DU CRÉTINISME
est plus lente qu'à l'état normal; le pouls lui-même est moins fréquent et la température du corps est abaissée. Les fonctions digeslives s'exécutent avec énergie. Les crétins dévorent avec voracité, sans les goûter et sans lesmûcher, tous les aliments qu'on leur présente, et une fois le sentiment de la faim apaisé, digèrent, accroupis dans un coin et au milieu d'un élat de demi-sonmieil , les aliments dont ils se sont gorgés ; souvent les évacuations sont involontaires. Ouand le crétinisme est complet, la locomotion est presque nulle : l'individu passe des journées entières immobile sur un banc ou sur le seuil d'une porte, incapable de porter les aliments à sa bouche, et transporté d'un endroit à l'autre comme une masse inerte; à un degré un peu moins avancé, le crétin marche encore à l'aide d'un bâton, mais sans solidité, tombant dès qu'il veut courir et se fatiguant très promptement.
La vue, l'ouïe, l'odorat, le goût présentent toujours une obtusion plus ou moins complète, la sensibihté générale ellemême est gravement altérée : les crétins supportent sans douleur les blessures les plus graves, et tout indique chez eux une notable diminution du tact.
La voix consiste uniquement en des monosyllabes ou bien en un grognement qui, dans les moments de colère, s'élève' jusqu'à un cri rauque et inarticulé qui n'a rien d'humain.
Réduits ainsi à la vie purement végétative, les crétins complets sont de tous points assimilables aux idiots du troisième degré; dépourvus de toute sensibilité morale, de tout rudiment d'inteUigence, ils offrent à peine quehjues traces des instincts.
S 3. — Ëtiologie.
Les causes du crétinisme ont été divisées en : 1° Causes locales permanentes, résultant des lieux, du sol, de l'insolation, des eaux ;
CAUSES LOCALES l'EKMANENTES. Ô13
T Causes sociales amovibles, coiniiu- les liahiludcs, l'alimeutation, la manière de vivre, l'cducaliou;
3" Causes individuelles, ainsi l'hérédité et toutes les particularités qui se rattachent à la conception.
1" Causes locales peimancntes.
Le crétinisme se rencontre dans des locahtés sillonnées par de profondes vallées et par des montagnes taillées presque à pic, dont les flancs sont recouverts d'arbres de haute futaie. C'est à peine si, dans les plus beaux jours de l'année, le soleil échauffe, pendant deux ou trois heures, le fond de ces gorges étroites et sinueuses dans lesquelles l'air reste froid, humide, stagnant, ou sujet à des courants partiels qui amènent d'un instant à l'autre, mais surtout aux diverses heures de la journée, des changements de température brusques et considérables. Les villages, bâtis dans l'enfoncement des vallées ou dans les angles rentrants de leurs divisions, ombragés par de grands arbres qui les privent même d'air et de lumière, ont une altitude égale ou à peine supérieure au niveau de la mer, à tel point que de Saussure voulait y voir la cause essentielle du crétinisme, et croyait pouvoir établir que l'affection disparaissait des villages élevés de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais cette loi est beaucoup trop absolue, car beaucoup d'habitations de crétins ont jusqu'à 1500 mètres d'élévation.
Les eaux potables sont presque toutes de mauvaise qualité : elles proviennent de la fonte des neiges, et sont alors incomplètement aérées et mêlées à une forte proportion de siUce qui altère sa pureté, ou bien elles sont puisées à des sources qui, traversant un sol calcaire ou magnésien, se chargent de sulfate de chaux, de carbonate de chaux dissous dans un excès d'acide carbonique, ou de sels magnésiens, et malgré leur transparence [larfaife, amènent des digestions ditliciles et influent sur rcuseiublr du récunoiiiio. En outre,
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♦îUes maiHjiu'iil dt; liroiuc et d'ioilo, principes qui so mtnuiYont toujours, quoiipi'er» mmiinos proportions, flans l;i composition des oaux potables.
2" (liuiscs sociales uniovibles.
A ces causes, (jui tiennent à la nature el à la confij^uration (lu soi, ajoutons celles qui tiennent aux habitudes et à la manière de vivre des habitants : dans les villages, pour la plupart mal exposés, les maisons sont entassées les unes sur les autres, et leurs abords sont obstrués par du fumier et des ordures de toute espèce ; pendant l'hivei'. qui dure sept mois, les adultes et les enfants séjournent sans sortir dans des étables, dont le sol humide, formé de terre battue cl imprétinée d'excréments d'anmiaux, exhale des miasmes incessants; la chaleur y est telle, ({u'il y a quelquefois plus de 30 degrés U. de dilférence entre ta température du dehors et celle de l'intérieur des habitations. L'alimentation se ressent singulièrement de la misère des populations : la viande fait défaut presque conq)létement, le vin e?t inconnu, la nourriture se compose de pain de seigle, d'orge, de pomntes de terre, de bouillies de farine de maïs ou de châtaignier, que les habitants ingèrent en quantités énormes et qu'ils digèrent lentement el laborieusement. Ajoutons à cela la malpropreté, l'ignorance des soins les plus élémentaires de l'hygiène, l'absence d'industrie, et l'éloignement des grandes routes et de toute voie de communication, et l'on comprendra sans peine quel ensemble fatal de causes concourt à l'abâtardissement des populations,
s** Causes individuelles.
Enfin ici) comme dans toutes les affections constitutionnelles, les conditions individuelles el surtout l'hérédité jouent un rôle important. Le crétinisrae, à Sun plus haut degré de gravité, ne se développe jamais d'emblée : constamment le er^'lin ou le denii-crélin ont des parents goitreux, crétineux.