‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 13 sur 141 · TROISIEME PÉRIODE. PINEL, ESQL'IROL ET LEURS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

TROISIEME PÉRIODE. PINEL, ESQL'IROL ET LEURS CONTEMPORAINS

Il suffît de jeter un coup d'œil sur les derniers travaux de l'époque que nous venons de traverser pour constater les progrès qui se sont réahsés depuis le xr siècle dans la pathologie du système nerveux, mais la condition des aliénés était telle alors que la science ne pouvait avancer qu'avec beaucoup de lenteur et au milieu de grandes difficultés : ils vivaient épars dans les prisons, dans quelques maisons de refuge ou dans d'indignes cabanons; chaque médecin n'en observait qu'un petit nombre dans sa carrière et les éléments d'étude se trouvaient dispersés çA et là. La réforme humanitaire inaugurée par Pinel devait par contre-coup influer

28 IIISTORIOIK.

Ih'iii» iixMiioiii sur réliulo des vrsMriic?. I.a l'runion des aliéiK's dans des asiles spéciaux li\a nécessairement sur eux l'attention <if'S hommes de science et amena peu à peu à cette spérialisatinn de la médecine mentale qui, fictive et artilicicllc au point de vue de la pathologie pure, restera néanmoins dans la pratique qui lui doit ses résultats les plus sérieux.

Et en effet, avant la révolution, l'état des aliénés, à Paris par exemple, était déplorable. Ils étaient divisés en deux catégories, les curables et les incurables. Deux salles de l'Hôtel-Dieu étaient réservées aux curables, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. La salle Saint-Louis, celle des hommes, contenait dix lits à quatre places et deux petits lits; la salle Sainte-Martine, pour les femmes, contenait six grands lits à (piatre places et six petits lits. Quelques places dans ces salles étaient expressément réservées aux hydrophobes. Là on baignait les malades, on leur donnait des douches, on pratiquait des saignées de pied répétées ; la plupart d'entre eux étaient indéfiniment attachés sur leur lit, maltraités, privés d'air et d'exercice, et lorsqu'au bout de quelques jours de traitement ils n'étaient pas guéris, on les réputait incurables et on les distribuait selon" leur sexe, soit à Bicétre, soit à la Salpêtrière. Là, mal nourris, couverts de haillons et chargés de chaînes, ils étaient confinés dans des cabanons destinés jadis aux criminels, n'ayant pas plus de six pieds carrés et ne recevant de jour que par la porte ; la paille du grabat où couchait l'aliéné était pourrie et rarement renouvelée. A la Salpêtrière, quelques-unes des loges étaient placées à 3 mètres en contre-bas du sol, au niveau des égouts; elles étaient glaciales et ruisselantes d'eau (1). Les jours de fêtes, les curieux étaient admis, moyennant rétri-

(1) Bapporl au conseil général des hospices, par Camus, fructidor an X, p. 82. — De Pastoret, Kapport au conseil général des hospices, de 1804 à 1814, Paris, 1816, p. 117. — Rapport de M. F. B;irrot, 1860.

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