PO L U
cent
Epilepsie
Folie
oi
Idiotie
Paralysies
Morts subites. . . .
Névroses diverses.
Total
Ces faits démontrent que dans les familles à hérédité névropathique où Tépilepsie se manifeste, on la trouve au premier rang. Dans 29 de ces familles, c'est-à-dire 26 °/o, l'auteur n a trouvé que des cas d'épilepsie à l'exclusion de toutes les autres névroses (1). Gowers partage d'ailleurs cette opinion.
Ce dernier a noté la tendance évidente de la maladie à se transmettre du père au fils et de la mère à la fille; les résultats de Bombart sembleraient indiquer au contraire la tendance à l'hérédité croisée, mais le nombre des observations de ce dernier est trop minime pour qu'on puisse les opposer à celles du précédent. Echeverria prétend que les mères épileptiqucs transmettent leur mal à un plus grand nombre d'enfants que les pères.
En dehors des maladies nerveuses, ccrlains étals morbides des parents semblent prédisposer leurs descendants à l'épilepsie. Tels sont la scrofule, la tuberculose, l'alcoolisme. A. Voisin (2) a noté que sur 95 épileptiques, 12 avaient des antécédents scrofuleux ou tuberculeux francs, 12 comptaient des ascendants morts d'alcoolisme chronique, les autres étaient issus de l'hérédité névropa.
(1) Honibavt, les Familles d'e/nleplif/ues: Thèse de Bordeaux, 1887. (i) A. Voisin. Diction noire de médecine de Jaccoml, art. Epilepsie.
ÉTIOLOGIE AM
thique. H. Martin (l) a relevé 83 observations d'épileptiques dans lesquelles Talcoolisme des parents jouait le rôle de cause prédisposante.
Plusieurs auteurs ont fourni des faits qui tendent à prouver que l'état d'ivresse des parents au moment de la conception prédispose les enfants à l'épilepsie.
1/épilepsie semble plus fréquente dans le sed'e féminin.
Vâye de la plus grande fréquence de l'explosion de la maladie est compris entre dix et vingt ans ; elle est plus pi-écoce chez les enfants qui ont eu des convulsions. Passé quarante ans, elle est très rare.
L'influence des climats et des saisons est peu connue.
L'épilepsie semble plus commune dans les pays froids et fait de préférence sa première apparition au printemps.
On a admis trois sortes principales d'épilepsie: l'épilepsie idiopathique ou essentielle, la sijmptomalique et la sympathique. Cette division n'est peut-être pas très justifiée au point de vue de la pathologie générale, néanmoins elle répond à des catégories de faits très différents les uns des autres, principalement quant à leurs origines et à leur mode de production.
D'après les auteurs, l'épilepsie essentielle reconnaîtrait pour causes occasionnelles les émotions morales, les chagrins et surtout la frayeur, cette dernière dans la proportion de 75 7o. Il y a là une exagération évidente que Lasègue a combattue avec raison. D'après la théorie de cet auteur, l'épilepsie essentielle serait non une maladie, mais une infirmité ne pouvant s'acquérir que par deux procédés : ou par un traumatisme à lésions immuables ou par une déformation spontanée.
De dix à dix-huit ans, il s'accomplit une évolution dans l'assiette du crâne. Les sutures de la base se consolident en masse ou par portion. C'est au moment où ce travail s'achève et quand il se fait mal, que l'épilepsie apparaît. La consolidation vicieuse de la base crânienne entraîne des asymétries de la face qui en rendent le diagnostic facile.
L'asymétrie épileptogène s'accuse par une saillie plus
;i) H. Martin. Annales méd. psych. ; 1879.
OU inoins notable d'une des moitiés du frontal, surtout le droit et des déviations du système osseux de la face. Ces dernières semblent répondre à deux types : ou la face a subi un mouvement de rotation en sens inverse du frontal, ou elle est entraînée dans la même direction. En résumé, l'asymétrie fronto-faciale est la règle, toutes les fois que la première attaque épileptique est venue surprendre le malade entre dix et dix-huit ans. L'expérience de l'auteur s'appuie sur l'examen de milliers de malades (1).
D'après une nouvelle théorie, l'épilepsie, quelle qu'en soit la forme, serait exclusivement symptomatique, et celle que l'on considère ordinairement comme idiopathique se développerait consécutivement aux maladies bifcctieusesei viriilenles. Selon G. Lemoine (2), l'épilepsie de l'enfance reconnaît très souvent pour cause au moins occasionnelle une des maladies infectieuses fn'»quentes à cet âge. Dans les cas les plus rares, Tépilepsie survient en pleine poussée aiguë de la maladie, au moment où celle-ci se généralise et où des foyers microbiens se forment dans les centres nerveux. Le plus souvent, c'est quand ces foyers infectieux ont subi la transformation fibreuse que l'épilepsie apparaît, occasionnée par la cicatrice qui s'est formée. P. Marie (3) prétend avoir pu, chez tous les malades atteints d'épilepsie dite idiopathique, retrouver soit pendant la seconde enfance, soit pendant l'adolescence, l'existence d'une attaque de convulsions ayant précédé d'un temps plus ou moins long les attac^ues d'épilepsie, et sans que dans cet intervalle aucune autre manifestation convulsive ait pu faire présager l'apparition de ces dernières. Il n'y aurait donc aucune différence d'origine entre l'épilepsie idiopathique et l'épilepsie symptomatique d'une lésion cérébrale résultant d'une encéphalite infantile. Le processus épileptique serait toujours le résultat d'une maladie générale (fièvres éruptives, infections innominées) laissant dans les centres nerveux des lésions plus ou moins visibles à l'œil nu.
(1) Anna/es mcd. jiftrjch.. 1877.
(-2) Lcnioiiio, Proi/rès mcdical. 1888.
CJ^ I'. Marie, l'roijrrs médical. 1887.
Pour le môme auteur, l'épilepsie tardive serait due à des causes de môme ordre et relèverait le plus souvent de la syphilis ou d'une infection puerpérale méconnue.
Cette théorie exclusive ne me semble pas en mesure de donner la clef de tous les faits quelle prétend expliquer.
Les aUérations les plus diverses du cerveau et de ses enveloppes peuvent provoquer l'explosion de l'épilepsie symptomatique, traumatismes, congestions, tumeurs, compression?. Les intoxications, alcoolisme, absinthisme, saturnisme, sont aussi parfois la cause d'épilepsies du môme genre.
Quant à l'épilepsie sympathique, les expériences de Brown-Séquard ont démontré qu'elle était possible et pouvait être causée par la blessure, la section ou l'irritation d'un nerf. Il a pu réunir quarante et un cas d'épilepsie survenue chez des individus qui avaient eu une lésion traumatique ou une irritation du sciatique ou de ses ramifications, à la suite d'amputations. Toutefois l'épilepsie sympathique doit être considérée comme très rare, contrairement aux opinions anciennes.
Parmi les causes qui ont une action évidente sur le retour des attaques convulsives, nous devons citer la 'période menstruelle, les excès de coït ou d'onanisme, les écarts de récjime et surtout les excès alcooliques. Le sommeil semble aussi favoriser l'explosion des accidents qui sont plus souvent nocturnes que diurnes.
I 3. — Symptômes
A. — Symptômes physiques.
L'épilepsie, au point de vue purement physique, se manifeste par des attaques dont on reconnaît plusieurs variétés, depuis l'attaque convulsive complète, jusqu'au vertige et à la simple absence.
Attaque complète. — Les prodromes de l'attaque de haut mal ne sont pas constants; toutefois, certains malades, plusieurs heures et mêmes plusieurs jours à l'avance, éprouvent un malaise indéfinissable, de la lourdeur de
tête, de la céphalalgie, de TinaptitLide au travail, de la tristesse. D'autres éprouvent de l'insomnie, des cauchemars, des grincements de dents dans les nuits qui précédent la crise ; ou bien une excitation génitale anormale, du priapisme et des pollutions répétées. Chez d'autres, ce sont des troubles vaso-moteurs, des éruptions érythémateuses localisées ou généralisées. Tous, enfin, sont hargneux, sombres, irascibles, emportés; non seulement ils ne supportent aucune contradiction, aucune contrariété, mais môme ils entrent sans provocation dans des accès de fureur. D'autres fois ils se montrent gais, expansifs, bienveillants, et manifestent une satisfaction anormale.
