‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 65 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Nous avons achevé l'étude des myélites. — C'est dire que nous avons presque terminé les maladies de la moelle, car il ne nous reste à parler que d'états encore incomplètement étudiés, comme la congestion, l'anémie, et l'hémorrhagie de cet organe.

Autrefois on exagérait l'importance et la fréquence de la congestion médullaire. On rangeait dans cette catégorie tous les cas dans lesquels on constatait anatomiquement les signes d'une congestion passive post mortem, et aussi bien des cas dans lesquels l'examen microscopique révèle aujourd'hui une lésion inflammatoire vraie.

Par réaction contre cette exagération ancienne, le Dictionnaire encyclopédique ne consacre pas d'article spécial à la congestion de la moelle, et, au contraire, dans un dernier revirement des tendances, Hallopeau et Erb ont consacré à cet état des études détaillées.

Il est impossible de séparer cliniquement la congestion de la moelle seule de la congestion des méninges. Nous allons donc décrire simultanément la congestion de la moelle et de ses enveloppes.

L'Etiologie se rapproche, dans ses conditions générales, de celle de la congestion cérébrale, avec laquelle l'hyperémie spinale coexiste souvent. Enumérous les principales de ces causes.

1. L'excitation fonctionnelle de la moelle. La fonction d'un organe entraîne la fluxion vers cet organe; l'excès de fonction produit la congestion. Les efforts corporels ^, la gymnastique, les excès de coït, agissent de cette manière. C'est dans cette catégorie qu'il faut classer la congestion médul-

' Art. de Hallopeau et de Erb, in Nouveau Dictionn. de Méd. et de Chir. prat., et Hdh. de Ziemssen.

- Voy. sur ce point les observ. de Leudet [Arch. gén. de Méd., 1863, et Clin, de Rouen, 1874).

laire trouvée souvent dans les cas de tétanos; cette lésion est effet et non pas cause des accidents.

2. L'excitation nutritive. La plupart des inflammations de la moelle s'accompagnent d'hyperémie; nous avons signalé cet élément dans les myélites.

3. Les intoxications, et notamment l'empoisonnement par la strychnine, le nitrite d'amyle, l'oxyde de carbone, l'alcool, l'absintbe, etc.

4. Les fluxions collatérales. Un arrêt subit des mois , d'un flux bémorrhoïdaire, de la sueur des pieds,... agira de cette manière. On a contesté l'existence de ces congestions médullaires; il y a cependant des faits trèsbien observés de paraplégie dans la menstruation ou à l'époque de la ménopause, qui sont justiciables de ce mécanisme *.

5. Les refroidissements. Ce serait là la cause principale pour Hammond; elle agit en partie par fluxion collatérale, en partie par action réflexe.

6. Les traumatismes. La secousse produite par une chute sur le dos ou sur le siège agit dans ce sens, mais par un mécanisme encore obscur.

7. Certaines fièvres, comme la fièvre typhoïde ( Chédevergne) , la malaria, les exanthèmes aigus, etc.

Ces causes produisent ce que l'on appelle les congestions actives artérielles. Il y a d'autre part les congestions passives, les stases veineuses; on les rencontre dans les maladies du cœur ou des poumons , les maladies du foie, les tumeurs abdominales, dans l'agonie, etc.

L'Anatomie pathologique est peu développée, à cause de la fugacité des lésions hyperémiques. Quelquefois l'injection des membranes contraste avec la pâleur de la moelle, c'est une pâleur par compression. D'autres fois la substance grise est tuméfiée et présente une coloration brune, avec de petits vaisseaux remplis de sang, visibles à l'œil nu. Quelquefois même la substance blanche a une teinte rougeâtre et contient de gros vaisseaux dilatés.

Avec la congestion passive, il y a parfois de l'bydrorachis ; la sérosité, quelquefois colorée en rouge, s'accumule dans l'espace sous-arachnoïdien.

En général, la congestion est généralisée à tout l'axe spinal. Rarement elle est localisée, et cela à cause des nombreuses anastomoses du système circulatoire. Il y a cependant quelques cas d'hyperémie limitée aux renflements.

La Symptomatologie peut être nulle. Vulpian fait remarquer notamment le silence clinique des congestions médullaires passives dans les maladies du cœur ou des poumons. Mais dans d'autres cas aussi il y a des symptômes.

Les troubles de la sensibilité dominent habituellement : ce sont des dou-

1 Voy. les faiti de Peter, Barié, etc., in Gaz. hebdom., 1877, 28.

leurs plutôt sourdes qu'aiguës sur le trajet du rachis. La pression sur les apophyses épineuses, les mouvements, la marche, les exaspèrent. Souvent les malades éprouvent une sensation pénible d'engourdissement et des fourmillements dans les extrémités. La sensibilité peut aussi être affaiblie dans ses différents modes.

Du côté de lamotiiité, on note quelquefois des phénomènes d'excitation, crampes ou contractures, par exemple dans les muscles du dos ou de la nuque, et produisant un léger opisthotonos. — Plus souvent il y a un certain degré de paralysie, surtout dans les membres inférieurs : les membres sont devenus lourds, la fatigue est rapide et la marche pénible ; quelquefois la parésie atteint les quatre membres. Rarement ces troubles empêchent la marche. En général, il n'y a pas de paralysie delà vessie.

