‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 156 sur 172 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

rentes, il y a de roblusion et des illusions des sens; la vue devient confuse et quelquefois double; l'ouïe est le siège de tintements et de bourdonnements ; le sujet prend une porte pour une fenêtre , une saveur pour une autre, et bientôt il est en proie à un délire complet qui lui enlève toute conscience de ses actes et de ses paroles ; la sensibilité générale est tellement obtuse que les coups et les blessures ne déterminent aucune douleur, les mouvements deviennent faibles et incertains, les jambes titubent, la langue est épaisse, la parole embarrassée, l'impuissance génitale habituellement complète.

La troisième péinode est caractérisée par un sommeil comateux qui se prolonge pendant plusieurs heures et sert de crise à l'accès. A ce dernier degré, l'homme ivre n'a pas même la conscience de son état, et il est plutôt dangereux pour lui-même que pour les autres.

B. Tels sont les effets habituels de l'ivresse, véritable ahénation mentale passagère, dont nous apprécierons plus loin la valeur au point de vue médico-légal. Mais à côté de la forme que nous venons de décrire et qui est la plus commune, il en est une autre, Y ivresse convulsive, dontPercy a indiqué les principaux traits, et qu'il est utile de connaître à cause des conséquences redoutables qu'elle peut entraîner.

L'ivresse convulsive (1) tient plutôt à l'idiosyncrasie du sujet qu'à la quantité ou à la nature des boissons alcooHques ingérées ; toutefois elle se déclare plus fréquemment après l'ingestion de vin nouveau ou altéré par l'addition d'alcool et surtout d'eau-de-vie de grain ou de genièvre. Les effets immédiats de ces boissons ne se traduisent pas d'emblée par des accidents convulsifs, mais bien par un état d'ivresse légère, au miheu de laquelle se déclarent les paroxysmes convulsifs : les yeux sont brillants et hagards, les mâchoires serrées ; le malade pousse des cris inarticulés ou

(1) Percy, Diclionnaire des sciences mcdica'es, t. XXVI, p. 2^9. — Rœscli, De l'abus des boissons spirilueuscs [Amalcs d'liyg>''ne., t. XX, p. 5 et suiv,).

HAnCli. — MAL, MENT. 39

Dic l'alcoolisme.

prolère des paroles incoliérenles, il n'a pas conscience de ce qui se passe autour de lui; cependant, en proie à une violente fureur, il injurie, frappe et cherche à mordre ceux qui l'entourent; bientôt surviennent des convulsions cloni(pies, pendant lesquelles il se roule et s'agite en faisant des mouvements tellement désordonnés, que plusieurs hommes peuvent à peine le contenir, et que, abandonné à luimôme, s'il se trouve seul, il peut se précipiter parla fenêtre ou se blesser dangereusement en se roulant sur le pavé, en se heurtant la tête contre les murs ou contre le bois de son lit. Percy a vu deux individus périr de cette manière. Les accès convulsifs, après quelques instants de répit, se renouvellent avec une égale intensité, et quelques malades succombent en moins de vingt-quatre heures à la violence des accidents cérébraux; mais assez souvent l'ivresse convulsive se termine d'une manière heureuse, en laissant après elle un état de stupeur et d'hébétude qui se dissipe au bout d'un certain nombre d'heures.

2" Folie alcoolique aiguë. — Sous le nom de folie alcoolique aiguë, de delirium tremens (1), delirium cum tremore, on désigne le délire à marche aiguë, mais de forme variable, qui se développe consécutivement aux excès alcoohques.

La folie alcoohque aiguë s'observe principalement chez les cochers, chez les cuisiniers, chez les marchands de vins, et en général chez les ouvriers qui, Hvrés à un travail fatigant, ayant besoin de résister au sommeil, ou exposés à un feu ardent, croient devoir, pour se soutenir, user largement de boissons excitantes. Elle survient à la suite d'un ou de plusieurs excès alcooliques, chez des individus n'ayant pas l'habitude de l'ivresse, mais plus souvent encore chez des rvrognes de profession offrant depuis longtemps les symptômes de l'alcoolisme chronique, lorsqu'à l'aide de liba-

(1) V. ^a-s&i-. Mémoire sur le delirium iremcns, Paris, 181

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