‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 131 sur 172 · VOLUME ET FORME DE LA TÈTE · texte numérisé non relu

VOLUME ET FORME DE LA TÈTE

crânienne se trouve ainsi rejetée en arrière, en sorte que la face se trouvant placée sur un plan vertical, une ligne verticale abaissée sur le conduit auditif laisse un volume de crànc plus considérable en arrière qu'en avant. La conque de l'oreille se trouve en même temps déformée et aplatie, et le cuir chevelu offre quelquefois des surfaces blanches, un peu luisantes et sèches, dépourvues de cheveux, de véritables cicatrices, en un mot, résultant des ulcérations produites par la pression du bandeau. Dans les Deux-Sèvres, M. Lunier a retrouvé une déformation à peu près semblable, et M. Gosse, dans un curieux travail (1), a étudié les déformations artificielles que les anciennes peuplades indiennes avaient coutume de pratiquer, soit pour donner au visage des guerriers un aspect plus terrible, soit pour développer chez eux certaines aptitudes. Ortoutes ces manœuvres, ens'opposant à l'expansion normale de l'encéphale, produisent en très grande proportion des aliénés, des épilepliques et surtout des idiots.

§ 5. — Anatoniîc pathologique.

1" Volume et forme de la tête. — Aucune déformation spéciale du crâne n'est propre à l'idiotie. Chez les sujets devenus idiots à la suite d'hydrocéphalie, la tête peut acquérir un volume considérable, à tel point que les os du nez et les Voûtes orbitaires, déprimés et refoulés, donnent à la physionomie un aspect caractéristique. La tête est encore plus Volumineuse que de coutume dans les cas assez rares où l'idiotie tient h. l'hypertrophie du cerveau, ainsi que M. Calmeil en a cité, d'après Burnet, un exemple remarquable (2) ; mais, à part ces exceptions, on a signalé de tout temps, comme le fait le plus commun dans l'idiotie congénitale, le développement peu considérable du crâne et de la masse cérébrale.

(1) Essai sur les défomalions artificielles du crâne. Paris, 1855.

(2) Diclionnairc de médecine en 30 vol., drt. Encéphale,

^00 DE l'idiotie.

La microcépJialie , indiquée par llippocrate et par un grand nombre d'aulcurs, se rencontre d'une manière à peu près constante chez les idiots du deuxième et du troisième degré, et des recherches faites avec précision ne laissent aucun doute sur la réalité de ce fait. Esquirol (1), en additionnant la circonférence, la courbe antéro-postérieure, le diamètre anléro-posléricur et le diamètre transverse de la tête, a trouvé pour les femmes à l'état sain, 1205 ; pour les aliénées, ll/iù ; pour les imbéciles, 1H9 ; pour les idiotes, 1101 ^; pour les idiotes microcéphales 807 ; d'où il semblerait résulter que le volume du crâne est en proportion de la capacité intellectuelle. M. Parchappe (2), par des calculs analogues, a constaté que le volume delà tête était représenté chez l'homme à l'état sain par 1615 |;chez la femme par 1529. Or, sur six têtes d'imbéciles, il a obtenu, comme volume moyen l/i8/i,etsur trois têtes d'idiots lA/iO. M.Lélut, dans ses recherches, est arrivé au même résultat et a prouvé en outre que la courbe antéro-postérieure était de toutes les dimensions celle qui présentait la diminution la plus sensible, et que cette diminution, due principalement à l'aplatissement de l'occipital qui se continuait en ligne droite avec le cou, portait surtout sur la moitié postérieure de la ligne antéro-postérieure.

Un crâne d'idiot microcéphale peut être relativement bien proportionné, malgré la petitesse de ses dimensions; mais le plus souvent la forme de la tête est anormale. Le front est bas, étroit, fuyant en arrière ; les bosses pariétales sont asymétriques; cà des saillies anormales, d'un côté, répondent des dépressions profondes du côté opposé, et l'irrégularité du crâne peut être telle qu'elle échappe à une description uniforme.

