‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 38 sur 141 · PAR RÉVULSION OU SUBSTITUTION · texte numérisé non relu

PAR RÉVULSION OU SUBSTITUTION

mittencc caractérisée par la disparition du délire ambitieux , de l'incohérence des idées et de l'embarras de la parole.

M. Thore (1) a cité deux faits de manie, l'un datant de plusieurs mois et l'autre de plusieurs années, qui tous deux guérirent très rapidement à la suite de l'apparition d'un érysipèle de la face.

Chiarugi a vu la variole servir de crise dans un accès de manie.

La suppression de la gale comme cause de folie et la réapparition de cette affection cutanée comme phénomène critique, sont de ces opinions médicales qu'une connaissance plus complète des alfeclions psoriques a réduites à leur juste valeur. On a cilé cependant des affections 1res étendues comme l'eczéma et le prurigo, liées à un état constitutionnel, qui, développées chez des aliénés, ont contribué puissamment à la disparition des accidents nerveux, et ces faits ont été racontés par des observateurs dignes de foi.

Une bronchite fébrile intense a mis fin, dans un cas, à un violent paroxysme de manie (2). M. Thure a rapporté l'observation très curieuse d'une manie furieuse alternant avec une double pneumonie : la pneumonie apparut deux fois, et deux fois le délire cessa complètement (3). MM. Germain et Bouchet (A) citent un cas de stupeur terminé heureusenicnl par l'apparition d'une pneumonie.

Plusieurs médecins ont noté l'influence de la phthisie pulmonaire sur la marche de la fohe : un accès de folie chez une fille de trente-cinq ans dure pendant deux années avec de violents paroxysmes d'agitation ; la malade devient phthisique : à mesure que l'altération organique fait des progrès, les troubles intellectuels diminuent d'intensité et abou-

(1) Annales méd.-psych., ISU, t. III, p. Uli et seq. (2j Eiiinburgli med. and f^urg. journal, avril 1833. (3) Thore, loc. cit.

{^)Ann. méd.-psycholog., t. V, p. 181.

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tissent à iiii rtat complot de raison qui persista jusqu'à la moit(l). Boucliet(de Nantes) rapporte un cas analot,'ueetcite en même temps une observation fort curieuse où la manie et la phthisie pulmonaire marchèrent simultanément dans la voie de ramélioralion : la manie guérit complètement en même temps que les symptômes de tuberculisation diminuèrent d'intensité {'2). Dans un autre fait rapporté par Richard Mead, on vit les synqjtômés de la maladie du poumon s'amender et disparaître à mesure que le délire et les hallucinations se manilestaienv. p]nfin, quelquefois il existe une sorte d'alternance entre les symptômes de la phthisie pulmonaire et le phénomène du délire (3).

Quoi qu'il on soit de ces faits, curieux à tous égards, le nombre considérable d'aliénés qui succombent à la phthisie tuberculeuse sans que l'étal mental ait éprouvé la moindre amélioration, prouve que cette influence révulsive doit être considérée comme exceptionnelle.

Les maladies c/iru/nques des voies digestives, la diarrhée, la dysenterie ont amené, dans quelques cas la disparition des troubles intellectuels, et Pinel parle d'un ictère qu'il considère comme critiquf^ dans un accès de manie. ■

L'apparition d'un moiicement fébrile a souvent exercé une influence des plus énergiques sur l'heureuse terminaison de la folie et prouvé toute la vérité de l'axiome hippocratique : Febris spas?nos solvit. Galien cite le fait d'un accès do folie guéri à la suite d'une fièvre quarte. Esquirol rapporte plusieurs faits analogues à la suite de fièvres gastriques, biheuses, intermittentes (à). D'après Guislain (5), M. Hergt, à lUenau, a vu un aliéné réputé incurable se rétablir après quatorze années de manie, sous l'influence du retour d'une

(1) Ann. niccl. légales belges, 18i3.

(2) Annales cVhygiène, 18^0, t. WIII, p, 270.

(3) Pinel, Thèsv inaug., p. 'l'i et suiv.

(4) Esquirol, t. 1, Tenninaizous critiques de le folie, p. 337.

(5) Lrçons sur les plavunpaihies, t. Il, p. 27".

TAU RÉVULSION OU SlJIiSTITUTION. Oj

fièvre inlerniiltente dont ce malade avait été alloiiil lois de son entrée dans l'établissement. Plusieurs faits d'amélioration ou de guérison à la suite de fièvres intermittentes, dans des cas moins graves, ont été relatés par le docteur Koslcr (de Sieburg). M. Girard de Cailloux (1), dans un travail plein d'intérêt sur l'influence des fièvres intermittentes sur l'épilepsieet la folie, donne l'histoire d'un cas de manie terminé heureusement au quatrième mois par une fièvre intermittente avec hémorrbagie nasale qui jugea la folie. Enfin, M. Belhomme (2) a cité deux observations, l'une de manie aiguë, l'autre de stupidité, jugées par une fièvre intermittente.

Tous ces faits sont dignes d'intérêt, car ils démontrent nonseulement l'action substitutive qu'une maladie peut exercer lorsqu'elle vient s'enter sur une autre, mais encore ensuite l'utilité que peut avoir l'emploi de révulsifs énergiques et prolongés dans quelques cas de folie. Mais il serait peu conforme à la vérité, de vouloir trouver dans l'apparition et la valeur de ces phénomènes quelque loi constante et régulière comme l'admettait la doctrine des crises. Bien plus, dans ma conviction, cette heureuse influence de certaines maladies incidentes chez les aliénés a été notablement exagérée, et l'on a trop volontiers insisté sur les cas heureux en négligeant les autres. J'ai vu comme beaucoup d'autres, des furoncles, des anthrax, des abcès, des afl"eclions de toute nature survenir dans le cours de la folie. Dans la majorité des cas, je n'ai observé aucun effet appréciable de cette révulsion, et souvent même l'affection intermittente, abcès ou parotide, a amené la mort sans aucune rémission dans l'état mental; dans les cas heureux, l'apparition du phénomène critique avait presque toujours été précédée d'une amélioration déjà très sensible dans les troubles de l'intelfigence.

(1) Ann. méd.-p'ych., t. VIII, p. 83 etscq.

(2) Ciiuiuicmc mémoire sur la localimùon des fonctions cérèbra'cs et de la folie. Paris, 18.'i9.

3" «Irises par cessation de la cause d'une folie sympathique

S" Enfin, l'un a cité comme exemple de l'iieuieusc inlluence des crises dans la folie, des observations d'aliénations mentales sympathiques dans lesquelles la guérison de la maladie primitive avait amené la guérison de la folie : une femme devient folle en môme temps qu'un polype utérin se développe chez elle : on enlève le polype, la foUe guérit. Prost rapporte des faits de folie terminés par la guérison à la suite de l'exjjulsion des vers intestinaux (i). Sauvages donne l'histoire de sujets devenus ahénés par la présence de larves dans les cavités nasales et guéris par leur expulsion. Sont-ce bien là des phénomènes critiques?

On a considéré encore la grossesse, l'accouchement, l'allaitement comme servant de crise à la fohe ; mais j'ai prouvé autre part que l'accouchement ne guérissait les aliénées que dans les cas fort rares où la folie s'était développée sympathiquement par suite de la grossesse, et que l'état puerpéral produisait bien plus souvent le développement ou même l'aaiîravalion de l'ahcnation mentale qu'il n'amenait sa

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