PSEUDO-PARALYSIE GÉNÉRALE SATURNINE
Forme maniaque. — La forme maniaque diffère peu de la précfjdente au point de vue des réactions délirantes qui reposent toujours sur Texistence d'illusions et d'hallucinations terrifiantes de la vue, mais le malade est agité, se livre à des actes désordonnés et violents, pousse des cris, prononce des paroles grossières et ordurières; la face est rouge, vultueuse, l'insomnie complète, la constipation opiniâtre; comme dans la forme précédente, on constate la présence des stigmates de l'empoisonnement saturnin.
La folie saturnine est en général d'assez courte durée; selon Régis, qui, le premier, l'a décrite isolément, elle ne se prolonge guère plus d'une ou de deux semaines, ot se termine le plus iiabituellernent par la guérison. Parfois, cependant, on verrait le malade mourir pendant sa crise. L'amélioration est signalée par le retour du sommeil et la disparition progressive des symptômes.
§ 2. — P.SEUDO-PARALYSIE GÉNÉRALE SATURNINE
Au sujet de cette forme, les auteurs ont des opinions assez divergentes. En 1857, Devouges décrivait une paralysie générale d'origine saturnine, dont il présenta six observations. En 1860, Bourdesol reprenait la question et sans apporter de faits nouveaux, concluait dans le même sens que l'auteur précédent. Quelques cas isolés ont été fournis en outre par J. Falret, Delasiauve, Doutrebente, Camuset. En 1880, Régis a publié quelques observations nouvelles. S'il en a été publié d'autres (1), elles sont assurément peu nombreuses et n'ont apporté à la question aucun éclaircissement nouveau.
L'existence d'un aussi petit nombre d'observations prouve en somme que cette affection est rare, et justifie le vague dont elle a été enveloppée jusqu'en ces derniers temps.
Description. — La pseudo-paralysie générale saturnine se manifeste en général dans le cours d'un accès de délire
(1) R('!gis, Manuel pratique de mMecine menlale: Paris, 1885. — Voyez pour la bibliographie: Régis, De l'encéphalopalhie saluvnine {Annales méd.psycli., 1880j.
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saturnin. Elle ('date brusquement, et revêt d'emblée les caractères de la période d'état de la paralysie générale. Les malades sont dans une hébétude intellectuelle absolue ; ils sont gâteux, incapables de se tenir debout et de prononcer une syllabe, avec tous les signes d'une cachexie profonde. L'inégalité pupillaire fait souvent défaut; le tremblement est intense, l'embarras de la parole poussé à ses limites extrêmes.
Les signes qui distinguent ce processus de la paralysie générale sont les signes particuliers de l'intoxication saturnine. On constate, en effet, le liseré ardoisé des gencives, la teinte terreuse de la peau, les céphalalgies, les étourdissements , les crampes , les fourmillements , les névralgies, les paralysies, les troubles de la sensibilité (anesthésies, hyperesthésies) , les attaques épileptiformes.
Les symptômes intellectuels diffèrent aussi d'une façon notable. Le saturnin présente de l'insomnie, des rêves, des hallucinations de la vue, des terreurs imaginaires, et souvent des idées confuses de persécution, symptômes étrangers à la paralysie générale. Tandis que chez le paralytique la démence suit une marche progressive pour aboutir à l'abolition complète de l'intelligence, chez le saturnin elle revêt d'emblée sa plus grande intensité pour diminuer ensuite progressivement ; c'est-à-dire qu'elle est bien plus apparente que réelle. On voit au bout d'un temps quelquefois très court, la stupidité et l'hébétement du saturnin diminuer, l'intelligence reparaître , et les facultés se réveiller d'une façon complète et rapide.
Par ce qui précède^ on voit que la pseudo-paralysie générale saturnine a une marche absolument inverse de la paralysie générale véritable. Les malades cessent peu à peu de gâter, leurs sphincters reprennent leur tonicité normale, l'intelligence revient par degrés, la paralysie disparaît, la mémoire se reconstitue, et une guérison complète vient couronner cette amélioration progressive.
Il faut noter cependant que la guérison n'est pas toujours absolument complète et que quelques malades conservent un certain degré de d('mence analogue à celui que l'on constate dans l'alcoolisme clironique. D'après la sta-
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tiRtiqiic de Régis on compte dix guérisons sur douze malades.
Disons en terminant que le saturnisme n'exclut pas la paralysie générale véritable, et qu'on pourra rencontrer des saturnins véritablement paralytiques.
Traitement. — Le traitement n'est autre que celui de l'intoxication saturnine; il consiste à favoriser l'élimination du poison (purgatifs, bains sulfureux, iodure de potassium) et à relever la nutrition du malade.