TERMINAISONS
il', ces deux variétés de la manie et de la mélancolie, qui, prises isolément, sont plus curables que les autres, présentent la gravité la plus grande lorsqu'elles se réunissent pour Ibfmcr la folie circulaire. Jusqu'ici nous n'avons vu que des rémissions plus ou moins marquées dans le cours de cette affection, jamais nous n'avons observé ni de guérison complète, ni même d'amélioration durable. » Le même pronostic ne saurait s'appliquer aux cas où la maladie est récente, car il peut arriver que les sujets guérissent après un seul abcès. Dans ces cas heureux, où l'alternance régulière ne s'établit pas, la seconde période de l'accès peut, jusqu'à uii certain point, être considérée comme la réaction naturelle, mais exagérée de la première période ; car on voit souvent dans la convalescence de la manie, de la tristesse, de l'abattement, de la courbature, et au contraire, chez les mélancoliques qui vont guérir, il est assez commun de rencontrer un entrain exagéré qui ne disparaît qu'à la longue et lorsque la guérison est parfaite.
§ V. — Diagnostic.
Au début, le diagnostic de la folie à double forme est impossible. La période initiale ressemble tellement, soit à un accès de manie, soit à un accès de mélancolie, que l'on s'arrête à ce dernier diagnostic, et que l'on n'hésite pas à porter un pronostic favorable bientôt démenti par l'événement : la succession des périodes et des accès peut seule révéler la nature de la maladie et en indiquer la gravité.
§ 8. — l^crmlnaisons.
Gomme toutes les autres maladies mentales, la folie à double forme, lorsqu'elle ne guérit pas, peut à la longue se terminer par la démence, qui se dessine derrière l'excitation, derrière la dépression, et surtout pendant l'intervalle lucide,
DE LA FOLIE A DOUIiLE EORME.
par ses symptômes accoiUumés. Ouelquelbis, avant d'arriver à la clémence, elle se transforme en folie simplement intermittente. J'ai vu une malade chez laquelle des émissions sanguines firent disparaître la période maniaque : la maladie se réduisit à des accès intermittents de mélancolie profonde survenant à intervalles à peu prés réguliers, mais resta malgré tout incurable.
§ î>. — Traitement.
Le traitement de la folie à double forme doit répondre à deux indications : combattre les accidents de chaque période, prévenir le retour des accès.
1" Les moyens destinés à modérer l'excitation, à combattre la dépression, ne sont pas autres que ceux que nous avons exposés à propos du traitement de la manie et de la mélancolie : ils seront proportionnés à l'inlensité des symptômes et appropriés aux conditions spéciales que présente chaque sujet. On peut essayer, en les employant avec persévérance, de ramener chaque période à un niveau plus normal, de manière à rétablir l'équilibre des fonctions intellectuelles.
*2" Contre le retour de l'accès, on a préconisé, à titre de remèdes perturbateurs, les émissions sanguines, les vomitifs, les drastiques, la douche et les affusions froides, en ayant soin de les employer au moment où l'on suppose que la transition d'une période à l'autre va s'effectuer. J'ai bien des fois tenté ces divers moyens dans des cas rebelles sans en retirer le moindre avantage ; parfois l'accès se trouvait retardé, ou il était moins intense à son début, mais invariablement il finissait par reparaître avec ses caractères habituels. Quant au sulfate de quinine, qui semble naturellement indiqué, administré à haute dose et pendant plusieurs jours de suite, au moment du passage d'une période à l'autre, il a donné dans quelques cas récents des succès très remarquables; mais quand la maladie est ancienne, quand la périodicité est
bien établie, il échoue comme tous les autres remèdes; la marche la plus pratique à suivre dans ces cas rebelles consiste à rechercher si dans l'économie il n'existe pas quelque fonction, la menstrualion par exemple, dont les malaises périodiques ramènent avec eux le retour des accès. On dirigera de ce côté tous ses moyens d'action, on aura alors au point de vue du traitement tous les avantages que comporte une affection mentale d'origine sympathique.