‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 125 sur 141 · FOLIE ALCOOLIQUE AIGUË · texte numérisé non relu

FOLIE ALCOOLIQUE AIGUË

tiens plus abondantes que de coutume, ils ont dépassé leur limite de saturation.

La folie alcoolique aiguë éclate vers le déclin de l'ivresse ou pendant sa durée, quand celle-ci se prolonge et est entretenue par des excès sans cesse renouvelés. Elle se présente sous deux formes qui, tout en présentant de grandes analogies en raison de l'identité de leur point de départ, peuvent toujours être distinguées : la forme maniaque et la forme mélancolique.

A. La forme maniaque^ désignée plus particulièrement sous le nom de delirium tremens, débute par de l'insomnie, de l'incohérence dans les idées, de la bizarrerie dans les allures, et une excitation qui va croissant d'heure en heure. La face est rouge, vultueuse ; les yeux sont brillants et congestionnés, le pouls est fréquent, la peau chaude et couverte de sueur, la soif vive, et au milieu du désordre général dé l'innervation, les évacuations sont souvent involontaires; des illusions et des hallucinations de tous les sens viennent se joindre au délire et lui donner un nouvel aliment : les malades croient reconnaître tous ceux qui les approchent; ils prennent une fenêtre pour une porte, une rivière pour une grande route, et trouvent une saveur alcoolique aux tisanes qui leur sont présentées; quelques-uns ont des idées obscènes et erotiques et aperçoivent autour d'eux des scènes lubriques. Mais ce qui caractérise d'une manière toute spéciale la manie alcoolique, ce sont certaines hallucinations de la vue. Les malades voient courir sur leur lit, sur le plancher, sur les murs, des rats, des souris, des grenouilles, des reptiles, des oiseaux, des animaux de toute sorte qui disparaissent brusquement comme s'ils passaient à travers la muraille. Ces visions ont, en général, quelque chose de pénible, cependant elles n'offrent pas ce caractère terrifiant que l'on observe dans la forme mélancolique.

L'agitation dans la manie alcoolique arrive bien vite à

(>12 m-: l'alcoolisme.

son apogée. iMalgrc (juclques inslauls de répit, les sujets crient, vocifèrent, courent îiu hasard, et, entraînés par leurs illusions et leurs hallucinations, peuvent se jeter à l'eau, se précipiter [)ar la fenêtre et rnaltrailer violennnent ceux qui les approchent.

A tous ces symptômes d'excitation se joignent des trouhles de la motilité ; la langue est Iremhiante et tirée convulsivement hors de la bouche, et pendant l'articulation des sons tous les muscles de l'appareil vocal présentent une ondulation fibrillairo qui rend la parole incertaine et embarrassée. Les extrémités supérieures, et surtout les doigts et l'avant-bras, offrent le môme tremblement, facile à reconnaître lorsqu'on fait placer les bras dans la position horizontale.

Cet état est en général de courte durée ; la privation des boissons alcooliques et quelques soins hygiéniques suffisent au bout de deux ou trois jours pour calmer l'agitation et ramener le sommeil. Dans les cas les plus simples, le sommeil profond et prolongé quelquefois pendant plus de trentesix heures, sert de crise à l'accès et laisse au réveil les malades calmes, mais courbaturés, av-cc la langue pâteuse, une soif vive et un souvenir très confus de ce qui vient de se passer. Quand l'excitation a été très vive et s'est prolongée pendant un temps plus long, il n'est pas rare de voir la convalescence s'opérer avec lenteur. Pendant plusieurs jours, et alors même que tous les autres symptômes ont disparu, les malades conservent dans le cours de la journée quelques hallucinations de la vue; la nuit, les mêmes visions troublent leur sommeil, et ce n'est qu'à la longue qu'ils arrivent à les apprécier à leur juste valeur.

