‹ Traité pratique des maladies mentalesChapitre 41 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La névrose générale désignée sous le nom cV hystérie présente nne symptomatologie excessivement touffue en même temps que très mobile : elle atteint successivement ou simultanément toutes les grandes fonctions du système nerveux, la motilité, la sensibilité et rintelligence. Ce sont surtout les troubles de ""cette dernière que nous nous proposons d'étudier dans ce chapitre.

Cependant, comme les troubles délira«îits ou vésaniques ne sont pas constants dans l'hystérie, et qu'à eux seuls ils ne sauraient suffire dans beaucoup de cas à caractériser cette maladie, il sera nécessaire de faire une revue rapide de tous les symptômes qui la constituent à l'état complet.

§ 2. — Etiologie

L'étiologie de l'hystérie intéresse d'autant plus le manigraphe qu'il existe de nombreuses connexions entre l'origme de cette névrose et celle de l'aliénation mentale, surtout au point de vue de l'hérédité morbide.

Vhérédité est en effet la plus importante des causes prédisposantes de l'hystérie. La forme similaire est extrêmement fréquente: d'après les statistiques de Briquet, 100 mères hystériques ont transmis leur maladie à un peu plus de 50 filles, Bernutz a vu une mère avoir six filles hystériques. Sur 209 cas, Hammond a trouvé des mères, des tantes ou des grands parents hystériques, chez 131 malades. Dans les deux premières catégories d'observations du travail de Moreau (de Tours) sur la Folie hystérique, on trouve pour 25 sujets atteints de cette maladie, 45 cas d'hérédité nerveuse; sur ces 45 cas, 25 sont constitués par l'hystérie convulsive, Fhystéro-

épilepsie ou Thystérie diffuse ; 20 seulement appartiennent à d'autres variétés de maladies nerveuses.

En deliors de Fliérédité similaire, on rencontre encore plus fréquemment l'hérédité névropathique générale, et c'est avec raison que Georget a pu dire que les prédisposés à l'hystérie sont issus non seulement d'hystt^ùques, mais encore d'épileptiques, d'hypocondriaques, d'aliénés, de sourds-muets et d'individus atteints d'affections organiques du système nerveuK. Cette communauté d'origine de Fhystérie et des diverses maladies nerveuses en général ressort encore plus si l'on étudie les antécédents des liystériques mâles, et les observations étudiées par Déjerine, montrent que l'alcoolisme, l'hystérie, l'épilepsie, l'aliénation mentale, le suicide, le nervosisme, l'excentricité, la chorée, la maladie de Basedow, l'ataxie locomotrice se rencontrent dans les familles en môme temps que l'hystérie elle-même, de sorte qu'on peut dire que cette maladie est la plus héréditaire des névroses.

Entin une statistique récente confirme amplement les résultats des observateurs précédents. Batault(l), sur 218 cas d'hystérie mâle, a trouvé 100 lois des antécédents héréditaires, et 77 fois des antécédents névropathiques ; ces 77 hystériques appartiennent à 75 familles : l'hérédité est directe dans 56 cas. Sur 35 mères névropathiques, on en trouve 10 d'hystériques, 17 d'impressionnables, névralgiques ou migraineuses, 2 épileptiques. Sur 12 fois où le père et la mère sont névropathiques, il y a 3 mères hystériques, les auti-es nerveuses, atteintes de tics, de torticolis spamodique, de chorée; les pères sont impressionnables, épileptiques, choréiques, aliénés.

l/intluencc du sexe est prédominante, sans être auss exclusive pourtant que le supposaient les anciens. Diaprés Briquet, il y aurait 20 femmes hystériques contre i homme seulement. Les études entreprises depuis quelque temps sur l'hystérie masculine permettent de croire, sans qu'on puisse toutefois s'appuyer sur des documents positifs, que cette proportion est trop faible.

L'importance de r«.^eest secondaire; l'hystérie se développe à tout Age. Briquet, sur 430 observations cite

(1) Balaull. TIk'-so de l'aris, 188'..

ÉTIULOGIK 153

87 cas d'hystérie de l'ctifance; Laiidouzy en cite 48 ('as développés entre 10 et 15 ans. Cependant, l'ensemble des statistiques sur ce sujet montre que c'est entre 10 et 20 ans, c'est-à-dire à l'époque de la puberté, qu'éclate le plus grand nombre des cas dliystérie. Après 20 ans, ils diminuent de fréquence.

On voit souvent cependant la maladie apparaître k la ménopause; mais la plupart du temps, il ne s'agit que du réveil d'une maladie assoupie depuis plus ou -moins longtemps. On peut donc dire, avec Grasset, que si la puberté est l'âge de prédilection pour la naissance de l'hystérie, la ménopause est un âge de prédilection pour la résurrection de la névrose (i).

Au delà de cette période de la vie, l'hystérie devient une exception.

L'hystérie mâle ne fait pas exception à cette règle ; au point de vue de l'âge, les 192 cas de Batault déjà cités se répartissent de la manière suivante :

De 0 ta 10 aus (cas miniinum 2 ans, 9 mois) 10 cas. 10 à 20 ans — — 78 —

20 à 30 ans — — 60 —

30 à 40 ans — — 27 —

40 à oO ans — — 11 —

oO à 60 ans — — 6 —

Il existe d'importants liens de parenté entre l'hystérie et certaines maladies diathésiques, principalement l'arthritis (Charcot, Huchard, Boinet, Déjerine) et la tuberculose (Grasset). Charcot a montré que les femmes goutteuses avaient souvent des accidents hystériformes ; Durand, Souza-Leite, ont étudié les relations de l'hystérie et du rhumatisme articulaire aigu; Fournier a prouvé que la syphilis tantôt réveille une hystérie éteinte, tantôt la fait naître de toutes pièces, alors qu'elle n'existait pas auparavant.

Il n'y a pas. comme l'ont prétendu contradictoirement certains auteurs, de constitution physique spéciale aux hystériques. « La maladie, dit Hammond, prend les femmes comme elle les trouve, blondes ou brunes,

(1) Grasset, Des maladies du système nerveux; 1881.

io4 HYSTÉRIE

grasses ou maigres, fortes ou faibles, grandes ou petites, colorées ou pâles. Quelques femmes hystériques ont les traits du visage délicats et l'esprit fin, mais il en est d'autres dont le visage lourd et massif reflète la stupidité. » On pourrait en dire autant des hommes.

Aucun climat ne semble prédisposer à la maladie, et l'hystérie s'observe sous toutes les latitudes.

Aucune condUioti sociale n'est plus particulièrement favorable au développement de cette névrose. Elle frappe les pauvres et les riclics en proportion des peines morales qu'ils sont appelés à subir. Si la misère a une action évidente, la vie molle et oisive, une éducation efféminée n'en ont pas moins.

Depuis l'antiquité, on a fait jouer un rôle prédominant dans la genèse de l'hystérie à Y abstinence des rapports sexuels, 11 est possible que dans quelques cas les besoins génitaux naturellement ou artificiellement excités et non satisfaits soient une cause de prédisposition à l'hystérie, mais ce doit assurément être un exception. Les femmes veuves ne sont pas plus que les autres exposées à l'hystérie ; cette maladie, d'ailleurs, qui est rare après trente ans, éclate dans un cinquième des cas avant la puberté et elle n'est pas plus commune chez les personnes qui par état vivent dans la continence que chez les autres. Bien plus, Parent-Duchàtelet a constaté que la moitié des filles publiques étaient hystériques.

La menstruation ne semble avoir de FinfUience sur le développement de l'hystérie que dans un nombre restreint de cas. Selon Huchard: l'* l'hystérie peut se montrer longtemps avant la nubilité ou après la ménopause; 2*' elle n'est pas incompatible avec la persistance d'une menstruation régulière; 30 chez un certain nombre de femmes, la diminution ou l'arrêt du flux menstruel dispose à cette affection. Cependant le retour des règles a une influence positive sur le retour des accidents hystériques.

Les affections des organes génitaux ne causent que rarement l'hystérie, cependant on note dans quelques cas cette influence étiologique. Il est à remarquer que ce sont plutôt les affections légères que les maladies graves de ces organes qui pi'ovoquent l'explosion de la névrose.

Les causes morales ont mw iiiffuence considérable, soit

qu'elles agissent brusquement, comme les émotions vives, soit qu'elles soient permanentes et chroniques. La première attaque hystérique se développe souvent à la suite d'une peur, d'un accident, d'une agression soudaine. Les chagrins prolongés, les dissentions domestiques, le malheur dans le mariage ont une action plus lente, mais certaine et plus efficace.

Les traumaiismes chez les individus prédisposés, sont souvent le point de départ d'accidents hystériques locaux. L'effet n'est pas toujours en rapport avec la cause, et un choc insignifiant qui aura été accompagné d'une vive émotion produira des accidents aussi graves qu'une chute d'un lieu élevé ou un coup violent sur un membre ou sur la tète. Les troubles de cette nature sont des paralysies flasques, des contractures, des arthralgies.

Les intoxicaiioHS (plomb, mercure) ont encore donné quelquefois lieu à l'explosion de l'hystérie.

Enfin, Yimiladou, la contagion morale jouent dans certaines épidémies d'hystérie délirante, un rôle décisif que nous étudierons plus loin.

§ 3. — Symptômes

L'hystérie débute suivant trois modes : Tantôt elle commence dès le jeune âge par une impressionnalité excessive, qui servira plus tard de base aux symptômes de la maladie ; tantôt elle se développe à l'âge adulte, d'une façon également graduelle, sous l'influence de causes morales ; enfin, dans un tiers des cas environ, selon Briquet, elle débute brusquement, à la suite d'une émotion, d'une vive frayeur. L'accès n'est pas toujours immédiat; quelques heures ou même quelques jours s'écoulent entre le choc moral et le moment de l'attaque, et pendant cette période les malades éprouvent divers symptômes nerveux prémonitoires, tels que spasmes et tremblements.