Ces anomahes dans le volume et la configuration de la tête

(1) Tome II, p. 349.

(2) Parchappe, Recherches sur l'encépliale, mémoire. Paris, 1836.

POIDS DU CERVEAU. ÔOj

sont très prononcées chez les idiots d'un degré avancé. Virchow n'hésite pas à les rattacher sans exception à une ossification prématurée et irréguhère des os du crâne. Lorsque toutes les sutures se soudent à la fois avant le développement complet du cerveau, il y a microcéphalio simple, tandis que la réunion prématurée et isolée de la suture pariétale, des sutures latérales inférieures, des sutures de la région inférieure et moyenne, force l'encéphale h se développer vers les points encore souples et extensibles, et donne naissance aux têtes en pain de sucre, aux têtes rondes, aux tètes obliques, aux têtes aplaties latéralement, etc., etc.

Chez les imbéciles ou chez les sujets dont l'idiotie est légère, ces difformités sont beaucoup moins appréciables, et il faut bien se garder, dans tous les cas, de vouloir établir une connexion nécessaire entre le degré de l'intelligence et le volume de la tête. Esquirol a vu des idiots dont le front représentait un angle droit, et dont la tête offrait les plus belles proportions. Sur cinquante têtes d'hommes à intelligence normale que j'ai mesurées, dit M. Parchappe (1), sept offrent des dimensions inférieures à celles de l'imbécile qui a les plus grandes dimensions, treize ont des dimensions très peu supérieures... Parmi les têtes de femmes à intelhgence normale que j'ai mesurées, il en est une dont les dimensions expriment un volume plus petit que celui de la plus petite tête d'idiot par moi mesurée. Il en est trois plus petites que la plus volumineuse des têtes d'idiots. L'intelhgence peut donc se manifester à son degré normal dans une tête dont le volume est inférieur, égal, ou à peine supérieur au volume des têtes d'idiots.

2° Poids du cerveau. — La mensuration du crâne ne pouvant toujours donner une idée parfaitement exacte de sa capacité, car l'épaisseur des parois crâniennes est sujette à

(1) Parchappe, loc. cit., p. 31.

'^02 Dii l'idiotie.

varier Ijeaucoup suivant les individus et suivant les races, on a cherché par des pesées faites avec soin à déterminer avec plus de rigueur le volume du cerveau chez les idiots. A l'état normal (1) le poids moyen du cerveau chez l'homme adulte varie de 907 grammes à 1262 pour la femme; de d0/i9 à l/ilO pour l'homme, variations qui dépendent de l'âge des individus (au delà de cinquante ans le cerveau perd de son poids), de leur taille, le poids du cerveau étant, toutes choses égales d'ailleurs, plus considérable chez les individus grands que chez les individus petits. Or, chez les idiots, d'une manière générale, le poids du cerveau est notablement inférieur à cette moyenne physiologique, et malgré quelques exceptions, cette infériorité peut être posée comme une règle confirmée par de nombreuses observations.

3° Vices de conforniatio7i du cerveau. — Outre cette diminution de poids, on rencontre dans les cerveaux d'idiots une foule d'anomalies dans la forme et dans la structure. L'atrophie de l'organe porte tantôt sur les lobes antérieurs, tantôt sur les lobes postérieurs qui n'ont même plus assez de volume pour recouvrir le cervelet et laissent ce dernier organe à nu ; les circonvolutions sont remarquables par l'absence de profondeur : elles sont petites et serrées, je les ai même vues remplacées par de simples sillons superficiels qui leur donnaient l'aspect des circonvolutions du renard; dans quelques cas elles manquent complètement, et le cerveau est méconnaissable. Sur quelques idiots, la lésion congénitale n'affecte qu'un hémisphère cérébral , un lobule ou quelques circonvolutions isolées qui ont totalement disparu, et sont remplacées par du tissu cellulaire ou par une poche kysteuse distendue par de la sérosité. Quant à la substance cérébrale elle-même, on la trouve souvent alors indurée,

(1) Broca, Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races (Bulletins de la Société d'anthropologie, 21 mars et 2 mai 1861, t. II).

iatérée dans sa stnicLure, ou même carlilagineuse dans une étendue plus ou moins grande : il' est probable que dans les cas de ce genre, il s'est formé pendant la vie intra-utérine des hémorrhagies ou des ramollissements du cerveau terminés par la cicatrisation.