A côté de cette forme de manie qui est bénigne et dans l'immense majorité des cas se termine par la guérison, il en est une autre beaucoup plus grave sur laquelle a insisté M. Delasiauvc, et qui, en réalité, n'est pas autre chose que

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le délire aigu alcoolique. « Ce qui distingue surtout cette forme, dit M. Delasiauve (1), c'est la prodigieuse activité nerveuse. Le malade n'a ni paix, ni trêve; aucune partie du corps n'est exempte d'agitation ; les membres tremblent; vultueuse, rouge, violacée même, la face grimace par le frémissement prononcé de ses muscles ; les yeux roulent dans leur orbite; la peau cbaude et brûlante, s'humecte d'une sueur profuse, visqueuse, exhalant parfois une odeur alcoolique. La langue peut conserver sa fraîcheur naturelle ; elle est plus souvent desséchée sur ses bords, à sa surface, et couverte, de môme que les lèvres, de croûtes fuligineuses. Communément, la soif est vive, inextinguible ; la respiration plus ou moins gênée; l'altération des traits indique une prostration profonde. Quant au pouls, tantôt accéléré et déprimé , d'autres fois , il contraste par son rhylhme presque normal avec l'ensemble des symptômes.... Le déhrant devient incoercible; les paroles se pressent dans sa bouche au point de se faire concurrence, ne s'en échappent qu'avec effort, en phrases saccadées, entrecoupées et souvent inintelhgibles.... »

Si la guérison est la règle dans la forme simple de la manie alcoolique, ici le pronostic est beaucoup plus grave; sur 1000 cas d'alcoolisme aigu ou chronique entrés à l'hospice de Bicêtre, nous avons relevé 30 observations de morts survenues au milieu même de cette période aiguë : tantôt les malades, épuisés par une agitation incessante, succombent dans un état adynamique avec la langue et les lèvres sèches et fuligineuses, la voix éteinte, le pouls misérable ; tantôt, au contraire, et ce cas n'est pas rare, la mort a lieu presque subitement, au miheu d'une agitation violente et après des mouvements convulsifs survenant par accès séparés h. peine par un court intervalle ; les malades s'affaissent et suc-

(1) Delasiauve, Revue médicale française et étrangère, 30 avril 1852.

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comberil (juelcjucîs heures après leur entrée à riiôjjilal, ofl'rant |)res(iue juscju au dernier instant des cris et des mouvements désordonnés.

La lésion que l'on rencontre alors le plus Irécpieuniient à l'autopsie est la distension des vaisseaux de la |)i(>nièreque l'on trouve en même temps infdtrée de sérosité : cette injection, que j'ai vue chez certains sujets très considérable et allant justpi'à la suffusion sanguine, est chez d'autres infiniment moins accentuée et peut même l'aire complètement défaut. Il en est de même de la coloration de la couche corticale qui peut être très peu prononcée, ou bien aller jusqu'au rouge violacé età la teinte livide; on a signalé encore chez les sujets qui succombent au délire alcoolique le pointillé de la substance blanche, l'épanchemenl de sérosité dans les ventricules latéraux, la mollesse du cerveau et du prolongement rachidien, mais en somme aucune de ces lésions n'est constante et pathognomonique, et l'on ne trouve même pas ici ces hémorrhagies méningées, ces apoplexies pulmonaires que M. Tardieu (1) a constatées si frérjuemment chez les individus morts en état d'ivresse.

Quant à l'odeur alcoolique exhalée par les divers tissus et surtout par l'encépliale, elle s'observe très rarement, et on le comprend sans peine, l'élimination de l'alcool ayant eu le temps de se produire pendant les quelques jours qui séparent l'explosion de la maladie de sa terminaison fatale.