Nous diviserons la description symptomatique de l'hystérie en deux parties : dans la première, nous rangerons tous les symptômes physiques dont nous ne donnerons qu'un rapide résumé, renvoyant le lecteur aux traités de pathologie interne ; dans la deuxième, qui sera plus complète, nous étudierons tous les symptômes

iiitellecluels et moraux qui rentrent plus spécialement dans le cadre de notre travail.

A. Symptôuies piiysiques.

Grande attaque complète. — C'est au professeur Gharcot et à ses élèves que Ton doit une description claire et précise de l'attaque hystérique convulsive. Bien que ce soit là un phénomène capital de la névrose, il est cependant loin d'être constant, puisque Briquet pose en principe que la moitié seulement des hystériques ont des attaques.

La grande attaque peut être provoquée par diverses causes occasionnelles et même par certains procédés artificiels (hypnotisme, excitation des zones hystérogènes) ; elle peut aussi survenir sans provocation aucune.

Elle est précédée de prodromes : quelque temps avant l'attaque, on note un changement d'humeur et d'hahitudes, la malade devient négligente, s'impressionne do tout, est tour à tour triste ou d'une gaîté folle, chante, commet des enfantillages, déchire ou brise des objets. Cette excitation mentale est traversée de quelques phénomènes épileptoïdes, de contractures passagères et d hallucinations qui ont pour siège les sens anesthésiés : elle entend des voix, toujours les mêmes, aperçoit des animaux qui se dirigent toujours dans le même sens, a des illusions tactiles ou génitales.

En même temps il se produit des troubles gastriques multiples, de la polyurie, du ptyalisme, une sensation de boule ou de suffocation (boule hystérique). Parfois ce sont des spasmes de la respiration, des accès de rire, du laryngisme, des bâillements, de la toux spasmodique, de l'aphonie ; certains malades imitent les cris d'animaux. D'autres ont des ])alpitations, des troubles vasomoteurs, du tremblement, des secousses musculaires ; l'ancsthésic existante augmente.

Enfin l'aura se produit. Elle a liabituellenient son point de d('part dans les ovaires (ovarie) ; et son premier point d'irradiation douloureuse au creux épigastrique ; de là elle s'élève vers lecfpur([ui est envalii par les palpitations, et enfin se porte au cou ou se produit la sensation du

SYMPTOMKS 4o /

globe hystérique. A ce moment survient la perte de connaissance et le début de l'attaque.

La pression de l'ovaire douloureux ou de tout autre point hystérogène peut soit provoquer, soit suspendre une attaque. On désigne sous le nom de zones hystérogènes précisément, « des régions circonscrites du corps, douloureuses ou non, d'où partent souvent, pendant les prodromes des attaques spontanées, des sensations spéciales qui jouent un rôle dans Tensemble des phénomènes de l'aura hystérique, et dont la pression a pour effet soit de déterminer l'attaque convulsive, ou une partie des phénomènes spasmodiques de l'attaque, soit d'arrêter brusquement les convulsions » (1).

L'existence des zones hystérogènes est extrêmement fréquente, sinon constante chez les hystériques à grandes attaques ou hystéro-épileptiques. Elles peuvent se rencontrer sur presque tous les points du tronc et de la tête ; mais leurs sièges d'élection sont : à l'abdomen, la région ovarienne, l'épigastre, le pli de l'aine ; au thorax, les seins, la région sous-claviculaire, les espaces intercostaux, le sternum, les apophyses épineuses ; à la tête, le vertex, les régions sus et sous-orbitaires, le globe de l'œil. Leur étendue est limitée à quelques centimètres ; leur nombre est très variable, car certains sujets n'en ont qu'une seule, tandis que d'autres en possèdent une douzaine. Le plus souvent, elles sont unilatérales et occupent le côté anesthésié. Leur excitabilité est d'autant plus grande que l'attaque est plus imminente. Elles jouent un rôle dans l'aura etsont le point de départ de sensations douloureuses qui précèdent constamment l'attaque chez un même malade. La première période de l'attaque ou période épilepto'ide débute en général par la perte de connaissance, sans cri ; la tète se raidit et se renverse lentement en arrière, le cou se gonfle, les yeux se convulsent, la bouche s'ouvre démesurément, la langue est projetée au dehors ; quelquefois les mâchoires se serrent ou se meuvent latéralement avec un grincement de dents. La respiration est suspendue d'une façon presque complète. Les membres se tordent lentement à plusieurs reprises et s'arrêtent en

(l) Pitres, Des zones lt>/ste'ro(/è)tes et A /////? o,yénci' ; Bordeuiix. 1885.

pronatiou ou eu supination dans une rigidité complète. L'écume apparaît aux lèvres, la face est grimaçante et turgide, tout le corps raide comme une barre de fer. C'est la j)hase tonique.

La phase clonlque commence par de rapides et brèves oscillations des membres tétanisés ; puis tout le corps est envahi de mouvements convulsifs, la tète est animée d'oscillations rapides, les traits de la face s'agitent violemment. La respiration suspendue reprend péniblement, elle est désordonnée, entrecoupée de hoquets et de sifflements saccadés. Pen à peu le calme se fait, les secousses s'éloignent de plus en plus et la malade entre dans la phase de résolution.

La période épileptoïde, dans son ensemble, peut durer de 1 à o minutes, rarement davantage. Elle peut présenter quelques variétés soit par excès, soit par défaut. Elle peut manquer totalement ou partiellement ou se compliquer de contractures permanentes et quelquefois d'hallucinations.

La deuxième période, période des contorsions ou des grands mouvements, clownisme, commence après un temps de repos variable, mais bien marqué. Dans la première phase, ou phase des contorsions, la malade prend les positions les plus variées et les plus imprévues. Le type de ces attitudes illogiques est l'arc de cercle à concavité postérieure, le corps courbé en arrière en forme d'arc, ne repose sur le lit que par la tcte et les pieds. La rigidité du corps est telle qu'il peut être renversé sur le ventre sans changer d'attitude. L'arc peut aussi être, quoique plus rarement, à concavité antérieure, ou latérale. Ces attitudes sont susceptible de varier à l'infini et la situation que peut prendre le corps dans cette phase de l'attaque n'est soumise à aucune loi.

Cette phase dure de 1 à 10 minutes et est suivie de la phase des grands mouvements. Ceux-ci sont presque impossibles à décrire ; ils varient pour chaque malade ; tantôt ce sont des mouvements brusques de flexion se répétant quinze à vingt fois de suite, portant surtout ou partie du corps ; tantôt ce sont des mouvements de roulis s'exécutant autour de l'axe longitudinal ; tantôt la malade, comme piise de fureur, cherche à se déchirer, à se frapper ou à mordre. Ils sont précédés et accompagnés (h' cris furieux ou lamentables.

SYMPTÛMi:S /i.o9

La troisième période ou 'période des aUiludes passionnelles est moins distincte que les deux précédentes et n'est pas nettement séparée de la deuxième et de la quatrième ; elle est surtout caractérisée par un état délirant spécial que nous décrirons .ultérieurement. Deux caractères sont à noter dans cette période : 1° la malade en conserve un souvenir très net après la fin de l'attaque ; 2» elle demeure complètementinsensible à toute excitation extérieure.

La qiialrième période ou période de délire, est en quelque sorte un reste de l'attaque qui s'épuise. Elle est composée par un délire de mémoire portant sur les sujets les plus variés; nous le décrirons plus loin. Pendant cette période, les communications avec le monde extérieur commencent à se rétablir; la malade n'est plus insensible.

L'attaque une fois terminée laisse cependant après elle certains troubles tels que des contractures, une parésie ou une paralysie de certains muscles. Inversement, des stigmates du même genre plus ou moins anciens peuvent disparaître brusquement à la suite d'une attaque.

La durée totale d'une attaque complète est très variable: les première et deuxième périodes ne durent en moyenne que de une à trois minutes chacune, la troisième de cinq à quinze minutes, mais la quatrième n'a aucune durée détermipée et peut se prolonger pendant des heures entières (1).

Attaques incomplètes. — Les attaques incomplètes se rencontrent plus fréquemment que la grande attaque hystéro-épileptique que nous venons de décrire. Elles sont en général précédées des mêmes prodromes, il y a une aura qui part le plus souvent de l'abdomen pour aboutir au cou, en produisant un sentiment d'étouffement, de strangulation qui pousse la malade à porter ses mains à sa gorge, comme pour se débarrasser d'un obstacle. A ce moment, elle pousse un cri, et tombe. Tantôt elle perd totalement connaissance, tantôt elle la conserve partiellement, mais est incapable de parler, de sentir ou d'agir spontanément. La face est vultueuse, mais non grimaçante et n'a rien du faciès épileptique. Presque aussitôt

(1) P. Richcr, Etudes cliniques sio' la r/rande ]t(jstcrie: Paris, ISSn.

les convulsions se produisent ; elles affectent exclusivement la forme clonique. Les mouvements sont étendus, extrêmement désordonnés; il semble que la malade se livre à une lutte désespérée contre une souffrance insupportable ; ce sont des flexions, des extensions, des déplacements incessants des membres ou du corps en totalité. La figure est cependant épargnée. Peu à peu tout s'apaise graduellement et rentre dans Tordre, à moins qu'un nouvel accès ne se développe avant la terminaison du premier. Quelquefois la fin de la petite attaque est signalée par l'arrivée d'hallucinations et de délire analogue à celui de la troisième période de la grande attaque. Enfin tout se termine habituellement par une crise de sanglots ou de larmes.

