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V. -A. Racle, De l'alcoolisme, thèse d'agrégation

Marcel, Delà folie causée par l'abus des boissons alcooliques, thèse inaug.,

Thomeuf, Essai clinique sur l'alcoolisme thèse inaug., 1859.

DE l'alcoolisme.

aiyu, il désigrio les symplômos prochains el immédiats causés par l'ingestion de l'alcool. L'alcoolisme chrotiiqw: est constitué par des accidents à marche lente, survenant sous l'iniluence d'une intoxication prolongée.

§ 2. — Fré<iui'ntM'.

L'alcoolisme joue dans la production de l'aliénation mentale un rôle qui tend chaque jour à devenir plus important.

De 1826 à 1835, on reçut à Charenlon 1557 aliénés dont 13/i avaient perdu la raison par l'abus des liqueurs fortes.

MM. Debouteville et Parchappe ont trouvé, pour une période de dix-huit ans, que l'ivrognerie figure comme cause de l'aliénation mentale dans la proportion de 28 pour 100.

M. Morel, sur 1000 aliénés en a trouvé 200 chez lesquels l'aliénation mentale ne reconnaissait pas d'autre cause.

La statistique générale pour 1853 indique que sur 32 876 aliénés traités dans les asiles publics et privés de la France, 1502 doivent leur maladie aux excès alcoohques.

Dans les grandes villes, au milieu des populations ouvrières, la proportion des individus qui deviennent aliénés par alcoohsme est beaucoup plus considérable que dans les campagnes. Tandis que la statistique générale de la France indique à peine 1 alcoolique sur 20 malades, j'ai trouvé à Bicêtre des chiffres qui se rapprochent singulièrement des résultats obtenus à Rouen, par MM. Parchappe etMorel; j'ai constaté en outre que le nombre des alcooliques augmentait chaque année d'une manière effrayante, à tel point qu'en six ans leur proportion a presque doublé.

En 1856, il est entré 91 alcooliques sur 668 malades, soit 3,62 pour 100.

ÉTIOLOGIE. ^Ob

Les résultats qu'indique ce tableau sont de nature à éveiller l'attention des législateurs et des moralistes, en mettant en relief la marche envahissante d'un vice qui exerce sur les populations une influence aussi désastreuse.

§ 3. — Ktiologic.

La rapidité et l'intensité avec lesquelles se développent les accidents de l'alcoolisme tiennent à diverses conditions dont les unes sont individuelles, tandis que les autres dépendent de la nature et de la quahté des boissons alcooliques ingérées.

1° kliosyncrasie, conditions hygiéniques et morales.

Il est quelques individus qui, en vertu d'une idiosyncrasie spéciale, et grâce à l'habitude, supportent des doses d'alcool qu'un autre ne pourrait ingérer sans éprouver de graves accidents.

Les sujets issus de parents aliénés, outre qu'ils ont plus de tendance à l'ivrognerie, la supportent moins bien que d'autres, et, sous ce rapport, il existe entre la fohe et l'alcoolisme un rapport qui .mérite d'être signalé. Une alimentation tonique et reconstituante, de bonnes conditions d'hygiène, une vie exempte de fatigue, atténuent les effets des excès alcooliques : dans la classe pauvre, au contraire, la débauche, les privations, les travaux excessifs, les aggravent et leur donnent une intensité exceptionnelle.

Les conditions morales et intellectuelles méritent aussi considération. Beaucoup d'individus, parmi les ouvriers et les gens de peine, cherchent dans le vin et l'eau-de-vie une consolation pour leurs chagrins; préoccupés d'une perte d'argent, d'une contrariété de famille, et déjà profondément déprimés, ils courent au cabaret : l'action toxique de l'alcool se surajoutant à des conditions morales fâcheuses, hâte l'explosion du délire qui prend alors plus volontiers la forme lypémaniaque : j'ai constaté bien des fois cette double

DE l'alcoolisme.

influence clans l'éiiologie des formes aiguës de la folie alcoolique, el je crois qu'on ne lui a pas accordé toute l'importance qu'elle mérite.

2° Nature des liquides ingérés.

Le «vin rouge non frelaté peut être supporté longtemps sans amener d'accidents; le vin blanc, les liqueurs, l'eau-de-vie et avant tout l'eau-de-vie de pommes de terre, accessible à tous par son bas prix, sont des boissons infiniment plus dangereuses, surtout lorsqu'il s'agit des doses énormes de 2 et 3 litres, que certains individus finissent par ingérer quotidiennement, le matin à jeun, c'est-à-dire dans un moment où la vacuité de l'estomac rend l'absorption plus prompte et plus complète ; mais rien n'égale les ravages causés par la liqueur d'absinthe dont l'usage s'est répandu si fatalement et dans l'armée et dans la population civile. Outre les accidents habituels de l'alcoolisme, la liqueur d'absinthe, qui agit à la fois et par l'alcool et par une huile essentielle spéciale, détermine promptement un état de stupeur et d'hébétude qui use les facultés intellectuelles et précipite l'arrivée de la démence ; c'est incontestablement le poison le plus énergique qui soit mis à la disposition des populations, et l'on se demande avec étonnement comment aucun obstacle n'est apporté à son débit, tandis que la vente des substances toxiques ordinaires est soumise à une réglementation si sévère et si juste.