B Dans la forme mélancolique, les malades sont obsédés par des hallucinations de nature terrifiante : ils se voient entourés d'animaux monstrueux, d'ennemis qui les menacent, se glissent sous le fit, rampent sous les couvertures; ils aperçoivent les cadavres lacérés de leurs parents, et, pendant la nuit, s'ils viennent à sommeiller un instant, se réveillent enveloppés de flammes et en proie à une terreur

(1) Tjrilieu, Ann. d'Iiyj. publtque ei de mai. légale, 1848, l. XL, p. 390.

indicible; au milieu de ces accès de panophobie, ceux-ci s'enfuient en aveugles par la première issue qui se présente à eux, ceux-là s'arment précipitamment, se jettent en furieux sur leurs fantômes ou sur le premier objet qu'ils rencontrent; chez d'autres, enfin, les hallucinations déterminent un état de stupeur et de prostration caractéristique : immobiles, hébétés, incapables de répondre et d'agir, offrant sur leurs trails l'empreinte de la frayeur qui les domine, ils ne sortent de cet état que pour faire quelque tentative de suicide : lorsqu'à force d'instances, on parvient à leur arracher quelques mots, on constate bien vite qu'ils sont en proie à une profonde terreur, que des idées hypochondriaques se mêlent à leur délire : on va les fusiller, les guillotiner, on les a pendus, leur tête a été séparée du corps, ils sont morts. Quand la période aiguë est passée, le malade renaît lentement à la vie extérieure, et en recueillant ses souvenirs, se rappelle peu à peu tout ce qui lui est arrivé les jours précédents. Mais, dans les cas où la stupeur a été profonde, il est très fréquent de voir les sujets ne conserver qu'une idée extrêmement vague de tous les faits qui se sont passés pen-. dant leur déhre, et même des tentatives de suicide qui ne leur apparaissent que comme un rêve confus et éloigné ; pendant plusieurs jours encore, les convalescents conservent un sommeil agité, de l'oblusion et de l'incertitude dans les idées ; parfois même des hallucinations effrayantes reviennent pendant la nuit à intervalles très éloignés et déterminent des cris, de l'agitation et une profonde angoisse ; peu à peu cependant, ces symptômes s'éloignent, le calme devient parfait et au bout de dix jours, quinze jours ou quelques semaines, il est bien rare que la guérison ne soit pas complète.

1° Période d'état ou période intermédiaire. — Les formes de l'alcoolisme que nous venons de décrire sont des états

(>16 i)i: j/al(;oO!,is.mk.

passagers, el en général l'acilemcnl (:ural)los, qui se |)ro(luisent clicz des individus à peu |)rès sobres d'ordinaire, mais ayant kùl pendant jdusicurs jours des excès alcooliques inaccoutumés; ou bien clioz des ivrognes de profession ayant dépassé momentanément leur limite de saturation. Mais lorscpie les excès alcooliques deviennent babiluels, il se produit à la longue et indépendamment des accidents aigus, une altération profonde et plus durable, non-seulement des fonctions nerveuses, mais encore des fonctions respiratoires, circulatoires et digestives.

C'est ainsi que dans l'alcoolisme chronique, Vappétit est irrégulier ou môme complètement perdu; la langue est sale el recouverte d'un enduit muqueux, il y a des vomituritions le matin, et chaque repas est suivi de tension àl'épigastre et de rapports acidulés, symptômes qui correspondent à l'épaississementet à la coloration ardoisée de la muqueuse stomacale. L'appareil hépatique, dans lequel s'accumule l'alcool du sang, s'altère à son tour et la peau })rend une teinte subictérique. Magnus Huss, Annesley, MM. Andral, Rayer, Becquerel ont signalé dans l'alcoolisme les congestions du foie, la cirrhose, la dégénérescence graisseuse et l'hypertrophie de cet organe ; d'un autre côté, l'élimination de l'alcool par l'appareil urinaire exphque la fréquence de la maladie de Hright, soit que le poison agisse comme irritant local, soit qu'en augmentant la sécrétion urinaire, il détermine une hypérémie permanente qui amène la dilatation des vaisseaux et la formation de dépôts plastiques dans le parenchyme même de la glande.