Mais Tattaque est proche, et au moment même qui en précède lexplosion, un nouveau phénomène prémonitoire, qui d'ailleurs est loin lui-même d'être général, mais qui, lorsqu'il existe est d'une constance remarquable chez le même individu, se manifeste: c'est Yaura. L'aura consiste en un trouble de la motilité, des divers modes de la sensibilité ou de l'intelligence; elle peut donc être motrice, sensitive, sensorielle, intellectuelle. Elle serait, selon Magnan (1), la traduction extérieure du malaise de la région cérébrale sur laquelle va tout d'abord se porter la décharge épileptique.
Vaura motrice a pour siège le membre supérieur et surtout la main, quelquefois un ongle, un doigt, toujours le même. Le spasme gagne les muscles, remonte jusqu'au tronc, puis se généralise. On a vu des auras motrices commencei" par l'épaule, par un pied, par une paupière. LUe consiste parfois en violentes palpitations cardiaques, en impulsions, qui poussent les malades à courir devant eux (2), à reculer ou à tourner sur eux-mêmes.
XjCiura sensilive consiste en une sensation de froid ou de chaud, d'engourdissement, de frissonnement, de douleur, qui part d'im point quelconque du tronc ou des membres ; de l'épigastre, de la région péri-ombilicale, de la tête, du pharynx. L'aura stomacale s'accompagne parfois de niuis(''es ci de vomissemenis.
^1) Magiian. /.rçons sur ('(■iiilcjtsic.il'roiiros vicdicnl : 1882.) (•>) Hoiirncviilc cl Itiicon. F.jtilrpfiic jirnct/rsire. (Archives flr ncHroli)(ik\ 1887.)
V aura sensorielle consista en hallucinations, principalement de la vue. Tantôt le malade voit les objets sautiller autour de lui, prendre des dimensions gigantesques, s'envelopper de flammes. Quelques malades ont un goût de sang dans la t)ouclie, d'autres ci'oient sentir un parfum agréable on une odeur insupportable. Il en est qui entendent des injures, (les menaces, ou simplement des bruits inditT(M'ents.
Entin, Yaara inlelleclucllc est en général constituée par un délire de nature maniaque ou mélancolique avec état inconscient. Le caractère principal de cette sorte d'aura est encore d'être remarquablement uniforme chez le même malade : mêmes hallucinations, mêmes conceptions délirantes, mêmes impulsions.
Ces divers symptômes prémonitoires de l'attaque d'épilepsie ne se montrent pas toujours isolément. Ils se combinent, au contraire, souvent chez un même individu, dont l'aura appartient alors à ces quatre catégories différentes.
Qu'elle ait ou non été précédée de prodromes, l'attaque a ordinairement lieu de la façon suivante : le malade pâlit, pousse un cri rauque, perd connaissance et tombe foudroyé, tantôt sur le dos, tantôt sur le côté, tantôt sur la face. Les traits se contractent, la tête subit un mouvement de rotation en s'inclinant du côté opposé à la face ; les mâchoires se resserrent, les commissures de la bouche se dévient à droite ou à gauche, les pupilles se dilatent, les yeux se portent en haut, les membres sont pris d'une raideur tétanique souvent prédominante d'un côté. La respiration se suspend, la face s'injecte et devient livide, un jet d'urine s'échappe, des gaz et des matières peuvent être expulsés. Le pouls est petit et notablement accéléré ; la face est dans un état de distorsion horrible. Telle est la phase tonique de l'attaque épileptique.
Au bout de quelques secondes, à la raideur générale du tronc et des membres succèdent des secousses brèves, violentes, analogues à des commotions électriques; la tigure devient grimaçante, la commissure labiale est entraînée jusqu'à l'oreille, le front se plisse, les sourcils s'abaissent, les yeux roulent dans l'orbite, les mâchoires s'entrechoquent, la langue projetée entre les arcades dentaires est mordue et une salive spumeuse et sanguino-
lente s'écoule en bavant des commissures; les mouvements convulsifs, en général plus accentués d'un côté, s'emparent du corps tout entier qui se débat ; des secousses répétées dont l'amplitude est faible et qui se font pour ainsi dire sur place, agitent simultanément la tète, les bras, les membres inférieurs et le tronc. De petites eccbymoses ponctuées apparaissent parfois sur la face, principalement autour des yeux. Les pouces sont presque toujours fortement fléchis dans la paume de la main ; les mouvements du cœur sont violents, la respiration sifflante et entrecoupée; les sphincters se relâchent et laissent écouler l'urine et les matières fécales ; parfois il y a émission de liquide spermatique. Ici se termine la deuxième phase, ou phase clonique.
Enfin la face pâlit de nouveau, les muscles se détendent, la respiration reprend bruyamment son cours, fait entendre un ronflement caractéristique, puis s'apaise insensiblement; une sueur abondante couvre la face, le malade tombe dans un assoupissement profond qui peut ne durer que quelques secondes mais peut se prolonger un quart d'heure, une demi-heure. Absolument insensible et privé de connaissance, il n'a aucune conscience des blessures qu'il a pu se faire pendant l'attaque. Bientôt il revient à lui, se soulève, promène autour de lui des regards hébétés, étonnés, se livre à des actes automatiques et impulsifs. Enfin, il comprend au sentiment de courbature, à la céphalalgie qu'il éprouve, à la position où il se trouve, à l'excrétion involontaire de l'urine, aux soins dont il est entouré, qu'il vient d'avoir une attaque. Si l'accident s'est pi-oduit la nuit, pendant le sommeil, le malade continue à dormir et se réveille le lendemain brisé, accablé de fatigue, ignorant ce qui lui est arrivé. Ce n'est parfois qu'au bout de plusieurs années, qu'aux urines et à la salive sanguinolente dont sa couche est souillée, il se doute du mal dont il est atteint.
La stupeur consécutive à l'attaque peut se prolonger pendant plusieurs heures et même plusieurs jours. Il arrive aussi que l'attaque est suivie d'une crise de sommeil pouvant durer plusieurs heures. Dans d'autres cas, les convulsions sont immédiatement suivies d'une crise de délire, toujours le môme, que nous décrirons plus loin.
Nous avons vu aussi succéder à l'attaque des impulsions procursives irrésistibles auxquelles les malades cèdent aveuglement et inconsciemment.
La grande attaque ne dure guère plus d'une ou au plus de deux minutes ; ce caractère est important, car il peut servir à distinguer l'attaque épileptique vraie des attaques épileptiformes qui souvent se prolongent beaucoup plu§ longtemps. Mais elle n'est pas toujours unique ; il arrive qu'elle se fragmente, se subdivise et se traduit par des convulsions subintrantes ou imbriquées (Trousseau). C'est ce qu'on désigne sous le nom cVétat de mal : les accès peuvent se succéder coup sur coup; on peut en compter un nombre considérable chez lé même malade qui, pendant toute la durée du paroxysme, demeure dans un état comateux, présente de l'hémiplégie passagère, une respiration accélérée, une fièvre ardente. Le pouls est petit, précipité; la peau est chaude, couverte de sueur, la sensibilité est obtuse, l'intelligence abolie. La température qui dans l'attaque unique s'élève en général de un degré, peut atteindre dans l'état de mal 40 ou 41 degrés. Sa chute annonce la guérison prochaine, sa persistance, au contraire, annonce la mort qui survient au milieu d'accidents congestifs ou méningitiques.
Le retour des accès épileptiques n'est soumis en général à aucune périodicité régulière. Très rares et espacés à de longs intervalles chez certains individus, ils sont chez d'autres d'une grande fréquence, tantôt séparés par un intervalle à peu près fixe, tantôt groupés par séries suivies d'un temps d'accalmie plus ou moins long.
