MENTALE
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détermine l'excitation d'un nerf spécial, ils ont peu de valeur : on ne saurait en effet comparer des étincelles, des éclairs, des bourdonnements, des sensations vagues et confuses, à une sensation aussi complète, aussi nette que la véritable hallucination.
Et d'ailleurs, si une lésion des nerfs spéciaux était la cause de l'hallucination, cette dernière évidemment devrait être uniforme, identique avec elle-même, de même que dans larétinite ou dans l'oblitération de la trompe d'Eustachc, les malades perçoivent toujours les mêmes étincelles ou les mêmes bourdonnements. Or, il est loin d'en être ainsi • les hallucinations sont mobiles et variables à l'infini, elles sont toujours en rapport avec les idées, les habitudes, les souvenirs du malade, et procèdent directement de son état intellectuel. C'est une forme nouvelle et plus grave sous laquelle se manifestent les préoccupations déhrantes du sujet; c'est, en un mot, comme l'a dit M. Lélut (1), une transformation spontanée de la pensée en sensations le plus souvent externes ; c'est une sorte de délire sensorial dont les illusions ne sont la plupart du temps que le premier degré.
2" 11 est donc impossible de refuser une part active à l'intelligence dans la production de l'hallucination. Mais faut-il, par une exagération opposée, nier (|ue l'hallucination puisse être comparable à une sensation réelle, et la considérer comme se rattachant à une modification cérébrale analogue à celle qui, dans l'état normal, accompagne l'action de l'imagination, comme purement intellectuelle, en un mot.
C'est là une opinion que nous n'hésitons pas à repousser • jamais la représentation mentale, même portée à son plus haut degré, n'arrivera jusqu'à la production de ces sensations extérieures au malade, si nettes, si précises, qui constituent la véritable hallucination. Le musicien qui, en lisant un air,
(1) Démon de Sacrale, p. 202.
2AS niiS HALLUCINATIONS.
se représonlc la valeur des suns el prend une idée exacle de la nuisique (|u'il a sous l((s yeux, n'ai rive à C(! résultai (lue par un ellort d'imayinalion ; mais il n'enlend pas réellement au dehors de lui les sons musicaux comme l'Iialluciné, il les entend en dedans el en esprit seulement. Et de même le peintre ipii a i^ravé dans sa mémoii'e les traits du modèle (pi'il est chargé de reproduire, ne les voit pas des yeux du corps comme l'Iialluciné voit le sj)ectre (jui se dresse devant lui ; il les voit des yeux de l'esprit et mentalement, sans ciue jamais il puisse arriver à se les représenter matériellement.
3" Dans la véritalde hallucination, il existe donc un élément sensorial qui ressemble à la sensation telle qu'elle est perçue à l'état normal, elqui éloigne l'idée d'un phénomène purement intellectuel. L'intellif^ence devient sans doute le point de départ des hallucinations, mais elle ne saurait complètement en expliquer la production; si dans la sensation normale le mouvement se produit de dehors en dedans, des organes des sens vers le cerveau, dans l'hallucination, au contraire, il a lieu de dedans en dehors, du cerveau vers l'organe. Telle est en peu de mots la théorie mixte qui admet, dans la production des hallucinations, deux éléments, l'un sensorial, l'autre psychique, théorie que M. Baillarger a surtout développée et défendue, et qui nous parait l'ondée sur une observation saine et exacte des faits (I).
Cependant, tout en démontrant la nature et le mécanisme des véritables hallucinations (ju'il appelle psycho sensorielles, M. Baillai ger n'hésite pas à admettre une hallucination intellectuelle, ou hallucination psychique, qui ne réclame pas l'intervention des sens et semble plutôt se rattacher à une variété de délire. Il est certains aliénés qui entendent ce qu'ils appellent des voix intérieures, sorte de parole non arlicul(!'e , communication muette (jui ne retentit que
(1) Voy.BailInrgcr, t. \il, Mémoires de VAcad. de mcdecine, p. 273 à 516.
