HALLUCINATIONS COMPATIBLES AVEC LA RAISON
même l'idée de folie ; mais il est à cette règle générale d'incontestables exceptions. La science et l'histoire rapportent des faits OÙ des hallucinations bien manifestes ont été compatibles avec un état mental parfaitement régulier, soit que le malade eût conscience de la nature de l'hallucination et ne crût pas à sa réalité, soit que tout en croyant à sa réalité, il ait toujours conformé ses actes aux règles de la raison la plus sévère.
1° Halkicinalions compatibles avec la raison.
Les malades qui ont conscience de la nature de leurs hallucinations, qui ne placent pas leur conviction intime audessus de la conviction commune, qui rectifient l'erreur d'un sens, soit à l'aide du jugement, soit à l'aide des investigations des autres sens, ceux-là ne sont pas réellement aliénés, mais leur situation intellectuelle est dangereuse : longtemps ils luttent contre les sensations anormales qui les obsèdent et se répètent à eux-mêmes que les voix qu'ils entendent, que les visions qui frappent leurs yeux, ont une existence purement chimérique; il vient presque nécessairement un instant où ils succombent, et dès qu'ils en arrivent à croire à la réalité de leurs hallucinations, dès que leur conviction est étabhe dans ce sens, ils sont aliénés, et les actes délirants ne tardent pas à se produire. L'histoire de beaucoup d'hallucinés offre au début des traces non douteuses de cette lutte curieuse et saisissante entre la raison et la folie, lutte inégale dans laquelle la raison succombe presque toujours : citons quelques-uns de ces faits, réunis en grand nom^ breparM. Michéa et M. Brierre de Boismont(l),'dans lesquels on voit les hallucinations exister comme symptôme isolé au milieu d\me intelligence saine, chez des individus ayant conscience de la nature de ce phénomène.
Bottex raconte qu'un employé d'une brasserie de Stras-
(l)Voy. Michéa, op. cit., p. 221. — Brierre do Boismonl, Des kallucinalions, 3*= édit., p. 20 et suiv.
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buur{j, s'claiil ivinlii ;i Saiiil - Etienne , liabilail (.elle deinière ville depuis deux mois, lorsqu'une nuit il entend niarcluM" autour de son lit et sent quelque chose (jui send)lc passer par-dessus la couverture; It; leiidcriiain, à la même lieure, même bruit , mais il entend distinctement ces mots : « Ah ! je t'ai donc trouvé ! » Il reconnaît la voix d'une jeune personne qu'il a laissée à Strasbourg. Depuis lors celle voix le poursuit partout et lui demande de l'argent, lui parle de mariage, et le menace du diable s'il ne se rend à ses instances.... 11 ne voit i)as la femme qui lui parle, mais il entend très distinctement sa voix ; il ne se passe pas d'heure qu'elle ne lui adresse la parole. Lorsqu'on lui dit de l'écouter, il penchi; la tête à gauche et ne larde pas à l'entendre ; il répète alors mot pour mot ce qu'elle dit... Cet homme jouit de toute sa raison; il sait fort bien que la femme dont il entend la voix n'est pas auprès de lui. 11 faut, dil-il en riant, qu'elle ait fait un pacte avec le diable ; il ne peut exj)liquer autrement ce qu'il éprouve , mais il ne s'arrête pas à celte idée qu'il sait être ridicule.
Tous les auteurs rapportent l'histoire du libraire Nicolaï (de Berlin), qui, sous l'influence de chagrins prolongés et d'un léger degré de congestion cérébrale, éprouva pendant dix mois les hallucinations de la vue les plus étranges, associées bientôt à des hallucinations de l'ouïe : lui-même a laissé un récit parfaitement circonstancié et une analyse remarquable de tous ces troubles sensoriaux dont il eut toujours parfaitement conscience, et qui ne troublèrent pas un instant ses facultés intellectuelles.
L'hallucination, quoique reconnue et appréciée pour ce qu'elle est par la personne qui l'éprouve, peut, par sa persistance et sa durée, produire sur l'esprit une impression si fâcheuse, qu'elle devient cause de la mort. Walter Scolt (1)
(1) Histoire de la démonologic cl de la sorcellerie, trad. de Dcfauconiirel, p. 228.