‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 80 sur 141 · MONOMANIES IMPULSIVES · texte numérisé non relu

MONOMANIES IMPULSIVES

/j|0 formes diverses de monomanie instinctive. — C'est surtout à la monornanie impidsive homicide et stdcide que ces données générales sont applicables. Dans la monomanie homicide, les malades ne s'adressent pas à des inconnus, à des ennemis; loin de là, ce sont leurs enfants, leurs parçnts, les êtres les plus chers, qui deviennent les victimes de leur violence ; la vue d'un couteau, d'un poignard, d'une arme quelconque, réveille l'impulsion avec une énergie nouvelle, et si, au début, les malades s'enfuient effrayés lorsqu'ils sont en présence de l'objet de leur délire, trop souvent ils finissent par succomber à l'irrésistibilité du mouvement qui les domine.

Dans une maison respectable d'Allemagne (1) une mère de famille rentre chez elle ; une domestique contre laquelle on n'avait jamais eu le moindre sujet de plainte parait dans une grande agitation ; elle demande à parler seule à sa maîtresse, se jette à ses genoux et lui demande en grâce de quitter sa maison. Sa maîtresse, étonnée d'une semblable demande, veut en connaître le motif, et elle apprend que toutes les fois que la malheureuse domestique déshabille l'enfant de cette dame, elle est frappée de la blancheur de ses chairs, et éprouve le désir presque irrésistible de l'éventrer; elle craint de succomber et préfère s'éloigner. Cet événement s'est passé dans la famille de M. de Humboldt.

Le 7 octobre 1826, dit Georget (2), la femme d'un cordonnier, nommé N..., vint me demander des conseils pour un état qui la mettait au désespoir : elle avait l'apparence de la santé, elle dormait bien, avait bon appétit, ses règles étaient régulières, elle n'éprouvait aucune douleur, la circulation n'offrait rien de particulier; mais la femme N... se plaint d'avoir des idées qui la portent à immoler ses quatre enfants, quoiqu'elle les aime, dit-elle, plus qu'elle-même;

(1) ^\diXC, Consultai, méd .-légale pour H. Cornier. Paris, 18^0, t. II, p. 71.

(2) Georget, Discussion médico-légale sur la folie. Paris, 1826,

aS/l ni'.'^ MONOMANIF.S.

elle craint aUrs de laiii- un manvaih cdih), c;11(! pleure, se désespéré, die a envie de se j^'lcr par la i'enêlre; dans ces moments elle devient rouge, elle ressent une impulsion irrésistible et non motivée, ce qui lui donne un saisissement et un treml)lemciit général.

Elle n'a pas de mauvaises idées contre les autres enfants; elle a soin de Inir les siens, de se tenir liors de chez elle, de rester chez une voisine, de cacher couteaux et ciseaux; on n'observe aucune iiutre lésion mentale. Celte femme ne peut plus travailler dans une manufacture où elle était occupée, attendu qu'elle a besoin d'être aidée par deux de ses enfants, et qu'elle ne veut j)as les avoir si prés d'elle; elle ne reste point oisive; lorsiiu'elle n'a rien à faire, elle monte et descend les escaliers un grand nombre de fois pour faire diversion à ses idées. Cet étal dure depuis le 8 septembre iS2(i. Trois mois auparavant, la malade avait éprouvé une vive contrariété étant dans ses règles; celles-ci continuèrent à couler et sont revenues avec régularité; elle n'a pas eu l'esprit frappé par le récit de crimes extraordinaires, mais elle avait eu un accès trois mois auparavant. M. Lallemand, chirurgien en chef de la Salpêtricre, a ordonné des bains, la valériane et un vésicaloire entre les épaules.

L'impulsion au suicide se rencontre exactement avec les mêmes caractères que l'impulsion homicide et lui est bien souvent associée; sans cause, sans chagrin d'aucune sorte, les sujets éprouvent de véritables accès pendant lesquels le penchant au suicide se présente à leur esprit avec une violence irrésistible qui s'accompagne de tous les troubles somatiques que nous avons énumérés. Comme ils ont de leur étal une conscience parfaite, ils tremblent en passant sur un pont, en se trouvant sur un lieu élevé, en se faisant la barbe, se lamentent sur leur sort et sur celui de leur famille, et vivent dans un état d'anxiété et d'angoisse qui émeut lorsqu'on les entiMid raconter leurs soidVrances.

