement et les fait presque toujours disparaître, au moins pour un temps. De plus, la douleur produite dans certains cas est un puissant moyen de perturbation, et la crainte d'une nouvelle séance peut achever la guérison. C'est ce qui nous est arrivé chez une malade dont une électrisation douloureuse a guéri la paralysie.
Préconisée aussi comme moyen perturbateur contre les convulsions tenaces, elle est conseillée par Briquet contre la toux hystérique et les spasmes permanents. L'effet psychique doit jouer ici un très-grand rôle.
On emploie aussi avec succès les courants interrompus contre les paralysies, à titre d'excitants, et on peut essayer les courants continus contre les contractures (?).Xous reviendrons sur leur action dans le traitement de l'attaque.
A côté, nous placerons la wîé^a//oi/iémpi>. Déjà, à propos de l'hémianesthésie d'origine cérébrale (pag. 190) , nous avons fait connaître les recherches de Burq, reprises et confirmées à la Salpètrière.
Nous retrouvons ici cette question, au point de vue particulier des hystériques. Nous résumerons les principaux faits acquis*.
* Voy., pour plus de détails et pour les renseignements bibliogr., notre Revue
Quand on applique une plaque métallique sur la peau d'une hystérique hémianesthésique, la sensibilité revient en même temps que la force musculaire augmente et que la température s'élève.
Tous les métaux ne produisent pas ces effets chez une même malade. Chaque hystérique est sensible à un métal donné, quelquefois à deux ou même trois.
La sensibilité métalHque des hystériques est en général fixe, constante et toujours la môme pour une malade. On l'a vue cependant varier quelquefois; après des applications réitérées^ après une perturbation par l'électricité, elle peut disparaître. Elle disparait également souvent dans le voisinage des grandes attaques.
Le phénomène ainsi développé est transitoire. Qu'on laisse ou non les métaux appliqués sur la peau, on voit au bout d'un certain temps la sensibilité disparaître de nouveau dans les mêmes points : c'est l'anesthésie de retour.
En même temps que la sensibilité (générale et spéciale) reparaît dans une région anesthésiée, elle disparaît dans la région symétrique. C'est là le phénomène du transfert, constaté d'abord par Gellé (pour l'ouïe) et dénommé par Dumontpallier.
De plus, avant que l'anesthésie de retour s'établisse d'une manière définitive, on observe des oscillations successives. Ces oscillations, découvertes par Charcot et bien étudiées par Richer, se produisent, que l'application métallique soit ou non continuée. Leur nombre est très-variable; on en a observé 10, 12 et plus.
Cela posé, si une hystérique est guérie de son hémianesthésie (pour une cause ou pour une autre) et qu'on réapplique le métal auquel elle était sensible, l'anesthésie reparaît (Charcot) . Cette anesthésie métallique ou postmétallique,apparaît au point d'application, puis s'étend de la à tout le corps, en suivant pour cela une marche singulière : elle débute par quatre points symétriques, parmi lesquels celui qui est le siège de l'application.
L'anesthésie provoquée ou métallique a une valeur diagnostique et pronostique. Charcot a en effet constaté que cette facilité de développer l'anesthésie diminue chez les malades à mesure que l'hystérie s'affaiblit. Ce serait donc là un moyen d'apprécier chez les malades hystériques la solidité de la guérison.
du. Montpellierméd., juin 1880. Nous nousfaisoas seulement un devoir de rétablir UQ détail historique qui uous avait échappé. Parmi les précurseurs vraiment scientifiques de Burq, il faut citer G. -H -A. Despine, d'Aix en Savoie, qui, a])rè3 de nombreux essais, faits de 1820 à 1838, mit bien en lumière l'action des métaux dans la cure des maladies nerveuses, le phénomène du transfert, etc. Voy. sur ce point le travail du D"" Monard [La Mélalloihérapie en 1820, in Lyon médical, 1880) et la lettre du D'' Guilland père, in Montpellier médic. y août 1880.
Cette action des métaux sur les membres sensibles une fois constatée, on a essayé de la produire sur le côté sain chez les hystériques encore hémianesthésiques. On choisit les mêmes malades que dans l'expérience fondamentale , seulement on applique le métal sur le côté sain au lieu de l'appliquer sur le côté anesthésié. Le phénomène s'accompagne d'oscillations consécutives et aboutit finalement à la situation première.
Cette manière de procéder a réussi dans certains cas où l'expérience fondamentale avait échoué.