Attaques diverses. — L'hystérie peut se manifester sous deux formes très différentes ; il s'agit tantôt d'attaques partielles relevant de la grande attaque, tantôt de phénomènes que nous n'avons pas encore décrits et dont il lious reste à parler brièvement.

V attaque sijncopalo survient surtout chez les hystériques anémiques. Elle se manifeste par une perte subite de connaissance avec pâleur des téguments, flaccidité absolue des membres, et arrêt momentané, ou tout au moins affaiblissement considérable des mouvements cardiaques et respiratoires.

L'attaque de contractures est caractérisée par l'extension progressive à tous les muscles du corps de contractures ([ui immobilisent le malade dans une attitude particulière ; crucifiement, opistothonos, etc. La connaissance est habituellement conservée.

L'attaque épileptoule, qui n'est que la grande attaque réduite à sa première période, se produit souvent par séries plus ou moins longues, simulant ainsi l'état de mal épileptique, dont elle diffère cependant par l'absence de troubles organiques sérieux et par le peu d'élévation de la température.

L'attaque de spasmes n'est qu'une grande attaque avortée et limitée à la période de l'aura : sensations douloureuses, palpitations, strangulation, dyspnée, éblouissemenls, siftloments dans les oreilles, etc. Cet état de souffrance est porté quelquefois à un degré effrayant.

Les attaques démoniaques, délirantes, de clownisme, d'attitudes passionnelles ne sont que des attaques partielles correspondant aux diverses périodes de la grande attaque.

Vattaque de léthargie est une crise de sommeil d'une durée plus ou moins longue, pouvant se prolonger des mois entiers. Elle s'accompagne de phénomènes variables ; tantôt les malades semblent en état de mort, le pouls et la respiration étant insensibles; tantôt ils présentent des troubles de la respiration et de la circulation, tantôt enfin, des contractures ou des phénomènes cataleptiformes.

Signalons enfin les attaques de catalepsie véritable et les attaques de somnambulisme sous lesquelles se présente quelquefois l'hystérie. Selon Richer, la catalepsie et le somnambulisme ne sont qu'une modification de la période .des attitudes passionnelles; ils peuvent cependant être 'compliqués de symptômes appartenant aux autres périodes de l'attaque complète.

Symptômes en dehors des attaques. — De nombreux symptômes révèlent Thystérie en dehors des attaques que nous venons de décrire.

Ce sont en premier lieu des troubles de la motilité ; vomissements, météorisme, borborygmes ; troubles vocaux, toux et asthme hystériques ; palpitations cardiaques ; spasmes des sphincters, vaginisme ; chorée rythmique, secousses, tremblements, contractures diverses ; paralysies, etc. Malgré l'intérêt de tous ces symptômes et leur importance, nous ne pourrions, sans sortir de notre domaine, en entreprendre une description même sommaire.

Les troubles de la sensibilité n'ont pas une importance moindre. Ils consistent en hyperesthésies et anesthésies.

L'hyperesthésie hystérique peut être plus ou moins intense, plus ou moins généralisée; atteindre la peau, les muqueuses, les organes (sein hystérique), les muscles (rachialgie), la tète (céphalalgie, clou hystérique), les viscères (gastralgie, tympanite douloureuse, ovarie), les nerfs (névralgies), les articulations (artliralgies). Les sens peuvent acquérir une finesse extraordinaire et parfois le fonctionnement en devient plus ou moins douloureux.

L'anesthésie se présente sous les formes les plus diverses. Nous empruntons au Professeur Pitres le tableau suivant qui nous dispensera de plus amples détails.

VARIÉTÉS DE l'ANESTHÉSIE CUTANÉE DES HYSTÉRIQUES (1).

1° Totale, C'est- [ a. complète : anesthésie propvomonl à -dire portant sur 1 dite.

toutes les peroep- \ h. incomplète : h;/poesfhe'sie. ! lions sensitives. (

w I I a. Perte des sensations douloureuses avec

>- i ' conservation des "sensations tactiles :

^f \ ! analgésie.

■'■^ I I b. Perte des sensations thermiques, avec

r: ' l conservation des. sensations tactiles et

{-. \ 2° Partielle, c'est- I douloureuses : thenno-anesthésie. ^ i à-dire portant sur ' c. Perte des sensations tactiles et doulour^ I certaines sensations reuses avec conservation des sensations

" f les autres étant con- i thermiques : anesthésie avec thermo-

f servées. j ésthésie.

"^ f (l. Perte isolée des sensations électriques :

' électro-anesthesie.

I e. Conservation isolée des sensations élec-

\ triques : anesthésie avec électro-

^ ésthésie.

Toutes ces formes d'anesthésie ne sont pas également fréquentes. L'anesthésie complète, Thypoesthésie et l'analgésie sont les plus communes.

Les muqueuses peuvent être le siège d'anesthésies analogues à celles de la peau.

Les anesthésies sensorielles peuvent atteindre tous les sens. On a cité des amaui^oses hystériques; l'amblyopie est beaucoup plus fréquente. La dyschromatopsie et Tachroinatopsie sont des phénomènes excessivement communs; la disparition des couleurs s'opère dans l'un des deux ordres suivants: violet, vert, bleu, jaune, rouge; violet, vert, rouge, jaune, bleu. Enfin le rétrécissement concentrique du champ visuel est d'une fréquence aussi grande.

La surdité hystérique peut être complète ou partielle; il on est de même pour l'abolition du goût et de l'odorat. .

Fait remarquable, tous ces troubles anesthésiques sont ignorés des malades, qui sont fort étonnés de les voir constater.

Enfin, notons la perte du sens musculaire, les anesthé-

[l) Pitres, Des anesthésies hystériques ; Bordeaux, 1887.

SYMPTOMES iG3

sies des tissus profonds, et celles des viscères. *Ghez les hystériques on peut, dit Pitres, frapper brutalement l'épigastre sans provoquer de sensation désagréable, et ce stigmate de l'hystérie a autant de valeur au point de vue du diagnostic que Tanesthésie du pharynx et de la conjonctive.

Lorsque nous aurons cité les troubles circulatoires j sécrétoires, et trophiques, nous aurons appelé l'attention sur la plupart des symptômes qui pourraient déceler l'hystérie au manigraphe en présence d'un cas de folie développé sous la dépendance de cette névrose. Parmi les troubles circulatoires et sécrétoires, les hémorragies par Pest'omac, les bronches, la peau, les muqueuses, la polyurie, l'ischurie, l'oligurie, sont les plus importants. Parmi les troubles de la nutrition, nous noterons tout particulièrement la fièvre hystérique, que nous avons rencontrée fréquemment chez les hystériques aliénées.

Enfin, avant de passer à l'étude des phénomènes psychopathiques, nous devons signaler les troubles de la parole et le mustisme hystérique, sorte d'aphasie motrice sans cécité ni surdité verbales, et sans agraphie,

B. Symptômes psychiques.

Les symptômes psychiques de l'hystérie peuvent être divisés en trois groupes: 1° ceux qui font en quelque sorte partie du tempérament hystérique; 2<' ceux qui accompagnent ou remplacent la grande attaque complète; 3° ceux qui appartiennent à la folie commune "et qui viennent en quelque sorte, soit se surajouter soit se substituer à la névrose. Nous les étudierons successivement,

1** Etat mental des hystériques.

Dès le jeune âge, les futures hystériques manifestent certaines dispositions qui annoncent une organisation psychique mal équilibrée. Elles sont facilement impressionnables ; rient, pleurent sous le moindre prétexte. Elles ont l'intelligence vive, alerte, ont de grandes facilités pour l'étude, les arts, et une propension naturelle à l'imitation. Elles sont menteuses, querelleuses, turbulentes,

jouent d'instinct la comédie, ont des alternatives d'excitation et de dépression ; s'émeuvent pour des riens et restent insensibles en présence des événements qui devraient les toucher le plus. Elles sont souvent hypocondriaques, et éprouvent des troubles nerveux multiples : hallucinations, cauchemars, céphalalgies, douleurs gastralgiques ou entéralgiques, spasmes viscéraux, palpitations, tendances aux syncopes, sensation d'oppression et de strangulation, quelquefois même véritables attaques convulsives.

A ces troubles positifs, elles en ajoutent souvent d'imaginaires dans le but de se rendre intéressantes: elles simulent des céphalalgies persistantes, des impotences fonctionnelles diverses, des troubles gastriques qui jettent les familles dans les transes et embarrassent considérablement parfois le médecin. D'autres s'engouent pour la religion et deviennent prématurément mystiques, fanatisées et ont des extases.

Chez les hystériques adultes, ces dispositions se développent avec une intensité variable. Ce qu'on remarque tout d'abord en elles, c'est l'instabilité du caractère. Elles passent sans transition, sans motif, de l'enjouement et des meilleures dispositions morales à la maussaderie, à la susceptibilité, à la colère. De douces et de bonnes qu'elles étaient, elles deviennent aigries, injustes, méchantes, faisant le mal pour le mal. Par suite de cette sorte d'ataxie de la sensibilité morale, tantôt elles se montrent insen- ,sibles aux plus grands malheurs, tantôt elles sont poussées aux é»lats du plus violent désespoir à propos de Tincident le plus futile. Privées de sens moral, elles poussent tout à l'extrême, elles sont excessives et capricieuses dans leurs passions, dans l'amour comme dans la haine, dans les plus nobles sentiments comme dans les plus vils instincts. Elles s'enflamment pour le bien comme elle*» s'enflamment pour le mal, pourvu qu'elles puissent se mettre en évidence et se faire remarquer. On en voit se placer à la tète de bonnes œuvres, s'agiter, se multiplier, panser d'une main délicate les plus cruelles blessures morales, consoler les deuils, relever les courages abattus. Mais par contre, elles sont capables des plus grandes aberrations morales et ne reculent même pas devant le

crime. Parmi les femmes qui composèrent les brigades de pétroleuses en 1871, un certain nombre, reconnues hystériques, avaient été recrutées primitivement comme ambulancières.