MONOMAMES IMPULSIVES. — KLEPTOMAME. o85

Faut-il admettre comme forme spéciale de monomanie instinctive une propension irrésistible au vol, ou kleptoma?iie? Plusieurs des observations de ce genre citées par Esquirol se rapportent évidemment aux débuts de la paralysie générale et ne sauraient être invoquées ici. Mais en dehors de ces faits, en dehors de ceux qu'on observe chez des imbéciles et des déments, on en cite d'autres qui présentent comme lésion intellectuelle isolée , une propension irrésistible au vol. Marc (1) a rapporté les observations suivantes : Une jeune demoiselle, née de parents riches et de noble extraction, douée d'un bon caractère et d'un esprit sain, éprouvait habituellement le besoin de s'emparer des objets de toute espèce qui frappaient sa vue. Elle tenait en réserve un grand nombre de mouchoirs, de dés, de fichus, de bas, de gants qu'elle avait enlevés à ses compagnes. Ses larcins venaientils à être découverts, elle ne cherchait pas à le dissimuler; elle témoignait par ses larmes le repentir et la honte que sa conduite lui faisait éprouver; elle promettait de résister à l'avenir à cet odieux penchant; retirée dans sa chambre, elle priait Dieu avec ferveur de la soutenir dans ses résolutions ; mais l'occasion venait bientôt les détruire, et le maître de la pension où elle était alors fut enfin obligé de la renvoyer à ses parents.

Un employé du gouvernement, à Vienne, avait la singu- Uère habitude de ne voler que des ustensiles de ménage ; il loua deux chambres pour les y déposer; il ne les vendait point et n'en faisait aucun usage.

Victor Amédée, roi de Sardaigne, prenait partout des objets de peu d'importance.

Lavater parle d'un médecin qui ne sortait pas de la chambre d'un de ses malades sans lui dérober quelque objet, et qui ensuite n'y pensait plus. Le soir, sa femme vi-

{i)Dela folie considerl'e dam ses rapports avec les questions médico-judiciaires. Paris, 1840, t. II, p. 255.

HARCÉ. — Mal. ment. or.

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sitail SCS porlics (.'I y liouvail do ri»;!;;, îles ciH'aux, des dés à cuiidiv, lies coiilcaiix, d(;s cuilleis, d(;s IxmicIiîs, des rluis et les it'iidait aux propriétaires.

Lu l'einme du célèbre llaubius avail un si lorl ixMicliaiil à dérober, ijiie, lors(iu'elle ac^hetail, elle ('licrcliail toujours à soustraire (jueique cliosf.

Ces exemples élablisseul d'une uiauiére sullisanle l'existence d'une propension uialadivc au vol : le peu de valeur des objets volés, la bi/arieric du clioix, l'usai^e qui en est fait, la position sociale i\(ii individus, leur moralité, leurs antécédents au point de vue de l'iiérédité et de l'état mental, les aveux spontanés du voleur ou la restitution de l'objet, l'état de grossesse, enfin les pbénomènes physiques qui accompagnent les monomanies instinctives, toutes ces conditions devront étie prises en grande considération dans le diagnostic souvent délicat de la monomanie impulsive du vol. Quant à ces vols incompréhensibles commis par des amateurs effrénés de livres, d'antiquités, d'objets précieux, il est très dilTicile de distinguer ce qu'on doit attribuer à l'entraînement d'une passion dominatrice, ou à l'impulsion irrésistible de la lolie, et à cet égard on ne peut fixer de règles précises.

Pijronumie. — Les imbéciles, les sujets en démence peuvent mettre le feu par ignorance du danger ou par incurie; des hallucinés ou des monomaniaques peuvent commettre le même acte en raison d'idées délirantes spéciales. J'ai connu, dit Marc, un aliéné qui s'était placé sur des fagots qu'il voulait embraser, parce que, se croyant investi d'une puissance céleste, il était certain qu'à son commandement les flammes s'éteindraient aussitôt. L'idée de faire un acte méritoire, de purifier un lieu souillé par des infidèles, ou bien l'influence d'une hallucination , d'une voix chargée de transmettre les ordres de Dieu, ont été, dans quelques cas, le mobile de l'acte insensé. Mais, outre ces faits (jui se rattachent à la