Ajoutons sur ce point une remarque particulière. En général, l'anesthésie provoquée s'accompagne d'amyosthénie, de refroidissement et de pâleur de la peau. Cette association n'est cependant pas constante. Il y a une certaine indépendance entre ces divers éléments, et on a vu l'anesthésie apparaître avec la rougeur de la peau, etc. (Vigouroux.)
L'anesthésie n'est pas la seule manifestation hystérique modifiée par les applications métalliques. On a vu les mêmes procédés agir de la même manière sur des paralysies, des contractures, des attaques convulsives, l'état hypnotique et la catalepsie. Tous ces états peuvent être provoqués, transférés par les métaux.
« On peut mettre en évidence différents états pathologiques dont les conditions sont présentes chez le sujet » (Charcot).
Voici enfin quelques particularités curieuses notées par différents auteurs, Vigouroux surtout.
a. Certains métaux (cuivre et zinc) perdent leur efficacité si l'on recouvre d'une couche isolante la face du métal non en contact avec la peau.
h. L'action est changée et généralement annulée si au premier métal on en superpose un second qui ne touche pas la peau, le premier métal étant actif et le second ne l'étant pas pour la malade en observation.
Si l'on place une série de disques ainsi superposés , l'effet final dépend de la nature du disque qui termine la colonne : positif si ce dernier métal est actif, négatif s'il est inactif.
L'action du premier métal est également perturbée par un second métal (inactif) placé sur le même membre, à quelque distance du premier.
En réalité, le métal neutre n'annule pas l'effet du métal actif. Il immobilise l'état d'innervation tel qu'il est au moment où on l'applique. Il rend durable l'état de transfert ou l'état primitif, suivant que la superposition est faite dans l'un ou l'autre de ces états.
Ces observations permettent de transformer la métalloscopie en métallothérapie externe.
Quant à la métallothérapie interne, elle paraît bien avoir donné quelques résultats dans un certain nombre de cas. Cependant il faut se rappeler que c'est là un point bien moins établi que les précédents dans la doctrine de Burq, et ne pas rendre solidaires l'une de l'autre la métalloscopie et la métallothérapie interne.
Nous avons déjà dit, à propos de l'hémianesthésie cérébrale, comment on a rapproché de ces applications métalliques les courants continus faibles, lelectricité statique, les solénoïdes, les aimants.
On a aussi essayé à la Salpèlrière, avec un plein succès, les vibrations sonores d'un diapason. On obtient ainsi les mêmes effets qu'avec les aimants, les métaux, etc. Pour avoir l'action locale, on fait appuyer la main sur la caisse de résonnance; pour l'action générale, on place la malade sur la caisse même de résonnance. On fait ainsi disparaître des anesthésies, etc. — On a même fait des expériences pour démontrer que ce n'est pas la transmission acoustique qui agit dans ces cas, mais la transmission directe des vibrations.
On a encore fait des essais du même ordre avec des agents thermiques. Regnard , Vigoureux, ont obtenu des transferts, des anesthésies ou des contractures provoquées, etc., avec le froid. Therme a montré que l'eau àO° ou à 38° peut, suivant les sujets, remplacer les métaux sensibles.
Mentionnons enfin des expériences un peu paradoxales faites avec des disques de bois et qui n'ont du reste pas réussi entre les mains de tout le monde. Hughes Bennett aurait fait disparaître une anesthésie en appliquant des disques de bois sur la peau; il s'est même amusé [sum Scherz, dit Rosenbach) à donner du quassia à l'intérieur pour compléter le traitement. Westpbal a obtenu des résultats analogues avec des jetons en os ou en ivoire.
Ces faits sont restés isolés. A la Salpêtrière, on a plusieurs fois essayé de les reproduire sans y parvenir'. Du reste, la possibilité de supercherie
' Tout récemment (Soc. de Tliérap., 28 juillet 1880) Dujardin-Beaumetz et Jourdanis ont étudié les propriétés œsthésiogènes de certains bois appliqués sur la peau, ou xylothérapie. IjCS plaques de bois directement appliquées sur la peau rappelleraient la sensibilité chez les malades anesthésiques plus promptement que les métaux. Tous les bois n'agissent pas avec la même intensité ; on peut les classer, au point de vue de l'efficacité ie leur action, dans l'ordre suivant : quinquina, thuya, bois de rose, acajou, pitch-pin, noyer, érable, pommier; on n'obtient aucun effet sensible avec le peuplier, le frêne, le palissandre et le sycomore. (Le marbre, la pierre, ne donnent aucun résultai.) Dans aucun cas, il n'y a eu de transfert ; le retour de la sensibilité a toujours été très-fugace. La température de la plaque de bois ne modifie en rien les résultats.