Enfin chez les ivrognes, malgré l'anorexie et le peu d'abondance de l'alimentation, on observe une tendance remarquable à la dégénérescence graisseuse non-seulement de certains viscères, mais encore des fibres musculaires et surtout des fibres musculaires du cœur. Magnus Huss, Carpentcr, M. Tbomeuf el beaucoup d'autres auteurs ont ren-

contré le foie gras et volumineux, et les reins ayant subi la même transformation : les fibres musculaires du cœur, les parois des vaisseaux sanguins s'infiUrant aussi de graisse, perdent de leur résistance et de leur élasticité, mais rien ne prouve encore que la substance nerveuse subisse elle-même cette transformation.

C'est à tort qu'on a voulu invoquer tous ces faits en faveur des propriétés nutritives de l'alcool, et qu'on a insisté sur la tendance à l'embonpoint que présentent certains ivrognes: si les buveurs de bière ont un embonpoint remarquable dû aux substances féculentes et sucrées que cette boisson renferme, les buveurs d'eau-de-vie sont généralement amaigris et perdent rapidement leur tissu adipeux ; quant à la dégénérescence graisseuse de certains organes, c'est là un état purement pathologique qui s'explique sans peine par la présence des globules graisseux trouvés par Magnus Huss et plus récemment par MM. Lallemand, Perrin et Duroy (1), dans le sang même des individus soumis à l'intoxication alcoolique.

L'influence de l'alcoolisme chronique sur les organes circulatoires et respiratoires est moins directe, mais n'en est pas moins réelle : la bronchite chronique, la laryngite avec raucité de la voix et aphonie, ont été regardées comme le résultat de la pénétration de la muqueuse des bronches par l'alcool. On a signalé encore l'altération alhéromateuse des artères et surtout de l'aorte, la dilatation des vaisseaux du cerveau, et surtout de tous les capillaires de l'extrémité céphalique. Et en effet, c'est à cette congestion des vaisseaux du nez, des joues, des lèvres et des oreilles qu'est dû le développement de la couperose des ivrognes, et M. Siebel a noté de son côté la congestion et l'inflammation des membranes de l'œil comme une conséquence de l'intoxication alcoolique.

(l) LallemanJ, Maurice Periîii cl Duroy, ouvrage cite, p. 39.

618 m: i/alcoiilisme.

Parmi les symptômes qui se présentent du cùlé du système nerveux, nous distinguerons les troubles de la sensibilité, de la motilité, de rintellip:ence.

a. Les troubles de la aensibilUé consistent, mais au début seulement, en une hyperesthésie qui se révèle au moindre contact, ou bien en des fourmillements des pieds et des mains s'accompagnant d'une sensation de cbaleur ou de froid qui devient à la longue un symptôme très incommode, et entretient par son intensité un état permanent d'inciuiétude et d'agitation. A mesure (jue l'intoxication devient plus grave, l'hyperestliésie fait place à de l'engourdissement, à de l'anesthésie, et cette dernière, qui est très fréquente, peut envahir toute la surface cutanée au point de rendre les sujets insensibles même aux excitations les plus douloureuses. Très souvent l'anesthésie coïncide avec de l'impuissance et l'absence complète de désirs erotiques. Dans sa description de l'alcoolisme, MagnusHussa pris l'hyporesthésie et l'anesthésie comme signes caractéristiques de deux formes d'alcoolisme, mais ces deux symptômes se remplacent l'un l'autre et souvent existent simultanément chez le môme sujet; comme, d'ailleurs, ils se trouvent toujouis associés à des troubles de la motilité et de l'inteUigence, ils sont par euxmêmes insuffisants pour caractériser deux formes distinctes de la maladie.