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niononianie iiilellectuellc ou à l'histoire des hallucinations, il en est d'autres dans lesquels la propension à mettre le feu semble être le résultat d'une impulsion irrésistible oflrant tous les caractères psychiques et somaliques que nous avons précédemment mentionnés. L'époque de la puberté dans les deux sexes, époque d'évolution organique qui agit singuHèrement sur le système nerveux, semble , au dire de quelques auteurs allemands cités par Marc et par Esquirol, la cause occasionnelle la plus fréquente de cette forme de monomanie instinctive. Les sujets mettent le feu sans motif appréciable et uniquement pour satisfaire un besoin irrésistible qu'ils ne peuvent expliquer. Ils incendient les propriétés de gens qu'ils n'ont jamais vus, contre lesquels ils n'ont aucun motif d'aversion, souvent ils brûlent leui- propre maison. La vue des flammes, le tumulte, le son des cloches, déterminent chez quelques-uns d'entre eux une admiration passionnée qu'ils expriment tous en termes analogues et qui se traduit par une véritable extase; ils se trouvent en même temps soulagés de cette angoisse inexprimable (jui accompagne le développement de l'accès impulsif.

Il est bien rare de rencontrer la pyromanie impulsive à l'état de simplicité parfaite ; bien souvent elle s'associe à des hallucinations de la vue ou de l'odorat survenant au moment même de l'accès, mais n'ayant qu'une valeur symptomatique secondaire. La pyromanie impulsive est susceptible de guérison, elle s'observe rarement et est sur tout importante au point de vue médico-légal.

On désigne sous le nom de dipsomanie une forme particulière de monomanie instinctive qui consiste en un besoin irrésistible de boire des liqueurs alcooliques.

Il faut distinguer avec soin la dipsomanie proprement dite de ce penchant pour les liqueurs alcooliques que l'on observe au début de quelques maladies mentales et surtout de la manie et de la paralysie générale : le besoin de

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boire n'est |i;i^ iilors une maladie, c^'csl un ssniplnriie, mais un symptôme grave (\m accélère sinj^^ulièrement, il est vrai, la marche des accidents, et devient cause à son tour.

Dans l'étioluyie de la dipsomanie se retrouvent toutes les causes générales qui président au développement de la folie. Comme causes occasionnelles, on a noté la dyspepsie et ■ d'autres troubles nerveux de l'estomac, l'épocpie menstruelle, l'âge critique, la grossesse, l'état hystéri(jue (\m prédispose d'une manière si remarquable aux perversions de la sensibilité, les hémorrbagies puerpérales, la convalescence de fièvres graves, quand l'économie se trouve profondément épuisée.

La dipsomanie existe à l'étal aigu et à l'étal chronique. A V état aigu, elle procède habituellement par accès survenant tous les quinze jours, tous les mois et quelquefois à de plus longs intervalles : l'accès débute par de la tristesse, de la morosité, de la céphalalgie, de l'anxiété précordiale, puis le besoin de boire se fait sentir, puissant, irrésistible. On voit des gens pleins d'intelligence, ayant reçu une éducation complète, appartenant à la classe élevée de la société, des jeunes femmes que personne n'oserait soupçonner, des ouvriers bonnèles et laborieux, disparaître tout d'un coup du monde, quitter leur travail, et pendant huit jours, quinze jours et même plus, ingérer, tout en s'enivranl à peine, de prodigieuses quantités de liqueurs alcooliques. Les dipsomanes sentent l'accès venir : tout en déplorant leur impuissance à surmonter ce besoin maladif, ils ne cessent de boire que lorsque l'accès est passé, ou lorsque l'intervention de leur entourage met fin à leurs excès par un isolement forcé, llien tl'ailleurs ne les arrête : quand l'argent est épuisé, ils vendent, pour boire, leurs meubles, leurs vêtements, ceux de leurs femmes, de leurs enfants et sont apportés presque nus dans les asiles. Ceux qui sont trop en vue et n'osent se livrer en toute liberté à leur impulsion,