La théorie électrique est difficile à soutenir en présence de ces recherches. Guéneau de Mussy a résumé à la mêm.e séance de la Soc. de Thérap. la théorie de Maggiorani, d'après laquelle ce serait une sorte d'action de contact développant des vibrations moléculaires très-rapides en rapport avec le mouvement vibratoire moléculaire du système nerveux. Nous n'insisterons pas sur celte hypothèse (SchilT), qui est séduisante, mais qui, comme l'a ajouté Féréol, équivaut à l'aveu de notre gnorance ; ne vaudrait-il pas mieux le reconnaître franchement?
Voy. encore sur ce dernier point : Vigoureux; Profjr, mcd., 12 sept. 1880.
OU d'effet psychique dans quelques cas n'entraîne pas l'impossibilité d'effet réel dans l'immense majorité des autres cas.
Toutes les expériences de la Société de Biologie ont été faites en effet avec un grand luxe de précautions. Ainsi, un bandeau était toujours placé sur les yeux de la malade, on ne la prévenait pas du changement de métal, on la trompait même sur la nature du métal appliqué, etc.; toutes choses qui répondent à la prétention des médecins anglais de tout expliquer en métallothérapie ^ar Vaexpecîant attent.ion ».
On voit toute l'extension que les recherches récentes ont donnée à la métallothérapie; le sens étymologique du mot est dépassé et il vaudrait mieux le remplacer par le mot œsîhésiogénle.
Deux caractères particuliers distinguent du reste cette action œsthésiogène dans les anesthésies hystériques et dans les anesthésies organiques. Dans ces dernières, il n'y a pas de transfert et l'effet est permanent ; dans les premières, au contraire, il y a transfert avec oscillations successives et retour définitif à l'état antérieur.
Cette règle, vraie dans la majorité des cas, n'est cependant pas absolue. Vigouroux et d'autres ont vu le transfert dans des cas d'origine organique ou toxique. Proust et Ballet et d'autres ont vu aussi, dans des cas analogues, les effets n'être pas permanents et augmenter de durée après chaque nouvelle application. D'autre part, Debove a montré qu'on peut enter le transfert et obtenir des guérisons chez les hystériques par l'aimantation bilatérale et prolongée. Mais enfin on peut dire néanmoins que ce n'est pas là la règle générale.
Si donc nous prenons les choses de haut et dan; leur plus grande généralité, nous pouvons conclure que les métaux (et autres agents œsthésiogènes^) peuvent ramener la sensibilité suivant deux types différents : type transitoire avec transfert (qui appartient surtout à Thystérie) et type permanent sans transfert iqui appartient surtout aux maladies organiques et toxiques).
L'importance diagnostique, pronostique et thérapeutique de cette loi justifie les développements que nous avons donnés à cette question.
Dans les troubles musculaires, on peut tirer profit de ïexercice rhythmiqiie des muscles atteints. Ainsi, pour la voix, dans les cas d'aboiements ou d'autres spasmes du même ordre, l'exercice régulier de la parole est utile : on fait déclamer des vers, scander les mots, lire à haute voix, chanter en marquant la mesure. De mêoie pour ce qui se passe du côté des membres inférieurs : Bernutz cite une dame qu'on faisait promener, précédée ou suivie d'un tambour battant la charge.
Reste encore le traitement moral, qui a ici une grande importance.
Une femme était atteinte de convulsions choréiformes durant depuis six
1 Parmi lesquels il faut comprendre les vésicatoires {Gaz. hebd., 1880, 1).
semaines, et si violentes que l'épiderme des avant-bras était excorié par le frottement. Après plusieurs médications infructueuses, Guéneau de Mussy saisit un jour le bras de la malade, et, lui parlant de la nécessité de guérir, de l'insuffisance des agents employés, dit qu'il lui reste un moyen, réservé jusque-là à cause de son énergie ; il faut même prescrire en même temps un contre-poison que l'on tient à côté pour le cas où les effets de la pilule seraient trop énergiques. On prescrit alors une pilule mica panis que l'on recommande à la sœur pour qu'elle ne s'égare pas, et à côté 125 gram. de protoxyde d'hydrogène à titre d'antidote. La malade éprouve, au passage de la pilule, un sentiment de brûlure œsophagienne telle qu'elle se jette sur la bouteille de protoxyde d'hydrogène pour la calmer, et après une pilule les convulsions cessaient complètement.
Des effets plus curieux encore sont ceux qu'on a obtenus dans des cas de constipation. Des purgatifs répétés étaient restés inactifs ; une pilule panchymagogue è mtca panis entraîna une superpurgation.