D'autres fois l'examen de l'organe révèle un arrêt de développement portant tantôt sur son ensemble, tantôt sur quelques-unes de ses parties constituantes. Les couches optiques, les corps striés, un hémisphère entier ont été trouvés remplacés par des moignons informes. Le corps calleux manquait dans un fait cité par Tiedemann : les hémisphères cérébraux n'étaient retenus l'un à l'autre en arrière que par les tubercules quadrijumeaux, la commissure antérieure et la commissure des couches optiques en avant, les ventricules latéraux n'étaient qu'incomplètement recouverts (Calmeil) . Dans un autre fait rencontré par M. Parchappe, le vice de conformation consistait en un défaut de développement du mésolobe, de la voûte et des cornes d'Ammon : la voûte à trois pihers, la cloison et le corps frangé manquaient complètement.

§ 6. — Diagnoslïc.

A moins de monstruosité très apparente, le diagnostic de. l'idiotie ne peut se faire au moment de la naissance, et ce n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'il est permis de soupçonner quelque chose d'anormal dans rintelligence : les enfants sont somnolents, ils prennent le sein avec peine, ne rient jamais et restent insensibles aux caresses de leur nourrice : ils ne suivent pas du regard les objets qu'on leur présente, leur tête est trop grosse ou trop petite, ou bien présente quelques-unes des anomalies de forme que nous avons signalées. A mesure qu'ils avancent en âge, il n'est

(1) Parchappe, Traité théorique et pratique de la folie. Documents nccroscopiques, p. 370.

DE l'idiotie.

plus permis de conserver le moindre doute sur leur état; ils ne jouent ni ne rient jamais, n'apprennent ni à marcher ni à parler, et ne progressent qu'avec une lenteur extrême, pour s'arrêter à im point qu'ils ne franchissent plus. Nous n'avons pas à revenir ici sur le diagnostic de l'idiotie et de la démence, disons seuh3ment qu'une fois l'idiotie constatée, il importe de soumettre le sujet à une analyse psychologique aussi complèle que possible, ahn d'avoir une idée exacte de son degré d'intelHgence.

M. Voisin (1), dans les tableaux qu'il a dressés pour servir de guide dans cette recherche intéressante, passe successivement en revue les penchants, les sentiments moraux, l'état des sens extérieurs, des mouvements, des facultés de perception et des facultés réfïectives, et fait voir avec raison que les réponses de l'enHint, en donnant la mesure de son état intellectuel, serviront de point d'appui pour en faciliter et en régulariser le développement.

S 7. — Ti'aitciucnt.

On ne peut espérer de donner aux idiots l'intelligence qu'ils n'ont jamais eue ; cependant des efforts doivent être tentés sinon pour guérir, du moins pour améliorer leurs conditions physiques et intellectuelles.

Dès 1824, M. Belhomme (2) insistait sur ce point, et reconnaissant parmi les idiots des nuances infinies, il en déduisit la nécessité de diversifier individuefiement les procédés éducateurs. En 1830, M. Voisin, admettant à son tour l'indépendance des facultés morales et intellectuelles, fit voir que la perte des unes n'entraînait pas forcément la destruction des autres, et démontra qu'il fallait s'appuyer sur les facultés existantes, les développer, et choisir dans le monde extérieur

(1) Analyse psychologique de l' en tendemenl humain chez les enfanls arriérés, incomplets et hors ligne, 1858, [t. 413.

