DE LA CHOREE OU DANSE DE SAINT- GUY, AU POINT DE VUE
DE l'État mental.
Historique. — De l'immunité que présentent certains clioréiques quant aux troubles intellectuels. — Des troubles intellectuels de la chorée : modifications de la sensibilité morale et de l'intelligence; hallucinations; délire maniaque. — Traitement.
L'histoire de la chorée s'éloigne trop du cadre de cet ouvrage pour que nous puissions songer à la tracer d'une manière complète. Laissant de côté tout ce qui concerne la description, la marche, la durée et le traitement de cette alVection,
nous indiquerons seulement les troubles intellectuels qui peuvent l'accompagner, troubles intellectuels qui offrent des nuances infinies, depuis la disposition morale la moins accentuée jusqu'à la mélancolie et à l'hébétude, depuis l'hallacinée isolée jusqu'au délire complet; et ici, bien entendu, il s'agit des cas de chorée vulgaire, de la danse de Saint-Guy, et non de ces chorées épidémiques du moyen âge, véritables névroses intellectuelles que Ilecker (1) a confondues dans sa description, et qui sont maintenant, et avec tant déraison, rangées parmi les maladies mentales.
SI"*". — Historique.
Sydenham qui, le premier, traça en quelques lignes une description fidèle de la danse de Saint-Guy, n'a observé chez ses malades aucun désordre cérébral, et l'analogie très éloignée qu'il établit entre les choréiques et les aliénés est uniquement fondée sur la singularité des mouvements de la jambe que le malade traîne après lui à la manière des insensés {morhus prodit se claiidicatione alterutrius criiris, quod œger post se trahit fatuorum more) ("2).
Cullen est sur ce point plus explicite : dans la chorée, ditil, l'esprit est souvent affecté de quelque degré de fatuité, et offre fréquemment les mêmes émotions passagères, variées et déraisonnables, que l'on observe dans l'affection hystérique (3).
P. Frank {h) parle des troubles de la mémoire qui accompagnent la chorée : il dit, mais sans ajouter aucun détail, que la maladie peut se terminer par la folie.
.T. Frank (5) admet également le délire comme une com-
(1) Annales d'hygiène publique. Paris, 1834, t. Xlf, p. 313.
(2) Sydenham, Processus in morbis omnibus curandis ; dechorea sancli Vili.
(3) Cullen, lac. cit., t. 11, p. 366.
(4) J.-P. Frank, Médecine pratique, Paris, 1842, t. 1[, p. 526,
(5) J. Frank, Pathol. interne, t. III, p. 328.
MAUCÉ. — MAL. MKNT. 37
578 m; i..\ ciutiiKE ou danse de s.mnt-guy.
plicalion (I(ï l;i cliort'c, cl le docfcMir Hernl cotisacrf (juclqnos lignes il ce (ju'il appelle vhorni i/tsanirm (1).
D'après Bouteille (2), un ifliolisine léiicr, il est vrai, rnaif? cepeiulanl assez remarquable pour cITrayer les parents sur la nature et les suites de l'alTection de leur jeune malade, est un des symptômes spécifiques de la cliorée essentielle ; je l'ai observé chez les nombreux malades que j'ai traités.,.. On trouve ce caractère tracé dans une <lissertation du docteur Jean Ewart : Plerique siint qiiodain tuodo fatiii, cel si judicii vis valeat, memoria déficit.
Dans la chorée , dit M. Blache (3), au trouble de la motilité, se joint un trouble aussi remarquable de la sensibilité morale. La plupart des malades sont très susceptibles, capricieux, irascil)les ; ils pleurent, poussent des cris, s'épouvantent aux moindres surprises. Georget dit même qu'il existe parfois un premier degré d'imbécillité.
J'ai moi-même essayé de compléter ces indications vagues et dépourvues de précision à l'aide d'un grand nombre d'observations de chorée, prises spécialement au point de vue de l'état mental des sujets. Bien que les résultats de ces recherches aient été consignés déjà dans un autre travail {h\ je crois pouvoir les reproduire ici presque textuellement.
c 2. De rininiunité f|ue présentent certains choréiques
quant aux troubles intellectuels.
Il est tout d'abord un point qui m'a frappé et qu'il est important de faire ressortir, c'est l'immunité complète qu'offrent un grand nombre de choréiques sous le rapport des désordres cérébraux : sur 57 choréiques, j'en ai trouvé 21 qui n'ont jamais offert la moindre perturbation dans leur
(1) Bernt, ilovographia choreœ sancti Viti, Prague, 1810, p. 21.
(2) Bouteille, Traité de la chorée ou danse de Saint-Gmj, p. 82.
(3) lîlache, art. Chouke, Dictionnaire de médecine en 30 volumes.
(4) Mémoires de l'Acad. de méd , t. XXIV. Paris, 1860.