L . cenl
Fig. 2. — Lacs arachnoïdiens QCFlumina de la base du cerveau, j — L. cent. Lac cenlial. — L. cal. Lac calleux. — L. sxjl. Lac sylvien. — P, P. Canaux
pj péripédonculaires. — B, B. Canaux basilaires. — F. m. Canal raédullaire antérieur. — L. posi. Lacs postérieurs. — N. ol. Neris olfactifs; 0, nerf optique; g y e, //'canaux arachnoïdiens accompagnant les nerts encéphaliques; 1, i, '2, 2, Flumina de la base du cerveau.
76 MALADIES DE l'eNCÉPHALE.
Dans la moelle, nous retrouvons des dispositions analogues : les sources du liquide céphalo-rachidien autour des artérioles, les communications avec la pie-mère et un lac terminal (sinus rhomboïde) à la partie inférieure du rachis.
Il y a aussi des espaces séreux autour de tous les nerfs. Les gaines lamelleuses de Ranvier sont en communication avec les lacs sous-arachnoïdiens. Axel Key et Retzius l'ont démontré, notamment avec des injections de gélatine et de bleu de Prusse.
Autour des faisceaux de nerfs, dans les organes des sens, partout, dans le système nerveux périphérique comme dans le système nerveux central, nous retrouvons le liquide céphalo-rachidien.
Schwalbe a complété la démonstration en prouvant la communication des diverses parties des organes des sens. Ainsi, « par le trou auditif, les canaux séreux du nerf auditif sont en rapport avec les espaces remplis de périlymphe, compris entre le labyrinthe osseux et le labyrinthe membraneux; par le trou optique, les espaces séreux de la lamina fusca, qui entourent les vaisseaux de la choroïde et communiquent avec la chambre antérieure de l'œil, sont en relation avec les canaux séreux du nerf optique et avec le lac central au niveau du chiasma ; une disposition analogue existe pour les nerfs de l'olfaction. »
Ainsi, c'est une loi générale : partout où il y a un élément nerveux et un vaisseau sanguin, il y a un espace séreux avec du liquide céphalorachidien ; tous ces espaces séreux communiquent entre eux partout.
On remarquera les analogies qui rapprochent ce système du système lymphatique, tel qu'on le conçoit aujourd'hui, depuis les travaux de Ranvier: les origines sont les mêmes dans les séreuses, dans le tissu conjonctif lâche. Les lymphatiques proprement dits communiquent du reste avec ce grand système céphalo-rachidien.
Ce système constitue donc, à proprement parler, un grand système lymphatique qui imprègne partout le tissu nerveux. Ranvier a démontré que le tissu conjonctif tout entier est un vaste espace lymphatique, une vaste séreuse parcourue par des filaments tapissés de cellules plates et formant un cloisonnement incomplet. Les cellules araignées de la névroglie seraient de même le simple résultat de l'entre-croisement des filaments de cet ordre avec une cellule endothéliale au nœud.
Le système nerveux tout entier est donc imprégné de lymphe. C'est là le vrai milieu intérieur dans lequel le tissu nerveux se nourrit. Mais en même temps ce liquide joue un rôle mécanique : il protège la délicatesse de l'élément nerveux contre le choc cardiaque ou l'excès de tension vasculaire. Si la pression intravasculaire augmente dans le cerveau, le liquide f'éphalo-rachidien transsude plus abondant, est refoulé dans le rachis, etc. L œdème cérébral survient quand ces voies naturelles de déplétion deviennent insuffisantes.
Ce liquide possède normalement, à l'intérieur du crâne, une tension supérieure à celle de l'atmosphère. Si, par une perforation du crâne, on ouvre l'arachnoïde viscérale, le liquide s'écoule, et si l'ouverture est faite à la région atloïdienne ou lombaire, l'écoulement a lieu par jet. Leyden a mesuré cette pression et l'a trouvée égale à 735-787 millim. de mercure.
La source de cette tension est dans le sang. Si la carotide est ouverte et l'animal tué par hémorrhagie, la tension tombe à 0. Ce fait de la forte tension physiologique explique la hernie du cerveau dans les traumatismes ou après la trépanation.
La quantité de liquide céphalo-rachidien est difficile à apprécier. Magendie l'estimait à 64 gram., Longet à 200-250 gram. Ce dernier chiffre est plus près de la vérité.
IV. Le contenu liquide du crâne subit des variations physiologiques qui correspondent à ce qu'on appelle les mouvements du cerveau'.
Quand on applique le doigt sur la fontanelle d'un nouveau-né, quand on examine le cerveau d'un adulte mis à nu par la trépanation ou par une cause accidentelle, ou encore quand on observe un cerveau d'animal dans les mêmes circonstances, on constate deux ordres de mouvement : de petits mouvements suivant lerhythme du cœur, et d'autres, moins rapides, mais plus amples et plus manifestes, coïncidant avec les mouvements respiratoires ; coïncidence qui apparaît surtout quand un effort ou une excitation provoque un effort respiratoire.
Ce fait est connu depuis très-longtemps. Pline le Naturaliste signale dans le cerveau de Zoroastre, à sa naissance, des pulsations qui repoussaient la main appliquée sur la tête. Galien les observe mieux et les attribue au soulèvement du cerveau par l'air pénétrant dans les ventricules par les fosses nasales à travers les ouvertures ethmoïdaies.
L'ère scientifique de cette étude s'ouvre avec Lamure, professeur à Montpellier, qui présente en 1749, à l'Académie, un mémoire sur les causes des mouvements du cerveau, basé sur 13 expériences faites sur des chiens trépanés.