(2) Uelhomme, Thèse inauguvale, juillet 1824.

les leviers capables d'agir sur elles. Ces généreux efforts ont abouti à des résultats pratiques sérieux et à des règles de traitement mises en usage dans la plupart des asiles.

Le traitement des idiots comporte deux ordres d'agents thérapeutiques, agents physiques, agents moraux et intellectuels.

Les agents physiques comprennent tous les moyens destinés à relever et à fortifier des constitutions le plus souvent empreintes de scrofules et de lymphatisme : une bonne nourriture, une habitation vaste oii pénètrent l'air et la lumière, des vêtements simples, peu compliqués dans leur forme : les bains, les lotions froides, l'hydrothérapie, le massage, raniment les fonctions cutanées, et donnent aux muscles la vigueur qui leur manque. On combattra les évacuations involontaires en fortifiant la constitution et en habituant les sujets à des excrétions périodiques. La gymnastique, vantée avec tant de raison, ne devra pas consister en des mouvements violents, en des tours de force et d'agihté, mais en exercices destinés à régulariser l'action musculaire, à lui donner de la précision et de la fixité. Ainsi que l'a démontre M. Séguin (1), chez les idiots qui ne peuvent rester en place, et ils sont nombreux, le point de départ de toute gymnastique est l'immobilité prolongée, passage nécessaire d'une action désordonnée à une action convenue entre le système musculaire et l'intellect. Une fois ce point obtenu, on peut, avec quelques chances de succès, procéder à une gymnastique plus complexe qui perfectionne les sens, fait naître quelques idées, et exige de la part du professeur un esprit ingénieux et fertile en ressources, et une patience inaltérable. C'est là ce qu'on peut appeler l'éducalion morale.

On développe la vue en fixant le regard, en l'attirant et le dirigeant à l'aide d'un objet lumineux. Le toucher et la

(1) E. Séguin, rraUemenl moral, hygiène et éducalion des idiots, iSliG, p. 359.

506 DU CRÉTJNISMi;.

scnsihililc musculaire seront exercés h l'aide d'objets légers ou pescuits, rugueux ou lisses, humides ou secs, que l'enfant finira par reconnaître. L'ouïe, le goût et l'odorat seront perfectionnés à l'aide de moyens analogues. Les mouvements gagneront eux-mêmes à la précision plus grande des sens, et l'idiot pourra marcher avec solidité, courir, brouetter, tirer, monter, descendre, mettre ses bas et ses souliers, se laver, se peigner, se boutonner, manier une plume, un verre, une fourchette et manger seul. En même temps, il arrivera à distinguer les sons, les couleurs, la valeur de l'argent, la dimension et la configuration des objets.

Chez les idiots qui ne parlent pas ou qui parlent à peine, l'éducation de la parole ne nécessite pas moins de temps et de soins. Après avoir exercé suffisamment les lèvres et la langue à l'aide d'une gymnastique appropriée, on cherche à provoquer des sons en les répétant avec insistance et mettant enjeu, chez les enfants, l'instinct d'imitation : contrairement à l'opinion reçue, M. Séguin admet que les consonnes sont prononcées plus facilement que les voyelles, et il commence par l'articulation des syllabes. Le dessin, l'écriture, la lecture, le calcul seront enseignés à l'aide de lettres et de chiffres mobiles, et d'une méthode graduée dont l'exposé ne peut trouver sa place que dans les livres spéciaux.

ARTICLE II

§ «er Définition.