Vives, intelligentes, spirituelles, elles cherchent pardessus tout à plaire. En revanche, il faut qu'on s'occupe d'elles. Comédiennes consommées, elles adorent la pose et en abusent.

Elles ont au plus haut degré l'esprit d'opposition, de contradiction, de controverse. Il suffit qu'on soutienne une chose devant elles pour qu'elles en prennent immédiatement le contre-pied. Elles se plaisent à dire le contraire de ce qu'elles disaient la veille, et à afficher des opinions bizarres et subversives, simplement pour étonner et attirer l'attention : leur assurance n'a d'égale que leur absence de conviction.

Malgré la mobilité de leur esprit, elles font preuve à propos de certaines de leurs idées d'une persévérance et d'une ténacité extraordinaires. Ont-elles imaginé quelque fable manifestement inexacte, elles en maintiendront les termes avec la dernière énergie. Certaines idées fixes, véritable catalepsie de l'intelligence selon Esquirol, s'emparent d'elles et les poussent irrésistiblement à des attitudes injustifiées et bizarres. Telle se condamne à un mutisme absolu, convaincue que parler lui fait mal ; telle autre se soumet à un jeûne rigoureux pour s'éviter des douleurs gastriques; telle autre encore demeure au lit pendant des années, persuadée qu'elle est incapable de marcher. Si on cherche à lutter contre cette aberration mentale, on ne réussit qu'à la perpétuer, car, comme dit Lasègue, l'excès d'insistance amène l'excès de résistance, et d'ailleurs leur opiniâtreté ne prend pas son origine dans la puissance de leur volonté, mais dans la force de leur inertie (1).

Elles se recherchent entre elles, promptes à nouer des amitiés aussi soudaines qu'imprévues, à les dénouer de môme et à y faire succéder des aversions et des haines aussi peu justifiées.

(1) Hucliard, De l'eUiL mental des hijsle'ficptes. {Archires de ncui-o- Icxjie, 188^2.)

46t> HYSTÉRIE

Leur dépravation morale éclate surtout dans la vie privée. L'hystérie dans le ménage suit toujours à peu près la même évolution. A peine mariée depuis quelques semaines, l'hystérique se plaint d'être incomprise , et de n'avoir point trouvé celui sur lequel elle était appelée à verser les trésors d'amour dont déborde son âme. Il n'est bientôt rien qu'elle ne mette en œuvre dans la maison pour être désagréable à son mari. Cette perversion affective ne se révèle pas seulement à propos du mari, mais parfois à propos des enfants. Il y a des hystériques complètement privées de l'instinct maternel.

Le mensonge est un deleurfe travers les plus frappants, c'est en quelque sorte le critérium du caractère hystérique. On se surprend quelquefois, dit Charcot, à admirer la ruse, la sagacité ou la ténacité inouïe que les femmes qui sont sous le coup de la grande névrose mettent en œuvre pour tromper; elles mentent sans but, sans raison ; c'est, dans le mensonge, le culte de l'art pour l'art (1).

Comme le mensonge, la simulation est une particularité propre aux hystériques, sans leur appartenir exclusivement ; elle caractérise ce que Daily a appelé le délire malicieux, sorte de disposition mentale en vertu de laquelle elles s'efforcent de produire chez les autres une impression extraordinaire (2).

Une jeune fille, par exemple, annoncera sa mort pour tel jour, telle heure. A l'époque dite, elle fait la morte, et le délai de trois jours expiré, elle revient à elle enchantée des marques de désespoir qu'elle a recueillies de la part de sa famille.

Une autre très pieuse, continue un beau jour à aller à confesse et refuse absolument de communier, sous prétexte que c'est inutile au salut. Traitée par indifférence, cette hérésie ne tarde pas à être abandonnée.

Mais les simulations des hystériques ne sont pas toujours aussi inoffensives ; elles revêtent souvent la forme d'imputations graves et de dénonciations contre autrui.

C'est une hystérique qui dénonce faussement ses servantes

(1) Charrot, Leçons sur les mal. du système nerveux, t. I ; Paris, 1880.

(2) Daily, Annales, 1887.

comme voleuses. C'en est une autre qui accuse un jeune homme de s'être introduit dans sa chambre la nuit et de lui avoir fait violence. Une autre, qui est reconnue vierge à l'examen médical, accuse un prêtre de l'avoir violée dans les circonstances les plus dramatiques. Une autre tombe évanouie sur le seuil de sa porte, ses poignets sont liés, sa bouche bâillonnée, ses vêtements souillés de boue. Revenue à elle, elle raconte qu'elle a subi une tentative de viol, de la part déjeunes gens, qui, n'ayant pu réussir, lui avaient, pour se venger, lacéré et tailladé le visage, les bras et la poitrine. L'instruction n'ayant pas abouti, elle finit par avouer que l'aventure était imaginaire et qu'elle s'était fait elle-même les incisions qu'on avait constatées sur son corps (1).

Une jeune fille disait avoir été l'objet d'une attaque en wagon, et présentait une toute petite plaie au-dessous de la mamelle gauche. On finit par découvrir que le couteau de l'assassin avait été acheté un mois auparavant, par la prétendue victime elle-même.

La vie entière de certaines hystériques n'est qu'un tissu de fourberies et de simulation ; aux faits exposés précédemment, nous devons ajouter les lettres anonymes destinées à semer la discorde, à ourdir des intrigues compliquées ; la simulation de maladies, de tentatives de suicide, etc. Certaines hystériques mêmes s'accusent de crimes imaginaires, avec des détails assez précis pour égarer la justice.

On trouve, dans les écrits des hystériques, les preuves les plus évidentes de leur profonde dépravation morale : ce sont des protestations de sympathie hyperboliques; des aveux incessants au sujet de leur indignité, de leurs vices, et même de leurs crimes parfois imaginaires; un mysticisme brûlant, des épanchements relatifs à leur tristesse, à leur dégoût de la vie, à leur désir de la mort ; sentiments qui au fond leur sont absolument étrangers. A les lire, on est tenté de les plaindre, on les prend en pitié, on ne peut s'empêcher de leur témoigner de la sympathie; c'est ce qu'elles désirent et leur but est atteint. Elles savent donner un tel air de vraisemblance à

(1) Legvand du SauUe, les Hijstéviques : Pcii'is. 1883.

468 lÏYSTÉRIE

leurs mystifications et à leurs tromperies qu'elles imposent à certaines gens une conviction telle qu'elle résiste parlois à Tevidence.

Un autre symptôme de perversion morale qui souvent relève du domaine pathologique, ce sont les fugues auxquelles se livrent certaines hystériques et pendant lesquelles elles s'abandonnent sans réserve, et presque inconsciemment à leurs mauvais instincts. « Ces fugues demi-conscientes et à la recherche d'aventures, inspirées par l'exaltation, la colère, la jalousie, le désespoir ou la haine, sont tentées quelquefois méchamment, dans le but de faire de la peine, de causer une grande inquiétude, de faire croire à un suicide, d'accréditer la présomption de brutalités delà part du mari ; ou de donner une leçon à ceux dont on a cru avoir à se plaindre (1). »

La plupart sont indifférentes à leurs maux physiques et supportent avec une quiétude singulière les désordres nerveux auxquels elles sont sujettes.

Contrairement à l'opinion vulgaire, les hystériques ne sont pas nécessairement salaces et portées à la lubricité. On confond avec l'appétit sexuel exagéré auquel elles sont très souvent complètement étrangères, une dépravalion du sens moral les poussant à rechercher les occasions d'exercer leur pouvoir de séduction et leur goût des aventures romanesques et galantes. C'est toujours cet éternel besoin de se faire remarquer qui conduit l'hystérique aux situations scabreuses, aux actes incorrects, aux conversations épicées et cyniques dans lesquelles elle compromet à la fois sa dignité de femme et l'honneur domestique.

Quelques-unes, cependant, manifestent dans leur langage et dans leurs actes une réelle excitation génésique. On en voit alors simuler une rétention d'urine pour se taire sonder tous les jours pendant des semaines entières, ou prétexter une affection de l'utérus pour se faire examiner au spéculum, éprouvant un singulier plaisir dans le renouvellement de ces pratiques.

iS'ous n'insisterons pas sur l'impressionnabilité spéciale bien connue des hystériques, en vertu de laquelle un

(1) Legraud du Saullo. Aw Hifslcriijiu-s: l'aris, l88:j.

chue moral violent peut indifteremmeiit clétcii'minei' ch(^z elles les accidents somatiques les plus graves de Thystérie, ou les faire disparaître d'une façon subite et imprévue, on pourrait dire miraculeuse, en faisant allusion à la façon dont le vulgaire interprète les faits de cette nature.

2o Délire de Valtaque hyslérique.

I/attaque hystérique complète, telle que la décrit le professeur Gharcot et ses élèves, est accompagnée et suivie de délire dont il importe d'autant plus de connaître les caractères que chacune de ses variétés peut, à elle seule, représenter l'attaque tout entière. Nous allons l'étudier dans les deuxième, troisième et quatrième périodes.