Aux troubles de la sensibihté se rattachent des modifications pathologiques des organes des sens. La vue s'atl'aiblit, la pupille est moins mobile, les objets tremblent sous les yeux et sont perçus avec moins de précision, comme s'ils étaient enveloppés d'un nuage ; quand les malades hsent, leur livre se couvre subitement de ténèbres, et ils restent pendant quelques instants frappas de cécité. Mais parmi ces troubles sensitifs, les illusions et les hallucinations occupent le premier rang. Les objets paraissent doubles, il semble aux malades <|ue des insectes voltigent autour d'eux, ils aperçoivent

des formes lumineuses et fantastiques qui traversent rapidement le champ de la vision, des objets hideux, des figures menaçantes, des animaux de toute nature qui les poursuivent môme pendant leurs rêves, et rendent leur sommeil inquiet et agité. Magnus Huss rapporte l'observation d'un de ses malades qui chaque jour, à midi, voyait devant lui une table richement servie, la vision s'évanouissait devant le repas ordinaire de l'asile dont il devait se contenter. Un autre apercevait entre ses jambes un chat prêt à dévorer son scrotum. Les illusions et les hallucinations s'observent, mais avec moins de fréquence, dans le sens de l'ouïe. Magnus Huss n'a rencontré que deux fois des hallucinations de l'odorat. Enfin, la sensibilité générale peut être atteinte à son tour, et il n'est pas rare de voir les malades accuser, dans tous les membres, des douleurs qu'ils comparent à des brûlures, à des déchirures, à des morsures d'animaux et à toutes ces variétés de sensations maladives que nous avons notées chez les hypochondriaques.

b. Du côté de la motilité on observe en première ligne le tremblement ([m, limité d'abord aux mains et aux bras, s'étend ensuite aux extrémités inférieures et aux muscles de la face, et a été désigné sous le nom de chorée alcoolique. Ce tremblement se manifeste, soit au moment du lever, soit dans le cours de la journée, après l'ingestion de doses élevées d'alcool. Passager au début, il finit par être permanent, et devient d'autant plus manifeste que le sujet fait de plus grands efforts pour donner de la précision à ses mouvements : c'est lui qui amène de l'incertitude dans les mouvements, de la titubation, et ce bégayement si caractéristique qui éveille de bonne heure la crainte de la paralysie générale.

C'est encore aux troubles de la motilité qu'il faut rapporter les crampes, les soubresauts parfois douloureux que les malades éprouvent, soit le jour, soit la nm{\\à dyspnée,

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indépendanle (lo toute lésion canliaqno on iiiiliiion;uro, s'observe chez les alcoolicjues sous forme d'accès passagers qui se prolongent à peine quelques minutes; elle tient à une sorte de spasme i\ns muscles de la respiration et s'accompagne d'un sentiment d'angoisse très pénible.

Les convulsions épiiept if ormes qui sont un des symptômes les plus graves de l'alcoolisme aigu, s'observent aussi dans l'alcoolisme chroniiiue. C'est habituelloment à la suite d'une vive émotion morale ou d'un redoublement dans les excès de boissons, qu'on les voit se développer. Elles se présentent par accès irréguliers, précédés de délii'e, de céphalalgie, de troubles dos sens, suivis d'un sommeil comateux plus ou moins prolongé et ne différant en rien des accès d'épilepsie. L'épilepsie alcoolique exerce une déplorable influence sur les facultés intellectuelles qu'elle compromet bien vite pour peu que les accès soient intenses et prolongés, et elle favorise le développement de la paralysie générale. Cependant j'ai vu plusieurs faits de ce genre s'améliorer et même guérir par une bonne hygiène et la suppression des boissons toxiques.

c. Quant aux troubles intellectuels observés pendant la période intermédiaire de l'alcoolisme chroni(jue, ils sont nombreux et variés. Tantôt ce sont des hallucinations, et surtout des hallucinations de la vue, telles que nous les avons signalées, qui, se présentant en dehors de tout état aigu, jettent les malades dans une inquiétude continuelle, déterminent chez eux de véritables accès de panophobie et leur font croire qu'ils sont poursuivis par des ennemis ou par des animaux malfaisants; tantôt ce sont des idées isolées d'empoisonnement (jui influent sur les actes, et amènent les extravagances habituelles des monomaniaques ; il en est qui, tout en conservant la pleine conscience de leur état, sentent en eux des impulsions irrésistibles qui les portent à frapper, à tuer, à mettre le feu, à voler ; d'autres ont des idées de suicide qu'ils

exécutent sous l'influence de leurs hallucinations, ou dans ces [accès de désespoir qui surviennent pendant les rémittences de la maladie. Enfin, ce qui domine tous les troubles intellectuels consécutifs à l'intoxication alcoolique prolongée, ce qui leur sert pour ainsi dire de fond commun, c'est l'état d'hébétude et d'abrutissement dont les malades ont parfois conscience, et qui, par ses progrès incessants, les conduit lentement à la démence.

