LÉSION INTELLECTUELLE TERMINALE
Il n'existe dans la folie qu'une seule lésion intellectuelle terminale, c'est la démence^ qui consiste essentiellement dans l'usure et l'affaiblissement graduel de toutes les facultés. C'est à elle que viennent aboutir presque inévitablement, mais au bout d'un temps très variable, les diverses formes de folie.
Tels sont les éléments pathologiques que l'analyse permet de découvrir dans la folie : chacun d'eux paraît bien délimité, et au premier abord rien ne semble plus facile (jue de distinguer l'homme raisonnable de l'homme ahéné. Et cependant si aux limites extrêmes le doule n'est pas possible, ne trouve-t-on pas à chaque instant des analogies frappantes entre la fohe et la raison (1) ? Un violent accès de colère offre tous les caractères d'un' court accès de manie, ira furor brevis, et rien ne ressemble plus à l'exaltation maniaque que les moments d'inspiration de quelques poètes de génie. Un vif chagrin amène une dépression morale, une concentration de penséesqui rappellent en tous points la dépression mélancolique, et c'est tout au plus si la courte durée des troubles fonctionnels occasionnés par une passion violente les sépare de l'aliénation mentale proprement dite. La conception délirante elle-même n'est pas facile ù distinguer de certaines pensées ayant cours parmi les philosophes et les mé-
(1) Lélul, Recherche des analogies de la fuite el de la raison, à la suite de son ouvrage: Le dcmon de Sacrale, 18.')ô,p. /J17.
MARCK — MAL. MENT. 4
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laplivsicii'iis : (|ii('llc din'f'ieiico élîiMir, dit Kfiircl (1) cjitn' celle lemiiif trinlrc piir llsciiiirul, (|iii se r;iis;iil Jippflcr l.i mère Sainle-Éjilis(; cl disail l(;iiir dans son vciilif un cdiicil*' d'»''vA(pif's, <'l L)escai1('S(pii lei^ardo la glande pincalo comme un niiroii' dans lequel vient se rcllcchir l'irna^'C des corps extérieurs'? Chaque jour on enlend des idées bizarres, orijïinales, ou même des idées empreintes de génie, qui se rapprochent par des nuances insensibles des conceptions délirantes de certains aliénés; bien plus, la société renlermc dans son sein toute une catégorie d'individus, victimes le plus souvent de lâcheuses intluences ln-rédilaires, dont tous les jugements sont Taux et erronés, et qui, à côté de qualités intellectuelles brillantes, présentent dans leurs actes, dans leur manière d'être, tant de désordre et de contradictions, qu'on doit les considérer comme aliénés sans qu'il soit toujours facile de préciser le point où la maladie commence. En somme, ici comme partout ailleurs, entre les points les plus extrêmes se trouvent tous les degrés intermédiaires, et il est impossible de donner une formule qui sépare nettement la raison de la foHe.
^ a. — ClasKificatifin.
La connaissance succincte des éléments pathologiques de l'ordre intellectuel dont la combinaison produit les diverses formes de folie, nous permet maintenant d'arriver aux vues d'ensemble et d'exposer une classification des maladies mentales destinée à nous servir de guide dans la partie de ce livre qui traitera de la pathologie spéciale.
Une claj^sification nosblogique, pour être parfaite, devrait être fondée sur la nature même des maladies. Or la nature d'une maladie, autant qu'il nous est permis de l'atteindre, nous est donnée par les symptômes, par les lésions orga-
i^V) LcMcet, Fiagmenls physiologiques sur la folie, |j. ^'2.
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niques elle siège, par la marche et par les causes (Parchappe) ; mais il suffît de jeter un coup d'œil sur Tétat actuel de la pathologie mentale pourvoir combien snr une foule de points concernant la folie, nos connaissances sont encore incertaines et incomplètes, et quelle difféience immense existe entre des hypothèses qui s'écroulent au premier choc et des données solidement établies.
Placés en présence d'impossibihtés que les progrès ultérieurs de la science pourront seuls faire disparaître, les médecins aliénistes qui se sont occupés de classification ont été forcés de n'envisager qu'un côté de la question et se sont laissé guider par des considérations trop exclusives : les uns n'ont vu que la forme extérieure de la maladie, les symptômes ; les autres se sont surtout préoccupés des lésions intellectuelles ou morales; les derniers enfin, et parmi eux M. Morel, ont attaché une importance capitale à l'étude des causes, et en ont fait dériver tout leur travail.
Esquirol, suivant en cela l'impulsion de Pinel, prit les symptômes comme base de sa classification et admit cinq genres de folie (l).
1" Lypémanie (mélancoHe des anciens), délire sur un objet ou un petit nombre d'objets avec prédominance d'une passion triste et dépressive ;
2" Monomanie proprement dite, dans laquelle le délire est borné à un seul objet ou à un'petit nombre d'objets avec excitation et prédominance d'une passion gaie et expansive : ces deux derniers genres étaient regardés comme les subdivisions d'une classe plus étendue, la monomanie (2).
3" La manie, dans laquelle le délires'étend sur toutes sortes d'objets et s'accompagne d'excitation;
k" La démence, dans laquelle les insensés déraisonnent,
(1) Esquirol, maladies menlaies, l. ^^ p. 22. {2)Loc, cU., p. 404.