Délire de la deuxième période. — « Supposez, dit V. Richer (1), une seconde période dans laquelle tous les phénomènes les plus étranges, qui constituent ce que nous avons appelé le clownisme, se multiplient comme à plaisir. Joignez-y la fureur, les cris, la rage, les mouvements désordonnés que j'ai décrits également parmi les signes de cette môme seconde période. Prenez en outre tout ce qui, dans les autres périodes de l'attaque, présente un dehors plus ou moins extraordinaire, ou est marqué par la prédominance de l'élément douloureux, comme les contractures généralisées de la fin, ou quelques hallucinations horribles de la troisième période. Et vous aurez ainsi constitué une variété de l'attaque bien faite pour inspirer suivant les temps, la crainte, l'horreur ou la commisération. » Pendant cette crise de fureur, de contorsions, (Talliludes illogiques selon l'expression classique, la connaissance est au moins partiellement conservée.

Délire de la troisième période. — Pendant la troisième période ou période des attitudes passionnelles, l'hystérique est en proie à un délire hallucinatoire plus ou moins intense. Elle est transportée dans un monde imaginaire, assiste à des scènes où elle joue le principal rôle, et les sentiments dont elle est animée se traduisent par ses attitudes

(Ij I'. Richer, loc. cit.

CuLLEUUE. Maladie» ineiitalt'is. 27

470 UYSTÉRIE

et les jeux de sa physionomie. Sa mimique expressive et les paroles qu'elle laisse échapper permettent de suivre toutes les péripéties du drame auquel elle prend part.

Pendant cette période, la malade est complètement insensible à toute excitation extérieure; les excitations cutanées, Tocclusion des yeux, les odeurs irritantes, les bruits violents sont impuissants à troubler son délire. Une fois éveillée, elle conserve le souvenir de tout ce qui s'est passé.

Le sujet de ce délire sensoriel est puisé dans le passé des malades et choisi parmi les incidents heureux, et surtout malheureux qui ont frappé le plus vivement leur imagination et qui ont contribué au développement de la maladie. Ce délire se compose en général de deux phases qui se succèdent ou s'entremêlent sans interruption : celle des hallucinations gaies et celle des hallucinations tristes. « Dans une môme attaque, le tableau gai fait place au tableau triste ou inversement, avec la rapidité des images qui passent sous les verres d'une lanterne magique. Souvent une scène est à peine commencée qu'elle est brusquement interrompue par une autre. Il y a là comme la taquinerie d'un malin génie que les malades ne peuvent éviter. Elles s'en plaignent souvent amèrement, disant que le côté gai d'une attaque est toujours troublé par des visions terribles et qu'en somme, il y a plus de malheur que de bonheur (1). »

Une fille devenue hystérique à la suite d'un viol dont elle a été victime repasse, par exemple, dans son délire la scène du viol que l'on peut suivre aux cris de terreur, aux prières, aux supplications qui se succèdent dans sa bouche, entremêlées de menaces, d'injures et de gestes de fureur. A cette phase succédera une scène d'amour ou de plaisir qui se traduira par des jeux de scène appropriés et ainsi de suite.

Dans la phase triste, beaucoup de malades ont des hallucinations terrifiantes de la vue, de la zoopsie; elles voient des rats, des lions, des serpents, des hommes nus, des cadavres, des incendies, des enterrements, des scènes de meurtre, etc.

(i) Uichoi", lue. cil.

Lorsque "ce délire sensoriel constitue toute l'attaque hystérique, il revêt souvent la forme de Vextase religieuse. Les sens sont abolis, la sensibilité éteinte ; le visage reste ordinairement coloré, le pouls toujours perceptible, mais très accéléré. La respiration est normale ou ralentie. La peau conserve habituellement sa chaleur ; parfois les extrémités se refroidissent.

Les malades prennent l'attitude de la prière ou celle des illuminés, la tête rejetée en arrière, le regard dirigé vers le ciel, la physionomie exprimant une béatitude idéale. Tantôt elles sont immobiles, le corps frappé de rigidité, comme endormies ; tantôt elles cherchent à reproduire l'attitude qui les a frappées dans la représentation des saints, celle du Christ sur la croix, celles qui composent les diverses scènes de la Passion. Les unes récitent des prières; d'autres psalmodient des cantiques, des chants pieux. Revenues à elles, elles déclarent avoir visité le Paradis, vu Dieu, la Vierge, les anges, et décrivent avec enthousiasme les visions délicieuses ou splendides qui ont ébloui leurs regards.

Délire delà quatrième période. — Le délire de la quatrième période est un délire de mémoire, de nature principalement mélancolique. 11 porte sur l'existence passée des malades, roule sur leurs impressions quotidiennes, leurs préoccupations, leurs sentiments les plus intimes. Elles pensent tout haut en quelque sorte, et révèlent involontairement leurs plus secrètes pensées. Sans être complètement revenues à elles-mêmes , elles sont insensibles aux influences du dehors; elles voient et entendent, sans toutefois attribuer aux bruits leur véritable signification et sans reconnaître les personnes présentes qu'elles prennent pour quelqu'un des personnages qui figurent dans leur délire.

Elles pleurent, se plaignent de la destinée, racontent tous les incidents marquants de leur existence, l'enfance heureuse, les fautes commises, les malheurs immérités, la dureté ou l'injustice des parents ; leurs amours, leurs haines, leurs chagrins; le tout entrecoupé d'exclamations, de formules de désespoir, de rires bruyants. Elles s'arrêtent au moindre bruit qu'elles interprètent dans le sens

i/J HYSTERIE'

(le leur délire ; conversent avec des personnages invisibles, se taisent dans une attitude pensive, et quelque- Ibis finissent par se renfermer dans nn mutisme obstiné.

Ce délire est mêlé d'hallucinations ; les malades entendent des voix, croient qu'on les appelle et veulent courir. Le plus souvent les hallucinations prennent un caractère terrifiant et zoopsique : ce sont des chiens dévorants, des bêtes noires, des rats, des vipères plein leur lit, des corbeaux, des crapauds, etc.

Dans certains cas, les conceptions délirantes sont incohérentes, n'ont aucune liaison entre elles, et le délire prend des caractères maniaques : ce sont des cris, des chants, des grossièretés, une véritable logorrhée d'injures adressées à des êtres imaginaires, des vociférations furieuses , des propos erotiques , religieux ou démoniaques.

Ce délire qui termine l'attaque hystérique peut durer quelques instants seulement ou se prolonger pendant des heures et des journées entières. 11 se complique parfois d'accidents somatiques tels que : phénomènes épileptoïdes, sensation de strangulation, grands mouvements et contorsions comme on en observe dans la deuxième période, et enfin surtout contractures partielles ou généralisées.

Les délires de la troisième et quatrième période ne sont pas toujours très distincts l'un de l'autre et se fondent souvent en un tout indivisible.

Dans certains cas, l'attaque délirante se termine par un flux abondant d'urine claire, par une sécrétion profuse de mucus vaginal ou par une salivation passagère.

Attaques de délire indépendantes des attaques convulsives. — Les accès de délire peuvent se montrer indépendamment des attaques convulsives, soit chez une malade (pii en a eu à une époque plus ou moins reculée, soit ciiez un sujet (jui n'en a jamais eu. Ce délire revêt en général la forme maniaque ; les malades se démènent d'une façon furieuse, ont un langage cynique, interpellent grossii'rement ceux qui s'approchent d'elles, vomissent toutes sortes d'imprécations et de propos d'une crudité révoltante. Les antécédents hystériques des sujets, les caractères de ce délire, sa guérison instantanée, ses réci-

SYMPTOMES Alll

dives fréquentes, suftisent pour le rattacher à sa véritable origine.

Dans d'antres cas, c'est plutôt de l'exaltation maniaque qu'un véritable accès de manie ; une sorte d'expansion bruyante, des fusées de rire, des mots drôles, des saillies, sans véritable incohérence. C'est au point de vue physique aussi bien que psychique une sorte d'ébriété légère, avec accélération du pouls, chaleur à la tête, exaltation du pouvoir musculaire et de l'intelligence.

Résumé des caractères du délire hystérique. — Ainsi qu'on peut en juger par les développements qui précèdent, les diverses formes du délire de l'attaque hystérique présentent une analogie frappante avec les délires toxiques. Tantôt on y voit prédominer les hallucinations pénibles et la zoopsie de l'alcoolisme ; tantôt ce sont les visions enchanteresses que procure l'usage de l'opium ou du haschish, suivies des hallucinations les plus effrayantes ; tantôt ce sont les agitations bruyantes et loquaces de l'ivresse chloroformique. Comme les troubles intellectuels causés par ces poisons, le délire hystérique tient du rêve et se rapproche tellement du somnambulisme que quand il ne s'accompagne pas de conscience et n'est pas suivi de souvenir, il se confond totalement avec lui.

Nous devons ajouter que bien que dans Timmense majorité des cas on le rencontre chez des femmes, il ne leur est pas absolument spécial, et qu'on l'a observé chez des hommes atteints de la grande névrose (1).

Folie hystérique épidémique . — L'hystérie est une affection qui se propage avec une extrême facilité. Il suffit d'une hystérique ayant des attaques dans une salle d'hôpital pour que le même mal se développe immédiatement chez plusieurs de ses compagnes. De tout temps, la réunion sur un même point, pension, couvent, village, de personnes impressionnables et influencées par les mêmes excitations, les mêmes pratiques susceptibles d'engendrer cliez quelque sujet prédisposé de profondes perturbations nerveuses, a provoqué l'apparition de véritables épidé-

(1) P. Riclier; loc. cit.

mies hystériques, par la communication des troubles de la personne malade aux personnes saines.

C'est surtout dans les siècles passés que les superstitions et les pratiques religieuses inconsidérées ont engendré de ces épidémies. Galmeil et P. Richer (1) en ont donné une histoire qui permet d'en apprécier scientifiquement la nature. Ces troubles nerveux se composaient d'accidents convulsifs, d'hallucinations, d'idées délirantes relatives à la possession diabolique ; le tout relevant de la grande attaque hystérique complète. Dans l'intervalle des crises, les malades conservaient souvent un état mental modifié par la grande névrose : inaptitude au travail, tendance aux extravagances, impulsions irrésistibles, etc.