On désigne sous le nom de crétinisme une affection endémique caractérisée par un degré plus ou moins grand d'idiotie, associé à une cachexie ou plutôt à une dégénérescence spéciale de l'espèce humaine, dont le goitre est un des principaux caractères.

cnÉTJNEUX. 507

Les auteurs sont loin d'être d'accord sur l'origine de ce mot. Les uns, comme Fodéré, le l'ont venir du niot chrétien, parce que dans plusieurs localités les crétins, selon l'usage répandu en Orient pour les idiots et les aliénés, étaient'considérés comme saints, comme bienheureux; d'autres lui donnent comme étymologie la racine latine creta, soit à cause de la couleur de craie d'un certain nombre de crétins, soit à cause de la formation crétacée des teiTains où on les rencontre; enfin Esquirol (1) a hasardé son hypothèse : la dénomination de crétin ne viendrait-elle pas, dit-il, du mot crétine, qui, dans le vieux langage, voudrait dire alluvion? n'a-t-on pas transporté ce nom à des individus devenus infirmes pour avoir habité au miheu des terres d'alluvion?

Les crétins ont d'ailleurs reçu différents noms, selon les localités qu'ils habitent. Dans quelques parties de la France on les appelle cagots, capots, imbéciles ; dans les Pyrénées, caffos, fols en Savoie et dans le pays d'Aoste, crétins, marions, fous ; en Piémont, gogo, foulitre, tourtou. On les rencontre presque exclusivement dans les pays montagneux, dans les Pyrénées, dans les Alpes, et surtout dans le Valais, dans le pays d'Aoste et la Savoie; en Auvergne, en Écosse, dans le Tyrol, dans la Nouvelle-Grenade et l'Indoustan. Cette relation constante entre la configuration du sol et le développement de l'affection endémique indique assez que, malgré ses affinités avec Fidiotie, le crétinisme emprunte quelque chose de spécial aux conditions géologiques et climatériques au miHeu desquelles il se développe.

§ 8. — Description.

A l'exemple de la commission sarde instituée pour étudier le crétinisme, de M. Fcrrus et de la plupart des auteurs, nous distinguerons trois catégories de crétins : 1" les crétineux ;

(1) Esquirol, t. 11, p. 132.

'^"'^ DU CIIÉTINISME.

"1" les demi-crôlins; 3" les crétins, correspondant aux trois degrés de l'idiotie. r •

1" Crctineux. - Les crctineux, ou pesants, offrent un commencement de dégradation physique et intellectuelle, et présentent les symptômes du premier degré de l'imbécillité associés aux premières nuances de la cachexie. Le nez esï ' épaté, la bouche large, le menton carré, le teint basané ou brun ; les dents sont mauvaises et irréguhèrement implantées ; la plupart ont un goitre plus ou moins volumineux. Les crélineux sont aptes à la reproduction ; ils pensent, et peuvent exprimer leurs pensées par la parole ; mais ils sont apathiques, dépourvus d'énergie musculaire , ne peuvent apprendre ni à lire, ni à écrire, ni à calculer, ou du moins ne s'élèvent jamais au delà des notions les plus élémentaires. Ils suffisent néanmoins aux besoins les plus usuels de la vie, et beaucoup d'entre eux apprennent des métiers manuels ou se livrent au travail agricole. D'après M. Cerise, les crétineux sont pour la plupart mégalo-céphales, et présentent comme déformation constante une dépression Ironto-occipilale assez prononcée.

2° Demi-crétins. — Le demi-crétin a subi dans son organisation une altération plus profonde. Le goitre chez lui manque rarement et acquiert parfois un développement considérable. La face est aplatie, les orbites sont écartées, le front a peu de développement et les extrémités articulaires sont volumineuses. Les mouvements sont peu énergiques et mal coordonnés; la démarche est chancelante et avinée; les sphincters sont relâchés, la salive s'écoule involontairement, les battements du pouls sont plus lents qu'à l'état normal ; la respiration est stertoreuse et sifflante.