Attaques incomplètes. — Outre la grande attaque complète, il existe chez les épileptiques des attaques incomplètes qui ne sont que des diminutifs de la première. Il n'y a pas de cri initial ; le malade pcàlit, perd connaissance, a quelques convulsions de la face ou des me mbres fait des mouvements réitérés de déglutition, devient rouge et ne tarde pas à revenir à lui, non sans conserver un certain temps de l'hébétude et de la lourdeur de tête.
Le vertige est aussi une attaque avortée et plus courte que les précédentes ; il dure h peine quelques secondes et
affecte des apparences très variables. La perte de connaissance est constante, mais momentanée ; le malade peut ne pas tomber s'il est assis ou s'il trouve un point d'appui ; il peut y avoir émission d'urine : les convulsions sont ordinairement limitées à quelques muscles du corps ou de la face. Presque aussitôt le malade revient à lui et garde un instant une attitude étonnée. Dans quelques cas le trouble mentalest plus persistant et peut s'accompagner d'impulsions automatiques dangereuses. Le vertige alterne le plus souvent avec les grandes attaques ; toutefois, il peut être la seule manifestation de l'épilepsie.
Enfin on désigne sous le nom d'absence une sorte de vertige avorté. Dans cette forme, la perte de connaissance subsiste encore, mais n'est accompagnée d'aucun mouvement convulsif. Le malade s'interrompt subitement au milieu d'une conversation, perd connaissance l'espace de quelques secondes puis revient à lui et continue la phrase commencée. D'autres interrompent l'ouvrage commencé ou se livrent à quelques mouvements incohérents qui en troublent momentanément l'ordonnance. Ces phénomènes peuvent passer inaperçus. Ils n'en sont pas moins graves au point de vue du pronostic.
Epilepsie partielle. — Eu dernier lieu il existe une forme d'épilepsie toujours symptomatique d'une lésion limitée des centres nerveux qu'il n'est plus permis au inanigraphe de passer sous silence, depuis que Pitres (1) a montré "que, comme l'épilepsie ordinaire, idiopathique, quoique beaucoup plus rarement, elle pouvait se larver et avoir des équivalents psychiques. Voici brièvement quels sont les caractères de l'épilepsie partielle ou jackson- Jiienne, du nom du premier auteur, Huglilings Jackson, qui en a fait une étude complétée plus tard par Charcot, Bourneville, Lepine, Fournier, Pitres, etc.
Les symptômes de l'épilepsie partielle ne se distinguent de ceux de l'épilepsie générale que par leur limitation à un seul côté ou à une région circonscrite du corps. Elle est toujours précédi'e d'iino aura motrice ; \o cri initial fait
(1) Pitres, Klnilc sur qitchiiii's e'i/i/irnfcnls cHii'kjucs île r<>'pili'ps't<> lidrticllc. (Itci'ur de medcchic, l'aris, 1888.)
toujours défaut. La perte de connaissance est un phénomène des plus inconstants et qui présente les plus grandes variétés.
Les formes qu'affecte Tépilepsie partielle sont les suivantes : forme hémiplégique proprement dite, forme tonique, forme vibratoire. Ces divers syndromes peuvent accompagner des lésions très diverses, le siège de la lésion dans la zone motrice corticale et non sa nature étant la cause déterminante des accidents convulsifs (1).
Epilepsie anomale. — Enfin, l'épilepsie peut se manilester par des crises non convulsives de diverse nature. Certaines attaques apoplectiformcs (Trousseau, Lasègue), sont d'origine épileptique; elles alternent avec des attaques franchement épileptiques, ou précèdent pendant un temps plus ou moins long l'apparition de ces dernières. Elles peuvent s'accompagner d'incontinence d'urine, de tension artérielle (Voisin) de stertor, et être suivies de délire et d'actes inconscients.
Certains tics douloureux paraissent être une des manifestations de l'épilepsie vraie (Trousseau, Peter) et ont pu être guéris par le bromure de potassium, bien que cette affection soit d'ordinaire réfractaire à ce mode de traitement.
On a vu des amauroses intermittentes alterner avec des attaques épileptiques franches et finir par se substituei' complètement à ces dernières.
L'incontinence d'urine peut pendant plusieurs années, chez les enfants, être le seul phénomène épileptique observé. 11 annonce dans ces cas une des formes du mal comitial qui ne tarde pas à se développer et à confirmer le diagnostic.
Citons enfin, parmi les manifestations larvées de l'épilepsie, plus rares et moins importantes, le tic de salaam et la migraine ophthaimique.
(l) L. Greffier, Étut/e sur l'épilepsie par (ici le: Poris. 1882.
B. — Symptômes psychiques.
D'une façon générale un épileptique peut être tout aussi intelligent, tout aussi raisonnable qu'un homme bien portant et, en fait, il y a un certain nombre de ces malades dont l'existence psychique est absolument correcte et dont les actes ne donnent lieu à aucune interprétation suspecte. Mais il en est un grand nombre qui présentent des troubles intellectuels plus ou moins graves, plus ou moins courts ou prolongés, dont la connaissance importe d'autant plus qu'ils peuvent à eux seuls constituer toute la maladie.
Ces troubles intellectuels peuvent avoir lieu avant, pendant et après les attaques, quelle qu'en soit d'ailleurs la forme. Us peuvent même exister indépendamment de tout accident convulsif, et à titre d' équivalents psychiques, se substituer à une attaque, ou même constituera eux seuls dans quelques cas, une forme larvée de l'épilepsie, Tépilepsie mentale de certains auteurs.
Troubles intellectuels des vertigineux. — Les troubles intellectuels observés pendant l'attaque ne se montrent que pendant l'absence ou le vertige. A la suite de la perte rapide de connaissance qui constitue presqu'en entier ces accidents, on voit des malades rester étonnés, hébétés ; se livrer à des actes automatiques bizarres, balbutier quelques mots incohérents ou orduriers, vider leurs poclies dans le pot au feu, croquer de la bougie, déboutonner leurs vêtements, découvrir leurs organes génitaux, uriner dans un salon ou dans une église, se déshabiller et sortir nus sur la voie publique, s'emparer d'un objet quelconque, voler, frapper, tuer, se mutiler, etc. Revenus à eux, ils ne se souviennent de rien et apprennent avec consternation la scène qui vient de se passer et dont ils ont été les acteurs.
Malgré sa presque instantanéité, le vertige peut tout aussi rapidement et môme plus rapidement que les manifestations plus importantes de l'épilepsie convulsive, être suivi de troubles mentaux de plus en plus graves aboutissant à une démence complète.
SYMPTOMES Aii
lifuiiL ailuclicr une très granch) importuncc à la rcpi'o- (iijctioii identique, à chaque nouvelle crise, des actes automatiques accomplis. C'est là im signe absolument caractéristi(iue de l'existence de Tépilcpsie. Tel individu, par exemple, après chaque vertige , a pour spécialité de se déshabiller; tel autre de distribuer aux passants sa monnaie, ses gants, son mouchoir, son parapluie et son chapeau ; telle autre de défaire ou de refaire son lit, de prononcer des paroles lubriques, toujours les mêmes, et de relever ses jupes devant tout le .monde, etc.
Délires transitoires. Petit mal intellectuel (1). — Les
troubles intellectuels momentanés que nous désignerons sous le nom de Délires transitoires peuvent précéder l'attaque, lui succéder ou la remplacer dans certains cas.
Quand il précède l'attaque, le trouble mental présente ordinairement l'aspect décrit précédemment dans les prodromes, c'est une modification de l'humeur et du caractère, de la tristesse, une dépression anormale ou une excitation exagérée, de la fureur, des accès de violence contre les gens qui sont l'objet de la haine des malades ou de leur aversion. Dans cet état, ils sont jusqu'à un certain point conscients d'eux-mêmes et de ce qui se passe eu eux, mais si l'intensité de ces symptômes s'accroît, l'excitation peut prendre les caractères d'un véritable délire inconscient, et leur fureur aveugle ne choisit plus sa victime: elle s'exerce sur le premier venu.
Les troubles intellectuels qui suivent l'attaque, quelle qu'en soit la forme, complète, incomplète, partielle, vertigineuse, constituent des délires d'une durée de quelques heures à quelques jours et dont les caractères sont en général bien tranchés et permettent d'en faire en toute assurance le diagnostic.
