DE LA FOLIE A DOIJRLE FORME
Th. Willis commence ainsi son article sur la manie (1) : « Post melancholiam seqidtur agendum de mania quœ isti in tantum affmis est, ut hi affectus sœpe vices commutent et alteruter in alterutrum transeat ; nam diathesis melancolica in pejus evectafurorem accersit; atque furor deferhens non raro indiathesinatrabilariam desinit. » Il est impossible de désigner plus clairement l'allernance et la succession de l'accès maniaque et de l'accès mélancolique. 11 n'est pas rare, dit à son tour Rsquirol (2), de voir la manie alterner d'une manière très régulière avec la phthisie, l'hypochondrie et la lypémanie; etilinsiste, dans plus d'un passage, sur la stupeur profonde qui précède pendant plusieurs mois l'explosion de la manie.
Griesinger, en 18/i5, dans un passage cité par M. Baillarger (3), regarde comme très ordinaires la transition de la mélancolie à la manie et l'alternance de ces deux formes. (( Il n'est pas rare, dit-il, de voir toute la maladie consister dans un cycle des deux formes qui alternent souvent très régulièrement. D'autres observateurs et nous-même avorls vu des cas dans lesquels une mélancolie survenue en hiver est remplacée par une manie au printemps, qui, en automne, se transforme de nouveau en mélancolie. Les accès de manie avec agitation alternent souvent avec un état de mélancolie. Quelquefois il y a entre ces deux formes une alternance régulière, pour celles, par exemple, qui débutent à une certaine époque de l'année.... » En 1851, M. Falret (/i), insistant sur ce caractère de cycle indiqué par Griesinger, caractère exact, puisque la maladie passant sans cesse de la manie à la mélancolie et de la mélancolie à la manie, roule
(1) Th. Willis, Opéra omnia, 1681, p. 255.
(2) Des maladies mentales, t. II, p. 170.
(3) ^nn. méd.-psychol., 185i, p. 374.
(4) Falret, Leçons cliniques de médecine mentale, 1854, p. 249, et Bulletin de l'Académie de médecine, 1854, t. XIX, p. 382.
HISTORIQUE
en eiïel dans une sorte de cercle, a cru devoir en tirer la désignation spéciale de circulaire, qu'il applique à un type spécial différent du type intermittent : « La transformation de la manie en mélancolie, et réciproquement, dit M. Falret, a été signalée dans tous les temps comme un fait accidentel; mais on n'a pas assez remarqué, ou du moins on n'a pas dit d'une manière expresse, qu'il existe une certaine catégorie d'aliénés chez lesquels cette succession de la manie et de la mélancolie se manifeste avec continuité et d'une manière presque régulière. Ce fait nous a paru assez important pour servir de base à une forme particulière de maladie mentale que nous appelons folie circulaire, parce que l'existence de ce genre d'aliénés roule dans un même cercle d'états maladifs qui se reproduisent sans cesse, comme fatalement, et ne sont séparés que par un intervalle de raison de courte durée. »
Enfin M. Baillarger, envisageant la question à un point de vue différent, a le premier fait voir (1) qu'entre lapériode maniaque et la période mélancolique, il n'existait, à proprement parler, pas d'intervalle lucide ; que l'association de ces deux formes constituait l'accès, et que l'intermittence, lorsqu'elle existait, ne s'observait qu'après l'évolution complète de cette double période, d'où le nom de folie ù double forme qu'il a donné à la maladie.
Je n'hésite pas à accepter cette dénomination pour les cas où les accès à double période sont séparés par une intermitlence bien accusée; mais je pense que le terme de folie circulaire s'applique avec plus d'exactitude aux faits encore nombreux où les accès se succèdent sans la moindre intermittence, et où la maladie roule indéfiniment dans le même cercle; un sujet offre une période mélancohque qui se prolonge pendant un mois et qui est suivie im-
(l) Baillarger, Bulklin deVAcad, de wied., 31 janvier 185A, t. XIX, p. 340.