Ces épidémies ont revêtu des formes diverses dont nous ne dirons que quelques mots.

Les cfiorées épidémiqnes du moyen âge (danse de Saint- Jean, danse de Saint-Guy, 1374) consistaient en grands mouvements analogues à ceux de la deuxième période de la grande attaque. Tout en dansant en commun pendant un temps indéfini et en se livrant à d'horribles contorsions, les malades avaient des hallucinations terrifiantes ou des apparitions religieuses ; ils voyaient la Vierge, le Sauveur sur son trône. Pendant les accès, les malheureux danseurs se livraient à des violences envers eux-mêmes ou envers les autres ; se disant possédés, ils vomissaient des imprécations contre les prêtres et voulaient les mettre à mort.

Le tarentisme qui sévit en Italie à la même époque, était une épidémie de même nature. Certains des individus atteints de cette affection éprouvaient des altérations de la vue et de l'ouïe, perdaient l'usage de la parole, et restaient insensibles aux moyens d'excitation ordinaires. « La flûte et la guitare pouvaient leur procurer du soulagement ; alors, comme réveillés peu à peu d'un sommeil magique, ils ouvraient les yeux, se mouvaient d'abord lentement et en mesure, puis celle-ci devenant plus rapide, ils étaient entraînés aune danse passionnée. »

(1) Caliiif'il, J)c la Folie considérée soits le point de vue pal/iolof/if/i/c. p/iHosophif/ue. historir/uc et judiciaire. 'î vol. 184.^; I'. Iticlicr, lue. cit.

Dans la période comprise entre i'6-60 et loGO, on vit éclater en une foule d'endroits en Allemagne, des épidémies démoniaques. La maladie débutait par des hallucinations, la vue d'animaux fantastiques, des troubles de la sensibilité générale, qui se compliquaient ensuite d'attaques convulsives d'un caractère formidable. Cette possession des nonnains s'étendait avec une rapidité foudroyante à tout le couvent, quand une religieuse avait commencé à éprouver les premiers phénomènes hystériques.

L'épidémie des Ursulines de Loudun (1632) commença également par des hallucinations bientôt suivies d'idées de possession et de convulsions hystériques. Les religieuses, dans leurs grands mouvements clowniques, tantôt sur le dos, en arc de cercle, la tête et les talons se touchant, tantôt sur le ventre, les pieds contre l'occiput, défiaient le prêtre qui les poursuivait le Saint-Sacrement à la main. En même temps, elles poussaient des hurlements sauvages. Chez toutes, les exorcismes redoublaient les convulsions et provoquaient de la catalepsie et des accès de somnambulisme.

L'épidémie des filles de Sainte Ursule, à Aix (1609) présenta des particularités analogues. Dans les récits qui nous sont restés des étranges scènes démoniaques auxquelles se livraient ces religieuses, on retrouve les hallucinations, les mouvements impulsifs, l'horreur pour la confession, les tendances au suicide, les accès de fureur et de désespoir, les convulsions.

Toutes ces filles possédées avaient, en outre, des hallucinations génésiques intenses et croyaient cohabiter avec le démon.

De 1731 à 1732, le tombeau du diacre Paris, dans le cimetière de Saint-Médard, vit se développer une épidémie hystérique des plus intenses parmi les gens qui venaient réclamer de sa sainteté des guérisons miraculeuses. Au début, il suffisait de toucher la pierre du tombeau pour être guéri; mais bientôt apparurent des manifestations convulsives, des hallucinations, des scènes d'extase, de catalepsie, auxquelles vinrent se joindre les prédictions, les discours, les prières, les exhortations pathétiques, la prétention de faire des miracles et de parler des langues

HYSTKRIb:

inconnues. Pour prouver leur invulnérabilité, les femmes se soumettaient aux plus douloureuses pratiques : elles se heurtaient la tète contre les murs, se faisaient écartelerpardes hommes vigoureux, se faisaient fouler aux pieds par vingt personnes à la fois, réunies sur une même planche ; d'autres se faisaient frapper avec des pierres, des chenets en fonte, des bûches et semblaient retirer de ces pratiques un soulagement réel et de vraies jouissances.

Bien que plus rares qu'autrefois, ces épidémies se manifestent encore quelquefois, et nous avons vu de nos jours des choréiques, des possédés et des convulsionnaires.

En 18G1, le village de Morzines (Haute-Savoie) fut le siège d'une épidémie d"hystéro-démonopathie. En huit mois, vingt-sept personnes furent atteintes, puis la maladie subit une extension rapide. Traitée parles exorcismes et les cérémonies religieuses, on vit dans Téglise un atfreux bouleversement se produire, des convulsions éclater sur tous les points, accompagnées de jurements, dinvectives et d'imprécations de toute sorte. Tous les symptômes observés relevaient de Thystérie. L'intervention de l'autorité et de la force armée fut seule capable de mettre un terme à cette épidémie.

Tout récemment à Plédran, aux environs de Saint- Brieuc (1881), éclata une petite épidémie hystéro-démonopathique. Le même fait s'est produit la même année à Jaca, en Espagne, où il prit des proportions plus étendues et revêtit à la fois la forme choréique, démonopathique et convulsive.

30 Folie hystérique.

Cette déséquilibration plus ou moins grave des facultés intellectuelles et morales, qui est comme la caractéristique du tempérament hystérique, aboutit souvent à la folie véritable.

Cette folie s'accompague ordinairement de quelquesuns (les stigmates de la grande névrose : anesthésies, hyperesthésies, zones et points hystérogènes, grandes ou petites attaques, etc. Ces symptômes, cependant, n'en sont

pas raccompagnement obligé, et les désordres intellectuels peuvent en quelque sorte constituer à eux seuls toute l'hystérie. Dans ce cas, l'affection primitive semble s'être transformée et le médecin n'a devant lui qu'une aliénée ordinaire, s'il s'en tient aux apparences symptomatologiques, et s'il ne sait sous ces apparences découvrir les origines premières de la maladie (Ij.Et même, selon Morel, la folie hystérique a d'autant plus de chances de s'établir que les autres symptômes propres à la maladie sont moins saillants (2).

La forme qu'affecte la folie hystérique est variable non seulement d'un sujet à un autre, mais encore chez un même individu. Rien n'est plus mobile que l'appareil symptomatique qu'elle revêt d'un moment à l'autre. On peut cependant en distinguer plusieurs variétés.

Forme maniaque. — La plus fréquente est la forme maniaque, qui est caractérisée surtout par un besoin incessant d'activité et de mouvement, une véritable incoordination motrice qui pousse les malades aux actes les plus extravagants, les plus déraisonnables, et parfois les plus nuisibles. Notons les tendances irrésistibles à frapper, à détruire, à déchirer, à mordre, à injurier, à quereller; le besoin irrésistible d'étreindre les objets que les malades trouvent à leurportée ; les impulsions subites naissant au milieu de la santé apparente la plus parfaite. Morel cite une hystérique qui dînant, avec ses parents, les quitte subitement et qu'on retrouve dans un bois voisin désha-r billée, couronnée de fleurs, et occupée à accumuler des pierres pour en faire un autel destiné à célébrer son mariage ; une autre, qui, au milieu d'une fête, quitte le bras de son père et va se plonger dans la fange; une troisième qui, de temps en temps, est obligée, pour calmer ses nerfs, de casser des carreaux ou de la vaisselle ; une autre qui, passant derrière son frère, lui verse sans la moindre émotion un vase d'eau bouillante dans le cou, etc. Ces exemples sont éminemment propres à donner une idée de la folie des actes chez les hystériques.

(1) Morcau (do Tours), Traité pratique de la folie névropathique {riiJgo /iyste'riqiieJ:Pavis, 1869.

(2; Morel. Traité des maladies mentales : Paris. i8G(>.

Le délire des paroles peut être moins accentué que celui des actes, et le plus souvent il n'y a pas à proprement parler d'incohérence, mais simplement une grande mobilité des idées.

Les malades ont au moins partiellement conscience de ïeur état, mais sont impuissantes à se maîtriser. A un degré moindre, on voit encore des hystériques, dit Marcé, qui sans être complètement aliénées, éprouvent un besoin irrésistible de parler, de faire de grands éclats de voix^ de tout bouleverser autour d'elles, de briser les objets qui leur tombent sous la main, tout en se rendant parfaitement compte que leur conduite est absurde et déplorable : elles sentent en elles quelque chose qui les pousse et qui est plus fort que leur volonté.

L'érotisme est commun chez ces malades ; on en voit se prendre de passion pour les personnes qui les approchent, ou même le premier venu. Le son de la voix, le bruit des pas d'un homme les jettent dans une extrême agitation ; elles ont l'œil humide et noyé, les allures provocantes, ne parlent que mariage, s'imagment être enceintes, et présentent le singulier spectacle d'une passion violente, et pourtant contenue (Marcé).

La marche de ces accès maniaques n'offre rien de particulier, elle est fortement influencée par le retour de la période menstruelle, qui est le signal d'une recrudescence de l'agitation et des excentricités. Elles est ou franchement intermittente ou simplement rémittente; ou bien elle alterne avec des phénomènes d'une autre nature. Dans certains cas, l'accès guérit d'une façon qui paraît définitive, ou est remplacé par d'autres accidents hystériques.

