‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 36 sur 141 · CRISES DANS LA FOLIE · texte numérisé non relu

CRISES DANS LA FOLIE

on voit chaque jour des phénomènes jadis considérés comme critiques, desparotides, des abcès, suivre leur cours sans exercer sur la marche de la maladie i^entale aucune influence favorable ou défavorable, ou n'exercer celte influence que d'une manière passagère, l'affection mentale reprenant son cours habituel dès que le phénomène accessoire a disparu; c'est ainsi que j'ai vu un rhumatisme articulaire aigu faire disparaître complétement'pendant une quinzaine de jours un état de stupeur devenu chronique; la maladie mentale reparut à mesure que le rhumatisme approchait de la guérison.

Quant aux faits dans lesquels cette influence a été évidente, ils sont très réels et méritent d'être étudiés à part. On peut sans doute leur conserver le nom de phénomènes critiques pour indiquer qu'ils ont aidé puissamment à la solution heureuse de la folie, mais loin d'être considérés en vertu de théories humorales surannées, comme le résultat de l'élimination de la nature morbifique, d'un mouvement salutaire de la nature, ils peuvent être l'objet d'interprétations infiniment plus rationnelles. Et en effet ces phénomènes, analysés avec soin se rangent en quatre catégories distincles.

1" Tantôt ils consistent dans l'améhoralion de certaines fonctions, comme la digestion, l'assimilation, ou dans la réapparition de sécrétions jihysiologiques comme la sueur, la salive, les larmes, la menstruation, sécrétionsqui, supprimées pendant la maladie, se rétabhssent par suite du retour à la santé.

2° Ou bien ce sont des inflammations locales, des abcès, des anthrax, des parotides, des pneumonies, des tubercules pulmonaires, qui agissent en produisant une révulsion énergique ; quelquefois même des affections générales, des fièvres intermittentes, des fièvres éruptives qui, développées pendant la durée de la folie, se mettent à sa place et agissent par une véritable substitution.

3" Enfin il s'agit parfois d'une aliénation mentale déve-

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loppée sympalliiqucnioiit (|iii ^uéi'it loistiuc l;i maladie première a disparu. Esl-il juste de dire alors que la disparition de rafreclion jiriniordiale sert de crise à la folie?

1° Crises j)ar rélablissement des fonctions physiologiques.

Parmi los lails de la première catégorie il faut citer ce que Esfjuirol a appelé les crises par l'embonpoint ou l'aniaiprissement, ou crises par le système absorbant. On voit des aliénés qui pendant le déclin de la maladie engraissent progressivement et guérissent lorsque l'embonpoint a atteint une certaine limite ; d'autres, au contraire, maigrissent considérablement et ne commencent à éprouver quelque amélioration dans leur étal intellectuel qu'au dernier degré du marasme. Ces faits, très curieux d'ailleurs, ne sont pas autre chose que le retour des fonctions assimilatrices à leur niveau physiologique.

Il en est de môme des crises par la sueur, sur lesquelles on a tant insisté. Le rélablissement de la diaphorèse est le signe précurseur du rétabhssement de la santé ; c'est un symptôme d'un heureux augure, mais il ne faut pas lui attribuer une importance exagérée. J'ai constaté souvent, dit Guislain, des sueurs copieuses qui se manifestaient dans le cours de la manie sans qu'il en résultat quelque soulagement pour le malade (1).

BaiUou a signalé le ptyalisme comme ayant amené une crise favorable dans des cas de mélancolie et d'bypochondrie. M. Foville a vu également un accès de stupeur guérir rapidement à la suite d\iu ptyalisme abondant.

Plusieurs auteurs ontdécrit les crises \)^v\<^s larmes comme un des modes heureux de terminaison de la folie et Esquirol en a cité quelques exemples, mais ce symptôme n'est pas autre chose que le résuUat de l'amélioration simultanée de

(1) Leçom sur les iihrcnopathie!-, I. II, p. 279.

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l'élat mental et de l'état physique du malade. Eu même temps que les sécrétions physiologiques, jusque-là taries, reparaissent, les sentiments aflectifsse raniment; le souvenir du passé, la vue des personnes aimées amènent une émotion inaccoutumée et une détente générale du système nerveux qui permet l'efTusion des larmes.

On a attribué une grande importance au point de vue des phénomènes critiques au retour dehimeiistruatiofi, après une longue suppression. Ce symptôme est en effet favorable et s'accompagne souvent d'une notable amélioration dans l'état intellectuel, mais le plus souvent les règles ne reviennent que lorsque la malade est déjà en voie de rétablissement, et ellesmêmes doivent être considérées comme le premier résultat du retour à la santé et non comme un phénomène critique. Il peut môme arriver que la guérison soit sérieuse et durable, alors même que les règles ne sont pas revenues, leur rétablissement lié plus intimement à la nutrition se faisant quelquefois avec une très grande lenteur.

A côté de la menstruation je n'hésite pas à ranger l'écoulement sanguin /^e/^zorrÀo/t/f^zVe qui, chez quelques sujets, a toute la valeur d'une hémorrhagie périodique et normale. Déjà Hippocrate avait signalé toute l'importance de cette fonction chez les aliénés (1), et la plupart des médecins, forts de leur expérience, ont maintenu cette opinion. Il y a en elTet dans l'écoulement hémorrhoïdaire, une hémorrhagie à la fois déplélive et révulsive qui agit indirectement sur la circulation cérébrale et qui explique parfaitement toute l'importance de cette fonction dans la folie et surtout dans la paralysie générale, où les mouvements congestifs vers la tète sont infiniment plus marqués. C'est un point sur lequel nous aurons à revenir à cause de ses conséquences thérapeutiques.

;i) Voy. p. 3.

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