Les délires épilep tiques transitoires ont un début et une terminaison brusques. Les malades sortent de leur délire comme d'un cauchemar, d'un rêve pénible. En général, tous les accès délirants observés chez un même malade, ont la même marche, la même physionomie, la même durée; on les dirait stéréotypés. Les auteurs insistent
(1) Voy(^/. .1. Fulrol, , Etal mental des (fpîlepiiqucs (Arcli. de md/l ^ 18H0-Glj, cl Maladies incnlale^. Eluflcs (■(uti'/uca; l'-dvis, 188!i. \>. :.U'.>.
avec raison sur ce caractère et le considèrent comme un des meilleurs signes disLinctifs de la folie épileptique, quoiqu'il se rencontre dans certaines folies intermittentes d'origine vésanique. Dans quelques cas, au lieu de ridentité parfaite entre deux attaques, on ne constate que des analogies; enfin, mais plus rarement, les divers accès peuvent revêtir un aspect variable.
Un autre caractère presque pathognomuiii(|ue des délires épileptiques transitoires, c'est l'abolition ou tout au moins Fobnubilation de la conscience. Tantôt Tabolition est absolue, le malade est un véritable automate, accomplissant mécaniquement les actes les plus extravagants ou les plus nuisibles. Tantôt il subsiste une demiconscience, mais insuffisante pour lutter contre les impulsions dangereuses qui naissent dans l'esprit, contre le désir d'exercer une vengeance, de commettre un crime : tout en étant reconnu répréhensible, lacté est commis irrésistiblement. C'est, ainsi qu'on l'a fait observer avec justesse (1), une véritable convulsion mentale analogue à celle de l'hypnotisé qui résiste d'abord à la suggestion , mais résiste de plus en plus mollement et finit par être vaincu, accomplissant avec soudaineté la suggestion imposée.
Suivant que la conscience est supprimée ou simplement obscurcie, il y a perte complète ou simple diminution du souvenir après l'accès délirant, mais même dans ce dernier cas qui n'est pas hypotiiétique, comme le prétendent certains auteurs, la mémoire est toujours trop obscurcie pour que le malade puisse reconstituer en entier les scènes de son délire ; ce n'est qu'une réminiscence vague, qui le plus souvent ne porte que sur une partie des incidents accomplis.
Le symptôme prédominant du délire épileptique est limpulsion irrésistible. Elle est le plus souvent brusque, impérieuse, irréfléchie. « Elle éblouit, domine, fascine, supprime la volonté, arme le bras et immole. » Elle est (luelquefois précédée d'une sensation morbide analogue à Yaura, ce qui permet au malade de prévenir qu'il va commettre un acte dangereux. A peine l'avertissement est-il poussé que le malade se précipite, comme mù par
^1) burlun-uiix. //ici . f/iri/i/. i/ct; .se. mct/ic, arl. Kpilc/jn'u:.
un jcssoit. l/jinpulsion épileplique est plus iri't'sislibl(î que celle des fous avec conscience, et surtout que celles qu'on observe chez les idiots, les alcooliques, les bystéj'iques, les femmes enceintes, les nouvelles accouchées et chez certains dégénérés.
Les malades tombent dans nne sorte d'anxiété vague; en proie à une crainte indéfinissable, ils soi'tent de chez eux, errent sans but, tourmentés par une foule d'idées pénibles leur rappelant leur existence passée. Ils croient (ju'on leur en veut, (j[u'on les persécute, qu'on les menace; et c'est alors que naissent en eux les impulsions que nous avons signalées. Ou bien dominés par des idées terrifiantes, poursuivis par des hallucinations de l'ouïe et de la vue, ils se croient entourés d'assassins, de gens armés qui se jettent sur eux pour les massacrer. Ils aperçoivent des météores éblouissants , se croient environnés de flammes, de cercles de fer, et tombent dans un affolement indescriptible. Sous l'influence de ces divers mobiles, les uns s'en prennent aux objets et pulvérisent tout ce qui est à leur portée, les autres se vengent sur leurs prétendus persécuteurs ou contre ceux qui font l'objet de leur haine; d'autres se tuent pour se délivrer de leurs craintes ; d'autres enfin assouvissent leur fureur sur la première personne qu'ils rencontrent au moment où l'excès de leur terreur ou de leur anxiété ne leur permet plus de se maîtriser,
« Dans ce délire épileptique transitoire, plusieurs signes caractéristiques sont à retenir : le besoin autom.atique de mouvement et de fuite, la tendance instinctive et indéterminée à vagabonder inconsciemment, pieds nus, à peine vêtus, sans boii'e ni manger, dans n'importe quelle direction et à n'importe quelle heure; la fureur qui porte les malades à épuiser leur rage aveugle contre autrui ou contre eux-mêmes, à se frapper le crâne à coups de poings ou à se jeter tête baissée contre un mur; l'inutilité, la férocité et la multiplicité des agressions homicides; le nombre insolite des blessures, les victimes étant parfois déchiquetées, et l'absence ultérieure de tout regret et de tout remords (1). »
[ (1) Legvaiid du SaiiUC: KLu<lc iHc'dicu-le'jtilc^ur IcavijUcpHqiws : 1^77. Glllehuk. Mal.iilies iiirululrs. 2o
434 ÉPlLEI'SiE
Epilepsie larvée. — Les troubles vertigineux ou délirants peuvent représenter à eux seuls Tépilepsie tout entière, soit qu'ils remplacent Tattaque habituelle soit qu'ils surviennent chez des individus jusqu'alors indemnes de toute convulsion épileptique.
Les accès psychiques de cette maladie sont désignées sous le nom d'épilepsie larvée (1). On voit certains individus en apparence indemnes de mal comitial, éprouver plus ou moins périodiquement des anomalies intellectuelles transitoires accompagnées de la perte complète du souvenir. Chaque fois que leur mal les prend, ils commettent les mêmes actes excentriques, immoraux ou malfaisants; ils répètent les mêmes mots déplacés, les mêmes grossièretés, les mêmes injures; ils ont le môme emportement, obéissent aux mêmes impulsions.
Ils sont pris subitement du même besoin automatique de marcher droit devant eux sans but, et quand ils reviennent à eux, ils se trouvent quelquefois à des distances énormes de leur domicile. Par exemple un jeune homme intelligent et riche éprouve trois ou quatre fois par an une sensation particulière à l'estomac, toujours la même, et en quelques secondes, il perd conscience de ses actes. Lorsqu'il revient à lui, au bout de quelques heures, parfois de quelques jours, il est fort surpris de se sentir harassé de fatigue, loin de chez lui, en chemin de fer ou en prison, les vêtements en désordre, couvert de poussière ou de boue, ne se souvenant de rien et trouvant dans ses poches des porte-monnaies, des portefeuilles, des bijoux, des foulards, des porte-cigares, des canifs, des couteaux, des dentelles, des billets de banque, de l'or, des sous, des lettres, du papier à cigarettes, des sondes en gomme, un hochet, une médaille de sauvetage, deux tabatières, un sifflet, des clefs et des cure-dents (2).
Le délire de l'épilepsie larvée ne diffère en rien de celui que nous avons décrit précédemment; ce sont les mêmes homicides sans motif, les mêmes incendies, les mêmes actes délictueux et criminels, toujours accompa-
(1) Lcgraiid du Saulle, A'/^^/c i/icdlco-lc'ualc nUi- les é/jtleptiq uea : ^2) I>pgriiud du Saulle, /oc. cil-
SYMPTOMES 43o
giu's irinconsciciice, commis pendant une véritable absence plus ou moins courte.
Chose remarquable et qui justifie pleinement le diagnostic d'épilepsie en pareil cas, c'est que les individus qui appartiennent à cette catégorie finissent toujours par avoir, à un moment donné, des attaques épileptiques de forme ordinaire.
