DÉLIRE MANIAQUE
fort peu étudiée ; cependant elle raérile à tous égards d'attirer l'attention, car elle donne à la maladie un cacliet spécial et une gravité exceptionnelle.
, Ce délire maniaque peut survenir à des périodes très diverses. Parfois il apparaît dès le début de la chorée, et même éclate avec une telle violence qu'il attire tout d'abord l'attention du médecin, et qu'au milieu de l'agitation maniaque, il devient difficile de reconnaître au premier coup d'œii l'aspect spécial des convulsions choréiques.
Dans d'autres cas, beaucoup plus nombreux, le débre ne vient compbquer la chorée qu'au bout de huit, dix, quinze jours ou même plus tard. On voit alors les mouvements conyulsifs augmenter chaque jour d'étendue et d'intensité; le pouls s'anime et devient fébrile, la sensibilité s'exalte, les idées sont confuses et incohérentes; des hallucinations ne lardent pas à survenir, ou du moins elles redoublent de fréquence et se présentent même pendant le jour, alors qu'au début de la maladie on ne les observait que dans l'état interr Piédiaire àla veille et au sommeil; en dernier lieu l'agitation maniaque vient se .joindre aux mouvements convulsifs de la chorée.
Je n'insiste pas sur certains autres faits dans lesquels le débre ne se développe que peu d'heures avant la mort, c'est alors un sym.ptôme terminal bien différent de ce délire qui par lui-même donne à la chorée un aspect et un pronostic à part.
. Deux formes distinctes doivent être admises dans le délire des choréiques : tantôt c'est un débre incohérent pendant lequel les malades, au milieu d'une agitation effrayante, poussent des cris rauques et inarticulés, et laissent échapper des paroles sans suite au milieu desqueUes il est impossible .de saisir la moindre systématisation délirante; tantôt, au contraire, ce délire se rattache d'une manière intime aux Jiallucinations que nous avons précédemment décrites et
iîoO DE LA CIIOUÉE OU DANSE DE SAINT-GUY.
qui en sont le point do départ; les malades, en proie à leurs visions, se rendent d'abord très bien compte de la nature des impressions qu'ils éprouvent; peu c'i peu cependant les visions et les voix les obsèdent, leur conviction finit par être ébranlée, toutes les facultés intellectuelles s'exaltent sous l'influence des impressions maladives qui leur sont fournies par les sens, et le délire éclate, entrelenu et surexcité à chaque instant par de nouvelles hallucinations autour desquelles viennent se grouper de nouvelles idées délirantes.
De cette association du délire à la chorée aiguë, il résulte un état général des plus graves, analogue au délire aigu. Le pouls s'accélère et dépasse 120 pulsations, la peau devient brûlante, la langue se sèche, il y a du mâchonnement, de la sputalion. L'agitation choréique que le délire semble augmenter encore, atteint une violence effrayante; les malades peuvent à peine être maintenus, et, si l'on a recours à des moyens contentifs, des excoriations se développent rapidement sur toutes les parties saillantes; souvent même de véritables convulsions cloniques surviennent par accès et ajoutent encore à la gravité du pronostic.
Je n'ai vu qu'une fois la guérison s'opérer nettement et franchement; c'était chez une jeune femme que j'ai observée à la Salpêtrière et chez laquelle les mouvements et le déhre restèrent toujours de médiocre intensité. — Chez une seconde malade les mouvements choréiques n'étaient plus appréciables, l'agitation maniaque avait cessé, mais les hallucinations, tout en ayant disparu, laissaient après elles de nombreuses idées délirantes , la malade conservait des pensées de défiance envers diverses personnes de son entourage qu'eUe accusait de tentatives d'empoisonnement; à la longue seulement cet état finit par guérir.
Un jeune homme, atteint beaucoup plus gravement, présenta pendant longtemps une hébétude profonde, analogue à celle que l'on observe à la suite de certaines fièvres ly-
phoïdes graves ; il avail lout oublié, répondait à peine, pleurait pour le moindre motif, et il fallut un temps très long avant qu'il eût recouvré la plénitude de ses facultés intellectuelles.
Enfin, dans trois cas, les malades ont succombé au milieu de formidables accidents ataxiques se terminant, en général, par un coma profond : à l'autopsie, dans le seul cas où elle ait été pratiquée, on a trouvé les vaisseaux cérébraux gorgés de sang, la pie-mère infiltrée et ecchymosée, et une injection notable du cerveau et principalement de la substance grise ; mais CCS lésions n'ont par elles-mêmes rien de spécial et de pathognomonique, et nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons dit à propos de l'anatomie pathologique de la manie et du délire aigu.
§ 4. — Traitement.
Les complications que la chorée présente du côté de l'état intellectuel ne nécessitent un traitement spécial que dans les cas où elles présentent une grande intensité; habituellement les moyens thérapeutiques dirigés contre les convulsions choréiques suffisent pour modifier avantageusement l'état mental, et je me bornerai à citer ici les affusions froides, les bains sulfureux , la valériane et les antispasmodiques, les bains tièdes prolongés avec irrigation d'eau froide sur la tête, le tartre stibié, l'opium à doses progressivement croissantes, la strychnine , le fer et les toniques. A mesure que les mouvements perdent de leur intensité, les modifications du caractère et de la sensibihté morale, ainsi que les hallucinations, disparaissent pour faire place à l'état normal.
Dans la chorée compliquée de délire maniaque, l'agitation peut être tellement intense que l'emploi des bains soit impossible ou dangereux , les malades se projetant avec force contre les parois de la baignoire et ne pouvant un seul instant conserver l'immobilité. Dans un .cas.de cette nature,
DE LA PELLACRE.
OÙ la clégiuli'lion des médicaiiieiUs liquides ou solides était en même temps très diflicilc, j'ai retiré d'excellents effets des inhalations de chloroforme, répétées à diverses reprises. Elles calment l'agitation musculaire et amènent une sédation instantanée ; c'est im moyen puissant et rapide auciuel il faut recourir quand le danger est pressant.