‹ Traité pratique des maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 94 sur 147 · NÉVRALGIES SACRÉES · texte numérisé non relu

NÉVRALGIES SACRÉES

Cette névralgie existe cependant , avec des caractères bien nets , tout à fait spéciaux; et il est important de la connaître afin d'éviter des erreurs de diagnostic qui pourraient entraîner des hésitations ou des fautes thérapeutiques graves. Bourguignon raconte en eiîet que « un de nos confrères de Paris, aifecté d'une simple névralgie, a été opéré de la taille par un exchirurgien de l'Hôtel-Dieu bien connu par l'aveu de ses erreurs».

J'ai eu récemment l'occasion d'observer un fait qui donnera une bonne idée de l'aspect clinique de cette névralgie. Un homme qui avait des hémorrhoïdes depuis fort longtemps fut pris, un jour, de vives douleurs survenant par accès très-aigus, séparés par des intermissions complètes. La douleur partait du périnée, cheminait tout le long de la verge jusqu'au gland, puis s'éparpillait là, et disparaissait. En même temps il éprouvait le besoin d'uriner. La miction était facile, l'urine normale. Mais à la fm, au moment de l'expulsion des dernières gouttes d'urine, survenait de nouveau une crise de douleurs atroce. Le cathétérisme n'avait révélé rien d'anormal dans la vessie. Il fut du reste complètement guéri par l'opium à haute dose.

J'ai pu réunir autour de ce fait quelques autres observations analogues, éparses dans les divers Recueils, qui se rapportent toutes au honteux interne *.

On sait en effet que ce nerf se détache du plexus sacré , vient au périnée, puis se divise, donne des rameaux aux divers muscles du périnée et la branche dorsale de la verge qui va jusqu'au bout du pénis. — Ce trajet anatomique explique très-bien la symptomatologie décrite; c'est surtout une douleur étendue sur tout le trajet de ce nerf avec des points douloureux, particulièrement au périnée.

Les causes principales de cette névralgie paraissent être, en dehors des conditions étiologiques générales connues , les hémorrhoïdes , les lésions et les tumeurs du périnée ou de l'urèthre.

Le diagnostic est important, car souvent les malades sont sondés , traités pour un rétrécissement ou une pierre, taillés même quelquefois alors

* Voici l'indication bibliographique des six cas que j'ai pu recueillir (indépendamment de ceux de Mauriac, dont nous parlerons tout à l'heure) : 1 . Cancanas ; Névralgie du pénis {Acad. de Méd., 25 sept. 1828; Arch. gén. de Méd., \om. XVIII, pag. 449). — 2. Gutherz ; Ein Fali von Neurahjia rjonorrhoica {Deutsche Klin., 3i ; Jahresbe7\, 1852, pag. 291). — 3 Allier; De la compression des artères dans le traitement des névralgies (Rev. de Thérap., 1854, n° G, Jahresber., 1854, pag. 39). — 4. Bruchon; Note sur un cas d' urélhralgie intermittente guérie par le sulfate de quinine à l'intérieur [Bull, de la Soc. de méd. de Besançon, 1857 ; Rev. thérap. du Midi, 1857, pag. 316). — 5. Gostes ; Sur un cas d'urélhralgie {Journ. de méd. de Bordeaux, mars 1859; Jahrcsber., 18C0, pag. 32). — G Gorbel ; Névralgie intermillente du canal de l'urèthre. Rétrécissement mou-, uréthrotomie. Guérison[Gaz.des IIôp., 18GG,pag. 310).

qu'ils ont une simple névralgie. Le caractère capital pour ce diagnostic est dans l'intégrité de l'urine et de la miction. De plus, il n'y a pas de douleur dans le testicule ou ailleurs, ce qui distingue de la névralgie lomboabdominale et de sa variété testiculaire. Le traitement ne présente pas d'indication particulière.

Comme Appendice à l'étude de cette névralgie, nous dirons un mot de l'herpès névralgique des organes génitaux, récemment décrit par Mauriac*, et qui peut être considéré comme le zona des névralgies génitales.

On remarque assez souvent qu'uue lésion bénigne, toute locale , de la muqueuse préputiale; que trois ou quatre érosions superficielles, indolentes d'abord, donnent lieu à des phénomènes douloureux qui, primitivement confinés sur le prépuce, s'étendent de tous côtés, envahissent le fourreau, le périnée, les fesses, les cuisses, les jambes, le pied, etc. Ces irradiations douloureuses sont tout à fait hors de proportion avec la bénignité de l'état local. On voit souvent ces phénomènes récidiver avec le même appareil symptomatique.

Comme dans le zona ordinaire, la névropathie douloureuse peut précéder, accompagner et suivre l'éruption des vésicules.

En même temps que cette douleur névralgique dans les nerfs génitaux et les nerfs des membres inférieurs, on observe souvent del'hyperesthésie et plus tard l'aneslhésie de diverses régions. Quelquefois aussi il y a un écoulement muqueux et transparent qui peut être symptomatique de la névralgie, comme les troubles sécrétoires que nous avons rencontrés dans les autres maladies de cet ordre.

Pour M. Mauriac, c'est là le zona des divers nerfs du plexus sacré et spécialement des branches nerveuses qui se distribuent au pénis, aux bourses et au périnée. Cette maladie dépend d'un état général, disposition constitutionnelle, arthritis plus souvent que dartre. L'étiologie locale n'agit que comme cause occasionnelle ^.

La névralgie du plexus coccYaiEN n'est pas habituellement décrite. Cependant on peut faire rentrer dans cette catégorie au moins un certain nombre des cas de cocgygodynie publiés par Simpson et différents autres auteurs (Krukenberg, Nott, Erichsen, Scanzoni^).

Le symptôme principal de cette névralgie est une douleur dans la région coccygienne, ressentie surtout quand le malade est assis ou quand il marche, souvent aussi pendant la miction et la défécation. Elle s'irradie fréquemment vers le périnée, la vessie et môme la hanche. Les malades

1 Gaz. des Hup., 1876. — Leçons; Paris, Delaliaye, 1877.

2 Rev. des Se. niéd., tom. IX, pag. 218.

•* Voy. Erb., loc, cit. — Rosenthal, loc. cit.

s'asseoient souvent sur une fesse, de côté, ou en mettant une main sous le siège. Toutes les secousses et la pression de bas en haut exagèrent la douleur.

Comme étiologie, nous noterons les traumatismes divers, les différentes maladies du coccyx ou même de la glande coccygienne. La maladie est du reste plus fréquente chez la femme et succède alors à un accouchement difficile, à une lésion interne, à l'hystérie, etc.

Pour le traitement., Scanzoni recommande les sangsues, les bains chauds, les compressses chaudes et émollientes, les injections hypodermiques de morphine. Gosselin préconise l'usage des coussins à air et les purgatifs doux.

On a eu quelquefois recours à une intervention chirurgicale dans des cas très-rebelles. Nott (dans l'Amérique du Nord) a fait l'extirpation du coccyx. Simpson a pratiqué la section sous-cutanée des muscles et des ligaments s'insérant au coccyx et puis l'excision de l'os.

SeeligmûUer a guéri par la faradisation une coccygodinie datant de douze ans ; il appliquait le pôle négatif dans le canal cervical (?) et le pôle positif sur le sacrum.

Page 1