Enfin il convient de rapprocher des délires épileptiques dont ils ne diffèrent pas toujours, au point de vue clinique, certains troubles intellectuels que Lasègue a désignés sous le nom de Délires par accès, délires épilepto'ides, troubles intellectuels observés chez les cérébraux, c'est-à-dire chez des individus ayant subi un choc cérébral antérieur, d'une nature quelconque. Ces crises délirantes n'ont ni durée, ni forme obligées; au bout de quelques jours ou de quelques semaines, le malade en apparence guéri reprend sa vie habituelle. Elles peuvent se produire sous les aspects les plus divers. Parfois elles revêtent cependant une forme maniaque qui les rapproche plus de la paralysie générale que de l'épilepsie elle-même.
Le diagnostic de Vépilepsie larvée ou épilepsie mentale (Echeverria) repose non seulement sur l'ensemble des symptômes observés, mais encore sur les antécédents du malade, tels que l'existence chez les parents de l'épilepsie, d'autres névroses capitales, de l'alcoolisme; chez luimême d'asymétries crâniennes et.palatines; d'un caractère irascible et violent; de bizarreries, de dépravations morales, d'un développement incomplet de l'intelligence, de Texistence d'attaques convulsives pendant l'enfance, d'évanouissements, d'absences momentanées, d'incontinence nocturne d'urine, etc.
Folie épileptique. — La folie épileptique ne diffère du délire épileptique transitoire que nous venons de décrire que par sa plus longue durée, et par l'immixtion de conceptions délirantes se rattachant à la folie vésanique.
Les grands accès délirants des épileptiques succèdent en général à une série d'attaques ; cependant ils peuvent se produire après un simple vertige ou même dans l'intervalle des accidents convulsifs.
Le début de la folie épileptique est brusque, à peine
précédé paitois pendant quelques heures, de tristesse, d'irritabilité, de céphalalgie, d'un éclat particulier des yeux, d'altération de la voix, quelquefois de vomissements ou de légers mouvements convulsifs de la face ou des membres. Elle s'accompagne presque toujours d'hallucinations terrifiantes suivies d'actes impulsifs, désordonnés et dangereux ; elle est inconsciente, ou tout au moins la conscience du malade est considérablement obscurcie et son état a quelque chose de l'état somnambulique.
Elle se présente sous les dehors de la manie, de la mélancolie ou du délire partiel.
Vépileplique maniaque a les traits effarés, le regard fixe et brillant, la face colorée ; il ne tient pas en place, gesticule, s'excite, querelle, menace, crie, déchire. Sous l'influence de ses hallucinations terrifiantes, il entre en frénésie et se rue sur tout ce qui l'entoure. 11 est bien moins incohérent que le maniaque ordinaire ; on peut fixer son attention et obtenir de lui quelques mots raisonnables. C'est dans le cours de cet accès que Ton voit souvent le délire se circonscrire et affecter la forme partielle, mais le délire partiel peut éclater d'emblée. 11 est tantôt de nature mystique, d'autres fois il revêt l'apparence d'un délire de persécution, d'un délire ambitieux ou d'un délire erotique. A chaque nouvel accès, il se reproduit avec la même physionomie et les mêmes caractères .
Vépileplique mélancolique est sombre, hébété, tragique, gardant un silence obstiné, en proie à une angoisse terrible mais vague. Les uns, cependant, ont des idées délirantes de ruine, de culpabilité, d'indignité, se croient l)erdus et s'abandonnent au plus violent désespoir. Cliez les autres, la pensée est dans une inertie complète. Cette sorte de stupeur est entre-coupée d'impulsions automatiques d'autant plus dangereuses qu'elles sont alors inattendues.
L'accès peut durer de quelques jours à plusieurs semaines; il se termine brusquement, comme il a commencé. Triste, silencieux, timide, presque stupide, le malad'e semble écrasé; ses traits portent l'empreinte d'une fatigue énorme, ses mains treml)lent; ce n'est que peu à peu ([u'il reprend possession de lui-même.
Les actes dangereux commis dans la l'olie épileptique sont les mêmes que ceux accomplis dans le délire transitoire et présentent les mômes caractèi'es cliniques. Poussés par la haine, le désespoir, la fureur, les malades cèdent inconsciemment aux impulsions qui surgissent dans leur esprit et qui les poussent à riiomicide, au suicide, au vol, à rincendie, etc. Leur l'ureur homicide s'exerce tantôt sur leurs proches, leurs amis, tantôt sur le premier venu qui «e présente à eux. Ils se précipitent sur leur victime, la frappent à. coups redoublés, puis tournant leur rage contre feux qui approchent, ils les abattent]siiccessivement jusqu'à ce qu'on les ait réduits à l'impuissance. L'acte violent une fois exécuté amène parfois un sentiment de détente, de soulagement, mais ne provoque ni regrets, ni remords.
Le suicide volontaire chez les épileptiques est rare ; il n'en est pas de même des tentatives subites et inconscientes qui peuvent se renouveler périodiquement et sont souvent suivies de leur plein effet.
Coexistence de l'épilepsie et des diverses formes mentales. — Certains épileptiques peuvent présenter, en dehors et dans l'intervalle des attaques, un désordre mental identique à celui des aliénés ordinaires. Selon Magnan, ces états complexes résultent de la coexistence, chez le même individu, de l'épilepsie et d'une vésanie, et ont une origine distincte qu'ils puisent dans les antécédents héréditaires du malade. Ainsi on rencontre des épileptiques atteints de délire de persécution, de mélancolie, de folie ambitieuse ou mystique. Si on interroge leur généalogie, on voit que l'un des parents était luimême épileptique, et l'autre un aliéné ordinaire. Les deux ordres de troubles nerveux marchent parallèlement et ne s'influencent que faiblement l'un l'autre : le bromure de potassium, par exemple, pourra faire disparaître l'épilepsie, sans que la folie cesse de poursuivre son évolution régulière.
L'alcoolisme peut également s'associer à l'épilepsie, tout en conservant ses caractères, et l'on verra chez le même malade alterner le délire alcoolique et le délire . épileptique.
Cependant il importe de spécifier que l'épilepsie des
alcooliques peut relever de deux ordres de causes: 1^ de riiérédité épileptique ; 2° de rintoxication alcoolique ellemême. D'une part les excès alcooliques font naître le mal comitial chez les individus prédisposés, ce qui explique un certain nombre d'épilepsies tardives qui ont cependant tous les caractères de l'épilepsie idiopathique, bien que nées sous Finfluence de l'alcool. D'autre part, l'intoxication alcoolique aiguë ou chronique peut se compléter d'attaques épileptiformes passagères auxquelles la constitution primitive de l'individu est absolument étrangère.
On a signalé aussi la coexistence chez un même individu de l'épilepsie et de la paralysie générale (A. Voisin, Legrand du Saulle). Cette épilepsie ne doit pas être confondue avec les attaques épileptiformes de la paralysie générale. Elle consiste dans des accès véritables de grand mal pouvant survenir dans le cours de la maladie, dans sa période prodromique ou même plusieurs années avant l'apparition des premiers symptômes. Elle est assez rare, eu égard à la grande fréquence de la paralysie générale ; a tous les caractères de l'attaque ordinaire et peut être suivie des mêmes troubles psychiques. Nous croyons toutefois qu'il ne s'agit dans les cas signalés que d'épilepsie symptomatique. Il serait pourtant excessif de prétendre qu'un individu atteint d'épilepsie vraie ne peut être atteint en même temps de paralysie générale.
Etat mental habituel des épileptiques. — L'irritabilité est le trait saillant du caractère des épileptiques. Un mot, un geste, suftit pour les jeter dans une violente colère. Querelleurs, soupçonneux, ils sont toujours prêts à se porter aux dernières extrémités. En même temps, certaines de leurs dispositions morales font le contraste le plus tranché avec leur tendance à la colère; ils sont timides, craintifs, cauteleux, obséquieux, caressants, complimenteurs (1). Ils viennent à vous d'un air soumis, approchent leur figure delà vôtre, vous parlent co«ime s'ils avaient un grand secret à vous communiquer, tandis qu'ils n'ont que des plaintes et des récriminations fausses ou
(1) J. Falret, De Vëlnt mental ries épileptiques fArchiv. gén. de m<f(l., 1860-1861). et Maloflies mentales; Paris, 1889.