Forme mélancolique. — La forme mélancolique, beaucoup plus rare que la précédente, présente les mêmes contours incertains et vagues. Chez certaines malades on remarque une sorte de stupeur ou d'obtusion intellectuelle accompagnée de larmes, de plaintes, sans conceptions délirantes bien définies. D'autres sont en proie à des scrupules, s'accusent de crimes qu'elles n'ont pas commis, manifestent une propension irrésistible au suicide. Les auteurs appellent tout particulièrement l'attention sur les caractères de cette tendance chez les hvsté-

riques. Tandis que dans los formes ordinaires de folie les idées de suicide sont déduites logiquement du délire; que l'aliéné veut, par la mort volontaire, se soustraire à un mallieur ou à un danger imaginaire, dans l'hystérie, elles apparaissent tout à coup sans motif. C'est une secousse, une impulsion automatique, non motivée. Habituellement, du reste, les tentatives de ce genre auxquelles se livrent les hystériques ne sont pas sérieuses et ne sont pas destinées à aboutir. On retrouve ordinairement dans les préparatifs que font les malades, une certaine mise en scène qui résulte de ce besoin de se faire remarquer dont nous avons déjà eu occasion de parler. Parfois, cependant, l'impulsion au suicide fait explosion avec une soudaineté effrayante et l'on voit certaines malades faire des tentatives de suicide instantanées à l'occasion d'une contrariété insignifiante.

Des hallucinations et des illusions pénibles accompagnent parfois la mélancolie hystérique. N..., citée par Moreau(de Tours), présentant divers stigmates hystériques, est poursuivie par des voix qui lui disent : « Coupe-toi le cou ; va te jeter à l'eau, tu es un monstre; c'est toi qui es l'auteur de tout le mal qui se fait sur la terre. » Elle voit des morts, elle leur parle ; des hommes ressemblant à des diables s'approchent de son lit. Jésus-Christ lui-même a daigné la visiter ; elle veut mettre le feu à la maison, cherche à s'emparer d'un couteau pour se tuer ; ses voix le lui disent ; elles lui disent aussi de se brûleries pieds, de se jeter sous. les roues des voitures, etc. Marcé, sur neuf hystériques hallucinées, en a trouvé six, jeunes ou vieilles, qui se croyaient entourées d'hommes qui voulaient cohabiter avec elles et les provoquaient. Une autre se croyait suivie en tous lieux par un avocat qui voulait se marier avec elle.

Certaines hystériques d'ailleurs, en dehors de tout délire, éprouvent des hallucinations isolées de nature pénible ou terrifiante, dont elles ont pleine conscience et qui les jettent dans un malaise des plus pénibles.

La mélancolie hypocondriaque est rare, chez les hystériques. Nous avons vu, en effet, qu'elles supportent ordinairement avec la plus grande indifférence les troubles les plus graves de la névrose. On l'observe cependant quel-

quefois ; elle consiste en im délire intense qui pousse les malades à se plaindre des souffrances les plus extraordinaires, et leur fait rechercher des médications sans cesse nouvelles. Cette forme n'a rien de spécial à Fhystérie, si ce n'est qu'elle se complique habituellement de troubles de la sensibilité et de la motilité particuliers à cette névrose.

Délire de persécution. — Le délire de persécution se rencontre aussi chez les hystériques, mais il est éphémère, mobile, et se rettache plutôt, par les phénomènes dépressifs qui l'accompagnent souvent, à la mélancolie qu'au délire systématisé progressif. Les malades ont des liallucinations des divers sens, manifestent des idées d'empoisonnement, se croient victimes de complots et de persécutions imaginaires, mais n'attachent pas à ces idées la même importance ([ue les véritables délirants systématiques et les abandonnent pour d'autres conceptions délirantes à la première occasion.

Folie avec conscience. — On a pu être frappé, dans tout ce qui précède, des analogies qu'il y a entre la folie des hystériques et celle des héréditaires : En fait, les deux se confondent dans un bon nombre de cas, soit que la diathèse hystérique modifie d'une manière permanente les fonctions psycho-cérébrales, et leur imprime un caractère pathologique analogue à celui que leur imprime l'iiérédité elle-même ; soit que les hystéri(|ues soient prédisposées, par leurs antécédents héréditaires, aux troubles du moral et de Fintelligence. «N'étant ni raisonnable ni folle, dit Legrand du SauUe, l'hystérique appartient d'ordinaire à une famille de névropathes, de convulsifs, d'apoplectiques, d'aliénés ou de suicidés. Surnuméraire permanente de l'aliénation, elle reste sur la frontière de la raison et de la folie, suscite sur son propre compte les oj)inions les plus divergentes, mais peut difficilement se faire prendre au sérieux. Incorrect rejeton d'une famille à tares pathologiques, elle représente h sa façon un passé en voie de transformation (1). »

\ussi retrou ve-t-on chez les hystéri(jues les diverses

(I) Iet;ruii(l du Saullo. loc. cit.

modalités psychopathiqnes que nous avons décrites comme appartenant à la folie héréditaire. On constate fréquemment chez elles les divers syndromes de la f(die avec conscience, les obsessions mentales, le délire du toucher, la maladie du doute, les scrupules, les idées fixes ; les impulsions à commettre des actes extravagants ou ridicules, avec état anxieux et soulagement consécutif ; la coprolalie, ou besoin irrésistible de prononcer des mots orduriers et des blasphèmes ; la dipsomanie, la kleptomanie, la pyromanie, etc.

Folie morale. — Enfin, la folie hystérique n'est souvent rien autre chose que ce que nous avons désigné sous le nom de Folie morale. La vie de certaines de ces malades n'est qu'un tissu d'excentricités, de perversions, d'actions mafaisantes ou même criminelles. On en voit pendant de longues années mystifierles magistrats et l'autorité, tromper les médecins et les induire en erreur, se lancer dans les aventures les plus inattendues, traverser les péripéties les plus extraordinaires, faire naître les épisodes dramatiques, multiplier et varier les simulations avec une habileté diabolique.

Parmi les actes répréhensibles qui les conduisent parfois devant les ti'ibunaux, on relève la simulation d'attentats accomplis sur leur personne, des dift'amations, des accusations fausses contre le mari, les serviteurs, les médecins, les prêtres. Des dénonciations anonymes, des escroqueries, des attentats aux mœurs, des faits de la plus ignoble immoralité, des vols, des incendies, des empoisonnements multiples, des infanticides, des rapts d'enfants, etc.

Parmi les vols opérés par les hystériques, tous ne sont pas d'origine kleptomaniaque, c'est-cà-dire le résultat d'une obsession pleinement consciente, mais irrésistible, lien est qui résultent d'un mouvement purement instinctif, à peine conscient, et même tout à fait inconscient, ainsi que l'ont établi Lasègue, Legrand du Saulle, A. Voisin (1). Ce dernier a vu des hystériques possédées de la manie de voler tout ce qui était à leur portée, et qui ne s'en souve-

(1) Lasègue, Etudes médicales, 1884; Legrand du Saulle. les Hyste'ri(/i/es: Paris, 1883: A. Voisin, Leçons sui' les maladies mentales: Paris, 1883. "

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naient pas. Legrand du Saiille, à propos des voleuses dans les magasins et aux étalages, dit qu'on a souvent affaire à des jeunes filles ou femmes hystériques avec ou sans attaques convulsives, mobiles, fantasques, coquettes, étranges, mal pondérées. Elles volent en général de menus objets répondante leurs instincts de coquetterie; et fait digne de remarque, ces vols sont commis le jour ou la veille de l'apparition des règles, évidemment sous l'influence d'un état menta spécial, se ressentant de l'ébranlement physiologique concomitant.

Démence. — La démence n'est pas la terminaison habituelle de l'hystérie ni de la folie hystérique. Il y a sous ce rapport une différence capitale entre l'hystérie et l'épilepsie. Pourtant, lorsque l'hystérie persiste avec ses divers caractères jusqu'à un âge avancé, l'intelligence peut s'en ressentir et s'atfaiblir progressivement. Les jeunes sujets fortement prédisposés et atteints prématurément de folie aiguë concurremment avec l'hystérie font cependant quelquefois exception à la règle et peuvent tomber au bout de quelques temps dans une démence totale simulant l'idiotie.

I 4. — Diagnostic et pronostic

Nous ne nous occuperons pas du diagnostic général de l'hystérie et de ses diverses manifestations, cette étude relevant surtout de la pathologie commune; nous insisterons seulement sur le diagnostic de la folie hystérique, qui rentre exclusivement dans le cadre de ce travail.

La folie hystérique ne possédant par elle-même aucun caractère pathognomonique, ce sont en premier lieu les symptômes propres de l'hystérie qui mettent sur la voie du di.ignostic. Aussi devra-t-on recherclier avec soin les stigmates de la névrose, les anesthésics, le rétrécissement du champ visuel, l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle, les zones hystérogènes. Puis viennent les attaques convulsives, dont les malades ont autrefois souffert, ou dont elles souffrent encore d'une façon intercurrente, les grandes attaques classiques, les crises vaporeuses, les tremblements clioréiformes, etc.

Il faut encore tenir le plus grand compte de ce qu'on pourrait appeler les stigmates psychiques, en se reportant à la description que nous avons donnée de l'état mental des hystériques. La folie hystérique n'est souvent que l'exagération morbide de cette manière d'être intellectuelle et morale que l'on a constatée chez presque tous les sujets atteints de cette névrose et que Moreau (de Tours) résume de la façon suivante :

« Sensibilité morale exquise, très vive impressionnabilité, passions ardentes; parfois, mais pas plus souvent que dans les autres espèces de vésanies, développem^ent des sentiments erotiques; c'est dans la partie affective de l'être moral que s'observent les plus grandes perturbations : l'entraînement, l'irrésistibilité des penchants, la perversion, l'anéantissement des désirs et de la volonté, la brusque spontanéité des idées morbides, les impulsions au suicide, au meurtre, etc. La partie intellectuelle proprement dite est la plus souvent épargnée ou du moins bien peu entamée par la maladie. L'intelligence qui, d'ordinaire, s'est développée de très bonne heure, est restée active, remuante, se concentrant, de préférence, sur des objets futiles. La très grande majorité des malades ont conscience de leur délire, non pas seulement au début, mais dans tout le cours de la maladie. Quelques-unes n'ont qu'une idée confuse de ce qu'elles éprouvent, une sorte de demi-conscience de leur mal; chez d'autres enfin, la lucidité est intermittente (1). »

Le même auteur fait encore finement remarquer que la folie hystérique revêt, dans quelques-unes de ses formes, des caractères qui en font la folie fantastique par excellence, une espèce de folie théâtrale, celle qui s'éloigne le moins de l'état de raison et dont l'imagination des auteurs dramatiques aime à reproduire les traits.