Dans un cas d'aphonie, Bernutz place la patiente dans un coin de la chambre la bouche ouverte ; il se met dans le coin opposé, armé d'une seringue à injection remplie d'un liquide glacé ; il en dirige le jet vers la bouche de la malade à travers toute la pièce : l'aphonie est guérie.
Guéneau de Mussy cite plusieurs faits de paralysie guérie par ses pilules fulminantes.
Seulement, pour essayer ces moyens il faut inspirer une grande confiance à la malade ; il faut qu'elle soit convaincue qu'on croit à son mal, et on ne doit prévenir absolument personne autour d'elle de la réalité des choses. 2. Il nous reste encore à parler des moyens dirigés contre Vattaque d'hystérie elle-même, et d'abord des moyens employés pour l'arrêter, la faire avorter.
Partant de l'idée ancienne déjà plusieurs fois rappelée, Arétée recommande de faire revenir l'utérus à sa place et de l'y maintenir; pour cela, on repoussait la matrice dans le bassin et on comprimait fortement. Par une théorie absurde, on était arrivé ainsi, soit pour les antipasmodiques, soit pour la compression du ventre, à des faits vrais. C'est qu'en réalité l'ordre des idées était l'inverse de ce que l'on dit généralement : ils n'avaient pas édifié leur théorie à priori pour en déduire la pratique ; ils avaient d'abord bien observé les faits et avaient ensuite bâti leur théorie. Celle-ci a changé, mais ceux-là sont restés.
La pratique a été poursuivie. Au xvi" siècle, Monardès plaçait une grosse pierre sur le ventre de ses malades ; au xvii'', Willis conseille la compression de l'abdomen pour empêcher le spasme convulsif de monter au cou et à la tête ; au xviii'', la pratique populaire recommande ce moyen comme secours aux convulsionnaires : tantôt on appuyait sur le ventre avec un pesant chenet ou un pilon ; tantôt on enserrait le ventre dans de longues bandes que l'on tirait adroite et à gauche; d'autres fois enfin,
trois, quatre, et même cinq personnes montaient sur le corps du malade. Une chose curieuse, c'est que cet usage est resté dans le peuple, du moins dans une partie de notre population. On pouvait voir, dans un faubourg de la ville, un alcoolique qui a des attaques épileptiformes ; quand une crise le prend, sur la route ou ailleurs, sa femme et sa fille, qui l'accompagnent toujours, s'asseoient sur lui et invitent quelque passant à en faire autant.
A notre époque, du reste, on a repris l'étude scientifique de ce traitement : Récamier faisait mettre sur le ventre un oreiller ou le coussin d'un canapé, et y faisait asseoir quelqu'un dessus. Briquet repousse cette pratique, et la déclare inefQcace et même dangereuse.
La question a été encore étudiée plus tard, seulement on a substitué l'ovaire à l'utérus. Négrier recommande la compression de la région ovarienne ; mais son livre fit peu de bruit et de prosélytes. Charcot a de nouveau attiré l'attention sur ces faits.
Il présente des cas graves d'hystéro-épilepsie dans lesquels il y a douleur ovarienne nette et aura partant de ce point. Quand l'accès s'est produit, que la femme est par terre sur un matelas, le médecin met un genou en terre et plonge le poing fermé dans la fosse iliaque qui est le siège de l'ovarie. Il faut faire appel à toute sa force pour vaincre la rigidité des muscles abdominaux. Cette résistance une fois vaincue, quand on a pénétré dans le bassin, la sédation se manifeste ; quelques mouvements de déglutition se produisent et les muscles reviennent en résolution. Il faut maintenir la compression pendant quelques minutes, et alors l'attaque est bien réellement terminée ; sinon, on pourrait recommencer. Chez toutes les malades, l'effet n'est pas aussi complet. Chez quelques-unes, l'attaque est seulement modifiée, mais toujours en bien.
Le fait est mis hors de doute (nous l'avons vu contrôler encore récemment à l'hôpital Saiut-Eloi), mais on ne peut pas nier d'autre part la brutalité du moyen. Comme le dit Bernutz , il est bien difficile qu'une mère permette jamais de l'employer sur sa fille. En principe , d'ailleurs, l'attaque d'hystérie ordinaire ne mérite pas un si grand moyen. On pourra seulement l'essayer dans les attaques graves d'hystéro-épilepsie, qui, en se répétant, pourraient mettre en danger la vie du malade ^.