MO.NUMAMES i.Ml'Ul.SlVES. — UlPSOMAMi:. o8i)

savent dissimuler et recourir à mille ruses pour la satisfaire en secret : ils se renferment, s'isolent, et s'ils ne peuvent se procurer de l'eau-de-vie, boivent de l'eau de Cologne ou tout autre mélange alcoolique qu'ils viennent à rencontrer; ils le font pendant des journées, pendant des semaines, sans dormir, presque sans manger. L'accès se termine, en général, par un sommeil lourd et prolongé. Une fois qu'il est passé, les malades reviennent, honteux et épuisés, àleurs habitudes de santé. Ils redeviennent sobres, travailleurs, jusqu'à l'arrivée d'un nouvel accès, et parfois conservent assez longtemps la plénitude de leurs facultés intellectuelles, malgré les excès énormes auxquels ils se livrent et pour lesquels ils semblent avoir une tolérance spéciale ; quelques-uns cependant Unissent par succomber en proie aux accidents que nous étudierons plus tard comme résultant de l'abus des boissons alcooliques. La dipsoraanie chronique ne peut guère être distinguée de l'ivrognerie et ne s'oflre plus à l'observation avec des caractères pathologiques aussi tranchés que la dipsomanie aiguë. Tout au plus peut-on regarder comme atteints de cette forme de monomanie ces individus adonnés aux boissons fortes qui, voués à une intoxication permanente, reviennent périodiquement dans les asiles et chez lesquels un commencement d'affaiblissement intellectuel rend imj)0ssible tout effort de volonté, toute lutte entre la raison et leur détestable penchant, jusqu'à ce qu'une démence incurable ou une paralysie générale vienne clore leur triste existence.

Signalons à côté de ces diverses monomanies certaines perversions maladives qui frappent parleur étrangeté.

Georget, dans un mémoire resté célèbre (1), a constaté chez Léger des perversions instinctives poussant ce malheu-

(1) Examen médical des procès criminels des nommés Léger, Feldlmann, Lecouffe, Jean Pierre et Papavoiiie, dans lesquels l'aliénation mentale a été alléguée comme moyen de défense {Archiver de médecine, t. VIII, juin et juillet 1825).

-"^'■H^ ni:^ MONOMAN'IKS.

l'oiix à raiillir<t|io|)li;ijii('; il a diMiioiilri' avec iiik» rare safracilô, d'après toutes les circonstances du inocès, <|iril s'a^nssait là d'imiudsions irn'sislibles développées sur un étal anlérieiir d'indjécillilé, et il a cité un certain nombre de faits analoLjues é|iars dans les annales de la science.

Plus récemment, M. Lunier- a appelé l'attention sur l'alVaire si remarquable du sei*genl Rerirand, (jui, la nuil, .dlait dans les cimetières de Paris et des environs, déterrait les cadavres, les mutilait k plaisir, les mettait en pièces, et même se livrait sureux à des actes honteux de cobabilation. lîerlrand, sombre et triste pendant son enfance, avait nn tmcle aliéné ; deux ans avant son jugement il eut son premier accès. Ayant assisté par hasard à nn enterrement, il fut pris d'nn désir violent et instinctif de déterrer le cadavre, et dès le soir son projet était accompli. Son accès revenait tons les quinze jours et s'annonçait par de la céphalalgie, du malaise et un entraînement irrésistible pendant lequel, malgré les coups de fusil dirigés contre lui, malgré une machine infernale qui faillit le tuer, il franchissait les murs des cimetières, déterrait les cadavres avec ses mains ensanglantées, et cela sans ressentir de douleur; au début, il prenait des précautions, évitait le danger; mais plus tard, les accès devenant plus intenses, il allait à l'aveugle et sans rien calculer. Bertrand fut condamné comme coupable de violation de sépulture.

Outre ces monoinanies caractérisées par l'existence d'une impulsion irrésistible unique ou du moins dominante, on a décrit sous le nom de monomanie raisonnante (Esquirol), de monomanie instinctive (Marc), folie morale, moral msanity (Prichard), un état particulier dans lequel les sujets, tout en conservant en apparence un jugement sain et une grande habileté de raisonnement, passent leur vie à exécuter des actes bizarres et nuisibles, se laissent aller à tous les mouvements passionnés, à tous les désirs (jui travciscnl leur

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e<[irit, et, à la nioindre résistance, se livrent à des emportements maniaques pendant lesquels ils commettent des actes de la plus haute gravité. Dans les établissements où ils sont placés, ces malades, surtout dans leurs moments de paroxysmes, poussent les autres à la révolte et à l'insubordination, critiquent tout ce qui se fait autour d'eus, fatiguent de leurs réclamations les serviteurs et les médecins, et sèment partout la haine, la discorde et la calomnie. Pris en flagrant délit, ils nient avec opiniâtreté ou atténuent avec une habileté rai*e les actes qui leur sont reprochés, et sont un véritable fléau pour ceux qui les entourent et pour ceux qui sont chargés de les diriger.