SYMI'TOMKS 439
toiil, ;iii moins exagérées à faire entendre. Ils savent arranger avec assez de vraisemblance leurs réclamations pour les faire accepter des étrangers. Conscients de leur infirmité, de la gravité de leur maladie, ils évitent instinctivement les autres aliénés, se lient entr'eux et se secourent les uns les autres avec un dévouement véritable, Cependant, au fond, ils sont misanthropes, égoïstes, et l'exagération de leur sensibilité affective est toute do surface et plus apparente que réelle.
Démence. — L'épilepsie exerce, à la longue, l'influence la plus funeste sur le degré d'énergie des facultés intellectuelles ; la mémoire s'affaiblit, l'attention se perd, tout travail intellectuel fructueux devient impossible. Chaque accès nouveau amène une aggravation de cette démence progressive qui présente certaines nuances spéciales,
La mémoire, en effet, s'y trouve la moins atteinte, et n'est pas en rapport avec l'affaiblissement des autres facultés. Ce sont les vertiges et les autres manifestations incomplètes de l'épilepsie qui la déterminent le plus rapidement, sans doute en raison de la répétition incessante de ces accidents ; et il est probable que des attaques aussi nombreuses du grand mal amèneraient encore bien plus sûrement et plus rapidement, si elles étaient possibles, la déchéance des diverses fonctions intellectuelles.
La démence peut exister seule chez les épileptiques, mais elle s'associe aussi fréquemment à des troubles chroniques de l'intelligence, à des tendances mystiques ou hypocondriaques. Peu à peu, ces particularités psychiques disparaissent elles-mêmes, et arrivés au dernier degré de la démence, les malades en sont réduits à une existence purement végétative jusqu'à ce qu'ils succombent à quelque accident congestif.
Idiotie. — D'après les auteurs, chez trois enfants idiots, on en trouve un épileptique. Chez eux l'épilepsie est le plus souvent symptomatique, et est le résultat des lésions laissées par l'encéphalite. On ne peut toujours cependant la rattacher à cette cause, et certains jeunes enfants deviennent épileptiques en dehors de toute lésion inflammatoire des centres nerveux.
§ i. — Anatomie et physiologie pathologiques
L'épilepsic n'est pas le résultat d'une lésion anatomique déterminée. Les nombreuses lésions que l'on trouve à l'autopsie des épileptiques sont tantôt primitives, tantôt secondaires.
Les lésions primitivofi, qui agissent comme cause déterminante ou prédisposante, sont : 1° les déformations spontanées de la base du crâne ayant pour conséquence la compression du cerveau et l'irritation consécutive du bulbe ; les déformations et l'atrésie du trou occipital ; 2° les tumeurs du crâne ou du cerveau, les fongus, les tubercules, les syphilômes, les exostoses, les gommes; O*^ Les fractures du crâne avec enfoncement et saillies intra-crâniennes; les lésions du rocher; 4« les lésions du cerveau, tantôt diffuses, le plus souvent en foyer; les hématomes de la dure-mère, les concrétions méningées, etc.; 50 certaines lésions éloignées qui agissent par action réflexe : blessures des nerfs, irritation de ces conducteurs par des corps étrangers, des névrômes, des tumeurs; enfin la présence de vers intestinaux dans le tube digestif.
Les lésions anatomiques secondaires, c'est-à-dire résultant de la répétition des attaques, siègent dans le bulbe, la moelle; dans le cerveau, le cervelet, les méninges, les os crâniens. On trouve dans ces divers centres nerveux des foyers d'hypérémie, des dilatations vasculaires, des dégénérescence granulo-graisseuses, et surtout des scléroses. Le siège de prédilection de ces dernières occupe la corne d'Ammon et l'induration de cette région se rencontre dans la majorité des cas. Dans la moelle, la sclérose occupe surtout les cordons antérieurs qui sont devenus fermes et résistants (A. Voisin). Les méninges rachidiennes pn'sentent souvent des plaques blanchâtres irrégulières, d'apparence fibro-cartilagineuse; les cerveaux d'épileptiquos francs présentent le plus souvent une inégalité de poids des liémisphères dépassant ordinairement vingt grammes et pouvant s'élever à un chitfre beaucoup plus considérable, sans qu'il y ait de lésion macroscopique des centres nerveux.
ANATOMIE KT PHYSIOLOGIE PATIIOLOGIQLES 4 il
Chez ces mêmes malades, les os du crâne présentent parfois une liypertropbie énorme qui peut porter leur épaisseur à plus d'un centimètre.
Les théories qui ont été émises pour expliquer la production de répiiepsie peuvent se rattacher à trois chefs : P Troubles de la circulation encéphalique ; 2° altération du liquide sanguin; 3° exagération du pouvoir réflexe ou excito-moteur de la moelle allongée.
1° [a] La théorie de l'anémie cérébrale (Tenner, Kussmaul) est fondée sur ce fait, que la ligature des carotides et les saignées abondantes déterminent des convulsions .chez les animaux, et aussi sur la pâleur qui envahit le visage au moment même du début de l'attaque. Mais l'examen du fond de l'œil pendant l'attaque ou le vertige a prouvé à Magnan que loin d'être contractures, les capillaires du cerveau subissent une dilatation subite et considérable. L'expérimentation sur les animaux a en outre démontré qu'au moment de l'attaque, le sang fait subitement irruption dans les vaisseaux cérébraux.
\b) La théorie de la congestion cérébrale, la plus anciennement acceptée, n'est pas davantage satisfaisante, carde nombreux faits démontrent que l'hypérémie cérébrale n'entraine pas nécessairement les convulsions, et qu'au surplus la circulation encéphalique est soumise en tous temps à des fluctuations énormes, absolument silencieuses (Mosso).
2<^ La théorie de l'altération du sang (Tood, Paulet) repose sur ce fait que l'accès épileptique serait précédé de l'accumulation dans le sang d'un poison morbide fabriqué par l'organisme. Elle ne repose que sur une hypothèse.
3° La troisième théorie, basée sur l'exagération du pouvoir excito-moteur de la moelle (Marshall Hall) est aujourd'hui la plus généralement admise.
D'après cette théorie, l'irritation périphérique ou centrale déterminée par une des lésions primitives précédemment énumérées, se propage au bulbe qui y répond par des manifestations convulsives. Ces dernières seront d'autant plus intenses que l'excitabilité du sujet sera plus grande. Aussi, chez un sujet très excitable, une irritation très légère suffira à déterminer des convulsions
intenses , tandis que chez un sujet peu excitable, une irritation môme plus forte pourra demeurer inefficace.
L'habitude morbide ayant pour propriété d'exagéi'er l'aptitude à tomber en convulsion, il en résulte que plus la maladie progresse, et plus le retour des attaques devient fatal, inéluctable.
L'épilepsie toxique, alcoolique, absinthique, saturnine, etc., n'échappe pas à cette théorie. Dans ce cas, le poison agit directement sur les centres excito-moteurs, où il est transporté par la circulation.
Les différentes phases de l'attaque épileptique donnent lieu aux quelques considérations physiologiques suivantes :
L'aura, de quelque nature qu'elle soit, semble le plus souveut d'origine centrale, bien que la sensation qui la constitue se transporte à la périphérie. C'est de ce point moteur, sensitif, sensoriel ou psychique que part l'irritation qui va éveiller le pouvoir excito-moteur de la moelle allongée.
La pâleur et la perte de connaissance sont déterminées par une irritation des vaso-moteurs provenant du grand sympathique, qui lui-même tire son innervation du bulle rachidien.
Le cri est produit par l'expiration brusque à travers la glotte, de l'air contenu dans les poumons.
Les convulsions générales proviennent de l'excitation transmise par le bulle aux nerfs moteurs de la base du crâne, facial, hypoglosse, maxillaire inférieur et aux nerfs émanés de la moelle épinicre.
Le coma est dû à un état congestif du cerveau ; peutêtre aussi, en partie à l'épuisement nerveux.
li'émission de l'urine et du sperme résulte d'une excitation particulièrement intense des portions lombaires et sacrées de la moelle.