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dans l'ànie et qui vient du cœur, de la tète ouderépigastre. Interrogés sur ce qu'ils éprouvent, ces malades disent très nettement qu'ils n'entendent pas la voix en dehors d'euxmêmes, ils ne peuvent s'expliquer ni sur son timbre, ni sur son accent, ni sur sa direction; ce n'est pas, disent-ils, une voix ordinaire, ils la perçoivent en esprit seulement et causent avec leur interlocuteur par l'intermédiaire de la pensée : aussi, pendant leurs hallucinations, font-ils à la fois les demandes et les réponses, bien différents des véritables hallucinés qui restent immobiles, écoutant avec anxiété les avertissements qu'ils reçoivent du dehors.
En résumé, les hallucinations purement intellectuelles ne sont pas de véritables hallucinations, c'est une sorte de délire dû à l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination ; quant aux hallucinations véritables, elles comportent toujours l'existence de deux éléments, l'un psychique, l'autre intellectuel.
Il reste, pour compléter l'étude de la physiologie de l'hallucination, à indiquer les conditions psychologiques qui favorisent son développement. M. Baillarger les a rangées sous trois chefs principaux qui résument pour lui les points importants de sa théorie de l'automatisme de l'intelligence dans la production de l'hallucination. Ce sont: 1" l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination; 2" la suspension des impressions externes; 3" l'excitation interne des appareils sensoriaux.
Cette dernière condition se déduit logiquement de l'étude même de l'hallucination, mais ne peut se prouver par l'observation directe. Quant aux deux autres, l'expérience de chaque jour démontre leur vérité; et en effet, dans l'immense majorité des cas, les hallucinations se produisent au moment où les sens ne sont soumis à aucune impression extérieure normale, alors qu'il y a absence de volonté, détente de l'at-
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loiilidii, alors, l'ii iiti iiutl, quo rintclli^'oncf, aliamloiiiirn à clle-riièm»', flolte sans }»uido ot sans soutien, (l'est ainsi (|uo la raliiiuo (le l'esprit à la suite d'une (•(uiliMilion luolori^ée, que les rêves, l'état inlerniédiairc à la veille et au suniineil, favorisent la production des troubles sensoriiiux. Il ne tant pas croire cependant r|ue cette loi soit absolue : la science possède quelques cas exceptionnels où l'attention et la volonté ont exercé une iniluence positive sur rap[)arition des ballucinations. M. Micliéa cite l'observation d'un jeune nionomaniaque qui (i) traduisait immédiateniefit en fausses perceptions visuelles toutes les idées qui lui traversaient la tète. M. Moreau a consigné l'bistoire d'un de ses malades (jui se procurait instantanément des ballucinations de la vue : il lui sul'lisail i)Our cela d'incliner un pou la tète en avant. Un malade cité par Abercrombie voyait h l'instant les ligures (pi'il désirait. Jérôme Cardan, enfin, jouissait d'une faculté analogue : Video çiia; vo/o, ocit/is, non vi mentis (2).
Quant à la suspension des impressions externes, elle manque quelquefois, et je suis disposé à attribuer à cette condition physiologique moins d'importance qu'à la pré' cédenle. Si dans la majorité des cas, une interpellation, une conversation un peu soutenue arrêtent et préviennent le développement du phénomène morbide, il n'est pas non plus fort rare d'observer des faits, graves il est vrai, dans lesquels, au milieu d'une conversation soutenue, d'un travail qui exige de l'altenlion, les malades sont brusquement inteirompus par la production d'hallucinations.
§ 5. — lIcK ra|>]iort«i «le l'iiallucinatioii avec l:i folie.
Quelle est la valeur de l'hallucination au point de vue de l'aliénation mentale? Dans l'immense majorité des cas, l'hallucination part d'un cerveau déjà malade, et implique par cela
(1) Michéa, iiuvr. cité, p. 94.
(2) De rerum varietate. Lugd., t. VHI, p. 410.