‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 111 sur 172 · I MONOMANIES INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

I MONOMANIES INTELLECTUELLES

primitives et débuter soit rapidement, soit lentement et par l'intermédiaire d'idées fixes.

a. M. Moreau a signalé certaines idées délirantes qui per- ' sistent après la guérison d'un accès de rnanie ; l'agitation disparaît, le sommeil est calme, les allures redeviennent régulières, mais il reste des fausses conceptions isolées, plus tenaces que la maladie première, et qui donnent au délire une tournure nouvelle et plus limitée : nous savons aussi que, consécutivement à l'état d'hébétude et de stupeur intellectuelle de la fièvre typhoïde, il pouvait survenir des idées déhrantes isolées plus ou moins tenaces; c'est alors, comme l'a dit M. Moreau, l'idée principale d'un rêve qui survit au rêve lui-même. Ce début des monomanies est loin d'être le plus fréquent.

' h. Quand les raonomanies surviennent lentement, elles débutent en général par l'zV/ee fixe. Chez un individu prédisposé, faible de caractère, doué d'une sensibilité vive, un mot, une émotion, une crainte, un désir laissent un jour une impression profonde. La pensée née de cette ». façon se présente à l'esprit d'une manière importune, ellei ne le quitte plus, elle l'obsède, elle domine toutes ses conceptions : pendant quelque temps l'individu peut avoir conscience de tout ce que cette idée fixe a d'absurde, de déraisonnable ou de criminel : il cherche à la surmonter, il lutte contre elle et reste pendant des mois et même des années entières dans un étal d'angoisse morale qui ne lui enlève pas encore la libre direction de ses actes et de sa volonté ; ou du moins, si la conduite et la pensée sont déjà intluencées, il n'y a pas encore de délire; dans ces cas, cependant, dit M. Parchappe, la limite qui sépare la raison de la folie est difficile à déterminer pour l'observateur et facile à franchir pour le malade.

Voici trois exemples bien nets d'idées fixes que j'emprunte I au même auteur :

Un magistral dont riulelligencc était médiocre, quoi(jue saine, -s'était persuadé que l'usage des ustensiles de cuivre dans les cuisines, et des robinets de cuivre dans les appareils de conduite pour les liquides, était tellement préjudi- • ciable à la santé qu'il l'allait lui rapporter la plupart des maladies dans les maisons particulières et surtout dans les établissements publics.

Van Swielen cite un cas curieux d'idée fixe cbez un homme à tout autre égard fort sensé. Ayant entendu dire que plusieurs personnes mordues par un chien enragé étaient devenues hydrophobes, malgré l'emploi de la saignée et cles meilleurs remèdes, cet homme se frappa l'esprit de cette opinion, que si les chirurgiens s'étaient servis des mêmes lancettes pour pratiquer d'autres saignées, le virus avait dû, sans qu'on s'en doutât, être inoculé à un grand nombre d'hommes qui dès lors pourraient le communiquer à d'autres. Pour se préserver d'un si grand malheur, il résolut de ne se laisser toucher dorénavant par personne, et, malgré sa tendresse pour sa femme et ses enfants, il ne put se décider à faire exception en leur faveur.

. Une jeune dame, sous l'influence habituelle d'un senti- . ment exalté de jalousie, offrait une disposition extraordinaire à concevoir des idées fixes se rapportant à sa passion, toutes les fois que quelque circonstance venait à exagérer la tension nerveuse qui lui était ordinaire. Une fois, après s'être livrée avec ardeur à un travail artistique, elle éprouva un retard de menstruation et en même temps sa passion jalouse s'étant exaltée au plus haut point, elle se trouva pendant quelques jours incessamment tourmentée de l'idée fixe qu'elle devait tuer, qu'elle allait tuer l'objet de sa jalousie ; mais elle jugeait sainement cette disposition de son ame, qu'elle rapportait à une disposition maladive et sa raison demeura intacte.

2" Mode de développement. — L'idée fixe peut donc ne

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