Cotugno découvre en 1764 le liquide céphalo-rachidien. Mais la découverte est si peu utilisée que, quelques années après, Monro et Kellie émettent le théorème que nous exposerons plus loin sur la fixité absolue de la quantité de liquide contenue dans le crâne.
Ravina (1811) commence à appliquer des appareils pour étudier ces mouvements. Puis viennent les travaux de Magendie, Richet, etc., qui montrent le rôledu liquide céphalo-rachidien; ceux de Leyden, Bruns, etc., qui inscrivent les mouvements du cerveau.
' Abadie ; Recherch. hislor. et crit. sur les mouvements du cerveau. Th. Paris, 1878: 250.
78 MALADIES DE l'eXCÉPHALE.
Prégu (1846) rapproche le premier ces mouvements de ceux qui se passent dans tout organe vasculaire. Langlet applique le premier les enregistreurs deMarey à l'étude de cette question.
Viennent alors les travaux contemporains qui ont fixé la science dans son état actuel : Mossode Turin*, Salathé^ et François Frank^
Les mouvements du cerveau sont d'origine circulatoire et d'origine respiratoire.
Voici les conclusions d'Abadie relatives à la première origine.
1 . La pulsation cérébrale est placée sous la dépendance de la pulsation cardiaque et elle représente la somme des augmentations de calibre que subissent les vaisseaux encéphaliques sous l'influence de l'ondée sanguine.
2. La pulsation cérébrale présente sur la systole cardiaque un léger retard.
3. Cette pulsation s'accompagne en outre d'ondulations dues aux contractions spontanées des vaisseaux de l'encéphale.
4. Ces divers mouvements ne sont pas particuliers à l'encéphale, mais ils doivent être considérés comme propres à tous les organes vasculaires.
Pour les mouvements d'origine respiratoire, ia turgescence de l'encéphale se produit pendant l'expiration. C'est le reflux du sang vers la cavité encéphalique et dans le cerveau, qui est considéré, dans l'expiration, comme cause du mouvement d'expansion de l'encéphale, le reflux se faisant nonseulement par les veines du cou, mais aussi par les sinus rachidiens (Flourens) . L'affaissement dans l'inspiration est produit par l'appel thoracique du sang veineux.
Pour enregistrer ces mouvements, la respiration calme et régulière ne suffit pas ; il faut une respiration exagérée, agitée.
Ces mouvements se produisent à l'état physiologique, quand le cerveau est enfermé dans sa boite à parois inextensibles. Seulement alors le liquide céphalo-rachidien subit les oscillations correspondantes : le rachis est une voie d'échappement. Ce fait, établi par Richet, a été montré par Salathé : en pratiquant une trépanation au rachis, cet observateur a constaté dans le liquide racbidien des oscillations de même ordre qu'au crâne, et ces oscillations, d'origine cardiaque et respiratoire, sont synchrones dans les deux cavités. Il y a donc seulement un mouvement de flux et de reflux^ qui met enjeu l'extensibilité des ligaments vertébraux ou chasse le sang des plexus veineux si abondants et si volumineux dans le rachis (Duret) .
V. Les détails que nous venons de donner sur la circulation sanguine et lymphatique du cerveau et sur les mouvements physiologiques de cet organe
' 1875-76.— Voy. la Thèse de Suc. Paris, 1878.
2 Acad. des Sciences, 19 juin 1876. — Trav. lab. Marey, 1876. Mém. 9.— Th. Paris, 1877.
3 Journ. de VAnal. de Bobia, mai 1877; 267. — Trav. lab. Marey, 1877
prouvent la possibilité de troubles circulatoires encéphaliques et suffisent a réfuter le théorème de Monro et Kellie, dont l'examen sommaire terminera ce chapitre préliminaire.
En 1783, Monro avait avancé qu'à cause de l'inextensibilité des parois crâniennes et de l'incompressibilité du contenu, il n'était pas possible qu'il y eût des variations dans la quantité de sang contenue dans le cerveau. KeUie développa la proposition et voulut montrer qu'en effet les émissions sanguines n'anémient pas le cerveau et que la ligature ou la compression des veines du cou ne le congestionnent pas.
L'Ecole anglaise adopta d'abord cliniquement ces propositions erronées, qui pénétrèrent en France. Mais bientôt on protesta de divers côtés. Burrows montra que cliniquement c'était inexact. Donders le fit voir directement en remplaçant par un petit morceau de verre un fragment de crâne trépané. Aujourd'hui le principe de Monro et Kellie est complètement abandonné.
D'abord la tension sanguine peut augmenter dans le cerveau sans que le volume occupé par les vaisseaux change. Ainsi, dans les tubes inextensibles, la pression sanguine peut augmenter ou diminuer ; cela suffit à produire des phénomènes de congestion et d'anémie. Leyden et Jolly ont démontré que la pression sanguine intra-crânienne augmente dans la stase veineuse et diminue dans l'anémie artérielle.
De plus, il y a cet autre élément à quantité variable, dont les fluctuations compensent celles du sang : le liquide céphalo-rachidien, le liquide lymphatique.
Gaethgens a montré directement que l'injection d'une certaine quantité de sang défibriné, injecté à haute pression, dans la carotide, détermine un fort écoulement par les vaisseaux lymphatiques du cou.
Sans revenir sur tout ce que nous avons dit sur ce sujet au commencement de ce chapitre, nous pouvons admettre que d'une manière générale les choses se passent de la façon suivante : quand une cause agit pour hyperémier le cerveau, le système lymphatique s'exprime, se vide, et, si la cause persiste et dépasse certaines limites, la tension s'élève. Le contraire arrive si c'est une cause anémiante.
La possibilité de la congestion et de l'anémie cérébrales est donc un fait incontestable et que personne ne songe plus à nier.
bO MALADIES DE L ENCÉPHALE.