‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 24 sur 141 · CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION

parce que les orj>anos de la pensée oui perdu leur t'-nerf^ie et la force nécessaire pour remplir leurs fonctions ;

5" L'imbécillilé ou l'idiotie, dans laquelle les organes n'ont jamais été assez bien conformés pour que ceux qui en sont atteints puissent raisonner juste.

On a ol)jecté, et avec raison, à cette classification qu'elle ne comprenait pas les formes d'aliénation récemment découvertes, et surtout la paralysie générale ; on a dit que beaucoup de cas présentaient des formes mixtes, irrét;uliéres, difïiciles à classer, et qui n'étaient ni de la manie ni de la lypémanie, ni delaraonomanie; on a démontré enfin que l'étendue du délire était plus difficile à préciser qu'on ne l'avait cru tout d'abord, et aux mots de monomanie, de lypémanie, Ferrus le premier substitua le terme de délire partiel. Bientôt on en arriva à cbercher ailleurs que dans les formes le principe de classification.

C'est ainsi que Ileinroth publia un travail de classification basé sur une théorie des causes psychiques. Il admit que l'homme était susceptible d'autant de formes générales de folie qu'il y avait de facultés différentes, et il divisa lesvésanies en : lésions de rintelhgence, où il plaça les délires partiels; lésions de la volonté, où il plaça la manie; lésions du sentiment ou des sentiments affectifs (mélancolie). Mais emprunter une classification de la folie à la psychologie est contraire aux principes de saine observation médicale, car c'est laisser de côté tout l'élément somatique et transporter la médecine dans le domaine de la philosophie pure.

M. Morel(l), prenant pour base l'étiologie, a divisé récemment les maladies mentales en six groupes en rapport avec les relations intimes et nécessaires qui existent entre la forme de l'aliénation et la nature de sa cause. Le premier

(I) Traité des maladies mentales, p. '258.

groupe comprend les aliénations héréditaires; le second, les aliénations mentales par intoxication; le troisième, les aliénations déterminées par la transformation de certaines névroses; le quatrième, les aliénations mentales idiopathiques, parmi lesquelles se trouve rangée la folie paralytique ou ])aralysie générale ; le cinquième groupe comprend les Iblies sympathiques; enlin le sixième groupe terminatif est consacré à la démence.

Celte tentative de classification est sans contredit une entreprise hardie; elle est fondée, en outre, sur ce fait incontestable que, dans beaucoup de cas, la nature de la cause imprime à la maladie quelques modifications spéciales. Mais lorsqu'on considère attentivement les divisions que nous venons d'indiquer, on s'aperçoit bien vite qu'elles n'offrent aucune délimitation rigoureuse, qu'elles empiètent les unes sur les autres et laissent décote les caractères importants des maladies pour s'attacher à des faits tout à fait secondaires : sans doute, la folie hystérique et la folie épileplique empruntent quelque chose de spécial à la névrose qui les a causées, mais la forme maniaque ou mélancolique qu'elles revêtent me semble trop importante pour être placée au dernier rang. Dans la folie héréditaire, telle que M. Morel l'a décrite, je ne trouve aucun caractère spécifj(|ue; chaque jour ne voit-on pas sous l'inlluence de l'hérédité se développer les affections mentales de la nature la plus diverse, depuis la monomanic jusqu'à la paralysie générale ? Ainsi que l'a dit M. Parchappe .ne serait-ce pas la plus grave de toutes les erreurs pathologiques que de réunir le de/iriiim tremens^ la folie paralytique, la manie, la mélancolie en une seule espèce, sous prétexte que ces affections peuvent se développer sous l'influence de la même cause, l'abus des boissons alcooliques? Enfin, en suivant le même principe de classification, dans quelle catégorie.placer les maladies mentales accidentelles, dont la cause réelle est souvent insaisissable ?

5â CLASSIFICATION

Si nuus ne croyons pas devoir admt.llK; mie classification basée sur les causes des maladies, nous ne discuterons même pas la possibilité, dans l'état actuel de la science, de fonder une classilication des vésanies uniquement sur l'anatomio patliolojji([ue. Bien que la découverte de la paralysie générale ait donné à eet élément une importance nouvelle, nos connaissances sur ce sujet sout trop restreintes pour nous permettre d'aller au delà.

La classification suivante que nous proposons, est l'ondée tantôt sur les symptômes, tantôt sur les lésions intellectuelles, tantôt sur l'anatomie pathologique ; elle n'offre par ellemême rien d'original et emprunte presque tout aux classifications proposées par Ferrus, par M. Parchappe et surtout par M. Baillarger. Tout en étant Tort attaquable au point de vue d'une logique rigoureuse, elle a l'avantage de résumer exactement les données positives acquises jusqu'ici à la science, et d'être pour l'étude un instrument simple et commode. Aussi est-ce à ce point de vue seulement qu'il faut l'envisager.

f (avec excitation : manie.

i Délire eénéral \ ., . •

V „, ..-»„ \ f avec dépression : melanco ne,

YQsanxe^ pures ' '- ^ '

ï Délire partiel Moiiomanie.

^Démence

/ Manie et mélancolie (folie à douhle forme). Vésanies associées e/i«re^ Monomanie et démence. elles. ] Mélancolie et démence.

Manie et démence. ,

avec lésion organique. Paralysie générale.

/' Épilepsie.

\ Hystérie

■ffanique ' „,

\ Clioree.

appréciable. /ni- i i- '^' f l'olie alcoolique.

\ Pellagre.

Étals congénitaux Idiotie, imbécillité, crétinisme.

Vésanies associées à

des lésions , in.-- . , i •

i V Hystérie, extase, catalepsie.

du tnouvement. f sans lésion orarar'

^ 4. — TranHforitiation dc$i iliversf<« foniK^.s d'alit'natïun mentale.

Les formes de maladies mentales que nous venons d'indiquer î»résentent des caractères assez Iraiicliés pour que chacune d'elles puisse et doive être étudiée isolément ; mais nous ne pouvons oublier qu'entre toutes ces classes il existe df's connexions intimes, et, sans parler des formes mixtes <lont nous parlerons plus tard , rappelons seulement que l'on observe chaque jour des transformations d'une forme k l'autre. Ces transformations prouvent une fois de plus que, malgré une grande variété d'aspect, la maladie reste au fond la même,; elles font coinprendre jusqu'à un certain point l'opinion des médecins qui n'admettent, dans la folie, qu'une seule et même maladie, se masquant sous des formes variées.

1" On voit assez souvent la manie remplacer la mélancolie et réciproquement. Parfois même, cette alternance se fait avec une telle régularité et une telle continuité que quelques médecins ont pris ce fait important pour servir de base à une forme particuUére de maladie mentale, dite folie à double forme, folie circulaire. Les mêmes alternatives de dépression et d'excitation se rencontrent dans quelques états chroniques avoisinant la démence ; mais alors les périodes n'ont aucune régularité ni dans leur durée ni dans leur intensité et sont uniquement remarquables par le contraste que présente l'état des malades à des époques peu éloignées.

2" On voit la manie laisser après elle, alors même que l'agitation et l'incohérence ont disparu, des idées délirantes isolées, de la monomanie (Moreau) ; et pareillement, à la suite d'un délire général, quelle que soit sa nature, il peut rester des hallucinations qui d'abord, confondues au milieu du trouble général de rintelligence, persistent alors même que

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