Je ne saurais admettre cette situation mentale à tiire d'entité pathologiquedîstincte. Tous les faits de cette nature que j'ai recueilHs se rangent pour moi en deux catégories. Ce sont, ou des états congénitaux, dont on retrouve des traces dès la première enfance, et qui peuvent légitimement être rattachés à de l'imbécillité, ou des états anormaux de l'intelUgence consécutifs à des accès antérieurs de folie et se rapprochant de l'excitation maniaque. Chez ces derniers malades, malgré la disparition des accidents aigus, le retour du calme et une guérison complète en apparence, le jugement reste faussé ; il y a de» idées fixes, des sentiments involontaires de haine et de défiance, et surtout une irritabilité excessive à laquelle s'associent, dans les moments de paroxysmes, de véritables conceptions délirantes, dont ils ont conscience dès que le calme revient ; c'est d'ailleurs une situation dont le pronostic est grave et qui laisse les sujets sous l'imminence continuelle d'une rechute plus complète.

§ 4. — Traîtctucnt.

Rien de plus difficile à tracer que le traitement des monomanies. A part les règles de traitement applicables à la

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lolie en général el sur lesquelles iu»us avons insisté |)lus haut, chaque cas particulier présente des indications spéciales, et il n'est aucune lormc de lolie ({ui exerce davantage la patience et la sagacité du médecin.

Ici le traitement moral joue sans contredit le premier rôle, et par traitement moral, je veux dire surtout l'isolement et une direction intellectuelle liabile et énergique. L'isolement dont nous avons étudié les efi'ets, rompt les habitudes délirantes du malade, l'entraîne invohjntairement dans une vie régulière et disciplinée, et donne au médecin l'ascendant moral qui résulte nécessairement d'un pouvoir uni(|uo et incontesté.

Une l'ois que le monoiiianiaque a été placé dans des conditions favorables pour le traitement, faut-il, en se basant sur l'activité quasi-normale d'une partie des facultés intellectuelles, attaquer par le raisonnement, discuter une à une les idées délirantes, faire appel à l'évidence et lui prouver qu'il a tort? En général, c'est là une mauvaise méthode. En argumentant à fond avec le monomaniaque, le médecin use son influence et ne fait que donner une nouvelle énergie aux idées qu'il veut combattre, car l'aliéné, cherchant des arguments, concentre toute son attention sur les circonstances qui peuvent corroborer son opinion, et ne fait que la rendre plus irréfutable à ses propres yeux. Si par hasard sa conviction est un jour ébranlée, il fait les promesses les plus solennelles et semble retrouver la gaieté et la confiance ; les gens inexpérimentés croient à la guérison, mais au bout de peu d'heures, de peu d'instants, le délire reparaît sous une autre forme, s'empare des prétextes les plus futiles, et déjoue les efforts de logique les mieux combinés. C'est ce (|u'on voit chaque jour chez les monouianiaques atteints du délire de persécution dont les idées de haine et de défiance, cédant parfois momentanément aux témoignages d'affection de ceux qu'ils soupçonnent, se portent bien vite d'un individu

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sur l'autre, et interprètent dans le sens de leur délire, et avec une persistance toujours nouvelle, les incidents qui semblaient le plus propres à le combattre.

Les stratagèmes ne sont guère plus utiles que les raisonnements pour guérir les monoraanies. En vain raconte-t-on à plaisir qu'Alexandre de Tralles guérit une femme qui croyait avoir avalé un serpent en jetant un serpent dans le vase en même temps qu'elle vomissait; que Zacutus rendit la santé à un démonomaniaque en introduisant dans sa chambre et pendant la nuit un individu sous la forme d'un ange qui annonça au malade que Dieu lui avait pardonné; qu'Ambroise Paré guérit un malade qui croyait avoir des grenouilles dans le ventre en plaçant quelques-uns de ces batraciens dans son vase de nuit : ces histoires ne méritent aucune croyance; si dans les cas de cette nature on obtient parfois un répit momentané dans le délire, presque toujours les fausses conceptions reparaissent par une voie détournée. Un malade qui sentait une grenouille dans ses intestins, et que l'on opéra pour extraire l'animal, répéta le lendemain, après un soulagement momentané, qu'il éprouvait les mêmes douleurs, que sans aucun doute l'animal était une femelle dont on avait laissé les petits : les aliénés auxquels on apporte, pour les calmer, des lettres rassurantes et des attestations officielles, éprouvent quelques instants de calme, mais bientôt en arrivent à trouver un nouveau sujet de tourment dans le document qui les avait d'abord tranquillisés.