Bien différents des crétins complets, dont les organes génitaux restent à l'état rudimentaire, les demi-crétins ont la verge très grosse, les testicules volumineux, le scrotum long et présentant de larges plis. Chez les femmes, les grandes

DEMI-GRÉTINS. 509

lèvres sont petites, flasques et pendantes. Les besoins génésiques sont en général développés; aussi ils se livrent à la masturbation, et il n'est pas rare de voir les femmes prendre en présence des hommes des poses lascives et provocantes. Dans l'un et l'autre sexe la puberté est tardive, et la menstruation est peu abondante et irrégulière. Les demi-crétins se présentent sous deux types qui semblent en rapport avec la nature des localités. Dans les localités humides, marécageuses, le demi-crétin a la taille ramassée, les membres trapus, les articulations volumineuses, le cou gros et court, la face empâtée, les paupières œdémateuses, les joues et les lèvres molles et pendantes, le goitre volumineux. Dans les sites exposés au midi, desséchés par le soleil, où la végétation est maigre et aride et oii les arbres n'atteignent qu'une médiocre élévation, on observe un type de crétin tout différent, type qui se distingue par l'élancement du tronc, la gracilité des membres, la longueur, la flexibilité du cou, la forme anguleuse du visage déterminée par le prolongement des os maxillaires.

Beaucoup de demi-crétins ont la sensibilité très obtuse ; quelquefois ils sont sourds. La plupart ne peuvent exprimer leur volonté que d'une manière imparfaite, à l'aide de mots isolés ou de monosyllabes prononcés d'une voix embarrassée, et accompagnés d'une gesticulation confuse et peu intelligible ; le degré de perfection de la parole donne chez eux la mesure de leur intelligence.

Ils sont susceptibles d'acquérir quelques connaissances élémentaires, la notion des lieux, du temps, de la valeur de l'argent,qu'ils apprennent par imitation, par habitude et sans en comprendre toute la valeur; ils se montrent sensibles aux démonstrations de bienveillance, fuient ceux qui leur ont fait du mal, mais n'offrent dans leurs désirs et dans leurs pen- ,^ées aucune cohésion ; quelques-uns, à côté d'une intelligence aussi bornée, présentent des dispositions instinctives

510 DU GUKTJNISME.

remarquables pour le chant, pour la musique, pour la mè-canique, mais en général ils restent incapables d'un travail 1 sérieux et suivi. Dans le Valais, dans certaines parties de lâi Savoie, dans la vallée d'Aoste, on les voit se dandiner sur les ^ grandes routes où ils demandent l'aumône, et on les recon*-. naît de loin à leur démarche bizarre, à leur gesticulation i grotesque. ,i

3° Crétins com2')lets. - Les crétins complets, entièrement l dépourvus de facultés intellectuelles et reproductrices ainsi i que de langage articulé, doués uniquement de facultés végé- • tatives, représentent le plus haut degré de la dégénères*cence crétineuse.

Dès leur naissance, on les reconnaît à la présence d'uni petit goître du volume d'une noix environ, à la nullité dtii front, au volume considérable de la tête, à l'aspect des pau- • pières gonflées et pesantes, aux yeux sans expression, indif-férents à la lumière ; le nez est épaté, comprimé à sâ naissance, la langue épaisse dépasse les lèvres qui sont elles^ • mêmes volumineuses et allongées ; le cou est gros et court, et, même à l'âge oii les muscles devraient commencer à i prendre de la force, la tête ne pouvant être soutenue, tombe ■ en arrière ou est inclinée sur le côté. Mis au sein, l'enfant ; tette avec difficulté ou du moins avec indifférence, il nè ; reconnaît pas sa nourrice, ne sourit jamais, ne témoigne ■ aucune affection aux personnes qui l'entourent, et est dans ; un état de somnolence presque continuel.

