PREMIÈRE PÉRIODE. LIVRES HIPPOCRATIQUËS, MÉDECINS GRECS ET LATINS
Les livres tiippocratiques, qui résument toute une époque scientifique, ne présentent sur les maladies mentales aucune doctrine bien arrêtée. Çà et là se trouvent seulement quelques faits curieux, quelques réflexions sagaces suggérées par un grand talent d'observation et par un grand sens pratique : « grincer des dents quand ce n'est pas une habitude d'enfance, menace le malade d'un délire maniaque, et cela est grave (2). » « Dans la mélancolie et dans les maladies des reins, l'apparition d'hémorrhoïdes est favorable (3). »
« Aux gens tristes, malades et qui veulent s'étrangler, faites prendre, le matin, en boisson, la racine de mandragore,' à une dose moindre qu'il ne faudrait pour causer le délire;' appliquez aux tendons de la partie postérieure des sachets chauds (Zi) . »
Hippocrate décrit la phrénitis d'après son étvmologie : il en place le siège au centre phrénique , bien diff^érent en cela des auteurs qui, plus tard, la regardèrent comme une affection cérébrale et délirante ; il insiste particulière-
, <1) Voy. Recherches Msioriques sur la folie, par U. Trélal, 1839.-,CaI«ieil Delà foUe considérée sous le point de vue pathologique, philosophique hisl t^meet Jud^ciaire, 18.5. Archa.bault, introduction historique et' Itl •sl,que. a la Traduction du Traité de Valiénation menlale d'Ellis 1840 - Laaegue et Moral, Études historiques su. l'alié.alion mentale (Ann. méd -psychologiques, 1844, t. III et suiv.).
(2) Œuvres complètes, 6dit. Littré, t.. II, p. 121. Pronostic. , J'"'^ ^' ^P^o'-'^es, 6« section, aphorisme II.
W Tome VI, Des lieux dans l'homme, § 39.
A HISTORIQUE
ment sur la douleur des hypochondres : elle peul, dit-il, se changer en péripneumonie (1). La phrénilis se produit quand la bile, mise en mouvement, pénètre dans les veines et dans le sang, lui ôte sa constitution liabituelle et réchauffe; la mort arrive quand le sang est refroidi par le phlegme (2).
Les observations ayant trait à des affections mentales sont énoncées avec précision. Dans le Traité des maladies (3), se trouve la description d'un cas très net d'hypochondrie. Au § 72, est noté un fait d'hypochondrie avec mélancolie, terreurs et visions. Dans le Traité des affections internes (4), on rencontre la description d'un accès de manie aiguë. Le fait suivant ressemble à un accès de delirniim tremens avec terminaison favorable (5) : « Timocrate but beaucoup..., ayant été pris de manie par suite de bile noire, il prit le médicament évacuant... Il s'endormit, le sommeil dura toute la nuit : pendant le sommeil, il ne semblait pas aux assistants respirer, mais il paraissait mort et ne percevait rien. Le malade vécut et se réveilla. » Plus loin, se trouve une observation analogue à celles que nous rencontrons chaque jour chez des alcooliques en proie à des illusions et à des hallucinations de la vue (6) : « Affection de Nicanor : quand il se lançait à boire, la joueuse de fïûte l'effrayait : entendait-il dans un festin les premiers sons de la flûte , des terreurs l'obsédaient; de jour, il n'éprouvait aucune émotion. »
Je passe sous silence le quarantième aphorisme de la cin- . quième section : « chez les femmes, une congestion de sang dans les mamelles annonce la folie , » aphorisme obscur
(1) Tome VF, Des affections, § 10.
(2) Tome VI% Des maladies, liv. l", § 30-34, p. 200.
(3) Tome VII, liv. II, §66, p. 101.
(/i) Tome VII, p. 284, § 48.
(5) Tome V, Épidémies, V liv., § 2.