2" Période terminale. — Les symptômes que nous venons d'énumérer comme propres à la période intermédiaire de l'alcoolisme, indiquent déjà une profonde altération de l'économie, et surtout des fonctions nerveuses. Cependant, malgré leur gravité, ils restent pendant (juelque temps encore susceptibles de guérison : la cessation du poison, une hygiène régulière peuvent ramener à un niveau à peu près normal l'intelligence déjà si ébranlée.

Mais il est rare que l'alcoolique puisse être arrêté sur cette pente fatale : le plus souvent la persistance de l'intoxication amène des troubles irrémédiables; c'est alors qu'on voit se produire les symptômes de la dernière période, c'est-à-dire la démence et la paralysie générale.

a. La démence chez les alcooliques survient lentement et progressivement, à la suite d'une série interminable de rechutes; presque toujours elle est précédée d'une assez longue période de manie chronique avec illusions, hallucinations, et alternatives incessantes et irrégulières d'agitation et de stupeur. Confinés dans un asile, où ils jouissent d'une hygiène bien entendue et ne peuvent commettre aucun excès, ces malades finissent par se calmer et par retrouver le somfneil et l'appétit 5 les uns sont incohérents, les autres ont simplement la mémoire affaiblie, et se montrent insouciants, apathiques, ne se préoccupant ni de leur position, ni du sort de leur famille ; ils répondent à peu près exactement aux questions banales qu'on leur adresse, mais, poussés à

<'^*22 DE l'alcoolisme.

bout, laissent cntrovoir une insunisance inlellectuollo manifeste, souvent sans idées tlrlii-anirs nettement aceentuées. Si le médecin, cédant aux instances de leur famille, les rend à la liberté, ils restent incapables de gagner leur vie, et ont besoin d'être surveillés comme des enfants, car le mc^ndre excès ramène des accidents aigus (jui nécessitent bien vite une nouvelle séquestration. A un degré plus avance, ces individus deviennent gâteux et malpropres, le cercle de leurs idées se restreint encore davantage, et ils ne diffèrent en rien des autres malades en démence qui remplissent les asiles; ils finissent par succomber à quel(|ue affection intercurrente après un long séjour qui souvent fait perdre de vue le point de départ spécial de l'affection.

b. La paralysie (jénérale, d'origine alcoolique, une fois qu'elle a atteint son complet développement, ne diffère en rien de la paralysie générale ordinaire ; mais, dans sa période prodromique et dans la période d'invasion, elle présente une physionomie spéciale; les sujets chez lesquels elle se développe ayant depuis longtemps al>usé des boissons alcooliques, présentent, en général, l'ensemble des symptômes qui caractérisent la cachexie ébrieuse et surtout les troubles musculaires : tremblement des mains, des jambes, des muscles de la langue et de la face ; ces troubles musculaires, plus sensibles après de nouveaux excès, s'améliorent par l'isolement et par un bon régime, mais à chaque rechute ils deviennent plus accentués, et il arrive un moment, difficile à préciser, oîi l'embarras de la parole, le tremblement vermiculaire de la langue et des muscles de la face, devenus rebelles à tous les moyens de traitement, et coïncidant avec un trouble profond et permanent de l'intelligence, indiquent qu'il s'est produit enfin une lésion dans la couche corticale; il ne s'agit plus alors d'une simple intoxication, mais d'une altération organique qui désormais ne saurait rétrograder. Les malades, ainsi frappés, sont remarquables au début par l'intensité des

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