Enfin la tension artérielle du début de l'attaque résulte d'uru; excitation des filets sympatliiques des vaisseaux artériels qui en provoquent la rigidité et la contraction. Bientôt cette stimulation est remplacée par une paralysie: alors les vaisseaux se relàclicnt, et de petit et dur qu'il était, le pouls devient ample, mou et dicrote. Les tracés sphygmographiques pris pendant l'attaque elle-même
ii.T
mettent bien en évidenco ces diverses modifications rirculatoires.
Fig. 8. — Epileptique homme. Tracé pris pendant la période do stprtor.
Fig. 0. ~ r.inq ininules après l'allaque.
Fig. 10. — Quinze à vingt minutes après l'attaque.
Fig. 11. — Etat normal.
§ 3. — Diagnostic
L'extrême variété des formes de l'épilepsie en rend le diagnostic parfois difficile. Si chez le même malade on peut voir alterner les grandes attaques, les attaques incomplètes, les vertiges, les absences et les accès de délire, on rencontre aussi des cas nombreux où un seul de ces accidents se manifeste ; et c'est alors qu'on peut en méconnaître la nature si on ne possède pas complètement la symptomatologie complexe de la maladie.
L'épilepsie, surtout lorsque les accès sont nocturnes, peut être longtemps ignorée du malade et de la famille. On peut établir un diagnostic rétrospectif à l'aide des indices suivantes : 1° morsure de la langue; 2*^ petites
Ai\ EPILEPSIE
ecchymoses ponctuées de la face; 3o taches de salive sanguinolente sur Foreillor et souillure du lit par l'urine.
Le vertige épileplùjue se diiférencie des vertiges goutteux, rhumatismaux, gastriques, oculaires, par ce signe qui lui est propre : la perte de connaissance. Dans le vertige de Ménière, la perte de connaissance est exceptionnelle, rétourdissement se prolonge des heures, des jours entiers, les paroxysmes sont accompagnés de vomissements et il existe des troubles de la sensibilité, de la station et de la locomotion complètenient étrangers à Tépilepsie.
L'attaque épileptique apoplecti forme est souvent méconnue et prise pour une attaque congestive simple, mais les anamnestiques permettent le plus souvent de rectifier le diagnostic. L'individu qui a une attaque apoplectique de nature épileptique a en effet des absences diurnes, il se mord la langue, on constate sur sa face le piqueté ecchymotique : les attaques se répètent de temps en temps sans entraîner de complications graves du côté de la motilité ou de rintelligence.
Véclampsie se distingue de l'épilepsie par les circonstances concomitantes : grossesse, accouchement, albuminurie, dentition, début d'une fièvre éruptive. En outre, l'éclampsie se présente sous une forme aiguë, s'accompagne souvent de fièvre, et ne laisse pas entre les crises d'intervalle de santé parfaite. Toutefois chez les enfants, l'attaque éclamptique est souvent le premier acte d'une épilepsie destinée à se développer ultérieurement.
Vlu/stérie, au moins sous sa forme convulsive est facile à distinguer de l'épilepsie. L'attaque, dans cette dernière, est nettement caractérisée par son cri unique, la soudaineté de la perte de connaissance, la pâleur de la face bientôt suivie de lividité, l'aspect repoussant des traits, la roideur et les secousses générales, l'écume à la bouche, la morsure de la langue, le coma, le stertor et la stupeur consécutive. Dans l'attaque hystérique, la durée est beaucoup plus longue, le désordre des actes est d'une nature toute différente, il n'y a pas d'asphyxie, les traits n'ont rien de grimaçant, il y a des plaintes, des sanglots, les mains se portent à la gorge comme pour se débarrasser d'un obstacle; il n'y a ni coma, ni stertor, ni stupeur
DIAGNOSTIC \ïo
consécutive. La perte de connaissance, quand elle existe, n'a lieu que tout à fait au début de l'attaque, et l'hystérique, niènie au milieu des convulsions, a la conscience de ce qui se passe et peut rendre un compte exact de ce qu'on a dit ou fait autour d'elle. Enfin l'attaque hystérique peut être interrompue à toutes ses périodes par la compression des ovaires, et provoquée à volonté par l'excitation des zones hystérogènes.
L'hystérie peut exister chez un individu en même temps que l'épilepsie (Beau, Esquirol, Landouzy, Briquet, Dunant). On peut donc en quelque sorte admettre l'existence de deux sortes dliystéro-épilepsie: l'une qui correspond au type de Charcot et qui n'est que le degré le plus intense de l'hystérie, l'autre qui est constituée par la présence chez le même malade d'attaques épileptiques et d'attaques hystériques séparées.
Les divers modes de coexistence de l'hystérie et de l'épilepsie, lorsque les manifestations des deux névroses .restent distinctes, ont été ainsi résumés par Charcot : 1° hystérie survenant chez un sujet déjà épileptique ; 2° accès d'épilepsie survenant chez un sujet préalablement hystérique; 3° hystérie convulsive coexistant avec des vertiges épileptiques; 4° épilepsie se surajoutant à des accidents d'hystérie non convulsive (contracture, anesthésie, etc.) (l).
Vêpilepsie alcoolique et VépUepsle saturnine seront reconnues à la présence des symptômes concomitants dénotant l'intoxication.
L'épilepsie sijmptomalique des tumeurs cérébrales ne sera le plus souvent diagnostiquée que par exclusion, car on ne peut guère compter pour s'éclairer, ni sur les antécédents héréditaires, ni sur la présence de néoplasmes ou de tubercules dans les autres organes. Les tumeurs cérébrales cependant donnent habituellement naissance à des symptômes étrangers à l'épilepsie qui peuvent mettre sur la voie. Pour ïépilepsie si/plulitique, on devra se reporter aux antécédents bien constatés. L'épileptique syphilitique n'a jamais moins de trente ans; longtemps après sa première attaque, il a éprouvé des malaises, des
(1 Chareol. Lcç. si/r ïes mal du sysli'me noTcux: 1877,
céphalées; il a eu des accidents syphilitiques multiples, des éruptions, de l'alopécie, des exostoses. Aux accès comitiaux ne tardent pas à s'ajouter des manifestations cérébrales variées, un affaiblissement progressif de lintelligence, des paralysies transitoires, des accès d'excitation maniaque, des paralysies oculaires. Presque toujours l'épilepsie jacksonnienne précède les grandes attaques ou alterne avec elles. Enfin le traitement spécifique a une action rapide et en général décisive. Cependant les erreurs sont possibles, et au dire de Fournier, maintes fois la syphilis cérébrale à début épileptique a été confondue avec l'épilepsie essentielle névrosique.
Disons en terminant qu'en cas de doute sur la nature symptomatique ou idiopathique de l'épilepsie, on devra s'attacher avec le plus grand soin à l'examen de la face et de la boîte crânienne. Nous n'hésitons pas à dire que notre expérience personnelle est absolument confirmative des idées de Lasègue sur l'importance des déformations de la base du crâne comme cause efficiente de l'épilepsie.
Le diagnostic de Vépilepsie simulée est souvent des plus délicats. Toutefois, le simulateur peut bien imiter la chute, les convulsions, la rougeur de la face, la salivation , l'urination , mais il ne peut reproduire la pâleur de la face , la dilatation et l'insensibilité des pupilles, l'insensibilité des téguments et des muqueuses. 11 faut encore remarquer que l'épileptique tombe partout indistinctement et qu'il se blesse, ce qui n'arrive pas aux simulateurs; qu'il reste toujours obtus et hébété à la suite de l'attaque, qu'il porte parfois de petits ecchymoses ponctuées sur la face, autour des yeux et que son pouls présente des caractères qu'il est impossible de simuler.
§ 6.— Pronostic
L'épilepsie est une affection grave, ordinairement incurable, et dont les conséquences se font sentir non seulement au malade lui-même, mais à son entourage et à sa descendance. Elle empoisonne la vie des malades, les expose à de nombreux accidents quelquefois mortels, les conduit à la folie ot à la démence, les pousse à commettre les actes les plus dangereux, les plus nuisibles, et les
traitemf:nt H1
expose à n'engendrer que des idiots ou des convulsifs.
