‹ Traité pratique des maladies mentales (volume 2)Chapitre 79 sur 141 · MONOMANIES IMPULSIVES · texte numérisé non relu

MONOMANIES IMPULSIVES

On a nié l'existence des monomanies instinctives : on a dit que le mouvement impulsif n'existait jamais seul, qu'il était toujours lié à quelque hallucination, à quelque idée délirante, et qu'elles pouvaient toutes rentrer dans la classe des monomanies intellectuelles ou des monomanies sensoriales (1). On a dit encore que ces impulsions étaient le plus souvent associées à des vertiges épileptiques, et qu'il fallait les regarder, non comme une forme particulière de vésanie pure, mais comme un de ces troubles intellectuels spéciaux à l'épilepsie. Ces objections ne manquent pas de valeur, cependant elles me paraissent insuffisantes pour supprimer la classe des monomanies instinctives. Si dans les observations que possède la science, le mouvement impulsif a souvent, en effet, été accompagné d'une idée fausse, d'une hallucination, le fait de l'irrésistibilité, de l'impulsion, reste tellement prédominant au milieu de tous les autres symptômes qu'il donne à la maladie un cachet qui frappe au premier coup d'œil. Quant à affirmer que chaque accès de violence impulsive a été précédé d'un vertige épileptique assez passager pour échapper à l'observateur, c'est généraliser outre mesure une vérité mieux étudiée, il est vrai, de nos jours. Quoi qu'on en dise, il existe incontestablement des monomanies instinctives dégagées de toute complication.

2° Causes. — On retrouve dans les monomanies instinctives toutes les causes qui président en général au développement de la folie : antécédents héréditaires fâcheux, bizarreries de caractères, affections nerveuses antérieures. Les causes occasionnelles ont une certaine importance ; ainsi c'est au moment de la puberté, pendant les époques menstruelles, pendant la grossesse ou l'allaitement, au moment de l'accouchement et pendant les premiers jours qui le suivent, que se développent le plus volontiers les impulsions

(1) Bariod, Thise, De la ncn- existence de la monomanie inUinctxve.

irrésistibles; une émoliuii inuralo, l'esprit d'imitation, agissent (litnslc mémo sons. En 1825, une femnio, IlonriotteCornier, oiilrainée par uno impulsion de celte natiiro, ainsi (|ue Marc le démontra, commit sur une enfant de dix-huit mois, un meurtre (|ni eut dans toute la France un grand retentissement; dans l'année qui suivit, Esquirol recueillit ipiatre observations d'impulsions homicides, renmntant toutes h la vive impression produite par les commentaires de toutes sortes dont ce procès avait été l'objet.

3° Syniplomatoluy'ie. — L'accès impulsif est en général précédé d'une période de durée variable, pendant laquelle les sujets sombres, mélancoliques, vivant à l'écart, présentent un notable changement dans leur caractère et leur manière de vivre : déjà ils subissent l'influence de l'idée maladive, ils luttent contre elle, ils cherchent à la repousser ; au moment de l'accès, l'angoisse est inexprimable : ils éprouvent du tremblement, de la céphalalgie, de la constriction épvgastrique; les artères battent avec force, des bouffées de chaleur montent au visage, le regard devient fixe et farouche; une fois l'acte accompH, il se produit une sorte de détente : tantôt les sujets ne conservent aucun souvenir de ce qui s'est passé, tantôt ils tombent dans un état d'affaissement et de stupeur; quelques-uns ont horreur de leur crime, se lamentent, se désespèrent, vont se mettre entre les mains de la justice et racontent eux-mêmes les sensations qu'ils ont éprouvées avant l'accomplissement du crime.

La folie impulsive peut guérir après avoir duré plusieurs semaines, plusieurs mois, et ne laisser après elle aucune trace fâcheuse, mais les rechutes sont possibles, et ceux qui ont résisté une première fois succombent plus tard. Parfois même la reproduction des accès est régulièrement interraittente, et pendant les intervalles de calme, les malades rendent compte avec une lucidité parfaite des mouvements étranges qu'ils ont ressentis.

Page 1