A mesure que le sujet devient plus âgé, tous ces sym-ptômes s'accentuent davantage. Tout en mangeant avec avidité, il offre dans son organisation une lenteur exces' • sive et quelquefois un arrêt complet de développement. Là première dentition est tardive ; les dents, noires, irréguliè^ rement implantées, tombent de bonne heure sans être rem* placées, et ce n'est que vers sept ou huit ans que l'enfant parvient à se tenir debout, à marcher, à saisir avec quelque

CKÉTINS COMPLETS. M

précision les objets qu'on lui présente. La plupart d'entre eux sont d'une petite taille : on en rencontre beaucoup qui ne dépassent pas 1 mètre 3 décimètres, et qui, âgés de vingt ans et même plus, présentent encore tous les attributs de l'enlimce. Ils ont encore la poitrine grêle, le ventre proéminent, les membres peu développés, leur seconde dentition n'est pas commencée, et ils n'offrent à cet âge aucun signe de puberté; au premier abord on les prendrait pour des enfants de huit à dix ans. C'est en s'appuyant sur ces faits que M. Baillarger a émis l'opinion évidemment trop exclusive que le caractère unique et essentiel du crétinisme était l'arrêt de développement de l'organisme (1) .

Chez les crétins complets, parvenus à l'âge adulte, oytre la petitesse de la taille, les irrégularités de la dentition, l'étroitesse et l'élévation de la voîite palatine, on constate à un degré plu& élevé encore tous les caractères de la cachexie crétineuse : peau rugueuse, brune, parsemée de taches; tête difforme, irrégulière, écrasée à la partie antérieure, formant avec la nuque une ligne droite et présentant toutes les anomalies que nous avons signalées chez les idiots; paupières œdémateuses, sourcils irréguliers, nez écrasé, bouche largement fendue, souvent entr'ouverte, lèvres grosses et épaisses ; cou gros et ramassé recouvert le plus souvent d'un goitre de volume variable ; colonne vertébrale et thorax irréguliers et courbés vicieusement, articulations Volumineuses, extrémités amaigries et d'une longueur disproportionnée, abdomen volumineux; les parties sexuelles sont atrophiées, la verge est réduite à un petit cyhndre surmonté d'un gland très petit, en rapport avec de petits testicules.

Chez les crétins complets, la respiration est sifflante, embarrassée, souvent même accompagnée d'une sorte de grognement, de râle trachéal que Ton entend à distance ; elle

(1) Académie des sciences, séance du 14 tiovemlire ISM.

est plus IcnlG qu'à l'él.it normal; le pouls lui-même est moins fréquent et la température du corps est abaissée. Les fonctions digestives s'exécutent avec énergie. Les crétins dévorent avec voracité, sans les goûter et sans les mâcher, tous les aliments qu'on leur présente, et une fois le sentiment de la faim apaisé, digèrent, accroupis dans un coin et au milieu d'un état de demi-sommeil , les aliments dont ils se sont gorgés ; souvent les évacuations sont involontaires. Quand le crétinisme est complet, la locomotion est presque nulle : l'individu passe des journées entières immobile sur un banc ou sur le seuil d'une porte, incapable de porter les aliments à sa bouche, et transporté d'un endroit à l'autre comme une masse inerte; à un degré un peu moins avancé, le crétin marche encore à l'aide d'un bâton, mais sans solidité, tombant dès qu'il veut courir et se fatiguant très promptement.

La vue, l'ouïe, l'odorat, le goût présentent toujours une obtusion plus ou moins complète, la sensibihté générale ellemême est gravement altérée : les crétins supportent sans douleur les blessures les plus graves, et tout indique chez eux une notable diminution du tact.

La voix consiste uniquement en des monosyllabes ou bien en un grognement qui, dans les moments de colère, s'élève jusqu'à un cri rauque et inarticulé qui n'a rien d'humain.

Réduits ainsi à la vie purement végétative, les crétins complets sont de tous points assimilables aux idiots du troisième degré ; dépourvus de toute sensibilité morale, de tout rudiment d'intelligence, ils offrent à peine quelques traces des instincts.

S 3. — Étiologle.