§ 4. — Physiologie patliologiqae.

Quant au mode d'action de l'alcool sur l'économie, il est facile de s'en rendre compte, si l'on se reporte aux travaux de MM. Lallemand, Perrin et Duroy sur ce sujet important (1). A l'aide de nombreuses expérimentations sur l'homme et sur les animaux, ces observateurs ont établi

(1) Lallemand, Perrin el Duroy, Du rôle de l'alcool et des anesthésiqiies dans Vorganisme. Paris, 1861, p. 137 et passim.

SYMPTOMATOLOr.IE. 007

que l'alcool introduit dans l'estomac, passait en nature dans les veines, se répandait et s'accumulait dans les tissus, mais dans des proportions inégales, en présentant pour quelques organes une affinité toute particulière : si l'on représente par 1 la quantité d'alcool contenue dans le sang, ils ont prouvé que le foie en contenait '1,/|8, et le cerveau 1,75 ; or cette aptitude singulière du tissu nerveux explique pleinement les désordres profonds des fonctions de l'encéphale chez les sujets qui abusent des Hqueurs fermentées.

Quelque faible que soit la quantité d'alcool ingéré, il est éliminé en nature par les reins, par la peau, par l'exhalation pulmonaire, sans que jamais l'analyse chimique indique la moindre transformation soit en acide acétique, soit en aldéhyde, et cette élimination se prolonge pendant huit, dix et même quatorze heures. L'alcool n'agit donc pas comme aliment, mais comme modificateur spécial de l'économie et surtout du système nerveux; sa prompte élimination démontre que les accidents chroniques de l'alcoolisme ne sont pas le résultat direct, mais la conséquence éloignée de l'action de l'alcool : son introduction réitérée, son séjour souvent renouvelé dans les tissus, finissent par amener des modifications et des altérations de structure lesquels peuvent même ne se développer qu'assez longtemps après que les sujets ont renoncé à leurs excès habituels.

§ 5. — !ï$yiiip(omatologie.

Voici quelle est la marche que nous suivrons dans T exposé des symptômes de l'alcoolisme.

Nous distinguerons, à l'exemple de tous les auteurs, l'alcoolisme aigu de l'alcoolisme chronique.

Dans l'alcoolisme aigu nous placerons l'ivresse et la fohe alcooUque aiguë, cette dernière pouvant se présenter sous la forme maniaque et sous la forme mélancolique.

Quant à l'alcoohsme chronique, au lieu d'admettre les

""^ DE l'alcoolisme.

formes généralement décrites, nous rattacherons tous les phénomènes observés à deux périodes :

1" Période d'état ou période intermédiaire comprenant les symptômes qui se manifestent consécutivement à une intoxication plus prolongée : ces symptômes plus fixes, plus durables, lenis dans leur marche et dans leur développement, s'observent non-seulement du côté du système nerveux, mais encore dans tous les appareils organiques ; ils sont encore susceptibles de guérison.

2" Période terminale pendant laquelle on voit se dessiner les formes ultimes et incurables de l'alcoolisme, manie chronique, démence, paralysie générale.

l. — Alcoolisme aigu.

1° Ivresse. — A. Ivresse simple. — On distingue habituellement trois périodes dans l'ivresse simple.

La première période est caractérisée par de l'excitation : la figure est épanouie, les yeux sont brillants, le pouls fort et plein; la transpiration augmente; la soif, assez vive, s'accompagne de fréquents besoins d'uriner. En même temps les fonctions cérébrales s'exécutent avec plus d'énergie et produisent un sentiment général de bien-être, de la loquacité et une succession rapide et un peu confuse dans les idées. C'est alors que chaque individu, devenu plus expansif, fait ses confidences et révèle ses tendances et son caractère : l'homme porté à la tristesse, a le vin sombre et mélancolique ; celui qui est irritable devient violent, frappe et brise ; tel autre, au contraire, est bienveillant, tendre, et embrasse tous ceux qui l'entourent. A ce degré, l'homme ivre se possède encore assez pour se maintenir et réprimer, en partie du moins, l'expression de ses sentiments.

Pendant la seconde période^ il n'y a plus seulement exaltation, mais encore perturbation des fonctions cérébrales : les idées se succèdent si rapidement qu'elles deviennent incohé-

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