Un procédé un peu analogue pour faire avorter l'attaque est la constricîion du larynx, proposée par Guéneau de Mussy; c'est une sorte de strangulation véritable. La chose est encore à expérimenter, son efficacité n'étant pas démontrée pour la généralité des cas. Richer et Regnard ont récemment attiré l'attention sur l'action du cou-
* Voy., dans ï Icoiiorir.phologr. de la Salpêlricrc, les résultats obteuiis par la compression ovarienne prolongée avec un compresseur, celui de Poirier par exemple.
HYSTÉR 971
rant galvanique sur les attaques d'hystérie, et surtout d'hystéro-épilepsie.
Le courant continu appliqué pendant la période d'état de mal hystéroépileptique a toujours diminué le nombre des attaques. Les interversions du courant arrêtent en général l'attaque, mais lorsqu'elle est déjà commencée ; ainsi, par exemple, si l'on fait une application de quarante éléments TrouYé à un malade en état d'attaque et qu'on intervertisse les pôles, l'excitation qui résulte de cette rupture du courant détermine l'arrêt immédiat de l'attaque... Ajoutons enfin que les attaques peuvent disparaître pour ne plus revenir, ou, ce qui est plus fréquent, les attaques reviennent et s'espacent de plus en plus, et perdent peu à peu de leur intensité '.
Les médecins anciens avaient multiplié les moyens d'intervention dans les attaques qu'ils cherchaient à abréger, les croyant très-funestes, dangereuses. Depuis l'arrachement des ongles ou d'un poil du pubis jusqu'aux pilules très-complexes dans lesquelles entrait le placenta desséché , tout a été mis en usage. Je ne parlerai pas des pratiques que préconisaient Forestus et bien d'autres, basées sur ce fait plus ou moins vrai de l'écoulement du mucus vaginal à la fin de l'attaque. Ce sont des procédés que la morale et les plus élémentaires convenances réprouvent d'une manière absolue.
Briquet recommande le chloroforme. Les hystériques sont très- sensibles à son action. On place sous leur nez un plumasseau de charpie imbibée. La patiente fait d'abord quelques mouvements pour s'en débarrasser, puis l'agitation cesse, les muscles tombent dans le relâchement ; au bout de quelques minutes, la malade s'endort et les convulsions cessent. De l'aveu même de Briquet, les fortes convulsions ne sont que momentanément arrêtées et le moyen ne réussit bien que dans les attaques de moyenne intensité. Dès-lors reparaît l'objection que Briquet lui-même faisait à d'autres procédés : ce n'est pas la peine d'employer un moyen qui, en somme, est dangereux pour enrayer seulement des attaques sans danger.
On a encore essayé le nitrite d'amyle. Bourneville a arrêté par ces inhalations des attaques d'hystérie grave et d'hystéro-épilepsie. C'est un moyen dangereux et insuffisamment étudié jusqu'à présent^.
Le plus souvent donc on se bornera à surveiller la malade pendant l'attaque. On enlève à la patiente tout ce qui peut gêner la circulation ou la respiration : vêtements, ceinture, etc. On la maintient au lit ; il faut quelquefois résister aux convulsions trop fortes en immobilisant les quatre
1 Soc. BioL, 13 juillet 1878. — Gaz. hebd., 30.
2 Bourneville et d'Olier ont récemment e?sayé (Soc. de Bîol. , 31 juillet 1880) le bromure d'éthyle. Ce médicament, administré à plusieurs reprises à cinq hystériques mâles de Bicêtre et à des malades de la Salpêtrière, a presque constamment amené la cessation des phénomènes convulsifs, et plusieurs fois, chez deux malades, le passage rapide du clowaisme au délire.
membres. Il ne faut recourir aux liens que si c'est absolument indispensable. On peut faire quelques inhalations antispasmodiques. Un peu d'eau froide en aspersion ou en boisson est utile : on a recommandé de faire avaler, de gré ou de force, à la malade un grand verre d'eau froide. Il n'y a pas à redouter qu'elle s'étouffe. Enfin, si le cas est très-grave et chez une ovarique, on essayera la compression.
On peut encore, dans un but thérapeutique, chercher à provoquer une attaque au lieu de la combattre. On sait en effet que certains phénomènes permanents, comme les contractures ou les paralysies, peuvent disparaître brusquement au moment d'une attaque convulsive.
Le moyen à employer est assez simple : la compression de l'ovaire est douloureuse : on provoque tous les phénomènes de l'aura, et si l'on insiste on peut arriver à l'attaque complète. Ce procédé a été essayé quelquefois. Il a réussi notamment entre les mains de Liouville, pour faire cesser d'anciennes contractures *.