Les causes du crétinisme ont été divisées en : 1" Causes locales permanentes, résultant des lieux, du sol, de l'insolation, des eaux ;

CAUSES LOCALES PERMANENTES. âl3

2" Causes sociales amovibles, comme les habitudes, l'alimentation, la manière de vivre, l'éducation;

3" Causes individuelles, ainsi l'hérédité et toutes les particularités qui se rattachent à la conception.

1° Causes locales permanentes.

Le crétinisme se rencontre dans des localités sillonnées par de profondes vallées et par des montagnes taillées presque à pic, dont les flancs sont recouverts d'arbres de haute futaie. C'est à peine si, dans les plus beaux jours de l'année, le soleil échauffe, pendant deux ou trois heures, le fond de ces gorges étroites et sinueuses dans lesquelles l'air reste froid, humide, stagnant, ou sujet à des courants partiels qui amènent d'un instant à l'autre, mais surtout aux diverses heures de la journée, des changements de température brusques et considérables. Les villages, bâtis dans l'enfoncement des vallées ou dans les angles rentrants de leurs divisions, ombragés par de grands arbres qui les privent même d'air et de lumière, ont une altitude égale ou à peine supérieure au niveau de la mer, à tel point que de Saussure voulait y voir la cause essentielle du crétinisme, et croyait pouvoir établir que l'affection disparaissait des villages élevés de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais cette loi est beaucoup trop absolue, car beaucoup d'habitations de crétins ont jusqu'à 1500 mètres d'élévation.

Les eaux potables sont presque toutes de mauvaise qualité : elles proviennent de la fonte des neiges, et sont alors incomplètement aérées et mêlées à une forte proportion de silice qui altère sa pureté, ou bien elles sont puisées à des sources qui, traversant un sol calcaire ou magnésien, se chargent de sulfate de chaux, de carbonate de chaux dissous dans un excès d'acide carbonique, ou de sels magnésiens, et malgré leur transparence parfaite, amènent des digestions difficiles et influent sur l'ensemble de l'économie. En outre,

MAnCÉ. — MAL. MKNT. -i'i

'^^'^ DU CllÉTINLSME.

elles iiianqutiiiL de i)rume et d'iode, jinncipes qui se retrouvent toujours, quoiqu'eri minimes proportions, dans la composition des eaux potables.

2" Causes sociales amovibles.

A ces causes, (lui tiennent ù la nature et à la configui-ation du sol, ajoutons celles qui tiennent aux habitudes et à la manière de vivre des habitants : dans les villages, pour la plupart mal exposés, les maisons sont entassées les unes sur les autres, et leurs abords sont obstrués par du fumier et des ordures de toute espèce ; pendant l'hiver, qui dure sept mois, les adultes et les enfants séjournent sans sortir dans des étables, dont le sol humide, formé de terre battue et imprégnée d'excréments d'animaux, exhale des miasmes incessants; la chaleur y est telle, qu'il y a quelquefois plus de 30 degrés R. de différence entre la température du dehors et celle de l'intérieur des habitations. L'alimentation se ressent singulièrement de la misère des populations : la viande fait défaut presque complètement, le vin est inconnu, la nourriture se compose de pain de seigle, d'orge, de pommes de terre, de bouillies de farine de maïs ou de châtaignier, que les habitants ingèrent en quantités énormes et qu'ils digèrent lentement et laborieusement. Ajoutons à cela la malpropreté, l'ignorance des soins les plus élémentaires de l'hygiène, l'absence d'industrie, et l'éloignement des grandes routes et de toute voie de communication, et l'on comprendra sans peine quel ensemble fatal de causes concourt à l'abâtardissement des populations.

3° Causes individuelles.

Enfin ici, comme dans toutes les affections constitutionnelles, les conditions individuelles et surtout l'hérédité jouent un rôle important. Le crétinisme, à son plus haut degré de gravité, ne se développe jamais d'emblée : constamment le crétin ou le demi-crétin ont des parents goitreux, crélineiix'

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