La folie hystérique a encore pour caractères d'éclater d'une façon imprévue et d'affecter la forme intermittente ou rémittente. Dans cette dernière, la rémission peut être quotidienne et se produit surtout dans la seconde moitié de la journée. Cette sorte de relâche dans les troubles

(1) Moreau (de Tours\ Traité pratique de la folie ne'vropatliique;

AHi HYSTÉRIE

psychiques survient progressivement et disparait dans le courant de la nuit pour laisser le champ libre au retour de la maladie.

La cessation momentanée ou durable de la folie hystérique, dit encore Moreau (de Tours), s'effectue généralement d'une manière très rapide ou même instantanée. C'est une sorte de réveil.

La pronostic de la folie hystérique est favorable; la guérison est la terminaison la plus commune, mais les récidives sont toujours à craindre, tout au moins doit-on redouter la réapparition sous une autre forme de la névrose si tenace dont elle n'est qu'une manifestation, t'omme nous l'avons déjà dit, la démence précoce survient quelquefois chez les jeunes sujets, mais cette issue est exceptionnelle et est plutôt attribuable à la dégénérescence concomitante qu'à l'hystérie elle-même.

I 5. — Thaitement

Les manifestations symptomatiques de l'hystérie , quand elles sont trop intenses, peuvent réclamer une intervention thérapeutique particulière. Contre les convulsions graves et prolongées, on a conseillé les inhalations de chloroforme (Briquet) ; de nitrite d'amyle (Bourneville) ; le bromure d'éthyle. Dans les manifestations douloureuses, crampes, contractures, céphalalgies, névralgies, le chloral procure un soulagement immédiat très apprécié des malades; l'antipyrine est aussi indiquée et a donné de bons résultats. Mais quand aucune indication bien nette n'impose l'intervention, il est préférable de se borner à surveiller la crise, et à prendre les précautions hygiéniques qu'elle comporte.

L'état d'érétliisme nerveux qui existe dans l'intervalle des grandes attaques nécessite parfois l'emploi des antispasmodiques. Le rôle de ces agents est de faire disparaître les nombreux symptômes qui masquent le fonds delà maladie et en empêchent le traitement rationnel. Parmi eux réther est le plus employé et en général le plus efficace, mais chez certains malades, cependant, il est mal supjioi'té et augmente les troubles spasmodiques qu'il s'agit de combattre.

TRAITEMENT -iSo

Dans la folie hystérique, un trailement par les opiacés ou les préparations belladonnées donne parfois de bons résultats. Il faut tenir compte, à propos de ces médicaments, des susceptibilités particulières de certains malades et de leur ataxic thérapeutique. Il est en effet des hystériques que les doses les plus minimes d'opium intoxiquent, alors que d'autres supportent les doses les plus massives sans le moindre inconvénient.

Malgré le grand usage que beaucoup de médecins en font dans la maladie qui nous occupe, nous considérons les bromures comme à peu près inefficaces et nous n'en avons obtenu aucun résultat.

'Contre l'agitation excessive, l'insomnie persistante, les divers hypnotiques peuvent être employés, tels que cliloral, paraldéhyde, uréthane, hypnone, etc.

Mais le traitement ne doit pas se borner à combattre les symptômes pi'incipaux de l'hystérie, il doit s'attaquer à la maladie elle-même; au trouble profond du système nerveux d'où dérivent les premiers.

L'isolement est une mesure qui s'impose dans la majorité des cas. Sans lui, les médications les plus rationnelles sont destinées à échouer complètement. Dans le milieu où elle a pris naissance, l'hystérie trouve mi aliment inépuisable et s'y perpétue indéfiniment quand elle ne s'y aggrave pas. Lorsqu'il existe des troubles vésaniques, l'établissement d'aliénés est le seul qui convienne ; dans les autres cas, la maison de santé ordinaire suffit, ou encore l'établissement d'hydrothérapie , dont les ressources spéciales sont le plus souvent précieuses pour le traite ment.

hlnjdrothérapie est en effet un moyen puissant de modifier l'état nei'veux que constitue l'iiystérie, mais ce traitement demande une grande prudence et une persévérance à toute épreuve. Les pratiques hydrothérapiques les plus simples, telles que la douche froide en jet brisé, administrée quotidiennement sur le corps, la colonne vertébrale et les pieds, la tète exceptée, sont les plus recommandables. Pour obtenir une réaction vive et énergique, la douche doit être courte et l'eau froide; la malade sera énergiquement frictionnée avant de reprendre ses vêtements, et devra se livrer aussitôt à un exercice quelcon-

que ou à la promenade. En dehors de la douche, on peut avoir recours aux lotions, au drap mouillé, aux aft'usions froides. Bien quMnférieures à la précédente, ces pratiques, surtout à domicile, peuvent être avantageusement mises en usage ; elles habituent les malades à l'eau froide et permettent d'atteindre le moment où un traitement plus énergique pourra être mis en usage.

Certains malades supportent difficilement l'eau froide et ne semblent en retirer qu'un surcroit d'excitation. Dans ce cas on cherchera à les amener progressivement, en commençant par des lotions tièdes, à supporter une température de plus en plus basse; et, en cas d'insuccès, ou s'en tiendra à l'eau tiède ou on aura recours à d'autres modes de traitement.

Uéleclricité statique est d'un emploi de plus en plus répandu et donne des résultats satisfaisants. La malade séjourne quotidiennement de une demi-heure à une heure sur le tabouret électrisé par une forte machine, et prend en quelque sorte un bain d'électricité dont les effets sont, au bout de quelques jours, de ramener le sommeil et l'appétit, d'activer la nutrition et d'éloigner de plus en plus les attaques hystériques.

Les autres modes d'électrisation, tels que la faradisation générale, la galvanisation générale, la galvanisation centrale et le bain électrique peuvent être employés, conformément aux principes techniques posés par les spécialistes, et provoquer les mêmes effets favorables.

La Mctallothérapie de Burq ne doit pas être négligée malgré l'incertitude des effets produits. Il est avéré que cliez quelques malades, ce mode de traitement a donné les plus heureux résultats. Quand par l'examen métalloscopiquc des téguments on a constaté que la malade se montre sensible à un métal particulier, on administre à l'intérieur un composé de c-e métal; le chlorure d'or, le nitrate d'argent, l'oxyde de zinc, etc., suivant que l'or, l'argent, le zinc auront modifié l'anesthésie sensitive et sensorielle. Ce traitement doit être progressif et prolongé un certain temps avant qu'on puisse juger de ses effets eu pleine connaissance de cause.

Eiilin, si tous ces modes de traitement échouent, on aura recours à la smjyostion hupnotiquc toutes les fois que

la malade sera hypnotisable ci par ce moyen, non seulement on pourra espérer de vaincre les accidents locaux les plus tenaces de l'hystérie, tels que les contractures et les paralysies, mais encore les troubles délirants ou vésaniques et la diathcse hystérique elle-même. « La suggestion à l'état de veille sous forme de persuasion ou d'injonction rapide, dit Charcot, peut amener un résultat favorable. Mais la suggestion à l'état d'hypnotisme aura, si l'hypnotisme est praticable, un résultat beaucoup plus certain... Ce n'est pas là, tant s'en faut, une nouveauté, et l'on a cité dans ces derniers temps nombre de cas où des accidents hystériques variés, qui avaient résisté à d'autres moyens, ont été guéris de cette façon (paralysies, mutisme liystérique, etc.). » Liébault, Bernhcim, Dumontpallier, Debove, Bi'rillon, Grasset, Bottey, Luys, Bourru ont publi*'', des succès soit partiels, soit complets, qui sont des plus encourageants pour la nouvelle méthode. Il y a cependant des contre-indications à l'emploi de l'hypnotisme, comme il y en a à l'emploi de toutes sortes de médications, et il n'est pas plus légitime de proscrire complètement l'hypnotisme, comme le font quelques médecins, sous prétexte que cet agent a nui à certains malades, que de bannir l'opium de la thérapeutique, parce qu'il cause parfois des accidents au lieu des efï'ets curatifs attendus.

A. Voisin a appliqué avec les plus heureux résultats, l'hypnotisme à la folie hystérique et a publié de nombreux cas de guérison. « La voie est donc ouverte ; il n'est plus permis de nier la possibilité d'hypnotiser des aliénés, ainsi que l'avaient écrit Berger et Bernheim. Il est nécessaire, j'en conviens, d'apporter dans ce traitement beaucoup de patience; de lui donner une somme considérable de temps, et de varier les procédés d'hypnotisme, mais le résultat est tellement rapide et tellement radical que le médecin ne me paraît pas pouvoir hésiter à employer cette méthode, absolument inoffensive chez les aliénés. Une fois le sommeil hypnotique obtenu, il faut commencer après une à deux séances à user de la vsuggestion. La thérapeutique suggestive est le corollaire indispensable de l'hypnotisme » (1).

(1) A. Voisin, Revue de l'Iu/pnolisme; 1880.

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