Le type le plus net d'hyperémie médullaire a été décrit par Fritz et Chédevergne dans la fièvre typhoïde. La pression sur les apophyses épineuses est douloureuse ; il y a une hyperesthésie prononcée de la peau des extrémités ; quelquefois le contact le plus léger, un simple frôlement, provoquent de vives souffrances ; une sensation de brûlure ou une douleur profonde et déchirante peuvent être ressenties tout le long du rachis. La pathogénie est du reste complexe dans ces cas.

Vulpian regarde « comme tout à fait erronée l'opinion qui attribue à la congestion de la moelle les troubles nerveux paralytiques ou irritatifs qui s'observent dans les fièvres typhoïdes accompagnées de phénomènes spinaux ; c'est à l'inflammation des centres nerveux et non à la congestion qu'il faut rapporter les phénomènes observés ». Et il ajoute : « Ce qui le prouve, ce qui le montre clairement, ce sont les cas, qui ne sont pas trèsrares, dans lesquels on observe, à la suite de la fièvre typhoïde, des paralysies, des atrophies musculaires, des anesthésies plus ou moins limitées qui sont précédées par d'autres phénomènes d'excitation pendant la maladie elle-même. Si ces phénomènes étaient dus à la congestion, ils devraient évidemment disparaître avec la maladie *. »

L'argument ne me paraît pas péremptoire. De ce que dans certains cas les accidents persistent et prouvent une inflammation, cela ne prouve pas que dans les autres cas, qui sont les plus nombreux, les phénomènes nerveux éphémères observés ne correspondent pas à une congestion de la moelle. Jusqu'à nouvel ordre, nous regarderons donc comme de simples hyperémies ces processus irritatifs qui ne laissent aucune trace à l'autopsie.

Brown-Sequard a indiqué un signe qui serait caractéristique de la congestion de la moelle : l'impuissance motrice est plus accentuée quand le malade est au lit que quand il est debout. Le malade marche mieux dans le milieu du jour, quand il est resté un certain temps assis ou levé, que le matin quand il se lève. Mais Erb fait remarquer que certains auteurs ont

^ Leç, sur les mal. du Syst. nerv., pag. 80.

soutenu le contraire, la station debout augmentant l'afflux des liquides à la partie inférieure delà moelle.

Les signes de la congestion médullaire sont du reste si peu caractéristiques, surtout par rapport à ceux de l'anémie du même organe, qu'Hammond s'est efforcé de prouver, dans un récent travail^, « que les affections décrites sous le nom d'irritation spinale, d'hystérie, de congestion médullaire, doivent être dénommées anémie spinale postérieure, et qu'en effet elles ne sont dues qu'à une anémie des cordons postérieurs de la moelle ».

Le Début de la congestion médullaire est en général rapide. La Marche est entrecoupée d'alternatives d'amélioration et d'aggravation ; on observe aussi de remarquables déplacements de siège (Leudet).

La guérison est la règle. On a cité quelques cas de mort par asphyxie. Mais Hallopeau remarque avec raison qu'il devait y avoir alors extension au bulbe.

L'élément principal du Diagnostic est la connaissance des conditions étiologiques. Ainsi, des phénomènes spinaux se développant après la suppression d'un flux habituel ou d'une hémorrhagie, ou encore dans le cours d'une fièvre typhoïde, indiquent une congestion spinale.

On a quelques autres |bons signes dans la mobilité des phénomènes : l'influence de l'attitude, la courte durée de la maladie.

Comme Traitement, on peut employer les veatouses scarifiées le long du rachis, les sangsues à l'anus, les ventouses sèches sur les extrémités inférieures ; les purgatifs, notamment l'aloès, etc.

Hammoud déclare l'ergot de seigle avantageux au début de la forme aiguë et indispensable dans les formes invétérées. Il l'administre à la dose de 4 gram. d'extrait liquide, répétée trois fois par jour.

D'après le même auteur, la belladone est encore un remède utile, surtout quand la congestion spinale s'accompagne de paralysie du spliiucter ou de vives douleurs dans le dos. « On peut l'administrer en teinture à la dose de 15 gouttes, trois fois par jour, ou bien encore on peut appliquer un emplâtre belladone sur la partie de l'épine dorsale qui est le siège de la douleur. »

« Les douches chaudes, ajoute-t-il (à 98° Fahr.), sur la colonne vertébrale constituent un excellent révulsif. On doit projeter l'eau d'une hauteur de deux pieds environ sur le dos, au niveau de la région douloureuse, pendant cinq minutes, tous les jours. »

Hammond conseille enfin d'y ajouter les courants continus le long de la colonne vertébrale (courants faibles et sans que les séances dépassent dix minutes) .

1 Rev. des Se. méd., tom. X^pag. 111.

S'il y a tendance à la chronicité, les vésicatoires, les applications de teinture d'iode, l'aloès à faibles doses répétées, les douches d'éther le long de la colonne vertébrale, pourront rendre des services.

Il faut chercher à rappeler, s'il y a lieu, l'écoulement sanguin dont la suppression a entraîné les accidents.

Page 1