La voie du stratagème et du raisonnement n'est donc pas une méthode sérieuse de traitement, et il faut résister à la tendance involontaire qu'on éprouve à suivre cette direction.

On doit vis-à-vis des monomaniaques discuter brièvement et procéder surtout par affirmations et par négations vigoureuses, en cherchant moins à les persuader qu'à les émouvoir : au début, il est permis d'accepter leurs idées délirantes, afin de gagner leur confiance et de compléter son

•^9'l IH.S MONOMAMKS.

oxanicii iiii'Mlic;il; iii;iis;iii hoiil de (jiH'l(|iii' lomps, ii (Irviciil nécessaire de les comballiT do JVnnt, cl di- d(»nnornf»ttPriient sa propic appi'écialiftn.

Plus lard il importe de recourir :\ tous Ifîsa^^eiils iiioiaiix (|iriiidi(Iiieroiit rexpérieiice et ime connaissaiife approloiidic du caractère et de l'étal inenlal dos sujets : l'amoiir-propre, les sentiments affectifs seront successivement mis en jeu ; on aura recours, selon les cirronstanco?, aux ruses, aux llalleries, aux promesses, aux menaces, à rinlimidalion, moyens que Leuret maniait avec tant d'habileté et dont nous avons déjà traité.

La régularité dans les heures du lever, du coucher, des repas et dos promenades habitue l'esprit h une certaine disciphne; les voyages, les distractions de toute sorte, lamusi(jue, le travail agricole et manuel trouvent surtout ici leurs plus beaux succès.

Quant au traitement physique des monomanies, il doit marcher concurremment avec lo traitement moral dont il est l'adjuvant indispensable. 11 se basera sur les indications tirées de l'examen minutieux des sujets : la chlorose, l'anémie, la pléthore seront traitées par les movens appropriés ; contre l'excitation, contre l'insomnie, on emploiera les bains, les antispasmodiques et les narcotiques de toute nature; les laxatifs, tout en combattant la constipation, constituent une révulsion utile et leur emploi répété donne toujours de bons résultats; l'hydrothérapie est une ressource précieuse dont nous avons déjà préconisé les avantages. (Juant aux dérivatifs, comme le séton, le moxa, le vésicatoire, ils agissent chez le monomaniaque par une véritable révulsion morale : la douleur vive et permanente qu'ils déterminent réveille la sensibilité physique, attire l'atlenlion du malade et amène une sorte de détente dans la concentration intellectuelle qui le dom.ine.

Les règles de traitement applicablesà la monomanie hypo-

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chondriaquo sont, à part quelques nuances, conformes à celles (jue nous venons d'énoncer : peul-èlre ici le traitement physique est-il destiné à jouer, au point de vue de la cure, un rôle pins important, car il est très commun de rencontrer chez ces malades de l'anémie, de la dyspepsie, des vertiges nerveux, des dispositions hémorrhoïdaires qui retentissent d'une manière fâcheuse sur l'état mental, et vers lesquels le médecin doit diriger les premiers moyens thérapeutiques. La direction morale des hypochondriaques doit peu différer de celle que l'on emploie vis-à-vis des autres aliénés. Si l'on veut gagner leur confiance, il faut savoir les écouter et ne jamais oublier qu'ils éprouvent bien réellement les malaises et les douleurs dont ils font un interminable récit : loin de chercher à leur persuader qu'ils ne sont pas malades, ce qui les irrite et les décourage, il faut accepter une partie de leurs plaintes, les traiter sérieusement, relever leur moral et arriver graduellement à leur faire constater une amélioration. Cette tactique ne réussit guère que dans les cas peu graves, car l'iiypochondrie invétérée est un délire d'une ténacité désespérante.

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