Cependant quelques circonstances favorables atténuent légèrement la gravité générale du pronostic : 1" l'épilep- «ie guérit quelquefois spontanément ; 2° elle peut dans une proportion assez considérable être atténuée, enrayée ou guérie définitivement par un traitement bien dirigé; 3° elle est sujette à des rémissions prolongées dont la production échappe en général à toute prévision.
L'épilepsie vertigineuse est moins dangereuse que Tépilepsie à grandes attaques, mais elle est beaucoup plus rebelle au traitement ; de même, l'épilepsie qui ne se traduit que par des phénomènes psychiques est plus difficile à modifier que l'épilepsie convulsive.
Quand lesattaques, les vertiges etles absences semanifestent chez le même individu, la maladie est plus grave que lorsqu'elle ne se manifeste que sous l'une de ces formes.
Au point de vue de la conservation des facultés intellectuelles, l'épilepsie nocturne parait moins grave que l'épilepsie diurne, et comme nous l'avons déjà dit précédemment, les vertiges provoquent plus rapidement la démence que les grands accès convulsifs.
Les épilepsies toxiques peuvent disparaître en môme temps que l'intoxication qui leur a donné naissance.
Les épilepsies traumatiques cèdent parfois à la suite d'une opération chirurgicale, comme l'application du trépan.
L'épilepsie syphilitique cède ordinairement au traitement spécifique. Toutefois, si elle est d'origine ancienne et compliquée d'autres troubles cérébraux, les résultats deviennent de plus en plus incertains.
§ 7. — Traitement
En présence de la multiplicité des modes de traitement employés à peu près sans succès dans l'épilepsie, bon nombre d'auteurs ont conclu à l'expectation, et ce n'est que depuis l'emploi des bromures que l'on est revenu à une intervention active.
Les bromures les plus employés sont: les bromures de potassium, d'ammonium, de sodium, de calcium , de lithium. Les deux premiers sont les plus efficaces. Puis
ii8 ÉPILEPSIE
vient le monobromure de camphre, vanté dansl'épilepsie vertigineuse et l'état de mal; le bromure d'arsenic, de zinc, de nickel, d'éthyle, employé en inhalations.
Le bromure de potassium est le plus employé «t compte le plus de succès. On le donne pour commencer à la dose de 1 gramme qu'on augmente tous les huit ou (juinze jours de 1 gramme ou de 50 centigrammes. Dès <iu'on arrive à la dose de 4 grammes, on constate en général la diminution des attaques. Il faut souvent la dose de 5 à 10 grammes pour obtenir un résultat complet. Si Ton veut obtenir un effet durable sur la marche <le la maladie, il faut prolonger très longtemps l'action du médicament.
D'apj'ès J. Falret(l), les effets thérapeutiques du bromure de potassium sont les suivants : chez la moitié des jiialades traités, on n'obtient aucun résultat ; de la seconde moitié, la partie la plus nombreuse éprouve une diminution notable dans la fréquence des attaques; chez les autres, la suspension des accidents épileptiques est complète.
Les cas où il existe de l'hémiplégie ou des symptômes indiquant une lésion organique cérébrale sont moins favorables que les cas d'épilepsie essentielle ; les malades ({ui présentent un trouble mental profond sont également plus rebelles ; ceux qui ont des vertiges et des absences sont plus difficiles à guérir que ceux qui n'ont que de grandes attaques.
Voici, d'après le môme auteur, dans quel ordre les accidents disparaissent ou sont susceptibles d'être amendés.
{a) Les attaques de nuit disparaissent plus vite que les attaques de jour.
(b) Les malades ayant des accès d'agitation maniaque voient ces accès cesser avant les attaques épileptiques.
(c) Les grandes attaques diminuent d'abord de fréquence et d'intensité avant de disparaître complètement.
(f/) La plupart des malades très notablement améliorés conservent encore trois ou quatre attaques par an.
(«?) Les grandes attaques cessent avant les absences et les vertiges.
(I J. haliel. Aiinnli-s nictl. iisijcl,.: 1«71.
(f) Les* absences et les vertiges sont les symptômes qui résistent le plus longtemps.
Le traitement bromique expose les malades à des accidents de diverse nature. Le premier symptôme de bromisme est l'anesthésie du voile du palais, l'abolition de la nausée réflexe; puis survient do Firritation de la gorge, des éruptions cutanées, de Tacné de la face, des épaules ■et du dos, de la dyspepsie et parfois des vomissements. • L'haleine prend une fétidité spéciale repousssante, les aptitudes génésiques ne tardent pas à être abolies, et le malade maigrit dans d'assez fortes proportions. L'intoxication poussée un peu loin produit des accidents aigus et chroniques. Le bromisme aigu, facilement curable, consiste en une sorte d'ivresse avec rougeur de la langue. Le bromisme chronique s'annonce par de la pâleur de la face, un amaigrissement considérable, de l'hébétude, une adynamie progressive et parfois du délire, du coma et la mort si la médication n'est pas suspendue à temps.
D'autres inconvénients graves résultent parfois de l'emploi du bromure de potassium chez les épileptiques. Au fur et à mesure que les accidents épileptiques diminuent, le caractère des malades devient plus insupportable. Dans quelques cas, en supprimant les attaques, il donne naissance à des accès de manie furieuse. Si pour une cause quelconque on est obligé de suspendre la médication, on voit les attaques revenir avec une inten- .sité beaucoup plus forte qu'auparavant.
Parmi les médicaments utiles employés encore contre l'épilepsie, il faut citer la belladone, soit seule (Trousseau), soit associée au bromure. On l'a surtout vantée dans le petit mal et les formes incomplètes de la maladie et son efliaacité en certains cas n'est pas douteuse. On peut employer l'extrait de belladone jusqu'à la dose de 20 centigrammes ou Tatropine jusqu'au chiffre de 4 à 5 milligrammes. L'oxyde de zinc soit seul, soit aussi associé au bromure, se montre quelquefois utile; on peut administrer progressivement jusqu'à 2 et 3 grammes de ce médicament.
Une foule d'autres substances médicamenteuses ont été vantées, principalement par les auteurs qui les ont essayées les premiers, mais leur efficacité est moins
4oO ÉPILEPSIE
démontrée. Nous citerons particulièrement le borax, employé surtout en Angleterre ; la picrotoxine, le curare, le chanvre indien, etc.
L'épilepsie symptomatique réclame un traitement qui soit en rapport avec la cause des accidents convulsifs: ainsi Tépilepsie syphilitique sera combattue par le traitement spécifique ; l'épilepsie toxique par les moyens habituellement opposés aux intoxications ; l'épilepsie vermineuse par les anthelminthiques, les épilepsies symptomatiques d'une fracture, d'un enfoncement du crâne, d'une tumeur, par la trépanation (1).
Au traitement spécial de la maladie selon les indications, il convient de joindre une bonne hygiène, le repos du cerveau et du système nerveux, une vie régulière, exempte d'excès sexuels et surtout alcooliques.
La folie épileptique doit être combattue par le bromure de potassium à haute dose, surtout lorsqu'elle affecte la forme maniaque. La forme mélancolique est souvent réfractai re à ce médicament et en semble même parfois aggravée. Dans ce cas, il faut recourir au cliloral, qui procure presque toujours une amélioration rapide. Les préceptes généraux qne nous avons émis au sujet du traitement de la folie en général doivent toujours être observés. Les impulsions irrésistibles des épileptiques demandent des précautions spéciales; elles sont tellement imprévues qu'il n'est pas rare de voir des malades se livrer instantanément à des tentatives de suicide, qui réussissent d'autant plus souvent qu'on n'a pas songé à prendre les précautions usitées habituellement vis-à-vis des malades qui manifestent des tendances de cette nature.
Vétat de mal réclame une médication antiphlogistique énergique. En administrant dès le début une forte dose de chloral, on réussit souvent à enrayer le mal et à interrompre la série d'attaques. Ce moyen, exempt d'ailleurs d'inconvénients, ne doit pas être négligé, en raison de la gravité des accidents qu'il s'agit de combattre.
(1) G. Ballet, Péan et Géllncau, Epllepsie symptomatique d'une tumeur guérie par la trépanation et V extirpation. [Académie de médecine, séance du 19 février 1880.)